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LA PERMANE>:CE DES MÊMES TYPES D'ORGANISATION DANS LA MÊME CONTRÉE

Singulière question. A quel moment ont commencé les formes des architectures égyptiennes, grecques, byzantines, gothiques? Oùestlintermédiaire qui conduit de Tune à l'autre?

Dès qu'elles se montrent à nous, elles apparaissent complètes par grandes masses : l'égyptienne dans les temples de Thèbes, la grecque dans celui de Thésée, le byzantin dans Sainte - Sophie, le gothique dans Notre-Dame.

Où sont les ébauches, les tâtonnements ? Vous ne les trouvez nulle part. Il faut les supposer puisqu'ils ne tombent pas sous les yeux. D'où

sortent épanouies les coupoles de Byzance ? D'où vient à un autre moment Togive des cathédrales? Elle sort des profondeurs de l'Orient, dites-vous. . C'est là qu'il faut chercher le premier type. . Je le veux bien. Mais les preuves directes de cette descendance vous échappent le plus souvent. Ne vous étonnez pas que le dessin architectural de la nature dans la construction successive des êtres organisés se dérobe à vos yeux.

Nous ne pouvons rattacher, par un lien certain, ce qui date d'hier, ce qui a été fait par nos mains. Nous ne saurions montrer commentl'ordre byzantin est né de l'ordre transformé de Ninive ou de Babylone, ni comment l'ogive gothique a été engendrée par l'ogive persane ou arabe.

Peut-être les intermédiaires d'abord informes, mal faits pour durer, se sont écroulés sans laisser de vestige; nous voilà réduits à des conjectures sur la filiation et la transformation de ces organismes de granit ou de marbre. r, Ne pensez pas qu'il en soit autrement de ces prodigieuses coQStructions de la nature, édifiées dans la chair et dans le sang du règne animal, à travers les intervalles des époques géologiques. Trop de ces constructions se sont écroulées en

poussière. Si nous ne pouvons rattacher les unes aux autres les œuvres de nos mains, le Byzantin à rOriental, le Gothique au Persan, Sainte- Sophie à Ninive, Notre-Dame de Paris à la Mecque, quoique le lien existe réellement et que la démonstration seule nous manque , comment ne serions-nous pas embarrassés de rattacher les faunes et les flores successives les unes aux autres^ les poissons osseux aux poissons cartilagineux, les ruminants aux pachydermes, les mammifères aux sauriens? Nous avons perdu le sens de nos propres œuvres ; nous y sommes égarés. La grande merveille que nous ayons peine à retrouver le fil dans les œuvres de la nature ! Nous ne pouvons dire pourquoi^ à tel moment, toutes les formes sociales changent, pourquoi le plein cintre disparaît, pourquoi la voûte aiguë le remplace, pourquoi Togive se montre partout subitement au xiii® siècle ; et nous nous étonnons encore de ne pas savoir pourquoi et comment, dans les abîmes ide l'époque tertiaire^ tous les poissons^ à une certaine date, prennent subitement des écailles d'une autre sorte; pourquoi ces écailles, imbriquées en forme de toit, succèdent aux plaques osseuses en forme de pavé !

Où le gothique a-t-il régné? En France, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, là où il n'avait pas à lutter contre un type antérieur. Je l'ai cherché vainement dans tout le Péloponnèse. 11 a été nul en Grèce, presque nul dans l'Italie méridionale où l'ancien type a repoussé le nouveau.

Transportez cette loi dans le monde des êtres organisés fossiles. Il s'ensuit que dans une môme contrée, les espèces ont beau changer; l'ancien type subsiste. Cette loi aurait pu se lire dans l'architecture longtemps avant de se montrer dans les fossiles.

Quand une architecture originale a paru, dans une certaine contrée, elle continue d'y subsister et de dominer tout en se transformant de siècle en siècle. En Asie, les formes de Ninive et de Ctésiphon se retrouvent encore dans Bagdad 'et Bassora. Persépolis revit dans Ispahan.

Où est l'analogue de l'ogive assyrienne'? dans l'ogive mauresque. Des colonnettes de Ghaldée? dans les colonnettes arabes. Des revêtements en faïence émaillée des palais de Ninus? dans ceux des harems des Califes.

De même en Occident, T architecture à co-

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lonnes isolées de la Grèce et de Rome reparaît dans le byzantin.

Le dôme du Panthéon d' Agrippa se retrouve dans les églises romaines du moyen âge. Après quinze siècles^ il se déploie au haut des airs^ dans le dôme de Saint-Pierre de Michel-Ange.

L'architecture étrusque , avec ses lourdes masses cyclopéennes, revit dans celle de Florence.

