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ET DE LA PHILOLOGIE COMPARÉE

COMMENT l'une DE CES SCIENCES CONDUIT A l'aUTRE.

La découverte (Jes anciennes langues mortes de l'Asie, le sanscrit et le zend, révèle chaque jour de nouvelles parentés entre des langues que personne ne songeait à rapprocher. Autant d'anneaux qui rattachent à un môme ancêtre la famille dispersée des idiomes. Le perse^ le grec, le latin, l'allemand, le celtique, le ïithualiien, qui semblaient si étrangers les uns aux autres, se trouvent tout à coup proches alliés , issus d'une mômé descendance, fondus dans un môme moule commun à tous ; et ce moule antérieur, dont personne ne soupçonnait l'existence, il y a un siècle , exhumé sans altération , sei^t à ré-

tabllr les titres et la filiation de tout on embranchement de l'espèce humaine.

Il n'en est pas autrement des êtres organisés. La découverte du monde fossile est pour eux ce que le sanscrit et le zend sont pour Thistoire des langues. Gela est si vrai, que Tun des plus savants hommes de nos jours (1) a pu intituler un ouvrage d'étjmologie : Paléontologie linguis^ tique.

Les animaux actuels^ les plus différents les uns des autres se trouvent subitement rapprochés par des intermédiaires qui n'existaient plus depuis les temps géologiques.

La vaste langue de la nature est ainsi rétablie ; les formes perdues tombées en désuétude et qu'elle-même semblait avoir oubliées, reparaissent au joar ; et le texte de ce grand di&* cours, brisé, interrompu, dont le sens échappait aux esprits les plus pénétrants, commence à être restauré sous nos yeux. Chaque être organisé, végétal ou animal, forme une lettre de ce discours. La plupart de ces paroles vivantes ont été englouties ou détruites par le temps. Mais à me-

(1) Adolphe Pictet.

tu LA CRÉATIOxV.<

sure que l'on en retrouve des fragments^ les lacunes entre les mots se comblent^ la phrase interrompue s'achève^ le sens entier reparaît.

C'est ainsi que par la découverte d'espèces oblitérées ou éteintes^ on voit tout à coup diminuer l'espace, en apparence infranchissable, qui sépare aujourd'hui le cheval du tapir, le tatou du paresseux, le batracien du saurien, le pachyderme du ruminant, l'éléphant du phoque, le reptile du didelphe mammifère ; et ces transitions entre des êtres si dissemblables causent la même surprise que le rapprochement subit et incontestable, entre le patois breton de France et l'aryen de Bactres, entre l'allemand de Luther et le zend de Zoroastre, entre le français de Corneille et l'idiome védique de l'Himalaya.

C5APITRE VI.

SI LA SCIENCE DU LANGAGE APPARTIENT AUX SCIENCES NATURELLES OU AUX SCIENCES HISTORIQUES ET MORALES.

Vous demandez si la science du langage appartient aux sciences naturelles ou aux sciences historiques. Évidemment aux unes et aux autres, puisqu'elle en fait le lien. Ne la confinez pas dans le monde physique ou dans le monde social. Elle les parcourt tous deux, elle les éclaire, elle les explique Tun par l'autre.

La môme loi régit le verbe de la nature et le verba de l'homme.

Ouvrages de la nature , les langues sont aussi les ouvrages d'art de l'esprit humain : statues faites avec des mots. Si vous niez le premier de ces caractères, vous êtes bientôt

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