‹ La création et l'humanité; poème en trois parties avec citations, notes et éclaircissements divers. Par J. ArbelotChapitre 25 sur 88 · TERRAINS TERTIAIRES · texte numérisé non relu

TERRAINS TERTIAIRES

/ Gypse; calcaire grossier; Terrain parisien . . | A'rgile plastique;

( Silex et meulières.

t Grès de Fontainebleau ; Terrain pe moixasse | Faluus;

( Gypse d'Aix.

( Dépôts de la Bresse; Terrain sibapennin . | Collmes subapenniues.

Le travail est certain, et l'œuvre permanente : Mais ce que produira l'action incessante De la vie au travers des âges à venir, Qui pourrait, qui voudrait déjà le définir? Tel qu'il fut, tel qu'il est, le globe à la science, En ses divers aspects, présente un champ immense. C'est là, c'est sur ce fonds, si fertile en trésors, Qu'il convient de fixer ses yeux et ses efforts. Certe, il nous a déjà livré mainte conquête ; Mais la création est loin d'être complète,

mer de Norwège que le Glohif/i^'ina dans les parafes du Groenland : il forme aussi des assises erayeuses, même plus rapidement que le Foraminifère des mers oi'cidentales; l'argile que l'on retire du fond se change bientôt en une pierre solide. En étudiant res roches nouvelles qui ne cessent de se déposer au fond de l'Atlantique boréal, MM. Wyvitte Thompson et Carpenter les assimilèrent à la craie, et même ils émirent l'hypothèse que la période crétacée s'est pour ainsi dire continuée sans interruption et se continue encore dans le fond des mers septentrionales. En effet, la craie qui naît actuellement dans ces eaux ressemble tellement à celle des falaises de 1' .Angleterre qu'il n'est pas toujours facile au niicrographe le plus habile de les dis- 1 tinguer: elle contient aussi un grand nombre de formes identiques aux fossiles de 1 l'ancienne craie, et les espèces différentes présentent le même type : elles semblent I s'être modifiées peu à peu pendant le cours des âges. » (Elisée Rïclus, Géographie tnuiielle, tome IV, page 24.)

Dans un autre passage du même auteur, nous trouvons cette phrase saisissante: u En c certains parages, le fond de la mer est tellement revêtu d'animaux de toute espèce ' qu'il est transformé, pour ainsi dire, en une sorte de bouillie... »

Et la ci'Mic. l'ii formaiil ses nombreux fi;iscMnents, N'a fait ([iio prc'p.iivr de nouveaux fondements, Sur lesquels s'étendront sable, argile, calcaire i, Dépôts constitutifs de l'âge tertiaire 2.

Ces amas ne sont pas ici superposés :

La nature les a comme juxtaposés.

C'est un aocolement, espèce de reinplage. Où d'un monde enfoui se conserve l'imajie.

Trois degrés sont distincts en tous ces tassemenis, Dont deux portent le nom de leurs emplacemenls.

C'est autour de Paris qu'on a trouvé la li'ace Du sol qui de la craie a couvert la surface : Aussi l'a-t-on nommé terrain Pdrisien.

Il semble qu'à ce sol s'atlacbe un grand destin'.

1. Il sera parlé du sable dans ce rhapiti-o à pi-opus dt-s terrains do Mnll.issi' (loii- la iioto 20 à la page l'i). — Pour l'argile, voii' ri-dessous notes 4, 7, 8 ; pour le i-alraire, voir page 42, note ;")6.

2. « Los géologues appellent terrains Ti'rtiairrs les terrains qui sont plus récents que Il la eraie. supérieurs à elle, mais dont la foruiation a préfédé Tépoque artuelle. Dans, <i l'ordre géo-rhronologique, il y a les terrains Tertiaires inférieurs, les terrains Tertiaires M moyens et les terrains Tertiaires supérieurs, lesquels sont ainsi nonmién terni in Pari- « sien, terrain de Mollasse, terrain Suhupennin... » D. V.

