‹ La créationChapitre 97 sur 113 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

COMMENT l'HOMMB» PAB L*ART, CHANGE l'AMIIIAL.

ToDt être nouveau, en apparaissant sur la terre, a changé les conditions des êtres déjà existants. Quand les polypiers et les mollusques ont apparu, les spongiaires se mirent à ronger leurs coquilles et leurs constructions. De là, que de nouveaux genres de vie chez les invisibles !

Le premier quadrupède carnassier qui se montra et chercha une proie, jeta l'épouvante chez les herbivores. Il les obligea de chercher leur salut dans la fuite et de se faire des piedi plus rapides. Peut-être le reptile fut-il cause qac le premier oiseau déploya ses ailes pour lui échapper.

Passons à l'homme. Comptez les changements

qu'il a imposés aux animaux domestiques dont il a fait ses compagnons. Il les a maniés comme l'argile, il a allongé ou raccourci à son gré leurs torps et leurs membres^ il les a peints d'autres touleurs. Il ôte ou rend des cornes au bœuf, au bélier ; il donne au chameau deux bosses et des pieds palmés à son chien en le faisant vivre dans Teau; il fait des monstres de grandeur ou de petitesse ; il accroît ou diminue le bec, Taile, les vertèbres du pigeon ; il fait au ramier une queue d'hirondelle (1).

Caprices, dites- vous! Heureusement, ils ne sauraient durer.

Dites mieux : l'homme fait des êtres de fantaisie ; et ces êtres subsistent de génération en génération, comme s'ils avaient reçu le sceau de l'éternité. Il ne grave pas seulement sur le marbre et l'airain, s^s goûts, ses idées, ses volontés; il les grave aussi dans la chair et le sang des êtres vivants; et ses fantaisies se changent en lois. La nature s'y soumet ; car elles se propagent de l'individu à la race entière, selon

(1) Charles Darwin. De la variation des animaux et des jplantes, Trad. par Mouliaié. T. I, p. 163.

le bon plaisir de rhomme. Môme ses manies les plus futiles, ses modes, presque ses ridicules, s'impriment héréditairement sur les animaux qu'il façonne à son image, tels que le pigeon à jabot, le coq huppé. Demi-dieu qui crée, non pas, il est vrai, des ordres ou des genres, mais assurément des races, peut-être des commencements d'espèces.

Quant aux animaux auxquels il a déclaré la guerre, il les proscrit en des régions chaque jour plus étroites. Déjà(l) on prévoit le temps où toutes les bêtes de proie, toutes les plantes venimeuses auront disparu devant lui. L'Éden que l'on cherche dans le passé s'ouvre dans l'avenir.

(1) Lubbock. L'Homme avant l'histoire, p. 495.

Page 1