Voyez, pour le moi pourUiir/ue, page 5, note
52. i( Les myriades de pierres éparses ou renfermées dans une cangue de boue Il durcie qui ont valu à la plaine principale le nom celtiijue de Crau, avaient étonné les « anciens colons grecs du littoral : leurs mythes, transmis aux autres Hellènes, racon- « talent que tous ces fragments de roches avaient été lancés du haut du ciel, afin que .< le demi-dieu Hercule pût en écraser le peuple intrépide des Liguriens, (lîsehyle cité « par Strabon, liv. IV.)
« Les recherches des géologues modernes nous ont iippris que dans ces cailloux de « la surface il faut voir des galets apportés dans la proportion de six septièmes par le « courant du Rhône, et dans la proportion d'un septième, ou même d'un huitième seule- « ment d'après de Saussure, par l'eau de la Durance ; quant aux poudingues qui for- « ment le sol profond de la Crau, ils sont d'origine essentiellement marine.
« La Crau a gardé son aspect d'ancien lit de la mer. L'horizontalité du sol, qui « semblerait parfaite si le niveau du géomètre ne démontrait le contraire, les ;brunies « qui pèsent au loin sur l'horizon, les mirages qui font frissonner l'atmosphère et lui « donnent presque l'oscillation delà vague, la forme des collines environnantes décou- « pées en promontoires, tout fait songer à la mer voisine dont les fonds prolongent Li « plaine vers le sud... »
(Elisée Reclus, Nouvelle Géographie, tome H, page 2.35.) ' ' '
53. Nous condenserons dans la note ci-dessous tout ce que nous avons à dire sur le peuple ligure et sur la légende développée dans ce passage.. ..
Le nom Hcspérie [Hesperia, occidentale) fut d'abord donné par les Grecs à l'Italie : plus tard, ce nom fut appliqué à l'Espagne.
La Ligurie (Liguria) était une contrée de l'Italie septentrionale ancienne, entre le le Var, la Méditerranée, l'Apennin et le Pô. Les Ligures, habitants de ces contrées, semblent avoir été de môme race que les Ibères. Comme toutes les tribus montagnardes, ils étaient braves et jalouï de leur indépendance. Rome ne les soumit <]u'après trentehuit ans de guerre (200-1G3 av. J.-C).
Les Ibères, dont les Ligures n'étaient qu'une tribu, s'étaient établis dans le nord de l'Espagne. Les Calls s'étant jetés sur eux vers le xvi= siècle avant J.-C, et les ayant chassés de leurs positions, les Ligures se fixèrent sur les côtes de la Méditerranée depuis la jonction des Cévennes aux Pyrénées (collines entre les cours de l'Orb et de l'Hérault) jusqu'aux Apennins. C'est là que les trouvèrent les Phéniciens d'abord et les Grecs ensuite dans leurs explorations de ces côtes.
Quant à la légende d'Albion et de Ligure, exposée dans ce passage, et à laquelle M. Elisée Reclus fait allusion dans la citation que nous lui avons empruntée (voir plus haut, note 52). elle se retrouve dans la plupart des historiens tant anciens que modernes..
(ii;oi.o(iiE i:t I'aléontoiamue oi
Peuple au sang gt'n('Teux, d'aventureuse humeur, Qui, vaillant, expansif, se fil l'avanl-coureur Des émigrations de Gaule en Hespérie.
Des collines de TOrb aux monts de Ligurie, Très longtemps on le vit, indépendant, heureux, Dominer sur les bords de la mer aux Ilots bleus : Lorsqu'un jour, dans les clans, précurseur de la guerre, Le bruit se répandit qu'une race étrangère. Qui marchait sur les eaux, faisait irruption. La colère ébranla soudain la nation.
Et le Conseil voulut qu'une troupe choisie Se portât du côté de la plage envahie.
Deux géants, deux héros, formidables guerriers, Pour marcher au combat s'offrirent les premiers. L'un se nomme Albion, et le second Ligure, Tous deux pareils aux dieux par leur noble stature. L'espérance, à leur vue, entra dans tons les cunirs, Et chacun se flattait qu'ils reviendraient vainqueurs. Ils partirent, hélas ! pleins d'ardeur et d'audace ; Mais le destin jaloux avait marqué la place
Où viendraient se briser leurs valeureux efforts. Déjà, dans le lointain, ils découvraient les bords
Où l'étranger impie avait dressé sa tente.