3. « Il est fort étrange que les avantages reinarqiialjlos de Pai-is eomme ville à « position géographique privilégiée n'aient pas été reeonnus de tout temps. — La Il fortune de Paris est Vœuore des hommes seulement et In. nature n'y a rien mis du « sien, disait M. Saint-Marc Girardin dans un de .ses cours publics. Le lieu où elle « est bâtie n'est jms un de ces lieux qui semblent faits et désignés pour avoir une i< ville... Paris est une capitale qui pouvait être ailleurs et qui s'est trouvée là par « hasard pour ainsi dire... — Dans leur admirable explication de la carte géolo- « gique de France, Elle de Beaumont et Dufrénoy ont au contraire démontré que la i< forme du sol et du sous-sol avait facilité, nécessité même la naissance d'une grande <i ville dans le bassin de Paris.... »

M. Elisée Reclus, auquel nous empruntons cette citation, dit un peu plus loin : et Enûn, le sol lui-même livrait des matériaux de toute espèce pour la construction (i des édifices. Les collines qui s'élèvent immédiatement au-dessus de la ville, renferment i< le meilleur plâtre connu ; les marnes et les calcaires argileux servent à la fabrication « des ciuients : d'autres roches donnent la matière pour les briques, les tuiles et les « carreaux ; les calcaires grossiers qui composent toutes les collines environnantes et i< qui sont formés en grande partie des coquilles infiniment petites d'un polythalame, « le Miliola, sont très faciles à exploiter en carrières : les maçons peuvent y venir u prendre à même la pierre et les autres matériaux nécessaires à la construction de « leurs édifices. Les géologues l'ont depuis longtemps remarqué : c'est là une des grandes « causes de la magnificence architecturale de Paris.... « (Elisée Reclus, Xoacclli' Géographie, tome II, pages 714, 716, 717.)

En Angleterre, aux environs de Londres, en Belgique autour de Bruxelles, les formations de l'âge tertiaire ne sont pas absolument les mêmes qu'aux entours de Paris : mais elles s'y présentent avec des qualités qui. pour être différentes, n'en étaient pis moins propres à faciliter d'ahonl l'inventiiiM. puis à favoi'iser le développraienl des diverses industries humaines.

; LA CKHATION K T 1/ Il U M A N I T K

Tout y (ciul ;i servir les aris lirillanls, utiles,

Que l'homme inventera pour la splendeur des villes.

En Europe sans doute, en toute région,

Au centre, au nord, au sud, cette formation

OlTre de ses effets bien des marques réelles;

Mais c'est près de Paris, de Londres, de Bruxelles,

Qu'elle a pu révéler toutes ses qualités.

Sans elle, que seraient ces splendides cités?

D'arides gisements d'un calcaire inutile.

Des hameaux inconnus dans un pays stérile ;

Tandis que, par les mains de l'homme industrieux,

S'y sont accumulés mille objets précieux,

Dont la nécessité par l'usage s'explique.

Eh ! que n'a-t-on pas fait de l'argile plastique*? On dirait que pour nous la nature à dessein Prit soin d'en tapisser le fond de ce bassin. Tout ce qui se rattache aux arts de la moulure, De l'humble poterie à la grande sculpture.

4. « L'argile est une substance terreuse, essentiellement formée d'alumine, de silice et d'eau. Elle se délaye dans l'eau et forme avec ce liquide une pâte onctueuse, tenace, susceptible de se mouler et de se laisser allonger en différents sens. Les argiles parfaitement pures sont blanches ; mais comme elles sont toujours mélangées à d'autres substances, il est rare qu'elles ne soient pas colorées. Il y en a de rouges, de jaunes, de brunes, de grises, de bleuâtres. L'odeur particulière qu'elles dégagent au contact de l'haleine (odeur argileuse) dépend de ce qu'elles absorbent avec avidité l'eau dont l'air est imprégné. Elles absorbent avec non moins d'avidité l'huile (la terre à foulon, par exemple, ou aryile smectique (grec, «r.ar./siv nettoyer) qu'on emploie dans le foulage des draps pour en enlever les substances grasses qui sont dans la laine).... La chaleur enlevant ans argiles leur eau de combinaison, au lieu de se dilater quand on élève leur température, comme les autres corps, elles se contractent au contraire. C'est sur cette propriété qu'est fondée lu construction des Pyromètres (grec, -jo, feu ; ;i£pïov mesure)....

« L'argile est une des substances minérales les plus utiles que nous offre l'écorce du globe...

« Les argiles plastiques formant avec l'eau une pâte tenace et fort liante, et devenant très dures par la cuisson, on s'en sert pour fabriquer une infinité de poteries....

« Vargile fif/uline, appelée vulgairement terre f/laise, dont il existe des bancs très étendus aux environs de Paris, à 'Vanves, à Arcueil, à Vaugirard, est employée dans la fabrication des poteries grossières, des tuiles, des carreaux, des fourneaux, etc.. Quand elle a été privée par le lavage de ses parties grossières, on peut en faire de la faïence. Enfin elle sert encore à fabriquer des statues et des vases en terre cuite pour les jardins...

« Le kaolin (voir page 6i, note 58) sert plus particulièrement pour la fabrication de la faïence...

