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CHAPITRE m

QuSLLB MORALE SE DÉDUIT DE LA CONNAISSAMCfe NOUTELLE

DBS h€KS Mr LA HâTOmL. • AVISUÇU n'UK NOUY&AG MONDE MOBAL.

OBKrllŒ DU MAL. — PEINTURE DE l'aME CRIMINELLE. LB llAL DA2tS L'iNDCriDU, DANS L''kSPdBB.

L^&omme pourrâit-iF Tivra sns arf, sans poésie', sammorale^ ssmffjaslieâ^, dani9 oooscience, sans raison? Pourquoi non**! Il Fa p», ^Tai tu; et ee fut un grand èiei» peiur moi. Autrement, j'cfusse pu, cosnne tant dTau&es, me- mettm h l'adorer.

J'ai TU un tiempsT oft la cansciénce Ktmraine êlait sinon mortef^ àomdtns ^fêeveKe. J'ai ehei^^ ché e^et eommeoi, itlans œt éi/^nocâssement de^ Tâme, il serait encore possible d'orienter l'homme sur le plan universel de la natur»; eav yétais

persuadé que ce plan devait s'accorder avec les lois de l'esprit.

Ne trouvant plus aucune lueur dans le cœur de l'homme^ j'ai dû chercher dans les pierres cette âme que je ne découvrais plus en lui.

Je me suis épris des rochers, à mesure que j'ai trouvé l'homme plus dur. Voilà l'origine de ce livre.

Grand art^ grande poésie, morale, justice, conscience, sont-ce là des espèces qui s'éteignent comme le dronte,-le bouquetin des Alpes, l'aurochs de Lilhuanie? Déjà les plus hautes cimes morales ont disparu (1); viendra-t-il un jour où toute élévation disparaîtra à son tour? Il y a des changements qui sont, non pas une suspension de vie, mais un changement de tempérament dans l'espèce humaine.

De tout ce que j'ai senti, éprouvé dans ma vie, ce qui m'a le plus étonné a été de voir avec quelle facilité les honnêtes gens acceptent les crimes consommés, dès qu'ils espèrent en profiter. Ils affectent d'abord de n'en rien savoir et ils les nient; bientôt ils leur trouvent tant d'excuses,

(i) Écrit en 1867.

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tant de bons côtés^ tant de louables intentions^ qu'ils en font une vertu.

S'ils finissant par les blâmer d'un air distrait, c'es^qu'ils ont cessé d'en tirer avantage.

Voilà ce que j'ai vu sur d'immenses proportions qui comprenaient l'espèce humaine, presque entière.

Qu'est-ce donc que la conscience humaine?

Je le sais maintenant. La conscience est plus fragile que nous ne pensions. Elle peut disparaître, pour un temps, d'un peuple, môme de l'espèce humaine presque entière et ne survivre que dans quelques rares individus oubliés , ensevelis vivants. Elle n'est pas ce fait indoçiptable, cette colonne d'airain que Ton imaginait. Bien souvent, c'est un roseau, moins encore si le vent se déchaîne. De là, cet échafaudage de religions, de systèmes, de codes; contreforts amassés pour soutenir ce brin d'herbe; bien souvent ils l'écrasent.

En tous cas, c'est une plante cultivée ; si la culture manque, l'homme retourne à l'état sauvage; il produit des fruits barbares, empoisonnés pour celui qui s'en contente.

Uanimal aussi a sa conscience. Si un chien a

9» UL CBÉJKIKX?.

dérobé, m ub dienral on un ibœof a nanqHfi k-vSL tâche accoutumée^ et si .vous les ohAliêz, ils âc-* oepteat le châtiment; ils recoïKDaiaseht da irertu du fouet et de l'aigmllasi ; c'^stla JnstiDe établie I entre eux et tous. Les ^appafl-nrooa sans cause,

ils se réyoUrait.

Dans cette échelle des êtres qui rempfiasent et uaesurent les époques du mande, chacim dîeux reste conforme â lui^mfima. tClmoun tient sa pjace dans le temps» sans asuqper m dàc0g&c.

Le moûdâre brjozoaire, perdn^dans l'alâiM» a son caractère auquel il reste fidèle. -C'est pdor oela que chaqu6 être peut être pris pour le ^efirésen-» tant 9 non-âevdement 4e son espèoe» mais de Funiv^rs cûntempoiaiii.