Quand soudain devant eux fièrement se présente
Melkarth, le roi des mers, l'Hercule industrieux,
Le chef phénicien, le fils du roi des cieux "'. Le fougueux Albion, sans hésiter, s'élance.
De son côté, le dieu, toujours calme, s'avance.
Ils sont bientôt aux mains, et leurs membres roidis
Dans l'immobilité restent comme engourdis.
Le front contre le front si fortement s'appuie
Qu'on (lirait (ju'un élan l'im à l'auln: les lie.
L'Hercule tyi-ieii, jikis particulièrcincnt appelé Mrlkartli, dont les eïpédilions sont l'etrarées dans les récits allégoriques des historiens grcrs, est le symbole de la vaste colonisation des Phéniciens, laquelle couvrit les rivages de la mer Méditerranée. Ce ne fut pas, comme l'on voit, sans difficulté que ces hardis marins s'établirent sur la côte nié ridionale de la Gaule. Cette lutte du dieu contre Lirpire et Albion désigne clairement la résistance opiniâtre des peuples qui ocnup:iient ces parages, c'est-à-dire des jjupuJatinns lif/uriennes.
54. Les Phéniciens avaient, comme les Grecs, des héros divers. Tel était Melkarth, lo héros protecteur de Tyr, que les Grecs ont ajipelé Hercule. C'est le dieu des richesses, de l'industrie et de la navigation : dieu voyageur, dont l'itinéraire est précisément celui de la colonisation tyrienne le long des côtes de la Méditerranée. Melkarth avait à Tyr un temple magnifique, où une ambassade de prêtres apportait chaque année les ollrandes et les pre.-ents de chacune des \illes de la confédération.
i I.A CRÉATION ET L'HUMANITE
Sur la nuquo ci le cou, leurs doigts ensanglantés
Pénètrent dans la chair, y demeurent plantés.
Leurs pieds fixés au sol n'avancent ni reculent.
Tels deux jeunes taureaux, qui jamais ne s'acculent,
Eprouvent leur vigueur... Hercule frémissant
Reconnaît son égal à cet effort puissant.
Qui longtemps fait échec à sa force divine.
Une sueur glacée inonde sa poitrine.
On croirait qu'il faiblit... L'imprudent Albion,
Dans Cl' ré[)il trompeur voit crainte, inaction,
El, pour se i;ip|u'ocher, un instant lâche prise.
Le (lien, (|ui l'observait, déjoua la surprise,
Et dans ses bras nerveux le géant enlacé
Du dos toucha le sol, brusquement terrassé.
De honte et de douleur il se voile la face :
Il excite Ligure à se mettre à sa place,
A saisir ce vainqueur encor mal affermi.
Quand Hercule aperçoit ce nouvel ennemi. Pour la première fois il s'inc{uiète, il suppute Quels seront les dangers et la fin de la lutte. Ligure frais, dispos, s'apprête à l'assaillir; Mais lui, brisé, rompu, se sentant défaillir, Lève vers Jupiter ses yeux noyés de larmes. Le roi des Immortels, ému de tant d'alarmes. Agite sur son front ses nuageux sourcils. Et lance foudre et vents au secours de son fils.
Ligure est ébranlé ; mais ses cris de menace Accusent Jupiter, cause de sa disgrâce.
La foudre fit cesser cette vaine clameur ; Et, pour que désormais ni le blasphémateur. Ni l'impie orgueilleux, ni personne ne puisse Méconnaître des dieux l'éternelle justice. De sable et de cailloux assemblage flottant. Une trombe aux flancs noirs se condense àl'inslanl. Du vœu de Jupiter exécuteurs fidèles.
Sur un signe, les vents la prennent sur leurs ailes ; Et, tandis que, les yeux tournés vers l'horizon, Tous tremblent anxieux, la sombre légion S'avançant, grossissant, est déjà sur leurs têtes. A peine ils ont le temps de fuir dans leurs retraites. Les ombres de la nui! voilent l'astre du jour, Et l'on n'entend plus rien (pinii bruissement sourd Oui s'échappe des tlancs de l,i sinistre trombe. Ouïe clapotement de la picric ((ui tombe.