« Les principales argiles plastiques de France sont les argiles réfractaires de Dreux, de Montereau, de Forges-les-Eaux, de Gnurnay...

ti L'argile de Gross-Almerodc dans la Hesse, est excellente pour fabriquer les creusets.

» L'Angleterre et la Belgique possèdent aussi beaucoup de gîtes d'argile plastique. >•

D. V., passim.

(lEOLOGlE 1:T l'ALEOMOLOGlH 00

Tuile, brique ;\ hùlir, et les chefs-d'œuvre Jiussi,

Infortuné potier, ô Bernard Palissy'"!

Terres cuites, creusets, brillantes majoliques.

Faïence à kaolin, fourneaux à céramiques^;

Et, sous d'autres rapports, engrais, amendements',

Où le sol épuisé retrouve ses ferments ;

Ocres ^ qui, dans des bains où nagent les hydrates,

Impriment au papier leurs teintes délicates :

5. Bernard Palissy, réièbrc ['otier do ferre, naquit dans l'Agénois vers 1500. Frappé des beaux ouvrages en faïenre qui venaient d'Italie, il s'appliqua à découvrir le secret de l'émail, et il y parvint après seize ans d'efforts et de dépenses ruineuses, en looo. 11 étudia aussi en savant les monuments de l'antiquité, fit sur les terres, les pierres et les métaux des observations jileines de justesse, et donna sur ce sujet en lo75, à Paris, des cours publics qui furent très suivis.... Son mérite ne le préserva pas des persécutions. 11 avait embrassé la Réforme, et il fut pendant sa vieillesse /eié dajis une prison où il mourut en 1589. (D'après Bolillet, Lict. /list.)

6. » Les Grecs attribuaient l'invention de l'art du potier à Céramios, fils de Bacchus et d'Ariane, d'où le nom céramirjue. Tous les peuples de l'antiquité ont plus ou moins réussi dans cet art. Les poteries des Etrusques sont restées célèbres; cependant les poteries antiques sont en général perméables et peu propres aux usages culinaires. Les grands progrès de cette industrie ne datent que du xin° siècle. Los Arabes se servaient depuis longtemps du vernis ou glaçure à base de plomb, lorsqu'un potier de Schelestadt commença à l'appliquer en France et en Allemagne. Cette invention donna naissance à la poterie émaillée ou à la faïence commune.

<■ Le Florentin Lucca délia Roca, chef de la famille des potiers-sculpteurs de ce nom, appliqua la glaçure stannifère dès 1413, pour préserver ses poteries de l'action atmosphérique. Les fabricants de Faenzn et d'Urbino l'imitèrent, et les faïences italiennes acquirent une réputation européenne, qu'elles durent surtout aux belles peintures dont de grands artistes se plurent à les couvrir.

« Ces faïences sont appelées majoliques. par altération du mot Mnjorqnn, nom de l'une des lies Baléares d'où la glaçure stannifère (glaçure d'étain) s'était répandue en Toscane et en Italie. Les plus belles majoliques ont été fabriquées entre les années 1.540 et 1560.

.< De l'Italie l'industrie passa en Allemagne, et c'est en voyant une coupe émaillée fibriquée dans ce pays que Bernard Palissy entreprit les recherches auxquelles il doit sa célébrité...

" Mais la faïence française a été véritablement fondée par un groupe de potiers italiens, qui furent attirés dans le Nivernais au commencement du xvn" siècle par Louis de Gonzague. duc de Nevers. C'est de Faënza, lieu d'origine de ces ouvriers, que dérive le nom de faience qui, dans notre langue, sert à désigner la poterie émaillée.

i( La porcelaine est originaire de Chine : les navires portugais l'importèrent en EuroiK!. On essaya de bonne heure de l'imiter. En 1605, la faïencerie de Saint-Cloud produisit une magnifique poterie qui ressemblait à la porcelaine de Chine, mais qui en différait cependant sous beaucoup de rapports ; c'était la porcelaine tendre ou porcelaine française qu'on venait de découvrir... Le chimiste allemand Bottcher, en 1700, produisit le premier en Europe la porcelaine de Chine dans sa manufacture de Meissen (Saxe).... Ce ne fut qu'en 1760 que la manufacture de Sèvres, devenue manufacture royale en 1733, produisit de la porcelaine chinoise.... Enfin, en 176-3, l'Anglais Wedgwood créa la faïence fine, dite faience anglaise D. V., passim.

'. « L'argile sert aussi pour les amendements du sol en agriculture. Nous savons « d'ailleurs que les marnes que l'on emploie d'ordinaire pour amendements ne sont u autre chose que des argiles dans lesquelles la proportion de chaux est considérable. »

**. " Les argiles ocrevses sont maigres et colorées par l'oxyde de fer : on rouge, lorsque

70 LA (;i;i-:ATinN kt lih:.mamtk

Ces iiiervoilicux in-oduils. rcs applications, L'argile en doit un Joui' doter les nations.

