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CHAPITRE VIII

SI l'histoibb coxifirme ou r&futb jjl doctbins

DE l'embryogénie.

l'hUMANITA, un XMBBTrOM QUI CBOIT TOUJOURS.

Les naturalistes entrevoient que l'embryon des mammifères, avant de parvenir à son état complet, parcourt Téchelle inférieure. On découvre des analogies entre les systèmes nerveux du ver de terre, de l'insecte, et de l'homme embryonnaire (1). Âprèg cela, le poisson se montre en lui, puis le reptile, enfin parait le mammifère.

(1) Certaines parties du *8ystème^ nerveux ofTrent des exemples de la persistance de Tétai qui s'observe chez las animaux inférieurs.

Les formes permanentes chez les invertébrés s'observent aussi chez les vertébrés^ où elles sont temporaires, et s'observent dans la période embryonnaire. Claude Bernard. Leçons sur la Physiologie et la PatMogie du sysUrM nerveux, p. 514.

Cette loi, les savants la pressentent^ ils la possèdent à demi, ils la cherchent encore.

Rien ne serait donc plus important que de yoir s'il ne s'en trouve pas une analogue, dans une autre sphère, surtout dans ce que nous pouvons appeler le règne humain. Gomment y parvenir?

Je l'ai cherché longtemps en vain. L'idée véritable , m'échappait par sa simplicité môme. Je crois enfin la saisir. La voici telle qu'çUe se présente à moi.

Je considère le tout de l'histoire universelle, comme un embryon qui, passant par diverses formes, se développe d'époque en époque dans le sein du genre humaiiti. Tel peuple s'arrête à telle période de Tembryon, et marque ainsi une époque du monde civil; en sorte que toutes les époques coexistent en môme temps sur la terre ; d'où la variété des nations, des États, de^ populations, des langues même qui répondent à la variété des espèces dans les êtres organisés.

Voilà pourquoi l'histoire des origines des peuples est si importante» Tout est là. En effet, la moindre modification qui affecte le jeune embryon s'étend à toute l'organisation de l'adulte. Entre des peuples semblables à leurs commencements.

une imperceptible différence dans Tembryon en produit d'immenses àl'&gedela maturité.

Voyez ce petit hameau de bergers sur le mont Palatin ; vous ne le distinguez pas des villages da reste de l'Italie. Pourtant, approchez. Examinez de près cet empire à l'état de larve. U est clos d'un fossé plus profond qu'ailleurs; franchissezle. Telle circonstance insignifiante, tel genre de vie, tel caractère individuel, ce troupeau mieux gardé, ce taureau plus farouche, ce chien plus vigilant, ce soc de charrue mieux aiguisé, ce sillon mieux tracé, ces ruches d'abeilles plus nombreuses et plus riches, celte cabane plus haute, cette moissonneuse plus grave, ce laboureur plus fier, voilà les traits qui annoncent la majesté future de Rome et la maîtresse du monde.

Telle langue monosyllabique, par exemple, celle de la Chine, s'est arrêtée à l'époque antérieure aux Aryens; elle marque aujourd'hui le premier moment de la société humaine. Telle population, munie encore de haches de silex, représente l'âge de la pierre. La plupart des populations de l'intérieur de l'Afrique, armées encore d'épieux et de boucliers, sont demeurées au point d'arrêt de la période de Mé-

ïéagre ou d'Hercule dans le crépuscule mythologique.

Les SénégaUens qui élèvent de petits temples aux vipères sacrées et aux flamants, sont restés au point de départ du peuple des Pharaons.

Avec le culte des serpents et des ibis, ils ont gardé le premier trait de l'Afrique.

Les Arabes nomades n'ont pu dépasser le monde patriarcal d'Abraham dont ils sont les analogues et les représentants.

Lorsque Gook abordait dans les lies de FOcéanie, que trouvait-il? L'époque encore vivante des Phéaciens de l'Odyssée à Otahitî, et les Lestrîgons d'Ulysse dans les mornes de la Terre de Feu. Fernand Cortôs, en arrivant au Mexique, y retrouva l'âge vivant d'Agamemnon dansMontézuma, et l'État embryonnaire d'Argos et de Mycènes dans Mexico.

