Voir page H, note
3. (I L'Anoplotherium (grec, "a, priv. ; v, euph. ; ô'-aov, arme ; O/ij (ov, animal) était « un pachyderme. On en a reconstitué trois espèces : les animaux des doux espèces (1 communes devaient avoir la taille de l'àne et du cochon ; ceux de la troisième espèce Il (la grande espèce) avaient des affinités à la fois avec le rhinocéros, le cheval, le co- II chon, l'hippopotame et le chameau... On les rencontre tous les trois dans les terrains <i des étages parisien et subapcnnin, mais plus particulièrement dans le terrain « parisien... » I'. Y.
(;i:0L()(iii-: et paleontologik si
De ràne et du cocIkui par les pieds et les dents.
On ti'oiive près de lui des lézards, des serpents, Et de Chélonieus d'énormes carapaces, Aujourd'hui disparus... Plus haut, ce sont les traces D'un Proboscidien, espèce de tapir, Dont la forme déjà permet de pressentir. Par ses larges contours et ses lignes plus fermes, L'éléphant dit Mammouth *, l'aïeul des Pachydermes''; Squelette monstrueux qui, du temps respecté, A nom, pour ce motif et son antiquité, PalcEothérium"... Au terrain de Mollasse De l'âge miocène, on trouve mainte place Où se sont conservés (en croira-t-on ses yeux?) Des types d'animaux non moins prodigieux.
Du Dinolhérium" tel est l'énorme crâne, Dont on voit s'aplatir la ligne médiane,
4. <( L'éléphant dit Mnmniouth, que les naturalistes appellent Elrphas primir/emus, Il habitait une zone immense durant la période qui a prérédé la dernière grande revoie lution du globe. On a trouvé des débris de ret animal en Europe, en Asie, en Amé- II rique. En Sibérie, sur les bords de l'océan Glarial, les restes île Mammouth sont Il parfois si abondants, et l'ivoire de leurs défenses si bien conservé, que son exploita- II tion est devenue une industrie. Deux fois même on y a rencontré des individus entiers, Il recouverts de leur peau et de leurs muscles, dans un tel état de conservation que. Il lorsqu'ils furent détachés de la glace qui les entourait, les chiens purent encore se Il nourrir de leur chair. La peau de ces individus était revêtue d'une laine grossièi-e et Il rousse, et de longs poils noirs et ruides qui paraissaient avoir eu pour objet de les Il protéger contre le froid glacial de ces climats. » D. V.
b. « Les Pachydermes (grec, rap;, épais; .5if;ia, peau) doivent leur nom à l'épais- II seur de leur peau : toutefois ce caractère n'est que secondaire, car il appartient Il aussi à l'ordre des Ruminants.. Les Pachydermes sont des animaux non ruminants, à .1 sabots, et se servant de leurs pieds seulement comme soutiens... C'est à l'ordre des Il Pachydermes qu'appartiennent les plus gros animaux terrestres, tels que l'éléphant, Il le rhinocéros, l'hippopotame. Cependant cet ordre renferme aussi l'âne, le cheval, le Il cochon, trois Mammifères des plus utiles à l'homme... Cuvier divise les Pachydermes Il en trois grandes familles : les Proboscidicns ou Pachydermes à trompe, comme l'élé- II phant; les Pachydermes ordinaires, comme l'hippopotame. le cochon, le rhinocéros et i< le tapir; les solipèdes, comme le cheval, l'âne, le zèbre, etc. » D. V.
U. Il Le Palaeothérium (grec, T.u:t.a:ô;, ancien; ôrioiov , animal) a les os nasaux re- II levés comme chez les tapirs, ce qui donne lieu du croire qu'il portait aussi une Il trompe flexible. Le Palaeothérium avait, en outre, comme le Rhinocéros, trois doigts « terminés par un sabot à chaque pied. Son squelette restitué a la taille du cheval. Il Il se trouve dans le terrain parisien. Sans doute, il se rattache au Mammouth par sa Il trompe : cependant, il faut observer que le Mammouth proprement dit n'apparaît que dans les dernières couches des terrains tertiaires et dans les alluvions anciennes... »
7 " Le Uinothérium fgrec, -ki/o-:, grand, effrayant; Oïijiov, animal) était un Proboscidien, c'est-à-dire un animal à trompe (grec, rooSouxi;, trompe). Il avait une tète énorme avec l'occipital aplati, une large fossé nasale s'ouvrant supérieurement. lies os nasaux voûtés et de grands trous pour le passage des nerfs de la cinquième |) ire, ce qsii fiit croire que l'animal possédait une trompe. La tête du Dinotkéniim
EL qui, de l'occiput jusqiics à l'os nasal,
A (développement inouï, colossal!)