L'homme seul a la facuUé de retowner €01 arrière, de tomber . auniessotfs de lnk^mdiae, de nadesceodre les degrés qu'il avait fraitobisi. Par là, il confond Tordre .univerisel, il démentie plan qui se découvre dans tout le reste. U ci^se d'êU^ hiDinme pour redereoiir brute. '€e désorcb^, s'estce pas ce que nous a(ppeloiiis Lb mal?

Quand l'espèoe hamaine dérobe, on fexA dire qu'elle fait rebrduEigusr la natare, qu'elle rentre dans le passé, qu'aile revient à eeiiàines

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époqnes'dn monde, que le monde a dépassées. Le livre si bien ordonné des Slgpes snccessifs où chaque date était exactement marquée par l'avènement des faunes et des flores est subitement brouillé par Thomme; il en mêle les pages toutes les fois qae sa conscience se trouble. De Tceuvre la plus réglée il fait un cbaos. Chaque crime est un anachronisme sanglant.

Supposez qu'à uq certain jour, les espèces actnelles se dénaturent, qu'elles tentent de rentrer dans les moules brisés, qu'au lieu de monter dans l'échelle de vie, elles essayent de descendre, que loiseau se mette à ramper, que le mammifère, las d'allaiter, prenne les mœurs de Tovipare, que le quadrupède, dégoûté de la marche, renonce à ses pieds et aspire à se clouer immobile au rocher, ce serait la confusion dans la vie universelle. Chaque être entrerait en rêrolte contre lai«*même. Voilà le mal dans la nature.

Mais Thomme seul est oapaMe de oe genre de désobéissance* Lui seul peut, àcertains moments, renoncer à son ei^oe pour se ravaler dans ïes espèces inférieures. Ceci notts feit toucher du dcigt aujourd'hui, mieux quoa ne le pouvait

hier, comment le mal est un désordre dans le plan universel des êtres.

Si les anciens moralistes eussent connu ces secrets de la terre, s'ils eussent vu les populations des différents âges du globe, te pousser Tune Tautre vers la condition actuelle, assurément ils en auraient tiré quelque règle pour retenir rhomme à son rang et l'orientap au milieu du monde.

Us lai auraient dit : vois comme tous les êtres font préparé, prophétisé, d'âge en âge. Reste à la place qui t'a été assignée par le travail de la vie universelle depuis l'origine des choses. Le moindre coquillage a son caractère que le monde n'a pu briser ni entamer. Aie donc aussi le tien : fais que toi aussi, tu puisses fournir ta médaille, sans la laisser altérer ou fausser au contact des choses.

Voici de fragiles animalcules qui ont su rester eux-mêmes à travers des millions de siècles, et résister sans fléchir au poids des Alpes. Garde donc aussi, toi, ton caractère humain; porte-le en toutes choses, comme cette ammonite ou cette belemnite est demeurée fidèle à elle-même et â son espèce. Les siècles des siècles n'ont pu lui ôter

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son empreinte ; et toi^ ta laisses là tienne s^efiacer au moindre souffle qui passe*

Quand tu fais le mal, que fais*tu? Sache-le, tu rentres dans les âges du monde où la conscience n'existait pas encore.

Effort monstrueux, de ramener la nature vers des âges où elle ne veut pas rentrer. Les plus imperceptibles des êtres te résistent en cela. Chacun» sans déchoir, reste à son rang de ba-*taille, continue son œuvre, se plaît à son travail, s'élève vers la lumière. Môme cet insecte laborieux que je viens de rencontrer ne se laisse pas convertir à retourner en arrière. Il veut laisser sa forme entière, telle qu'il Ta reçue, à sa postérité.

Nul ne se renie ici-bas que tôi-môme. N'espère pas faire rebrousser le monde vers le temps où la conscience manquait au monde.

L'homme, à Torigine de son histoire, n'est pas tombé d'un état supérieur; c'est le contraire qui est vrai. Quand il déchoit, il retourne à l'état antérieur d'où il s'était élevé. Il sort de l'humanité ; il rentre dans l'animalité du monde tertiaire, par une sorte de régression, vers des ancêtres sans postérité.

La vieille nature gronde toujours au fond de la nature humaine ; si Thomme ne fait effort pour se tenir à son rang, il retourne parmi les ôtres inférieurs qui l'ont précédé, et du milieu desquels il a surgi. Déchéance, mésalliance avec im inonde dont la nature vivante ne veut plus. U retombe dans ces cercles souterrains du passé, bons en leurs temps, exécrables dans le iidtre, s'ils tentaient de renaître. L'homme criminel essaye de les ramener. Il veut faire reculer le flot des choses.

