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CHAPITRE VII

CRÉATION SIMULTANÉE DE l'ANATOMIE COMPARfB ET DE LA PHILOLOGIE COMPABÉS.

La plupart des idées qui ont été démontrées sur l'unité d'organisation et de structure dans la grande famille des langues indo-européennes se réfléchissent et se vérifient dans l'unité de type des vertébrés. La philologie eût pu servir de guide à l'histoire naturelle et réciproquement. Aussi, c'est presque en môme temps que se sont produites les vérités correspondantes sur l'unité de structure dans les langues d'origine aryenne et dans les êtres organisés supérieurs, entre lesquels on n'apercevait auparavant aucune pa-rente. L'anatomie de Geoffroy Saint-Hilaire aurait pu s'éclairer de la grammaire comparée de Bopp, et Bopp des découvertes de Geoffroy Saint-Hilaire.

Quand je suis les dernières discussions 9ur les êtres organisés entre. Guvier et GeoflFroy Saint- Hilaire, je m'aperçois que ce sont les mômes débats qui s'agitaient alors, sur la formation des langues, entre Frédéric Schlegel et Bopp (1). Même fond d'idées^ mômes objections, mômes réponses ; et pourtant les uns n'avaient aucune connaissance des autres. Ici les espôces animales surgissant du premier coup, spontanées et demeurant immuables, étaient opposées à l'idée du déyeloppement sur un type unifoi^me. Là, les langues considérées comme achevées et fixes dès le premier jour, par un miracle analogue, étaient opposées à l'idée du déyeloppement des idiomes, depuis la première ébauche de la parole, jusqu'au système accompli des langues indo-européennes.

Ainsi la grammaire comparée et l'anatomie

(1) Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Principes dephilosophie zoologique, 1830. Passim.

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Vie, travaux et doctrine scientifique. P. 380.

François Bopp. Grammaire comparée. 18i6, 1833, i853. Voir la traduction de M. Michel Bréal et ses remarquables introductions au premier et au second volume.

Max Muller. Science du langage. T. I.

comparée naissaient ensemble ; ellesproduisaient, à l'envi, sans se connaître , des vérités analogues.

Gomme la découverte de la langue zend a donné une dernière lumière , pour résoudre l'énigme de la filiation des langues, il semble aussi que l'on soit dans l'attente de quelque grand fait, de quelque grande découverte dans le monde fossile, qui éclaire subitement tout ce qui reste obscur dans le problème de la filiation des êtres organisés (1).

(i) En 1860, j'avais exposé à plusieurs naturalistes, et particulièrement à l'illustre auteur de la Paléontologie^ M. Pictet de la Bive, les premiers résultais de mes vues sur les rapports de la formation des langues et de la formation des espèces. Lorsqu*én 1864, j'appris que Charles Lyell avait été conduit» de son côté, à des vues de ce genre, une pareille coïncidence ne me découragea pas. Au contraire, elle me sembla une confirmation éclatante de la vérité, puisque nous arrivions aux mêmes conséquences, par des chemins, en apparence, si opposés.

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