Un mètre et plus de long-, d'où d'une façon sûre
On peut du corps entier calculer la mesure.
La nature partout, dans son activité, Procède avec lenteur et régularité. En Europe, en Asie et même en Amérique, Cette loi du progrès incessamment s'applique : Végétaux, animaux de l'ordre inférieur.
S'élèvent par degrés jusqu'au supérieur.
Le départ est lointain, mais la marche certaine : Nous voyons, nous tenons les deux bouts de la chaîne ; Mais les anneaux, comment pourrait-on les compter Présomptueux serait qui voudrait le tenter. Le rapport est constant du point chronologique A la condition du rang biologique.
Plus tôt l'effort a lieu, moins frappant est retlel : Plus tard il se produit, et plus l'être est parfait.
Comparez seulement la faune miocène Aux transports de la vie à l'âge pliocène. D'une part, nous avons le Dinothérium, Quelques types géants, le Mégathérium^, Et puis, sur ce terrain à mesure qu'on monte, L'Hyène Spelœa», que suit le Mastodonte'".
Mais, à l'ùge suivant, quelle profusion ! Quel admirable élan de la Création !
Dans ce travail nouveau, les genres, les espèces, Divisés, distingués, passent toutes promesses,
giqanteum trouvée à Eppclsheim incsui-o 1 m. 10 dopui? rcxtrémité de l'os du la trompe jusqu'aux condyles occipitaux. i> D. V.
8. « Le Mégathérium (grec, asya;, grand; Or^fiov, animal) était un Tardigrade. Il avait la hauteui- de l'éléphant et la grosseur du rhinocéros. Son crâne ressemble à celui du Bradype (grec, SpaSù?, lourd ; ttoù;, pied), le seul genre de Tardigrades que l'on rencontre de nos jours ; et ce crâne est fort petit en comparaison du volume de son corps. »
9. it L'Hyono spelaea est un digitigrade, c'cst-à-dirc un nnimal marchant .sur le bou des doigts. On l'a appelée Hyène des cavernes (spelseim, caTcrne) parce qu'elle se rencontre dans la plupart dos cavernes osseuses de l'Europe... Il y a trois espèces d'hyènes vivantes : Vhyhie rayée, l'hi/i'ne tachetée ou loup-tirp-e et Yhjène brune, ou loup du rivage, comme elle est appelée au sud de l'Afrique. » D. V.
10. « Le Mastodonte (grec, naTidç, mamelon; ô-îo-j;, dent) était un Proboscidien, Il différait de l'éléphant actuel en ce que, dans le jeune âge, il portait à la rnâchoiic inférieure deux petites défenses, droites, qui disparaissaient quand l'animal était adulte. Il on (iitférait aussi p;ir la forme et par la taille, et surtout par la structure de ses dents molaires à éujincnccs mainclunnécs et coniques. » D. V.
(iHOLOGlE !',T f A LH ONTOLO (i I R 83
El leur avènenienl iikm'vimIIuiix, inouï, Marque 1 ère où parut la l'aune d"aujourd"liui.
Près de tleuves sans borcJs el de pente indécise, Déjà, dans la vallée encore rnal assise, Où tout végète et meurt en l'ouillis, en chaos, Vivent l'Hippotame et le Rhinocéros 'i.
Le Castor, ce rongeur que son instinct active'-, Pour se faire un abri consolide la rive. Le Primate velu, le singe à quatre mains '^, A de ses ossements jonché tous ces terrains. Le grand genre Canis" ; les Loups'" et les Hyènes '^, Chats, Tigres et Lions'' se disputent les plaines ;
11. Nous nu ferons qu'indiquer V ordre, et le f/etire des .mimaux qui sont désignés iri. Il faut, pour les détails, avoir rerours aux traités spéeiaux.
« L'Hippopotame (grec, 'i-v.r,;, rheval ; r.o-a'xo;, fleuve) appartient à l'ordre des « Paehyderraes. C'est, après Téléphant et le rhinocéros, le plus grand des quadruiièdus. « Il est essentiellement herbivore.
« Le Rhinocéros (grec, b'rj, nez; y.{ç,'j.;, corne) appartient aussi à l'ordre des l'a- '( chydernies (voir page 81, noie 5). Ce genre est essentiellement caractérisé par la 1' présence sur le nez d'une corne solide: certaines espèces en ont deux. Le rhino- " céros atteint quelquefois une taille colossale, et il serait le plus grand des animaux « mammifères, si l'éléphant n'existait pas. 11 se nourrit d'herbes et de jeunes branches <( d'arbre. » 1). V.
