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CHAPITRE IX

VÉRITÉS DE l'hISTOIIIE UNIVERSELLE QUI S'iMPOSENT k L'mS- TOIRB NATURELLE. — QUE LES FLORES ET LES FAUNES s'enchaînent comme les EMPIRES. — QUE LE FIL DE LA VIE ORGANIQUE n'a JAMAIS ÉTÉ BRISÉ.

Quand je vois les formes sociales, les États, les nations paraître et disparaître^ sans que rien puisse prolonger leur existence, au delà d'un certain terme, j*ai peine à ne pas comparer cette nécessité à la force qui entraîne les ordres, les genres, les espèces à périr après une certaine époque. Qui pousse à cette destruction les Assyriens comme les ichthyosaures, les Romains comme les dinothériums?

Pourquoi la nature, non plus que Thistoire,

n*a-t-elle pu se fixer à aucune époque, à aucun étage? Pourquoi rien n'a-t-il arrêté le torrent des ^ êtres ? Pourquoi cette solitude et ce v^ste silence des forêts carbonifères, ont-ils été troublés? Pourquoi cette destruction et ce rajeunissement perpétuels? A qui appartiennent ces traces de pas sur le sable des océans antédiluviens?

•^ Gri dit ^uô les espèceis restent fixés et perpô-', tuelles. Oui,;cellés qui soiit sous nos yeux. Mais pourquoi celles qui ont précédé se sont-elles précipitées vers d'autres formes ? Je pense que la même force qui entraîne les. empires à changer, entraîne aussi la nature vivante à se renouveler, '

Qui saurait le secret de chaque âge de l'humanité, serait bien près de savoir le secret du monde géologique.

Dans les sociétés humaines, comptez les manières différentes de disparaître du monde. Il y a des États qui périssent en un^nuit, comme les villes de la Qrèce, sans que personne sache à quel moment; il en est d'autres qui s'éteignent peu à peu ; il en est, tels que les Chinois, qui survivent à tous les cataclysmes de l'histoire. Us restent semblables à eux-mêmes, quand tout l'univers a changé autour d'eux. On aurait pu

soupçonner par là qu'il y a aussi des ordres entiers de vertébrés qui ont traversé, sans altération, toutes les époques et tous les anciens océans Jusqu'à nos jours.

La civilisation n'a jamais péri tout entière. Au milieu des plus grands anéantissements, il est resté des peuplades, des débris d'idiomes et de dieux, des autels, des monastères, par lesquels a continué la vie antérieure du genre humain. De même, dans le monde organisé, il est resté, au milieu de chaque cataclysme, des genres, des espèces, des tribus, des groupes do végétaux et d'animaux qui ont passé d'uno période dans une autre ; en sorte que le fil do la vie organique n'a jamais été entièrement brisé ni dans la nature, ni dans l'histoire.

La loi qui enchaîne l'une à l'autre les civilisations dans le monde social, est une induction du lien qui a dû Mister entre les diverses formations successives d'êtres organisés.

Les flores et les faunes s'enchaînent comme les empires.

S'il est toujours resté quelque vestige des civilisations antérieures, si grâce à ce reste survivant d'un ancien monde social, le nouveau a

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recommencé, j*en induis que dans Thistoire naturelle, les ôtres organisés n*ont jamais péri jus- . qu'au dernier. Dans chaque cataclysme des familles vivantes ont échappé. Là population : végétale ou animale n'a pas disparu tout en- ^ tière. Mais dans chaque époque nouvelle, sont restés des débris de Tépoque antérieure. La création n'a donc pas recommencé ab ovo, à chaque âge géologique et historique.

Dans le cataclysme du monde romain était resté le germe d'une Rome nouvelle : dans la chute et la destruction de la Grèce, quelques peuplades grecques ; dans la ruine de Ninive et de Babylone, quelques traditions assyriennes, et chaldéennes; dans l'extirpation de l'Egypte, quelques moii;ies coptes ; dans l'anéantissement de Jérusalem, le livre des juifs; dans l'eifacement de la Perse, quelques prêtres parsis et le Zend'-Avesta. Pareillement, à l'époque de la craie, il est resté une partie de la population du lias, dans le lias une partie de la population . triasique, et ainsi de suite dans toutes les couches , d'êtres qui ont apparu l'un après l'autre. Le tra- j . vail de la nature vivante n'a pas été perdu et englouti à chaque étage.

L'arche de Noé pleine des germes du monde antérieur n'appartient pas seulement au dernier diluvium; elle a surnagé dans chaque cataclysme.

Les mondes Assyriens, Égyptiens, Grecs, Romains, Byzantins, moyen âge ont passé; ils ne se reverront plus. De là, vous eussiez pu conclure d'avance que leâ espèces fossiles une ' fois disparues ne reparaissent jamais.

Tous les efforts réunis des hommes ne pourraient refaire pour un jour Babylone, Jérusalem, Athènes, Rome. Les formes sociales, une fois brisées, ne se retrouvent plus dans aucune combinaison des siècles de siècles. De là, vous eussiez pu lire d'avance, sans attendre les découvertes dues au hasard des fouilles, cette loi fondamentale de la paléontologie, que les genres éteints de végétaux et d'animaux ne se recottnposent plus dans la série des êtres organisés.

La nature ne retourne pas en arrière ; elle ne

refait pas ce qu'elle a détruit, elle ne revient pas au moule qu'elle a brisé. Dans le nombre infini des combinaisons que l'avenir renferme, vous ne reverrez pas deux fois la même humanité, ni la même flore, ni la même faune.

Cette loi a été révélée tardivement de nos jours par les fossiles dus le plus souvent au hasard. Les inductions tirées de Thiistoire civile eussent pu y conduire par une voie directe.

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