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LIVRE HUITIÈME

sèment (1). De plus en plus attisé par le chant, le petit Agni qui s'éveillait sur le foyer indigent, se nourrit de prières et devient, de splendeurs en splendeurs, le plus puissant des maîtres, le <3ieu des dieux, l'œil éclatant de l'univens : « Il connaît tout, lui qui séjourne ici-bas, et qui voit d'en haut par l'œil d'un autre lui-môme. »

« toi, qui es notre fils, tu es digne de nos hymnes. Maître delà force, donne-nous la force. Roi, donne-nous la victoire. Tu habites la maison d'un homme sans tache. »

Pour récompense de tant de caresses et de cantiques, que peut-il donner aux premiers hommes ? Il leur donne ce qui plaît le plus à une peuplade de bergers. Et quel est l'objet permanent de leurs désirs? Des vaches fécondes, des taureaux, des chevaux, de l'orge, des béliers, des enfants. Voilà ce qu'il répand autour de lui; en échange des hymnes des pasteurs, il donne la richesse, il agrandit la maison.

Et ce qu'il ne fait pas par lui-môme, il l'obtient des autres dieux, car c'est lui qui enfante les

(I) Sur la confusion à' Agni avec V infini (Âdili), v. ibid,^ lil. Millier, p. tm.

prières ; il les porte avec l'holocauste partout où elles ont hâte d'arriver.

Non-seulement il est le sauveur, il est aussi le ourificateur. Après avoir chassé les ténèbres du ciel et de la terre, il entre dans le cœur do Vhomme. Il y met la clarté ; il en chasse le mal; le berger s'étonne de trouver en lui-même le même foyer sacré qu'il vient d'allumer sur la montagne. «Lorsque je pense que cet être lumineux est dans mon cœur, les oreilles me tintent, mon œil se trouble, mon Ame s'égare. Que doisje dire? Que dois-je penser? »

Voilà une partie des idées, des sentiments, des merveilles morales que les premiers hommes ont fait jaillir d'un événement aussi simple que la première apparition de la flamme dans le foyer domestique (1). Je touche ici le commencement des choses humaines ; je reconnais mon semblable.

(1) Comparez les traductions de Rosen, de Langloîs, » Wiison, Benfey, M. Muller, vous trouvez sans doute d'importantes différences. Mais elles ne vont pas jusqu'à empêcher un observateur attentif de saisir les traits principaux et le fond du Rig^-Véda.

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