CHAPITRE IV
I>ÊCOD VERTE DU FEU. -^ PREMIER EFFET DE CETTE DÊCOtJVERTB SUR l'esprit de l'homme. — COMMENT LE PREMIER FOTEE EST DEVENU LE PRINCIPE DES BELIQIONS ET DE LA CIVILI- 8ATI0N. — L*HISTOIRE HUMAINE VUE DANS SON EMBRYON. — PREMIER CHANT DES BERGERS POUR ÉVOQUER LE FEU. — NAISSANCE DU MONDE CIVIL.
Qu'était-ce que le feu pour Thomme contemporain de fours de caverne? S'accoutuma-t-i!
• promptement à cet hôte nouveau? Trembla-t-il de le perdre après Tavoir trouvé? En approcha-t-il ses mains avec piété, avec terreur, comme d'une puissance surhumaine, d'un dieu qu'il pouvait évoquer avec la certitude de le voir apparaître? Ou n'éprouva-t-il qu'une muette stupeur, en allumant deux branches sèches après les avoir
frottées Tune contre l'autre, comme le sauvage de nos jours?
C'est dans les hymnes indiens du Rig-Véda que se retrouve le témoignage le plus ancien de l'effet de la découverte du feu sur l'esprit de l'homme. Il possède la flamme ; mais le foyer rallumé chaque jour n'est pas encore devenu une habitude. C'est un moment d'extase, un prodige.
Si l'on n'appelait le dieu par des hymnes, c'est en vain que l'on frotterait Tune contre l'autre les deux tiges de l'arani ; elles refuseraient de s'allumer. Le dieu refuserait de se montrer avec sa robe et incelante, sa chevelure dorée. Il dédaignerait de s'asseoir sur les touffes sèches du couza, et il laisserait le monde dans la nuit. Le taureau rouge ne viendrait pas creuser son noir sillon.
Aussi que de cantiques, que de paroles de flamme pour éveiller, attirer le puissant Agni ! Nul des immortels n'est célébré si souvent avec tant d'instance et de supplication. La prière se joint à chaque souffle pour faire jaillir la flamme; et quand elle a paru, quand le dieu, sous la cendre, a montré sa langue effilée, quand il est monté sur son char de lumière, quel chant