De plus, dans ce dépôt, le silex pvromaque" Se l'encontre en roprnons d'une couleur opaijue ; C'est la pierre à fusil, dont le moindre fragment, El'filé, l)iseauté, se termine en tranchant.

Avant qu'on eût tiré du tréfonds de la Terre L'or, le cuivre et le fer, c'est la seule matière Qu'à force de travail, d'habileté, de soins, L'homme sut appliquer à ses premiers besoins. Voyez ces instruments oh notre àme attendrie Suipi'end l'humble début de l'humaine industrie. Ces morceaux de silex, découpés et pointés i°. Ce sont les traits mortels par la tlèche emportés. D'autres, larges, massifs, de coins ont l'apparence : C'est la hache par qui, sans abri, sans défense, Contre les ennemis qui naissaient sous ses pas, L'homme dut augmenter la force de son bras.

" fct osyilc est anliydre, r'est-à-dire sans eau ; en jaune, lorsqu'il est hyilraté. Ces « argiles, romme leur qualification l'indique, servent à faire les ocres, et les ocres, à Il cause de leur bas pris, sont fort employées comme substances colorantes. On en fait ■c un usage journalier pour obtenir les peintures communes en détrempe, pour colorer 0 les papiers de tenture, pour peindre à l'huile les objets exposés à la pluie et à « l'humidité.. . "

9. u On désigne sous le nom de silex certaines pien-es dures qui sont essentiellement K composées de silice pure.. La silice est l'acide du silicium, c'est-à-dire le composé qui « résulte (le la combinaison de ce corps avec l'oxygène. Li silice joue dans la nature « inorganique un rôle très important. En effet, elle forme, à elle seule ou en se rom- II binant avec diverses bases, les deux cinquièmes des espèces minéralogiques... Elle Il exisie à l'état de pureté parfaite dans le cristal de roche et le quartz hyalin limpide; <i en s'unissant aux oxydes métalliques, elle donne naissance à des silicates qui coni- « posent en très majeure partie la nombreuse classe des pierres... Les silex sont pro- « j)rement des chalcédoines ou des agates opaques, de couleur noire, grisâtre ou Il blonde (voir le mot quart:, page 6, note 24).

Il Le sUm; pyromnque, appelé vulgairement pierre à feu ou pierre à fusil, se ren- II contre fréquemment dans les terrains crétacés supérieurs et dans le terrain Parisien Il sous forme de rognons de différentes grosseurs... Il se divise aisément en fragments à Il bords tranchants, qui donnent de vives étincelles quand on les frappe avec un briquet. Il Aussi, avant l'invention des allumettes dites chimiques et des armes à percussion, on Il faisait une grande consommation de ce silex... Rappelons aussi que la dureté du « silex fut mise à profit par les hommes avant l'exploitation du fer et du cuivre; Il ils en faisaient des haches, ils en armaient l'extrémité des lances, en confectionnaient Il toutes sortes d'outils... » Nous aurons à parler plus tard (2" partie, rhap. vni) de ces premiers essais de l'industrie humaine.... D. V., passim.

10. Le mot imintcr signifie d'oiil — • ihriqer quelque eliose rers un /m lu plumi! ou te craqon. — Ici il es dans les manufactures d'aiguillis pour dire: eu former lu pahile.

,mrt,

'/• un eo>

rcr

In

/l'iiute (Ihine épée;

risiiiil

: - fuir

e nu

uni

'. nue marque avec

dans

un sens

tout

lait

technique. On dit

inglcs

; poiutv.

r (les

<;ii(

,7/c.s-, ,les epiwiles,

r. KOLOGIE ET 1- ALEO NTO I.O G I E 7t

Certes, nous connaissons les récils légendaires Que la Grèce, à plaisir, a voilés de mystères: Prométhée" et Vulcaiii, Jupiter irrité; Le Caucase, la Force et la Nécessité, Implacables agents d'un pouvoir en délire; [il ce cœur renaissant que le vautour déchire. Mais, pour nous, ce larcin, béni, justifié, Te rapporte l'iionneur, ô grand supplicié, D'avoir pris au silex, découverte immortelle, Du feu longtemps caclié la rapide étincelle'*.

.Salut, rayon divin ! grâce à toi désormais La science pourra, constante en ses progrès, Pénétrer, éclairer l'œuvre de la nature. Les générations, avec ordre et mesure.