1:!!. « Le Castor appartient à l'ordre des Rongeurs... Sa vie est toute aquatique. On le <i trouve surtout dans l'Amérique du Nord, dans le Canada en particulier. Toutefois, •( cette race parait avoir été jadis très répandue en Europe. Il en existe encore quelce ques-uns le long du Rhône, du Danube, du Wéser, etc ; mais ils sont fort rares. En >t France, on les désigne sous le nom de Ihèvrcs. La Bièvrc ne paraît nullement dif- « férer du Castor du Canada. » Voir 2" partie, chapitre IV, note 23. D. V.
13. « Le Singe appartient à l'ordre des Quadrumanes... (Voir 2° partie, chap. IV, notes « 27 et 33.) Le docteur Lund a trouvé dans les cavernes du Brésil un genre éteint : c'est « le Protopithccus... On a trouvé aussi plusieurs fossiles appartenant à divers genres « existants. Toutes ces espèces sont de l'étage parisien ou du falunien ; mais, chose à « noter, on n'a trouvé parmi ces fossiles aucun singe de l'Ancien Continent dans le « Nouveau, ni aucun singe du Nouveau dans l'An'^ien. Néanmoins la distribution géo- « graphique de ces animaux n'était pas limitée comme elle l'est aujourd'hui, ainsi que « le prouvent les débris du Pithecus antiquus trouvés en France dans le Cers, et ceux Il du Macaciis cocenus rencontrés dans le comté de SufFolk en .Angleterre. »
14. <c Dans la langue de la zoologie moderne, le terme (Vdcn (Canis) a imo signifîcan tion beaucoup plus étendue que dans la langue vulgaire. On regarde aujourd'hui, en « général, le Chien comme i tant le type de la famille des Canidés... Cette famille com- « prend deux genres : le genre Chien et le t/enre Renard. » D. V.
lo. Le loup {Canis lupus) appartient, comme rini!i(]ue sou nom scientifiaue. au (jr/imi genre Chien.
ir.. Voir, pour les hyènes, la note 9 de ce chapitre.
17. « Le gi-and genre Chat (Félis) constitue la famille des Félicns, animaux destinés
i LA CUKATION ET L'HUMANITE
Tandis que, sous les rocs qui dominonl les monts, L'Ours cache son repos dans des antres profonds *^.
Certes, je n'irai point, indiscret et profane, Lire dans le cerveau du singe quadrumane. Ni, le scapol en main, au vif étudier L'appareil digestif du genre carnassier.
D'autres (]es Ruminants disséqueront la panse : Ce quadruple estomac passe ma compétence. Je ne décrirai pas, dans l'ordre des Rongeurs. La mâchoire et les dents... Loin de moi des Grimpeurs De mettre à nu le pied et sa force tenace : De tels détails ici seraient hors de leur place.
J'en parle seulement afin de rappeler Que cet âge en tous liens vit naître et pulluler Rongeurs et Téliens, Gloutons. Digitignides, Ruminants, Carnassier.-;, Grimpeurs et Plantigrades'''.
pur leur organisation à vivre de proie... Li' chat iiroprcment dit est très répandu dans toute l'Europe et toutes les colonies européciuies... Parmi les grandes espèces, le Limi et le Léopai^d sont communs à l'Afrique et à l'Asie; le Tigre et la Panthère sont particuliers à LAsie et aux grandes îles de l'archipel Malaisien. Le Jafivur cl le Cowjuar représentent le Tigre et le Lion dans le nouveau continent. »
18. « Les carnivores plantigrades sont surtout représentés à Létat fossile par plusieurs espèces d'ours aujourd'hui perdues. Les deux plus répandues sont : VUrsus cultridens de l'étage subapennin et VUrsus spelœus ou des cavernes du même étage. » D. V.
10. « Les Rongeurs forment le .sixième ordre de la classe des Mammifères. Les animaux qui le composent sont essentiellement caractérisés par leur sy.stème dentaire. Leurs dents ne peuvent pas même couper les aliments; mais elles servent à les limer, à les ronger, d'où vient leur nom... Isidore-Geoifroy Saint-Hilaire répartit les Rongeurs en sept familles, dont nous nous bornerons à citer : les Sciuridés (Ecureuil et Marmotte) ; les Muridés (Castors et Rats): les Léporidés (Lièvre), etc. » Nous avons parlé plus haut des Féliens; voir la note 17.
c< Le Glouton ressemble à l'Ours par sa marche plantigrade, tandis que, par son
système dentaire et par son naturel, il se rapproche des Martres, Putois, Fouines et
; Furets. C'est un animal très cruel : il attaque les plus gros ruminants et s'en rend
maître en s'élançant sur eux du haut d'un arbre, en les saisissant au cou...
