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LIVRE DOUZIÈME. 40P

L'homme que ron veat me faire adorer, est une créature encore si incomplète qu'il ne peut pibrtei plas d'une idée à la fois. Hier, tout entier à l'esprit, il ne voyait pas la nature. Aujourd'hui, ton* entier à la nature, il ne voit plus l'esprit. De grands hommes, et avant tous les autres Aris- Jtote, ont seuls suffi a embrasser ces deux mondes. Les autres se débarrassent de la moitié du fardeau en la niant.

Le matérialisme actuel est une hardie amputation d'une portion de la nature humaine pour en sauver quelque chose. Oui, coupez, amputez, retranchez; je ne mien plains pas. Le cadavre est là sur les dalles. Peut-être le cœur se retrouvera-t-il et il finira par crier.

J'ai vu toute la nature graviter vers l'esprit c'est-à-dire, vers la liberté morale. Nier à l'homme qu'il est libre, ou ce qui revient au môme lui affirmer qu'il l'est à l'égal du mollusque ou de l'arachnide, ou du reptile qui ne peuvent faire autre chose que ce qu'ils ont fait, c'est fermer lés yeux à la marche des êtres; c'est contredire l'univers.

J'ai fait des choses qui m'étaieùt absolument insupportables. Je me suis abstenu d'autres qui

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dépendaient de moi et que je désirais de toute la force de mon cœur. Pourquoi ai-je agi ainsi? Parce que j'ai commandé à la vieille nature qui continuait de ramper en moi, et elle n'a osé désobéir. Elle a exécuté, en esclave^ en frémissant, avec horreur, ce qui lui a été ordonné. Un seul souvenir de ce genre réfute pour moi à jamais tous les docteurs de l'esprit-serf, évangélistes ou matérialistes.

Non, la moralité n'est pas seulement un don.

Elle s'acquiert par l'effort; elle s'affermit parla volonté ; elle grandit par la même loi qui fait que tout être lutte, combat, résiste dans la nature et dans l'homme. Qui s'excepte de cette loi se met en dehors de la nature et de l'humanité. Il tombe dans le sophisme, et le sophisme est le commencement du mal.

Un peuple entier peut-il faire du crime la vertu, et de l'iniquité le droit ? Il peut, en s'identifiant au crime, s'avilir, mais non le légitimer. Le peuple romain a eu beau applaudir aux crimes de ses Césars, il n'a pu les absoudre ; il n'a réussi qu'à se déshonorer, sans trouver ni merci, ni miséricorde devant la postérité.

Au lieud'un peuple, mettez en compte l'espèce

humaine. Qu'elle s^évertue tant qu'elle voudra à ce jeu. Qu'elle essaye de piper les dés, de fausser les cartes ; qu'elle se vante de son nombre et de sa toute -puissance à étouffer le bien, à glorifier le mal. Je me ris de sa toute-puissance. Le nombre ne fait rien, ne peut rien, dans cette , affaire. L'espèce humaine, innombrable et flétrie, ne sera qu'un zéro au prix de la conscience d'un homme de bien.

Qu'est-ce en -soi que la guerre? Le retour au temps où l'humanité n'existait pas encore, le règne de la dent du serpent, de la griffe, de l'écaillé, delà mâchoire endentée. L'homme disparaît. Il se revêt d'une cuirasse comme d'un système d'écaillés rugueuses ; il s'arme de Tépée comme d'une griffe de lion ou de tigre. Le voilà redevenu lion, tigre, ours de caverne, serpent typhon. Le reconnaissez- vous ?

Toutes les lois humaines suspendues, la parole faussée, c'est, dites^vous, l'état de guerre. Dites plutôt : c'est l'état de la vieille nature.

Si elle se prolongeait, que deviendrait l'homme? il n'en resterait que Tébauche, le carnassier.

De la connaissance nouvelle de la na-

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tare, il y a donc une morale qui se dédait d'ellemême. La voici: Aidons en nous l'homme nouveaa à paraître. Nous sentons (1) les ailes intérieures qui battent au dedans. Aidons cet être nouveau à sortir de sa chrysalide, à rompre son enveloppe, à prendre son essor. Dépouillons les écailles, les griffes du monde tertiaire.

Le dernier mot de la sagesse antique était de vivre selon le plan de la nature (2). Or, le dessein caché que les anciens ignoraient» vient de se dévoiler à nous. L'homme peut donc désormais s'adapter sciemment à Fordonnance de Tunivers, et achever en lui Tédifice sur le plan de l'architecte. Principe nouveau d'éducation.

Ne dis pas que la vie est triste. £lle est heureuse, tant que tu peux faire un progrès sur toimême; et tu le peux jusques à ta dernière heure,

(1) Voyez les œuvres posthumes d'un sage qui m'a soutenu de son amilié pendant les plus mauvais jours et dont je ressens la perte plus vive à mesure que la solitude devient plus grande. Quelqu'un Ta nommé un Vauvenorgues plus âgé. Je voudrais y ajouter quelque chose d'Épiciète. V. Simples pages et pensées diverses, par Théophile Dufour.

(2) Consentire naturœ. Secundùm naturam vivere,id est, virtute adhibilà^ frui prœmiis à naturà datis. Cic. de fin» bon. Lib. II, ii.

« Vois, examine de près, comme tous les » êtres se transforment les uns dans les autres. » Exerce à cela constamment ta pensée. Rien » n^agrandit davantage l'esprit (1). »

Qui dit cela? qui fait de cette transformation des êtres, un des fondements de la morale? Estce un homme de nos jours? C'est Marc-Aurèle.

Par delà dix-huit siècles , il a entrevu le principe de la science de notre temps. En effet, une &me qui se tient droite au point le plus élevé de la nature humaine, se trouve dans le plan de la nature universelle;, elle rencontre les vérités sur lesquelles repose le monde.

Avant que Texpérience les lui arrache, la nature confie d'avance ses secrets à la conscience du grand homme de bien; l'âme Vraie est sur le chemin de toutes les vérités.

Xo^poaûvY); ifcivitixôv. Marc. Anton. L'b. X, ii, p. 59

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