LES ORIGINES DB LA VIE
Ne cherchons plus ici Torigine delà vie dans nos creusets ; nous nous consumerions sans ¥j trouver. Cessons nos évocations. L'homoncule n'apparaîtra pas dans la fumée de nos alambics.
Nous avons vu la première apparition des êtres organisés reculer devant nous à rextrémité des temps, à mesuré que nous nous sommes rapprochés des commencements du globe.
Que pouvons-nous en conclure, sinon que la vie est contemporaine des premiers âges du globe lui-môme? Elle n'a pas surgi à telle époque, à telle couche de terrain ; mais elle appartient à Tunivers; elle est de nature cosmique. Semée dans les espaces du monde, recueillie dans les
flancs des nébuleuses, elle a voyagé avec elles de cieux en cieux.
Contemporaine de la matière, quand notre globe n'existait pas encore, elle existait déjà. Elle a précédé notre terre et elle lui survivra.
Le jour où la terre détachée de la masse cosmique emporta avec elle les substances qui la composent^ suspendues dans son atmosphère^ ce jour-là elle emporta aussi les embryons des êtres avenir.
Dès que le noyau central s'est refroidi, la vie a commencé à pleuvoir avec les eaux primitives, et elle a formé de ses débris la première couche stratifiée au fond des mers. Dans le terrain qui précède tous les autres et que Ton appelait azoïque, parce qu'on le croyait privé de tout vestige d'organisation, le vivant se montre déjà avec VEozoon. Sitôt que le calcaire apparaît, une poussière vivante remplit tout.
D'où vient-elle, sinon des fleuves nébuleux qui parcourent l'espace ? Elle nageait dans la substance liquidé d'où la planète devait émerger, après avoir dépouillé et brisé son anneau.
Dans l'ample sein des nébuleuses, sont étages, à des températures différentes, les gaz des
métaux^ des minéraux, qui se solidifieront à mesure que s'étendra le refroidissement. A la partie la plus éloignée du foyer, flottent» en essaim, les semences des êtres qui se développeront à leur tour quand un sol se sera formé pour les recevoir.
Les comètes sèment-elles après elles, dans les cieux qu'elles traversent, les germes qu'elles enveloppent de leurs voiles lumineux? Les anneaux de Saturne, encore liquides, renfermentils dans leurs océans les infusoires saturniens qui doivent se déposer un jour, en poussière siliceuse, sur le noyau de la planète, quand le cercle qui l'entoure se confondra avec elle?
Peut-être les mêmes germes de vie qui nageaient dans les couches supérieures de la première nébuleuse ont été abandonnés à tous les corps célestes dans lesquels elle s'est condensée ; et ces germes semblables ont pris des formes appropriées à chaque planète.
Ainsi la source des êtres serait la même dans tout le système solaire; ils auraient pris des figures différentes suivant Tàge et les conditions de la planète où' ils résident. La mer miroitante de Vénus nourrirait des habitants contemporains
de ceux de la mer poissonneuse d'Homère. L'organisation serait plus avancée sur la terre que dans Mars, â peine éclose dans Jupiter et dans Saturne^ qui n'ont pas encore atteint l'âge de la silice et du calcaire»
Puisqu'il est démontré que nos métaux et nos minéraux ne sont pas particuliers à la terre, mais qu'ils appartiennent aux autres planètes et au ^ soleil, on peut croire que les animalcules imperceptibles qui fourmillent dans notre atmosphère, se retrouvent aussi dans les atmosphères des autres corps célestes de notre système. *
En un mot, la terre, qui ne s'est pas donné la lumière, ne s'est pas donné davantage la vie organique. Lumière et vie lui sont venues d'un foyer plus éloigné et plus puissant.
La vie n'est pas limitée à un point de l'espace ou de la durée. Elle nous renvoie à un ancêtre plus éloigné, celui-ci à un plus ancien. Nous ne pouvons la saisir ici dans une génération spontanée ; elle échappe à nos dates ; elle précède nos commencements.
Ce n'est pas une planète seule qui l'a produite ; un tel effort n'appartient pas à un corps céleste en particulier. Pour enfanter le premier vivant,
il a fallu autre chose qu'un astre détaché, morcelé dans un coiu limité de la nature. Il a fallu Teffort de la nature entière, je veux dire de toute la masse nébuleuse ou plutôt de l'univers. Le premier vivant a son premier ancêtre dans l'infini.