PROJET POUR LA PIÈCE D’EAU DE NEPTUNE
ESTAMPE DE PÉIiELLE.
pectives de Versailles, au moment où la Royauté se disposait à l’habiter. Les bosquets achevaient, en même temps, le décor artistique des jardins. Chaque visite du Roi ou chaque petit séjour de la Cour faisait constater l’avancement de tous ces ouvrages. Parmi tant de témoignages et de récits que je suis obligé de négliger, je prends celui qui marque le mieux, à une date précise, l’état des bosquets et l’aspect général du royal domaine. A la fin de l’hiver 1680, le 7 mars, Monseigneur avait épousé la fille de l’Électeur de Bavière ; Louis XIV accueillit par des1 fêtes de toute sorte l’arrivée en France de cette jeune Dauphine, et voici comment le Mercure raconta une des premières visites où Versailles lui fut présenté :
Le Roi y mena cette princesse le dimanche 24 de l’autre mois, accompagné de la Reine, de Monseigneur, de Monsieur, de Madame, de Mademoiselle et de Madame la princesse de Conty. Madame de Montespan, Mesdames
LES NOUVEAUX BOSQUETS
les duchesses de Grussol et de Créquy, Mesdames les maréchales de Humières et de Rochefort, Madame Colbert, Madame la comtesse de Guiche, Madame Gourdon, les filles d’honneur de Madame la Dauphine et plusieurs autres dames de remarque furent aussi de cette partie, avec grand nombre des plus considérables seigneurs de la Cour. Sitôt qu’on fut arrivé, le Roi fit voir les appartements du Château à Madame la Dauphine, après quoi on alla se promener dans les allées du Petit Parc. Vingt petites chaises roulantes, découvertes et garnies de très riches étoffes et de galons et franges or et argent, étaient auprès du Parterre d’eau. Des hommes, portant les livrées du Roi, conduisaient ces chaises. Les dames se mirent dedans, quand elles furent lasses de marcher. Le Roi
alla toujours à pied auprès d’elles, suivi des principaux de la Cour .
La beauté de plusieurs endroits du Petit Parc de Versailles leur a fait donner à tous des noms différents selon les choses qu’ils représentent. Voici ce qu’on trouva, par ordre du Roi, en se promenant dans ceux que je vais marquer. — Aux Trois-Fontaines, les trompettes à droite en entrant du côté du Marais. — Au Marais, la collation et les hautbois dans le bois derrière la table qui est éloignée de l’entrée. — Au Théâtre, les violons à droite dans le bois derrière la palissade. — A la Montagne, les hautbois dans le bois derrière une des cinq allées, le plus près de la Montagne que l'on put. — A la Salle du Conseil, les trompettes à gauche en entrant dans le bois du côté de l’Encelade et de la Renommée. — A l’Encelade, les violons et les hautbois derrière les berceaux dans le bois du côté de la Renommée. — A la Renommée, la musique dans le pavillon à droite en entrant, et à l’entour du pavillon les hautbois et les violons. — Sur le Canal, dans un ou deux bateaux, la musique, les hautbois et les violons. — A Trianon, les trompettes sur le haut du Fer-à-cheval. — Dans le salon de Trianon, le souper. — Après que l’on eut goûté tous ces différents plaisirs, on retourna à Saint- Germain, et ce fut une nouvelle promenade faite au frais qui termina les divertissements de cette belle journée1.
Ce rapide récit est un des points de repère indispensables à une histoire du genre de celle que j’essaye de constituer. Il n’est pas fréquent d’en rencontrer d’aussi satisfaisant. En effet, tous les principaux bosquets créés à ce moment se trouvent, comme on le peut remarquer, sur 1 itinéraire de ces chaises roulantes de la Cour, dont les graveurs du temps et les peintres des vues de Versailles aiment à animer les allées. Il faut donc considérer ces bosquets comme terminés, quels que soient les travaux accessoires qui restent à y faire, fl ne peut y avoir, à cette date, mention de la Galerie d’eau, qui est encore trop insignifiante, ni de la Salle de Bal, qui est seulement en projet. Quant à l’Arc-de-triomphe, s’il demeure fermé à la brillante compagnie, c’est que les ouvriers y sont encore, et que le Roi ne juge pas à propos de le livrer en cet état à la curiosité des courtisans2. Il les mène, en revanche, presque à chaque visite, hors des limites des jardins, au petit palais qui fait pendant à la Ménagerie, h l’autre bout du Canal, et qui commence à rendre célèbre dans le monde le nom de Trianon.