C.KOLOGIE ET T A LKONTOLOfH F
El ([uaiid tout es( (iui. cliacun rccliorclio en vain Le champ qu'hier encor il fouillait de sa main : On ne voit que cailloux sur cette plaine immense ; De champ, il n'en est plus : pas même l'apparence.
En certains jours encor, si, voyag-eur distrait, Sur ce vague terrain quelqu'un s'aventurait, Il serait le jouet de plus d'une méprise. Il arrive souvent que cette plaine grise. Aux premiers feux du jour, comme un miroir d'argent. Reflète les objets du pays ambiant.
Sous l'ardeur du soleil l'air s'épure et s'alïine. Et lorsque, par hasard, l'atmosphère saline A versé sur le sol ses perles de cristal. On dirait d'un cours d'eau qui d'amont en aval S'épanche doucement sous les Ilots de lumière. Ce n'est que pur mirage, et non fable ou mystère^^^; Mais fable, erreur des sens, ou mirage charmant. Le peuple a conservé, naïf aveuglement, La vive impression du fait mythologiijue.
Oh! que j'aime bien mieux la loi scientifique Par qui tout nait, vil, meurt dans la léalité, Et qui fait de la mort une fécondité !
55. Voir page GO, note 52... A ce quo dit M. Reclus du mii'^gv qui se pi-oduit sur cette plaine de la Grau, nous ajouterons le raorreau sui\ant de Depping :
« Lorsque la plaine de la Grau, en Provence, semble de loin se transformer en un vaste « étang, c'est que le jour répandu dans l'atmosphère s'agite et vacille: ensuite la plaine <e offre l'image d'une grande nappe d'eau, et les objets lointains s'y réfléchissent comme « dans un miroir. Mais l'illusion n'existe que dans la région basse: quand on monte i « un lieu un peu élevé, ce beau spectacle disparaît, et on ne voit plus les objets que tels « qu'ils sont... On observa ce phénomène un jour du mois d'avril. A cinq heures du « matin, le ciel ott'rait une voûte pure et brillante ; à sept heures, la lumière du jour « commença de vaciller dans le sud-ouest de la plaine. Une heure après, cette partie res- « semblait déjà de loin à la surface d'un étang; dans le même temps, le nord-est com- « mcMçait à s'agiter, et au bout d'une heure, toute la plaine offrait l'image d'une grande « masse d'eau. . . On vit se réfléchir dans cet étang illusoire les arbres d'un bourg éloi- « gné de trois lieues : le phénomène dura jusqu'à trois heures de l'après-midi. Alors « l'apparition cessa, et la plaine se présenta sous son aspect ordinaire.
« La plaine de la Grau est située auprès de la mer, et les cailloux qui en cou^Tent le « sol réfléchissent les rayons du soleil avec tant de force, que les vapeurs de l'air en a deviennent sans doute propres à cette scène d'optique.
« Le mirage présente plus d'illusion dans les endroits où le sol se couvre d'd"flores- « cences salines, qui font dans ce spectacle l'office du tain d'une glace.
« Un voyageur qui se rendait aux salines de Peccais (département du Gard, sur le « canal Silvéréal) se vit tout à coup, à son grand étonnement, entouré d'eau et comme « enfermé dans un lac au-dessus duquel les arbres élevaient leurs cimes: il ne reconnut « son erreur qu'en se retournant ; il vit alors que le chemin par lequel il était venu « semblait également inondé, ce qui lui fit songer au phénomène du mirage.. . »
(Depping, Merveilles et Beautés de la Nature en Franee. section I, chap. V.)
y I.A CKliATION l'.T 1/llUMANITK
D'Oi'bigny"'" nous le dit : la craie est en substance D'infiniment petits l'agrégat dur et dense. J'renez dans l'Océan le sable le plus fin, Broyez du blanc d'Espagne^', ayez du kaolin^* : I/animalcule^'' est là, complet dans sa coquille ; Il se révèle à nous, grossi par la lentille, En sorte qu'en un tas que l'on aura pesé. On peut compter les corps dont il est composé. û'Orbigny, dans une once, en a trouvé cent mille ! De l'once vous pouvez, par un rapport facile, Conclure à ces dépôts insondables, divers, Dont le temps enrichit la pi'ofondeur des mers. Étendez vos calculs aux plages maritimes : La multiplicité de ces êtres infimes Sera l'étonnement de l'esprit et des yeux. Plus le corps est petit, plus il est merveilleux: Les membres sont distincts, de structure élégante ; L'organisme vital s'adapte à la charpente, Et, pour les fonctions, il n'est pas moins normal Que l'énorme appareil du plus gros animal.
56. Akidc d'Orbigny est un des savants fi'ançais qui ont rendu, par leurs imnnenses travaux et l'importanre de leurs découvertes, le plus de services aux sciences naturelles. Il est mort en 1854. Son frère, Charles Dessalines d'Orbigny, mort en 1876, a laissé, lui aussi, de nombreux ouvrages scientifiques (géologie et phvsiologie animale et végétale).
57. La craie proprement dite est généralement blanche et friable, quelquefois grisâtre et sablonneuse. Triturée et délayée dans de l'eau, la craie fournit le blanc d'Espagne.