De tout cela^ vous auriez pu conclure que lorsqu'un type d'organisation a paru dans le monde organisé, il continue de subsister dans la

môme région à travers les variations d'espèces et . de familles. C'est ainsi que les types des espèces éteintes se retrouvent dans leurs descendants, au môme lieu : en Amérique^ le mégathérium et les édentés du monde tertiaire, dans le tatou, le paresseux de nos jours ; en Australie, les didel* phes y dans le kanguroo et le sarigue ; au Brésil', le smilodqn dans le jaguar (1).

Tant la parenté est étroite entre les morts et les vivants d'un môme continent ! .

(1) Charles Lyell. Manuel de Géologie, trad. par M. Hugard, T. II, p. 263.

Murray. Mammals, p. 89.

Gomme l'architecture humaine exprime tout Tesprit d'une société, de même la coquille d'un mollusque traduit plus ou moins exactement les caractères de ranimai, qui en a fait son habitation. Les peuples qui ne nous ont laissé que des débris d'architecture peuvent être jugés par ces restes, comme si c'était une partie d'euxmêmes. Il en est ainsi des coquillages fossiles. Nous retrouvons les habitudes de l'animal dans la coquille vide qui a été un jour sa demeure. Noua rétablissons les Égyptieus par leurs hypogées, les Troglodytes par leurs cavernes (i).

Dans le coquillage, il est des parties qui semblent n'être qu'un ornement. Il est dans son plus grand éclat, au moment du plein développement de l'espèce ; il décline avec elle. L'art diminue pour l'homme, comme pour le mollusque,, dans les temps de décadence.

En effet, dans les tribus et les races des coquilles, on remarque des époques de grandeur et .de chute. Les Ammonites ont eu, comme Rbme, leur temps de grandeur et de décadence, après lesquelles elles ont disparu, ne laissant

(i) SvenNilsson. Habitants primitifs de la Scandinavie. Age de la pierre, p. 161.

que leur enceinte enroulée, comme la muraille circulaire d'une ville privée d'habitants.

Par degré, les formes de la coquille changent; les spirales, les cloisons se modifient insensiblement. L'architecture des Ammonites varie, elle se dentelé davantage; puis elle finit par réunir un mélange de formes anciennes et de formes nouvelles; sorte de construction byzantine com* posée d'antique et de moyen &ge. En un mot, les Ammonites ont eu leur période et leurs ordres divers d'architecture dans l'époque triasique, liasique, jurassique, crétacée, comme les Hellènes ont eu leurs ordres différents, dans les époques homériques, classiques, alexandrines , byzantines.

Après le règne classique des Ammonites, vient une époque où les anciennes formes régulières se décomposent en une foule de formes déréglées et barbares. Aux enroulements circulaires se succèdent des constructions coniques, elliptiques, arquées, ogivales, turriculées qui s'éloignent de plus en plus du plein cintre.

Les belles et calmes nervures disparaissent; une époque chaotique commence, véritable moyen âge des Ammonites. C'est ce que les

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naturalistes appellent le dévergondage (1) des formes des céphalopodes; une multitude de coquilles irréguliôres, tourmentées, capricieuses, remplacent les voûtes à arcades de l'époque secondaire, comme la variété fantasque du cha* piteau gothique succède à la belle unité du chapiteau grec.

D'où il semble résulter que la môme loi de succession dans Tengendrement des lignes et des formes parcourt toute la nature et se réalise dans les époques des mollusques comme dans celles des empires. Non assurément que les sociétés humaines modèlent leur art sur celui du plus inférieur des êtres, et que Phidias prenne conseil du Nautile, mais parce que la mémo pensée circule à travers les mondes et s'incarne dans le plus petit, comme dans le plus grand, dans la coquille du céphalopode, comme dans le temple d'Osiris, ou de Jupiter Olympien.

Gela est si vrai que certains naturalistes ne peuvent décrire les coquilles sans se servir, à chaque moment, de comparaisons tirées de l'architecture civile. En entrant dans cette idée, ne pourrait-on

(1) D'Orbigny, Piclel.

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pas, au lieu des déaominatioQS absolument arbitraires des coquilles^ établir des rapports avec rbistoire du développement des formes dans rarchitecture, et s'en servir pour marquer la différence des fainUles^ suivant la progression zoologique, an lieu |de dénominations fantasques^ tirées, par exemple, de la guerre?

Ne vaudrait*-il pas mieux dire, en faisant allu^on aux formes de plus en plus complexes du chapiteau : ammonites, doriqueSi ioniques, corâtit^iennes, gothiques, etc. ? Le mollusque se trouverait classé selon son apparition historique dan$ Tordre des temps.

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