Elargiront le champ de leurs vastes travaux. La nuit sera vaincue, et tes brillants tlambeaux De son voile d'horreur perceront le mystère. Rien ne comprimera le jet de ta lumière. Par toi les rocs, si durs, que le temps a tassés, Tomberont en éclat, sur le sol dispersés; Et sous ton action, argile et terre glaise Laisseront le métal au fond de la fournaise. Par toi, par ta chaleur, le mal sera dompté : La vie aura son charme, et notre humanité Te devra paix, bonheur, el féconde iniluence ".

Oui. tout dans ce déiiôt est de haute importance :

11. F'rométhée. l'un des Titanides. fils de Japet et de la Terre, fit l'homme d'argile et l'anima du feu du ricl, qu'il avait dérobé: selon d'autres, Jupiter ayant privé les hommes de l'usage du feu, Prométhée ravit le feu céleste au soleil et le rendit aux hommes. En punition de tant d'audace, Jupiter ordonna à Vulcain, le dieu forgeron, à la Force et à la Nécessité de l'attacher sur le Caucase, où un vautour venait lui ronger le foie qui renaissait sans cesse. Voir la tragédie d'Eschyle où Prométhée est représenté sous les traits d'un civilisateur.

12. « La facilité avec laquelle on obtient en général l'étincelle par le choc de pierres « siliceuses contre un corps dur, a pu faiie croire que c'est ainsi que les hommes arri- « vèrent à la découverte du feu ; mais ils purent l'obtenir aussi par le frottement du « bois contre le bois, procédé qui plaçait le combustible immédiatement auprès du « corps à enflammer. Telle est la manière d'allumer le feu que rappellent les chants (I antiques de l'Inde du Vèda. Deux pièces de bois composent Varàni, Vautel, et du « frottement de ces deux pièces naît le feu du sacrifice. Les sauvages de l'Amérique « usent encore d'un procédé semblable pour obtenir la flamme.... » (.Alfred M.^uhv, ta Terre et VHomme.)

13. Nous n'essayerons même pas d'indiquer ici quels furent pour l'humanité les résultats de la découverte du feu et de ses diverses applications aux usages domestiques et industriels. Ce serait vouloir faire l'historique de presque tous les arts tant anciens que modernes.

72 LA CHIIATION L T L'HUMANITÉ

L'argile ollVe aux beaux-arts cent procédés nouveaux ; Le silex a le feu : par le feu, les métaux, Extraits du minerai, sont rendus malléables. Et cèdent aux elibrts des humains misérables.

Ainsi, par le progrès le progrès appelé D'après le strict besoin ne sera plus réglé, El, toute invention d'une autre étant suivie, Les douceurs du confort embelliront la vie. Rien ne contrariant le travail de la main, L'abondance assurée aura son lendemain.

Du silex pyromaque a jailli la lumière : C'est d'un autre silex, nommé pierre meulière'^, Que l'on a composé ces cylindres roulants Qui, sous l'impulsion soit des eaux, soit des vents, Broient olives et fruits, noix, blé, toutes les graines, Facilitant ainsi les réserves lointaines.

Cette pierre, à Paris la nature en fit don : Elle abonde à Triel, à Sèvres, à Meudon. ■ Mais le grain le plus pur, le type le plus rare, C'est toi qui le fournis, la Ferté-sous-Jouarre*". 11 est un spécimen qu'on trouve en Périgord, A Domme, sur les tlancs de la plaine de Bord^'^ ; Mais il attend encor d'une main vigoureuse Une exploitation plus large et plus heureuse.

Nous arrêterons là le rapide examen Du dépôt que l'on dit terrain Parisien. Il est temps d'aborder celui qui le remplace Et qui porte le nom de terrain de Mollasse.

M. i( Parmi li!S silex, il faut remarquer le silex dit Malaire, grès quartzeux plus « ordinairement appelé pierre meulière. On en fait les meules de moulin, c'est-à-dire « les meules qu'on emploie pour broyer les grains et les réduire en farine, ou pour « écraser les fruits, noix, olives et graines et les réduire en pâte pour en extraire « l'huile, et divers sucs. Il y a les vieilles françaises et les meules anglaises: ces der- <i nières ont 40 à 50 centimètres de diamètre de moins que les premières. »

Va. Les meilleures pierres meulières que l'on connaisse se trouvent en France, dans le bassin de Paris. Les principales exploitations sont situées à Montmirail, à Meaux, et surtout à La Ferté-sous-Jouarre, chef-lieu de canton du département de Seine-et-Marne.

