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LIVRE HUITIÈME

chasseur. Mais le monde, nourri de lait, tel qu'il éclate dans les Védas, ne pouvait apparaître \ dans l'antre de l'ours de caverne. Si l'homme de ce temps eut des dieux, ce furent des dieux de meurtre, habiles à tendre des embûches, à têtes de loups ou de lions, avides de chair et peut-être du sang de l'homme. Origine des sacrifices humains.

On voit, dans les cantiques des bergers védiques, que chaque chef de famille héritait des cantiques de ses ancêtres. « Je suis fort des chants que m'a transmis ma famille et que je tiens de mon père Gotama . » Aussi le maître de maison faisait-il de grands efforts pour posséder le meilleur hymne, celui qui, plus agréable à Agni, plus caressant, plus insinuant, avait plus de chance de l'attirer au foyer. Ces hymnes se payaient très-cher à leur auteur. Deux chevaux attelés à un char, cent vaches, une provision d'orge, étaient le prix ordinaire d'un chant qui était en môme temps une évocation.

De cette émulation des chefs de famille à courtiser, célébrer le dieu du foyer, naquit une richesse incroyable de formes, de litanies, de louanges, de caresses. Peut-être les prêtres

ayaient-ils seuls encore le secret d'allnmer le feu. Us ajoutaient au mystère en le variant à l'infini. On dirait, dans un bois sacré, une multitude d'oiseaux chanteurs qui essayent, à la pointe du jour, de se surpasser l'un l'autre par leur ramage. Plus tard, quand ces chants ingénus, disséminés dans les familles, furent réunis en une sorte de psautier, on peut se figurer l'éclat, la magnificence de ce livre sacré, œuvre de toute une race humaine.

Que de fois j'ai cherché à remonter, en esprit, vers le point initial et le premier moment où la société humaine a paru avec éclat sur la terre ! Je m'approchais de ce berceau, puis aussitôt il s'éloignait et se dérobait à moi. J'étais obligé de le poursuivre dans un autre horizon ; trop d'éléments manquaient encore pour qu'on pût le saisir. Quand j'écrivais le Génie des religions ,2^ ne possédais qu'un fragment du Rig-Véda. Js m'approchai du foyer ; mais il me restait encore des pas à faire pour l'atteindre.

Aujourd'hui j'ai embrassé ce foyer ingénu et sacré. J'en ai senti la douce flamme pénétrante. Et combien, à ce tiède berceau, s'éclairent les premiers dieux qui remplissent de leur génie les

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