CHAPITRE VI
COMMENT LES TYPES CHAKOSNT DANS l'hISTOIRE UNITERSELLE.
Un type nouveau dans les sociétés humaines^ c'est une ère nouvelle.
L'origine, les commencements de ces types, la manière dont ils s'introduisent dans le monde, tout cela conduit à une science nouvelle de l'homme et de la nature. Que sont les change- . ments de civilisation? Us sont pour l'homme ce que les changements de flore et de faune sont pour le monde végétal et animal.
Mais comment le genre humain passe-t-il .
d'une ère à une autre ère, c'est-à-dire d'une faune historique à une autre faune, du monde antique au monde moderne, du paganisme au christianisme? Ce n'est pas l'empire assyrien,
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OU égyptien, ou romain qui, changeant brusquement de mœurs, de tempérament, s'il a été reptile/se met tout à coup à se dresser sur ses pieds, à se faire mammifère ou à prendre des ailes.
Non ; c'est^ dans quelque région inconnue, un type négligé, perdu, dont le développement a été jusque-là impossible; c'est une peuplade oubliée, égarée aux confins de l'histoire; c'est l'imperceptible nation juive ; c'est une peuplade germaine; c'est une tribu arabe qui apporte une forme imprévue, un moule nouveau dans lequel se fondent les antiques organisations sociales. U en sort la nouvelle faune humaine.
Cela me conduit à penser que, dans la nature, il se passe quelque chose de semblable, que les grands reptiles, par exemple, ne changent pas leur mode de progression, mais qu'un type jusque-là invisible, celui des mammifères du trias, trouve un monde qui lui répond dans une nouvelle distribution des terres et des eaux. Ce type se développe, il envahit les autres; l'ordre des mammifères s'ajoute à ceux qui ont précédé.
Voilà une ère nouvelle dans la nature vivante.
Ce sont les petits, les invisibles qui ont édifié les principales couches du globe. Ne peut-on pas
dire aussi que ce qui fait le fond des cûoses humaines, je veux dire les langues, les religions, les croyances^ les légendes, les traditions, a été bâti par une foule invisible, par des artisans inconnus et innombrables qui restent ensevelis dans Tœuvre de tous ? .
Sur ce prenfïjer fond fourni par les petits, se détachent plus tard de grands noms, des individus auxquels on est tenté de tout attribuer. En les regardant de plus près, on réconnaît que leur action a été faible en comparaison de celle de la masse anonyme.
Nul individu n'a créé une langue. Les petites causes qui se répètent, à chaque moment de la durée dans les choses humaines, sont comme les rhizopodes, les bryozoaires, les radiaires qui, sans se lasser, travaillent nuit et jour dans les abîmes.
Les infiniment petits ont bâti les fondements de Thistoire, comme les fondements du globe.
Quand une espèce animale ou végétale va disparaître, le premier indice est celui-ci : La région qu'elle occupait sur la terre devient dejour en jour plus étroite. Elle se retire de la plus grande partie des lieux qu'elle habitait. A la fin
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elle se confine, comme en une lie, dans nn point où elle achève de périr.
C'est là ce que Ton voit dans rhumanité, quand un type social, caste, aristocratie, noblesse, approche de sa fin. Les races qui le représentent encore semblent se retirer de Tespaee qu'elles remplissaient autrefois. La surface ou Taire qu'elles occupaient dans les choses humaines diminue à vue d'œil; elles se font, comme ane lie, au milieu des intérêts et des passions de leur temps. Cette lie décroît ; elles j végètent encore, séparées de tous les affluents de la vie universelle où se retrempent les peuples dont elles sont séparées. A la fin, le sol même semble manquer ; la caste disparaît avec lui.
Il est rare que de petits États, s'ils ne sont confédérés, produisent de grands hommes dans Tordre moral, politique et littéraire. Chaque individu est trop occupé à se circonscrire, à borner son horizon, à se détacher de tout intérêt pour les peuples étrangers, à n'avoir rien de commun avec Thumanité en général. Avec Thorizon, l'âme se rétrécit, le cœur s'atrophie. On conserve les petites vertus ou les petits savoir-faire.
qui s'adaptent à nne yiUe, à un district. Mais cette &me qui déborde par-dessus les montagnes, qui ya puiser des forces» des énergies inconnues dans la communication intime avec le genre humain» cette âme-là» qui est le grand homme» ne peut se dilater et se former au milieu des petits partis d'une petite yiUe» en restant neutre entre le bien et le mal» dans toutes les grandes ' affaires humaines.
Les grands quadrupèdes à sang chaud n'ont jamais été découverts dans une lie trop éloignée des continents.