FRONTON DE L ARC DE TRIOMPHE
MSS,« sera Prêt P°ur lui donner quelque plaisir et
quelque relâche après ses grandes et glorieuses conquêtes. » Le Roi répond point par point, dans les marges de la lettre, aussi bien sur ce qui regarde la défense du pays d’Aunis et des îles contre les entreprises des Anglais que sur le modèle de la nouvelle pièce d’eau de Le Nôtre, qui va être le bassin de Neptune : « Je suis bien aise du compte que vous me rendez de l’état de Versailles. Ce que je recommande le plus, c’est ce qui regarde les étangs et les rigoles qui doivent y amener l’eau ; c’est â quoi vous ferez travailler sans relâche. Il faut encore presser les nouveaux bâtiments, afin qu’ils soient faits dans le moment que j ai dit... Vous faites des merveilles sur l’argent, et je suis tous les jours plus content de vous. Je suis bien aise de vous le dire. » Ce dernier point est expliqué par les besoins de la guerre, pour lesquels Colbert avait toujours les millions prêts, et par le lieu et la date des réponses royales, écrites le 10 mars, « du camp devant la citadelle de Gand », quelques jours avant la capitulation de la place.
LES NOUVEAUX BOSQUETS
Le Nôtre fait, au cours de 1679, un voyage en Italie, qu’il est nécessaire de mentionner ici, car il ne sera pas sans influence sur ses compositions nouvelles. Il y va, d’ailleurs, écrit Colbert en le recommandant à 1 ambassadeur du Roi à Rome, « non pas tant pour sa curiosité, que pour rechercher avec soin s’il trouvera quelque chose d assez beau pour mériter d’être imité dans les maisons royales, ou pour lui fournir de nouvelles pensées sur les beaux dessins qu’il invente tous les jours pour la satisfaction et le plaisir de Sa Majesté1. » Au retour de sa mission, Le Nôtre s’occupe de la partie méridionale des jardins de Versailles, qui a été jusque-là un peu sacrifiée et où le seul ouvrage très important mené à bonne fin est celui du Labyrinthe. Cette partie du Parc reçoit, peu de temps avant l’installation de la Cour, des embellissements assez nombreux, et le goût italien s’y trouve déjà indiqué, ce me semble, par l’établissement de la Salle des Antiques.
Tel est le nouveau nom que porte la Galerie d’eau, transformée en 1684 2. La Salle des Antiques nous est connue par une des plus curieuses vues de la série qu’a peinte, peu d’années plus tard, Martin l’aîné. C’est, je crois, le premier tableau que le peintre des
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batailles ait exécuté pour le Roi, en 1688 3. On distingue vingt figures de marbre ; toutes sont des représentations antiques, dont quelques-unes sont reconnaissables dans la peinture; elles sont alignées entre les jets d’eau, et leurs piédestaux s’élèvent au milieu même du Petit Canal, qui délimite une espèce de salon intérieur, orné d’une double rangée d’ifs taillés. Les seigneurs et les dames, que le peintre fait se promener sur le pavé de marbre bicolore, se trouvent dans une véritable galerie de sculpture antique, composée à la façon italienne du dix-septième siècle ; mais aucun prince romain du temps du Grand Roi n’a dans sa villa de salle plus agréable à visiter, et nulle part les marbres n’ont été mieux mis en valeur qu’ils ne le sont ici, au milieu des eaux courantes et jaillissantes.
Parmi les statues de la Galerie d’eau, il y avait peut-être des antiques achetés en Italie par les ordres de Colbert et restaurés par Anselme Flamen4, avec cette naïve assurance dont les séries du Louvre, comme toutes celles formées à cette époque, portent les traces; mais il y avait surtout des copies des plus célèbres antiques des collections romaines, exécutées par les élèves que le Roi pensionnait à Rome, en sa nouvelle Académie. Le sieur Combes, qui fournit une première liste provisoire de vingt et un morceaux, dit expressément que ce sont des « statues de marbre antique faites à Rome par de très habiles sculpteurs». 11 vaut mieux donner la liste beaucoup plus sûre, consignée dans cette description inédite des figures du Petit Parc que j’ai déjà citée. On compte vingt-quatre antiques « dans la Galerie des eaux »,