CHAPITRE V
PREMIÈRE APPLICATION DBS LOIS SOCIALES A LA DËCOUTZRTS DES LOIS DE LA NATURE. — LA DIVISION DU TRAVAIL.
L'idée de la division du travail a été empruntée de la pliilosophie sociale et appliquée avec succès à rhistoire naturelle. On a montré que cette idée se confirme à la fois dans l'organisation des sociétés et dans Torganisation des végétaux et des animaux.
Ce seul point de vue a conduit à une foule de vérités.
Les économistes et les historiens avaient montré que plus le travail est divisé, plus l'organisation économique est parfaite. Les naturalistes, appliquant à la nature cette découverte de l'ordre social, ont établi qu'à mesure que le
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travail physiologique (1) est plus divisé dans on être, c'est-à-dire, à mesure que chaque fonction a pour instrument un organe spécial, Torganisation est plus parfaite, la créature plus élevée ; ce qui a donné une base solide à la notion du progrès dans l'échelle des ôfres.
Dans les sociétés premières, dans la cité en son germe, le même personnage exerce toutes les fonctions à la fois : prêtre et médecin, augure et ingénieur, musicien et poète, forgeron et armurier, roi et berger. Ce n'est que plus tard, dans une forme plus élevée, que les fonctions se partagent, que le travail de la vie sociale se distribue entre des agents divers, et que chacun a son emploi particulier.
Le poëte et le prêtre étaient surtout le même homme. Combien aujourd'hui séparés et différents! Qui pourrait reconnaître leur première parenté? Quelle anatomie morale ne faut-il pas pour retrouver les analogies, les ressemblances de ces deux pièces aujourd'hui si distinctes de l'économie humaine !
Appliquez cette idée à la physiologie. Vous
(!) H. Miine Edwards. Éléments de zoologie, p. 267.
obtenez ce résultat, que dans les organismes inférieurs, le même organe sert à plusieurs fonctions ; le poumon se confond avec le cœur ^ les pattes avec les mâchoires. Le môme instrument sécrète, se meut, digère, respire, se reproduit. Les créatures s'élèvent à mesure que les fonctions se partagent et que le travail de la vie se divise entre des organes diflférents.
Application inattendue des lois du monde civil à l'histoire naturelle. Mais que de pas restent à faire dans cette voie où Ton est à peine entré I Poursuivons.
Une forme nouvelle de Torganisation végétale ou animale, n'est-ellé pas dans la nature ce qu'est dans la société une machine nouvelle?
Oui, assurément. N'est-il pas vrai que l'avénement d'une organisation supérieure, d'un végétal plus puissant, d'un quadrupède mieux conformé, fait disparaître une foule d'êtres inférieurs? Exemple : les grands mammifères remplacent les grands reptiles ; tel quadrupède, telle plante, introduits dans une lie, refoulent puis extirpent les anciennes espèces indigènes.
C'est ainsi et par une cause analogue que, dans les sociétés humaines, des machines supé-
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rienres font disparaître les inférieures et avec elles tout nn monde grossier d'industrie élémentaire. Le poisson osseux remplace le poisson cartilagineuxy le monodelphe succède au didelphe, comme le bateau à vapeur succède au vaisseau à voile, ou le tissage mécanique à la navette antique du tisserand, ou la machine à vapeur à la machine de Marljr.