58. (I Le kaolin est une argile blanche, quelquefois jaunâtre ou grisâtre, friable, « maigre au toucher, faisant difficilement pâte avec l'eau, et infusible au chalumeau « quand elle est pure. Le kaolin sert à fabriquer la porcelaine. . .
« La France possède un grand nombre de gîtes de cette espèce d'argile. Celui de « Saint-Yrieix (Haute-Vienne) mérite d'être cité, surtout à cause do sa grande puis- « sance. » D. V.
50. L'animalcule dont il est ici question, c'e-t le Foraxiinifère, nom donné par Alcide d'Orbigny à une classe fort nombreuse d'animaux microscopiques pourvus d'un test calcaire, lesquels sont fossiles pour la plupart.
« Voulons-nous voir, dit d'Orliigny, quel rôle peuvent jouer dans la nature les petits « corps qui nous occupent et dont beaucoup n'atteignent qu'une moitié ou un sixième « de millimètre? — Leurs restes constituent en grande partie les bancs qui gênent la « navigation, viennent obstruer les golfes et les détroits, combler les ports (celui d'Alexan- « drie, par exemple).. . Ils forment avec les coraux des îles qui s'élèvent incessamment « au sein des régions chaudes du Grand Océan... Chez nous les terrains crétacés en « montrent une immense quantité dans la craie blanche depuis la Champagne jusqu'en '< Angleterre... »
Voir les notes 60 et 62, page 65.)
r.ÉOLOGIE ET l'ALÉONTOLOGIE G5
De la création furniidable mystère, L'infiniment petit, le Foramiiiirère'^'' Est le principe actif par qui se formeront Les conciles h venir, les terrains qui verront Naître, croître, briller les splendeurs de notre âge. On n'en saurait douter : sable sur le rivage, Ecueils, bancs ou récifs, îles et continents. Remparts et bastions, superbes monuments, Paris, notre Paris, la ville sans pareilles. Tout ce que l'industrie enfanta de merveilles, '
L'orgueilleuse Albion et ses mille vaisseaux, Londres et Westminster^', et tous ses arsenaux, Qu'est-ce? — Un amas confus de test tégumentaire Qu'a laissé sur nos bords le Foraminifère.
Mais dire, préciser l'eifet de racli(.n Qu'exerce, à son insu, ce simple vibrion, A quoi bon l'essayer? Dans la mer boréale 11 est encore l'agent de la vie animale*^-.
60. Citons enrore au sujet du Foraminifère le passage suivant d'Alnide (rOi-l)i!riiy « ... La puissance infinie du Créateur ne se révèle pas moins dans oette nudtitudi' (1 d'êtres inaperçus, dont le nombre compense l'extrême petitesse et dont la niidtiplirité ce est telle qu'ils jouent à notre insu l'un des premiers rôles dans l'ensemble de la na- <c ture, que dans les animaux qui, par leur grandeur, par la régularité de leur organi- « sation, la complication de leurs organes et la richesse de leur mécanisme vital, atti- « rcnt presque exclusivement l'attention des hommes. En effet, qui ne s'émerveillerait «1 on songeant que le sable de tout le littoral des mers est tellement rempli de ces co- « quilles microscopiques, si élégantes de formes, qu'on peut dire qu'il en est souvent à <i moitié composé?.. . Le grossier calcaire du bassin de Paris est, en certains lieux, à Cl Gentilly, par exemple, tellement pétri de Foraminifères, que nous en avons trouvé plus ce de 58,700 dans 27 millimètres cubes (un pouce), soit près de trois milliards dans un ce mètre cube. On peut donc conclure sans exagération que la capitale de la France est Cl presque bâtie avec des Foraminifères. »
Cl. Albion, avons-nous déjà dit, est le nom que les indigènes donnaient à la Grande- Bretagne, à l'époque de la conquête de César.
Londres (London), capitale de l'Empire Britannique, est la ville la plus grande et la plus peuplée du monde. Elle est située sur la Tamise. Avec les nombreux villages qui prolongent ses quartiers extrêmes, on dirait une province entière couverte de maisons.
Westminster (c'est-à-dire le monastère ou l'abbaye de TOuest) est une de ces annexes de Londres. Westminster est sur la rive droite du fleu\e. C'était autrefois une ville particulière, et encore, quoique réunie à Londres, elle a conservé ses propres magistrats, qui sont élus par l'abbaye et indépendants du lord maire. Cette antique et vaste abbaye de Westminster sert de sépulture aux rois ainsi qu'aux grands hommes de la nation. Près de l'abbaye est le Parlement : les deux Chambres y ont chacune leur salle particulière.
62. ce On peut se faire une idée de l'immensilé de la vie dans l'Atlantique boréal pir ce les formations géologiques auxquelles cette vie animale donne incessamment nais- II sance. Dans la région maritime qui s'étend entre la Norwège, les Féroës et l'Islande, Il le fond de la mer, à 2.000 mètres et davantage, est partout une argile calcaire de Il couleur grisâtre, provenant en très grande partie d'une espèce de Foraminifère appelée Il îiinoculina par les naturalistes. Cet organisme a le mémo rôle géologique dans la
Il y naît, il ) meurt, et, lassés en dépôts, Ses restes chaque jour font reculer les flots.
C'est pourquoi deux auteurs, que ce fait met à l'aise, Thompson et Carpenter, ont posé l'hypothèse Que l'âge où nous vivons, image du passé, Entretient le ferment du terrain crétacé.