‹ La création de VersaillesChapitre 45 sur 118 · JEAN DE LA QDINTXNYE. — ESTAMPE DE VERMEULEN · texte numérisé non relu

JEAN DE LA QDINTXNYE. — ESTAMPE DE VERMEULEN

tout simplement sur des masses d’arbres .mêlées de quelques marbres blancs, ce qui est d’un intérêt médiocre ; il faut faire tout le tour du bassin pour jouir, à la meilleure place, du noble aspect qu’il peut offrir, et cette vue même n’est pas encadrée d’une façon suffisamment ample par la perspective de l’Allée d’eau, si charmante qu’elle soit. Il semble que, sans autres moyens que ceux qu’il a employés, Le Nôtre eût obtenu un effet bien plus puissant, en renversant sa composition.

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L’œuvre décorative ne paraît mériter aucune critique. Elle se présente à nous, après sa restauration dernière, dans une unité fort majestueuse. Mieux que partout ailleurs, c’est au bassin de Neptune que les parties Louis XV s’harmonisent avec les parties Louis XIV. La conception hydraulique est aussi une des plus remarquables qui aient jamais été réalisées. Louis XIV, vit jouer pour la première fois l’ensemble des fontaines du bassin, le 17 mai 1685, le lendemain du

jour où les eaux étaient entrées dans le grand réservoir chargé de les alimenter. « Il en fut même

très content», remarque Dangeau1. Il dut être, en effet, aussi satisfait de l’heureuse distribution des motifs d’eau que de la hauteur atteinte par les jets. Aujourd’hui encore, on considère comme exceptionnelle la puissance des eaux de Neptune, qui ne donnent pas moins de cent neuf jets et dont la canalisation ancienne, restaurée avec soin, est presque rigoureusement la même que celle du dix-septième siècle2.

On a représenté souvent les effets d’eau du bassin de Neptune dans les estampes de l’époque Louis XIV. La plupart sont du reste peu exactes et se contredisent l’une l’autre. C’est que les marchands graveurs mettaient souvent sur leurs planches de simples projets, pour satisfaire l’impatience de leur clientèle et la curiosité toujours excitée par les nouveautés de Versailles. Pour ce qui est de Neptune, le tableau panoramique de Martin, qui l’emporte en précision comme en grâce

et qui peut être daté des environs de 1688, doit être consulté de préférence; de même, pour la

fin du règne, on peut s’en rapporter au dessin du fontainier Girard, gravé dans le recueil de Demortain3. Ils montrent l’un et l’autre le même décor. Quarante-quatre jets très élevés s’échappent du chéneau qui suit le mur de soutènement, la moitié de ces jets prenant naissance dans de grands vases de plomb doré; six jets sortent de la surface même du bassin, et enfin trois fortes gerbes s’élancent sur le devant du mur de fond, auquel s’appliqueront plus tard les groupes de figures d’Adam, de Lemoyne et de Bouchardon. Même en ce premier état et réduit à une décoration purement ornementale, le bassin de Neptune joue tout son rôle et justifie sa création. L’époque où il a été fait explique la manière dont on l’a conçu, car il s’accorde avec les proportions nouvelles qu’a prises, exactement aux mêmes années, le château de Mansart.

Dès l’origine, on rêva d’embellir de figures cette magnifique pièce d’eau et d’y mettre des ouvrages dignes de son importance. C’était chose décidée en 4686 : « Quant à la Pièce de Neptune, elle est ainsi nommée parce qu’on y doit placer un Neptune avec ses attributs. Elle est remplie de plusieurs jets d’eau ; mais, comme elle n’a point encore d’ornements, on n’en peut rien dire. C’est un lieu propre à faire de grandes choses4. » Louis XIV avait, en effet, ordonné avec précision ces grandes choses, comme nous en avons la preuve dans les Comptes. Dès 4682, une décoration de métal était commandée pour la partie méridionale de la Pièce d’eau de Neptune, et c’était déjà celle qui, pour la plus grande part, après plusieurs restaurations, est encore en place. Ce sont des vases et des cuvettes, des masques et des coquilles, qui employèrent pour 38 345 livres de plomb et dont l’exécution fut répartie entre vingt-deux sculpteurs5. Les glaçons, sculptés en 4683, coûtèrent six mille livres6. Constatons enfin qu’un grand projet de décoration à figures existe à la même date : dix-sept sculpteurs, réunis par associations, sont chargés de huit « modèles de groupes pour la grande pièce d’eau sous le Dragon », modèles qui sont payés en général de quatre à six cents livres. On a les noms des artistes, mais l’indication d’un seul des motifs traités par eux, celui d’Amphitrite, qui était un des groupes accessoires et que modelaient Ilouzeau et Raon7. Le groupe principal représentait évidemment Neptune; je ne puis dire à qui il avait été confié, bien qu’un paiement beaucoup plus élevé que les autres semble indiquer avec certitude 1 association de Fontelle et Mazière. Toute cette sculpture en plâtre paraît avoir été placée un instant, soit au cours de 4684, soit au moment de l’essai définitif des fontaines8, afin de permettre au Roi de juger de 1 effet d ensemble avant d’engager les grosses dépenses d’exécution. C’était, d’ailleurs, ainsi que je I ai assez fréquemment constaté, un usage des Bâtiments du Roi de présenter sur place

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(les modèles en plâtre, qui évitaient les mécomptes de l’exécution. On peut supposer que l’état des finances et la grande quantité de dépenses engagées à ce moment par l’administration de Louvois empêchèrent la réalisation des projets pour Neptune. Ils ne furent, il est vrai, qu’ajournés; mais Louis XV seulement devait les reprendre.

Les grandes pièces d eau de Neptune et des Suisses fixaient définitivement les principales pers-

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