LIVRE SEPTIÈME
Puis, à un certain moment, elle s'arrête, dans son mouvement insensible. « Tu n'iras pas plus loin. » Cet ordre a-t-il été donné aussi à ses flots pétrifiés ? Elle recule, puis elle revient encore; enfin, elle se retire pas à pas. Et dans ces vallées à peine essuyées qu'elle vient de quitter, qu'ai-je vu? l'homme. Oui, sur ce sol humide encore, je rencontre pour la première fois l'homme tel que je le connais. 11 erre, en même temps que le grand ours de caverne, l'éléphant primigenius et le rhinocéros ; ces derniers se sont couverts tous deux d'une épaisse fourrure pour résister au climat du pôle, étendu au milieu de l'Europe.
Le voilà donc enfin celui que je cherchais, l'homme (l),lefavori de la nature. Tout l'atteste, il est imposable de douter de sa présence. V<rilà l'homme, c'est lui ! Mais quel étrange avénemOTt ! partout le silence, le froid, un horizon sibérien, les eaux qui ne se distinguent pas de la terre, sous leur manteau de neige. A mesure que m retire la mer glaciaire, il la suit ; il .entro tocif.
(1) V. Frédéric Troyon. LHomme fossile. 1867. V. la note supplémentaire, par E. Renevier, sur les divers moments de Vire moderne ou humaine, p. 180.
frissonnant dans le lit encore humide des océans. Il en sort, en brisant, de sa hache de pierre, la surface durcie des fleuves pour y chercher sa nourriture ou étancher sa soif. C'est ainsi qu'on le rencontre, pour la première fois, en France dans la vallée de la Somme, en Wurtemberg à Schussenried, en Belgique dans la grotte d'Engis, en Suisse au Salève. C'est ainsi qu'il arrive dans les lies Britanniques, partout également misérable, également étranger à la terre qui se refuse encore sous ses pas. Si c'est là, en effet, son berceau, avouons que tout est fait pour lui apprendre à s'endurcir au d^ans^ à se roidir au dehors, à lutter contre une nature marâtre, inexorable à son nouveau-né.
Dans cet abandon de l'univers entier, quel est son premier compagnon, son contemporain, avec lequel il semble vivre d'une vie commune? Car partout ils se retrouvent ensemble. C'est le grand ours de caverne, Ursus spelœus, le plus ancien des carnassiers de cette époque, celui qui s'éteindra le premier, en ne laissant que des représentants qui ne donnent l'idée ni de sa grandeur, ni de sa force.
L'homme s'attache à ses pas ; et, imitateur en