16. Domme, ancienne ville forte, très déchue, est encore le chef-lieu du canton de ce nom, dans le département de la Dordogne. Elle est située sur la rive gauche de cette rivière dans une position très pittoresque. Le gisement de silex molaire s'étend très profondément au travers et au-dessous de l'immense plateau de Bord, à l'est de la ville. Il n'a été exploité jusqu'à ce jour que timidement et imparfaitement; mais il vient de se fonder tout récemment deux sociétés importantes qui sauront, nous en avons la confiance, donner à cette industrie tout le développement qu'elle comporte et que la lichcsse du tuf calcaire pcrniet d'espérer.

Comment les dislinguer? —- Un calcaire gypseux, Que couvre celui-ci, semble commun aux deux. La séparation n'en est pas moins certaine : Partout l'œil exercé la remarque sans peine.

La Mollasse*'', en eft'et, sable plus ou moins fin, Très pur en général, ne nous rappelle en rien Ni le gypse grossier *^, ni la chaux, ni le plâtre*'. Seulement quel([uefois une teinte verdâtre Accuse l'action du fer liydroxydé.

Le sable 20, grain à grain, par l'oxyde soudé. En blocs d'un grès très dur s'arrondit et s'amasse, Presque pareils entre eus par la forme et la masse.

Mais comment se fait-il que, du sol dégagés. On les voie un par un comme à dessein rangés? Comment, lorsque par deux ou par trois ils s'unissent, Dans un plan gracieux les groupes s'établissent?

La violence ici n'eut aucune action:

C'est insensiblement que l'inondation

17. c< Le terrain dit de Mollasse ronstitue en totulité ou en partie les sommets de « presque tous les plateaux, buttes et rollines des environs de Paris. Il se répand au <i nord et au sud dans toute la France... Il est très répandu aussi en Suisse, en « Bavière, en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Espagne... »

18. (( Au-dessus de l'argile plastique s'étendent au sud-est de Paris des couches d'un <i calcaire grossier qu'on exploite comme pierre de taille. Ce calcaire grossier est lui- II même remplacé par une autre roche qu'on appelle calcaire siliceux. D'autre part, au .< nord de la Seine, on rencontre trois lignes distinctes composées de collines gypseuses, « et deux lignes semblables au sud. Comme ces couches tranchent sur l'étage parisien u avec l'argile plastique qui en constitue le fonds principal, et que brusquement s'y (1 superposent les dépôts si considérables de sable dont est formé le terrain de Mollasse, « on a hésité d'abord lorsqu'il s'est agi de marquer la séparation des deux terrains ; Il mais, en regardant de près, on voit bientôt que la confusion n'est pas possible. »

10. Le gypse, c'est la pierre à plâtre (voir pour ce mot, page 45, note 66). C'est une substance trè^ répandue dans la nature.

20. « Le sable est une matière pierreuse, divisée en grains très petits, sans cohérence Il entre eux... Les grains de sable résultent en général de la désagrégation des roches Il siliceuses ou quartzeuses. Le sable est très répandu à la surface de la terre. Les Il mers et les fleuves en charrient d'immenses quantités.... Souvent le sable que la mer Il rejette sur le rivage couvre de vastes étendues de terrains et les frappe de stérilité : Il telles sont les landes et les dunes sur les côtes de France. On en trouve également Il des masses prodigieuses dans l'intérieur des continents : tels sont les déserts de Il l'Afrique, de l'Asie, de l'Arabie, etc. Enfin le sable se rencontre dans l'intérieur Il de l'écorce terrestre, où il constitue des couches d'une épaisseur souvent considé- « rable... Nous avons vu que le grès n'est autre chose qu'un agrégat do grains de II sable quartzeux et feldspathique agglutinés ensemble par un ciment de nature diverse. II Le sable est très employé dans l'industrie... Le sable quartzeux, qui abonde dans la « forêt de Fontainebleau, sert pour la fabrication des objets de verre blanc... Le sable « de rivière sert pour la fabrication du verre noir ou verre à bouteilles.... Le sable de <i carrière ou de plaine sert aux maçons pour faire leur mortier, etc.. >>

I). V., pas.sim.

Emporta dans son cours, sans effort ni rupture, Les sables qui du grès cachaient la roche dure.

Le phénomène éclate en ravissant tableau Des hauteurs de Nemours jusqu'à Fontainebleau ^i.

Dans la sombre forêt, sous les rameaux antiques, Se dressent, comme autant de spectres fantastiques, Ces masses aux tons gris, dont la dispersion Sur ce sol onduleux produit l'illusion.

Heureux si l'on pouvait, dans ces lieux solitaires, Respecter ces témoins des âges tertiaires! Mais l'homme, en ses besoins toujours sollicité. Force tout, soumet tout à sa commodité. Ainsi ces grès si beaux, que la grâce illumine. Sous le marteau broyés, ou rompus par la mine. Sont réduits en morceaux ; et leurs tristes débris, Ce sont les vils pavés que l'on foule à Paris !