Sa chute n'est pas chose antique, elle est ac* txielle, spontanée, volontaire . Par le crime, il se précipite du haut de la chaîne des êtres, audessous du ver déterre.

Toute la nature travaille obscurément à s'élever jusqu'à la conscience de l'homme de bien, faite et couronnement de l'uni^rs. Lors donc que Fhomme se sépare de la conscience, il se précipite du sommet des êtres. Voilà la chute.

S'il rentre dans la classe des êtres sans ménroire, s'il prend Tâme de l'hydre ou du chat de caverne, il sort des conditions de l'univers actuel; il en renverse la loi; il fait le mal.

Ainsi l'homme criminel offense tous les êtres;

il découjronne Tiinivers, il décapite rœuvre des siècles; la terre en gémit.

Quelle avidité de proie, quelle cruauté ! Quelles embuscades tendues de tous côtés ! Quels plis et quels replis pour étouffer le plus faible !

De qui parlez-vous? est-ce de l'homme ou de l'animal? De Thomme.

Tout cela eût |étô bien, dans le temps où régnaient les reptiles. Cette âme de colère eût été à sa place. On eût dit : Cette gueule endentée et sanglante, voilà le chef-d'œvre de la nature. Mais, aujourd'hui, dans te cœur de Thomme, cela s'appelle crime, péché, chute. Et quelle chute, que de tomber en un clin d'œil, de la culture actuelle, dans la région morale des reptiles grouillant de Tépoque secondaire !

« Tu portés au dedans de toi le sanglier d'Érymanthe, Tours dé caverne, le lion de Némée.

Dompte-les (1). »

J'ai fait quelquefois un effort d'imagination pour me placer, en esprit, dans la situation d'un criminel vulgaire qui va accomplir soyi crime. Je n'y ai jamais réussi et je suis persuadé que

(i) Cf. Épictète.

loi LA GBÉATIOX.

celai qui prétend y avoir réossi se vante. Ily a dans r&me criminelle^ nn désordre^ nn bonlever- Isement, an vertige, on retour farieux vers on état perda de la natare. Ni logiqae ni imagination ne saffisent à rétablir pour noas on moment semblable.

Point de grand crime, sans on instant de folie. Ce n'est qu'an point si, vous veniez. Mais ce point existe. Le criminel, aveuglé par son crime» a sa logique, son monde à part, qui ne sont ni notre logique, ni notre monde ; il reprend des instincts qui sortent des conditions de notre existence actuelle. Il s'enfuit dans le passée et croit s'y cacher. Mais le soleil qui nous éclaire le poursuit et le dénonce. Toute la nature actuelle s'écroule sous ses pas.

Peu de gens savent être de leur temps.

U y a toujours quelque partie de nous-mème engagée et empêtrée dans les âges antérieurs. Tel vit au milieu de nous qui n'a pas dépassé ie moyen âge. J'en connais qui datent des Mérovingiens. Aveaglément criminels, quelques-uns sont demeurés au degré des sauvages; il ne leur manque pour en être tout à fait, que des dieux cannibales. Dans le petit nombre qui sont de

leur époque, combien peu le sont en toutes choses ! Après cela, montrez-moi ceux qui restent à la hauteur, de cette année, de ce jour, de ce moment qui lui-même, pendant que je parle, est déjà suranné.

Le mal, n'est pas la rébellion contre un âge d'or dont on ne trouve aucune trace dans la réalité.

Chute primitive, fausse légende. La vérité au contraire, est que Thomme a peine à rester dans le rang où il est placé. Mille choses le sollicitent à déchoir de cette noblesse légitime ou usurpée, à revenir à son point de départ, à se perdre dans la plèbe des êtres aveugles ou muets d'où il a été tiré.

Ce n'est pas un roi de droit divin, à qui appartient la royauté, sans travail, sans science, sans vertu.

C'est un roi qui ne Test que par sa volonté, sa pensée, son art, son effort quotidien. Là où ce travail s'arrête, l'homme recule dans la plèbe de l'univers ; le moindre des êtres, un ver ' de terre lui ôte la couronne.

Oter la liberté à l'homme, c'est donc le ramener à la bête, le refouler dans les âges anté-

rieurs, où l'air de la justice lui manque pour respirer. Quel crime, pensez- vous ! Oui, il n'y en a pas de plus grand. Eh! que direz-vous si au lieu d'un homme, je parle d'un peuple entier ?(1)

(1) Hésiode : c Aux animaux, les Dieux ont assigné la loi du plus fort; à rhomme, ils ont prescrit la justice. »

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