‹ La création de VersaillesChapitre 9 sur 118 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

LES PREMIERS TRAVAUX DE LOUIS XIV

A la mort de Louis XIII, le petit château de Versailles était demeuré abandonné. C’était d’ailleurs une dépendance de Saint- Germain, et il n’y avait pas de « capitaine » particulier. La Fronde n’y laissa aucun souvenir. Quand le jeune Louis XIV, à douze ans, vint y chasser pour la première fois, il trouva intacte la maison favorite de son père. La Gazette note cette visite au 18 avril 1651 : « Le Roi étant allé prendre autour du château de Versailles le divertissement de la chasse, et le maréchal de Villeroy, gouverneur de Sa Majesté, qu’il accompagnait, ayant demandé à dîner au président de Maisons, surintendant des finances, capitaine de ce château et de celui de Saint-Germain, le Roi voulut honorer de sa présence ce repas ; auquel il parut qu’une personne d’ordre l’est partout, car, encore que Sa Majesté eût défendu à ses officiers d’y aller, elle fut si magnifiquement traitée avec toute sa cour, en des tables qui se trouvaient servies à mesure que l’on s’y présentait, que tous en furent extraordinairement satisfaits. » Le 15 juin, le petit roi dîna encore à Versailles et, le 28, « dès la pointe du jour, fut voir son château de Versailles et prit autour de là le divertissement de la chasse1 ». Chaque année, depuis lors, Louis XIV y chassa une ou plusieurs fois l’an, tantôt avec son frère, tantôt avec le cardinal Mazarin. Les diverses gazettes rimées de l’ép'oque mentionnent quelquefois ces chasses, que suivait d’ordinaire une nuit au petit château :

Le Roi, Monsieur d'Anjou son frère, Pour jouir, comme de raison,

Des douceurs de cette saison,

Se transportèrent à Versailles,

Pays de bois et de broussailles Et très propre pour s’exercer A courir, sauter et chasser.

L’Éminence fut du voyage...

De cette courte promenade Fut aussi certaine brigade De gens triés sur le volet,

Savoir : des joueurs de palet, Quelques capitaines des gardes, Plusieurs porteurs de hallebardes, Des commandeurs, des officiers, Et même des bénéficiers.

L’air était gai, doux et riant;

Mais, quoique le temps fût propice Pour prendre aux champs de l’exercice, Il est toutefois très certain,

Qu’on revint dès le lendemain2.

C’est le moment où Israël Silvestre dessine et grave la première vue du Château, qui est encore exactement celui de Louis XIII, en l’indiquant comme un « château royal où le Roi se va souvent divertir à la chasse ». Il est rare que le Roi y paraisse pour autre chose. Le 27 avril 1652, revenant de Gorbeil, avec la Reine mère Anne d’Autriche, d’une entrevue avec Charles II d’Angleterre, qui vient de se réfugier en France, il dîne à Versailles avant de rentrer à Saint-Germain. Le 25 octobre 1660, quatre mois après son mariage, il y conduit la jeune reine Marie-Thérèse3.

LES PREMIERS TRAVAUX DE LOUIS XIV

L’année 1661 est une des plus importantes dans l’histoire de Louis XIV. Elle a vu mourir Mazarin, disgracier Fouquet, séduire Louise de la Vallière; il faut joindre à ces événements le commencement des travaux de Versailles. Le 16 mars, huit jours après la mort de Mazarin, était nommé intendant des finances l’homme qui allait donner au règne sa direction définitive, et qui, parmi tant d’autres plus sérieux titres de gloire, allait attacher son nom à l’œuvre qui nous intéresse. Dès 1 661 , Colbert faisait entreprendre de grands ouvrages dans les résidences du Louvre, des Tuileries, de Fontainebleau, de Saint-Germain et de Versailles. Pour Versailles, ce fut une véritable transformation qui commença. Colbert n’en fut ceperîdant point le conseiller. Ce qui apparaît bien nettement dans les documents un peu obscurs de cette la chasse. période1, c’est que tout

d’abord le jeune souverain écouta seulement

son caprice, transformé plus tard en goût sincère et réfléchi des belles constructions.

1 âge qu’avait alors Louis XIV, un exemple de création personnelle avait dû le frapper, celle du X Par l ouquet. Malgré la discrétion naturelle des contemporains à ce sujet, le rapprochement des dates fuisse penser que le spectacle des splendeurs de Vaux-Ie-Vicomte étonna l’esprit du .. 1 ^ esclter non seulement sa jalousie, mais son émulation. 11 les avait entrevues pour la

première ois au mois de juillet 16B9, et il était venu en fêter l'achèvement en août 1661 . 11 conçut dès lors

peut-être le désir d effacer, par des œuvres plus vastes encore, le souvenir des merveilles tant célébrées de la maison de son ministre.

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