Mais il est d'autres lieux où l'on trouve la trace De nombreux gisements propres à la mollasse. Entre Aix, Apt et Manosque, en deçà du bassin Qui touche au littoral méditerranéen, L'eau douce, abandonnant l'intérieur des terres, A laissé des galets, des marnes, des calcaires. Au-dessus de dépôts de sables et de grés Formés par la mollasse à ses premiers degrés ^^.

21. Nemours, iliannante petite villo fin département de Seine-et-Marne, p.irtoiit environnée par le Loing et le canal du Loing. C'est près de Nemours, auBignon,que naquit Mirabeau.

A 17 kilomètres de Nemours est le chef-lieu de l'arrondissement dont Nemours, la ville aux belles roches de grès, est un chef-lieu de canton, c'est-à-dire Fontainebleau, " devenue si fameuse par sa magnifique forêt, ses paysages de rochers, ses jardins. « les cours et les salles de son immense palais, auquel le Primatice et tant d'autres « célèbres artistes ont travaillé.... Cette ville de Fontainebleau, à 3 kilomètres de la " Seine, en pleine forêt, est un des lieux de plaisance des Parisiens, et nul des étran- « gers qui visitent Paris ne croit avoir terminé son pèlerinage, s'il n'a vu la cour du <c Cheval blanc, les jardins dessinés par le Nôtre, les gorges d'Aspremont. Mais, «1 envahie, comme elle l'est par la foule, la ville de Seine-et-Marne n'est guère qu'une « vaste hôtellerie ; seulement elle expédie des grès pour le pavage, des sables pour la '• fabrication du verre et des chasselas exquis provenant surtout de Thomery, village ■■ voisin dont les jardins bordent la Seine....»

Elisée Reclus, Nouvelle Géographie,tome II, page 710 et 711.

Ailli'urs, cet éminent auteur fait remarquer que « les murs parallèles de grès qui « donnent une forme si bizarre au relief géologique de la forêt de Fontainebleau I. témoignent peut-être des glaciers rabotant le sol sur lequel ils cheminaient lente- " ment, à moins qu'il n'y faille voir, avec Delesse, d'anciens bancs de sables consou lidés... Il Nous sommes de l'avis de Delesse.

22. Entre k'> \ilk'^ d'.\ix, .\pt et Manosque se trouvent des grès semblables a ceux de

(iI':OI.O(;iE ET l'AM-;ONTOLO(ilE 75

Ailleurs, ce sont des tas de test et de co(iuille?, Téguments desséchés d'êtres dont les familles Peuplent encor les mers, et que les flots mouvants, Sous l'aetion du flux que secondent les vents, Tomme par le passé rejettent sur la rive.

Quoi de plus attacfiant pour une âme attentive Que de saisir, noter de semblables rapports ! Jadis, 011 sont nos champs, l'Océan eut ses bords. Mille faits nous en sont une preuve certaine, Que viennent confirmer les Faluns de Touraine ''^j (les sédiments confus où l'œil épouvanté Des mers qui ne sont plus revoit l'immensité. (les champs qu'un sol, toujours fidèle à ses promesses, Dole à profusion d'opulentes richesses, Arbres aux fruits exquis, et moissons et troupeaux. Oui, ces champs, autrefois enjq-loutis sous les eaux, Kurent pour seuls témoins de l'incessante vie Dos êtres indistincts sur qui la fantaisie. Par la forme souvent jugeant des fonctions, Au hasard a jeté ses appellations.

Le Foraminifère au début y domine.

Et le genre d'abord fut dit Biloculine^^ ; Plus lard, sur certains tests, d'ailleurs pareils entre eux, On crut apercevoir trois loges et non deux : [Jn nom fut inventé pour cette différence, Et le Ti'ilocidine y prit son existence.

Faut-il nommer ici le Cérithe géant 2", Caractère indiqué du terrain précédent,

Fontainebleau. Comme à Fontainebleau, ils sont rerouverts par des ralraires d'eau dmirc.

Aix (A(/ux Se-riix), ancienne capitale de la Provence, est le chef-lieu d'un arrondissement des Bourhes-du-Rhône.

Apt est un chef-lieu d'arrondissement du département do Vaucluse.

Mai.osque est un chef-lieu de canton des Basses-Alpes.