Qu'est-ce en soi que l'islamisme moderne?

L'époque de Moïse que les musulmans n'ont pu dépasser et qu'ils éternisent. Toute une race d'hommes éblouis encore par le buisson ardent de l'Horeb. Cette illumination, réfléchie t)ar le Coran , les a empêchés longtemps de rien voir, de rien entendre de ce

d3S LA CRÉATION.

qui se passe autour d'eux dans le monde nouveau.

Que font les Anglais dans Tlnde? Ils retrouvent l'embryon de l'humanité dans sa première forme de caste, telle qu'elle existait à l'époque védique.

Chaque période du passé a laissé ainsi son représentant vivant dans la société humaine.

La Russie de nos jours, c'est l'Europe du XV® siècle, modelée sur le type du khan mongol.

Hier encore l'aristocratie de Berne s'était arrêtée dans les formes de la vieille aristocratie du Latium. Niebuhr retrouvait dans Berne un analogue de la Rome des décemvirs.

L'époque des clans se retrouvait dernièrement comme une espèce demi-perdue chez les Gircassiens, les Albanais, les Écossais*

Quant au moyen âge, en combien de formes ne s'était-il pas perpétué jusqu'à nos jours? U vivait encore en Espagne et même en France au siècle dernier.

Ce qui fait l'intérêt historique de la papauté., c'est qu'elle conserve encore vivant, comme dans une arche de Noé, le type soeial lô plus éloigné de nous, la théocratie, qui sans cela

existerait à peine dans la mémoire des hommes.

Il est donc vrai que la diversité des sociétés humaines n'est pas autre chose que la diversité des époques dans la vie de cet embryon qui croit toujours^ sans s'arrêter jamais, et dont le genre humain est en travail. Le poisson reste poisson parce qu'il n'a pu (lépasser cette ère de la vie universelle et se faire reptile. Thèbes est restée Thèbes parce qu'elle n'a pu se faire Athènes ou Rome. Au fond, le principe est identique.

Ce qui forme l'espèce est ce que les natura* listes appellent le point d'arrêt dans le développement du germe embryonnaire. Je retrouve la même loi dans le monde civil, sous d'autres noms. Là aussi,, les organisations ne sont pas autre chose qu'une certaine période de la vie et comme un certain témoin qui se fixe sur la route du temps.

De là tous les efforts que font les sociétés pour arrêter le temps et l'empêcher de couler. Elles voudraient se ressembler toujours, parce qu'elles sentent qu'en changeant, elles s'échappent à elles-mêmes. Gomme chaque espèce voudrait rester fixe, il y a aussi, dans chaque société^ une force de durée qui résiste aux transforma-

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tions. Qaand il faut céder et changer, il sort des sociétés un cri de détresse. On en a vu rester pendant des milliers d'années en proie à des souffrances intolérables plutôt que de se détacher de cette forme du temps qu'elles représentaient. Qui n'eût cru au temps d'Hérodote que l'Egypte était une espèce fixe et immuable ?

Mieux examinée, on a vu que l'Egypte même a eu ses variations; elle a changé d'humeur.

Tel dieu qu'elle avait commencé par adorer, elle a fini par le maudire. Elle avait élevé des statues à Typhon , dans la dix-huitiâme dynastie ; elle les a brisées dans la vingtième. De son dieu préféré, elle a fait un mauvais démon.

L'apparente immobilité de ses temples nous abusait. En les connaissant mieux^ nous décou* vrons des changements, des révolutions qui nous avaient échappé. Éternité métamorphique comme le rocher lui-même.

Concluons que la loi entrevue par les naturalistes trouve sa confirmation dans le monde civil. Le parallélisme entre le développement du germe dans l'individu et le développement de l'univers

organisé peut se suivre en traits frappants sut le front des peuples et des États.

L'histoire aussi n'est rien autre chose que le spectacle de ces formes organisées qui s*arrôtent, se fixent ^ et se pétrifient, l'une après l'autre, sur le chemin du temps.

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