•2.3. « On donne le nom de Faluns à tous les amas meublés de coquilles plus ou « moins brisées qui ont été déposées, comme les coquilles vivantes le sont encore au- « joiird'hui, par les vagues sur les bords de la mer et à l'embouchure des cours d'eau. « On trouve d'immenses dépôts de ce genre dans la Touraine et les Landes. Dans cer- I' laines localités les habitants exploitent le Falun pour amender les terres. Ces sortes I' de carrière sont appelées Falunières. » D. V.

2i. Tous les infiniment petits, tels que les Foraminifères, les Milliolites, les Globigorines, etc., sont dits Biloculines ou Trilornlinfls suivant que le microscope découvre dans leur coquille deux loges ou trois. — Voyez page 64, note 59.

iy>. Le genre Cérithe fait partie des Buccinoïdes. Il se rencontre particulièrement dans le terrain Parisien. Il y est même si abondant que ce terrain a souvent été nommé ratc'iirp à Cmthr^ : l'un de ces Cérithes, le Crrithe f/éant, atteint quelquefois sept décimètres de haut'^ur.

76 LA CRÉATION ET L'HUiMANlTE

Rare dans celui-ci, mais que d'autres coquilles, De l'Océan fécond innombrables familles, Sous l'antique dépôt ont depuis remplacé? Voyez : c'est le Murex au test foliacé ^^, Le Balanus Crassus, avec la Roslellaire Dont le bec en saillie, arqué, triangulaire, A l'ensemble à la fois donne force et beauté.

Le nombre des Buccins ne peut être compté ^'^j Strombe, Fuseau, Rocher, Cassidaire et Grand Nasse, Pourpres, Vis et Tritons grouillent dans la Mollasse.

On y renconire aussi tout le genre Pecten-**, Dont le Pleuronectes-'^ est le pur spécimen; Les Planorbes durcis au cœur de la Meulièr(\ D'oii cette pierre a pris le nom de Coquillère ;

2(1. Le Murex, le Balanus Crassus, la Rostellaire. sont, eomme le Céiithe, des burcinoïdes... Voir la note ri-dessous.

27. « Les Burrinoïdes {lat. buccina, trompe ; grec, el'îo;, forme) sont très nombreux « dans la Mollasse : il n'en est peut-être pas qui ne se rencontre dans ce terrain... Les « Buccinoïdes sont des Mollusques Gastéropodes qui forment, dans la classification de « Cuvier, la troisième famille de l'ordre des Pectinibranches. Ces animaux sont pourvus « d'une coquille spirale. L'ouverture de celle-ci présente à l'extrémité de la columelle une H échancrure ou canal qui sert de passage au siphon, long repli du manteau destiné à per- « mettre à l'animal de respirer sans sortir de sa coquille. Les Buccinoïdes ont été partagés « en trois tribus : les Angystomes, les Buccins propi-ement dits, les liochers. » D. V.

Il sera parlé des Angystomes à la page 79, note 34. Voir cette note.

Les Murex, les Rostellaires, les Strombes, les Fuseaux, les Rochers proprement dits, les Tritons, se rattachent à la grande tribu des Rochers ou Murex.

Les Nasses, les Cassidaires, les Pourpres et les Vis font partie de la tribu des Buccins proprement dits.

« Observons que, depuis Cuvier, le genre Balanus, que le grand naturaliste rangeait « parmi les Mollusques, a été placé à part entre les Crustacés et les Annélides, c'est-à- '< dire parmi les Cirrhopodes (lat. cirrus, cirre ; grec, t:oj,-, -o^o;, pied)... et l'on sait « que les cirres sont des espèces de petites lanières que présente le manteau de certains " Mollusques, et que ce mot sert aussi à désigner des appendices qui, dans un grand « nombre d'Annélides, remplissent les fonctions d'organes tactiles...

« ... Les Cirrhopodes rentrent donc dans l'embranchement des Articulés. Ces animaux n nagent librement dans le premier temps de leur vie ; mais bientôt ils se fixent pour « toujours. Ils changent alors complètement de forme. Ils se renferment dans une en- « veloppe appelée manteau, et c'est sur la face abdominale du corps que se développent, « sur deux rangées, les cirres ou cirrhes dont nous avons parlé plus haut. Ces cirrhes « représentent des espèces de pieds ou de nageoires.

« Parmi les Cirrhopodes, la famille Balanus est la plus nombreuse. Leur fécondité « est prodigieuse : ils tapissent quelquefois le flanc des navires en si grande quantité « qu'ils en ralentissent la marche.

« Les Bnlanes se trouvent dans toutes les mers. La ressemblance grossière qu'ils ont « avec le gland du chêne leur a valu leur nom scientifique (grec, pà/.avo;; latin, balanus, u gland du chêne) et leur nom vulgaire de Glands de mer. » D. V., passini.

Page 1