« Les Digitigrades sont, dans le système de Cuvier, une tribu des Carnivores : l'autre
tribu est celle des Plantigrades... Les Digitigrades marchent sur le bout des doigts,
: ainsi que leur nom l'indique, tandis (pie les Plantigrades, comme l'ours, marchent
1 sur la plante entière, ce (pii leur donne plus de facilité pour se dresser sur leurs
: pieds de derrière...
« Les Ruminants conslilueiit le huitième ordre des Mammifères. Ils doivent leur nom I à la faculté singulière que tous pos.sèdent de mâcher une seconde fois les aliments I qu'ils ramènent dans la bouche après une première déglutition. Cette faculté tient à c la structure de leur estomac, lequel se compose de quatre ventricules distincts, appelés I panse ou herbier (en latin, rumen, ruminis, d'où ruminer, ruminant), bonnet, 1 feuillet, caillette. Les animaux ruminants sont de plus les seuls Mammifères pourvus I de prolongements o<scn>; des os frontaux; cependant ils n'en ont pas tous : en consé- . quence. Cu\iur a pa;-ta!.'é cet ordre eu deux sections : les Ruminants sans cornes el
G!-()L()(ilE I:T PAI.KnNTOLOniK
Mais.lous cps animaux, défilanl dovanl moi, No font que condrmor l'aclion de la loi, Qui sur lerro ol dans l'air ot dans la mei- pi.ifondo Ri^gle lout ce qui vil (>t domine lo monde: Loi par qui, rluiqiu' jour plus sage en ses etVcts, La nature pvoduiL Ac:^ rli-cs |)lus parfaits-".
Ainsi l'œuvre d'hier d'une autre œuvre est suivie. Et la mort elle-même est utile à la vie. Oui, la mori, dont le nom est partout détesté. Est dans l'ordre cosmique une nécessité : Sur l'être qui périt, soit animal, soil planle. Un autre être surgit, que la Nature enfante Comme pour assurer, par compensation, Une marche constante à la Création.
La force qui s'éteint a toujours où se prendre : C'est le charhon ardent qui couve sous la cendre. Qu'un embryon léger, que le moindre ferment Arrive à sa portée : à ce rapprochement. Tout à coup jaillira la rapide étincelle Qui doit donner au monde une foime nouvelle.
« les Rttminmits à conirs... Les Ruminants sans rornes foniprennent les genres r/m- « vicau, lama et clievrotain... Les Ruminants à eonies forment trois tribus : Runii- « nants à cornes caduques ou à bois, tels que les Cerfs: Ruminants à cornes velues, « comme la Girafe : Ruminants à cornes creuses, qui renferment les genres Antilope, « Chèvre, Mouton, Bœuf et Ovibos...
« Les Carnassiers constituent l'un des ordres les plus importants de la grande classe « des Mammifères... Les Carnivores sont mie sction de l'ordre des Carnassiers... Il « semble que l'animal absolument carnassier soit celui que sa nature force à se « nourrir de chair et qui ne peut vivre d'autre chose : tandis que le Carnivore se nourrit (c bien de chair, mais n'est pas réduit à cet unique aliment. Ainsi le tigre et le lion « sont des aniniiiux rm-iKissir/s ,• le cliien rt l'ours sont des animaux carnivores... »
n. V., passim.
Ce mot de (iriiiijiri/r est réservé p;ir Cuvier pour désigner le troisième ordre de la classe des Oiseaux. Nous n'avions pas ici en vue les Oiseaux : nous entendions parler de certains animaux, soit digitigrades, soit plantigrades, soit quadrumanes, qui peuvent aisément grimper et qui aiment, comme les Ecureuils et comme les Singes, à vivre sur les arbres.
20. Quand on considère l'ordre d'apparition des divers êtres relativement à leur rang dans la série animale, nous trouvons qu'eu général la série chronologique marche en même sens que la série zoologique : " Ainsi, dit d'Orbigny, les plus anciens des Mam- « raifères appartiennent à la série la moins parfaite de cette classe d'êtres (les Didel- 11 phiens) : ils ont été suivis, mais seulement dans les terrains tertiaires, des Carnivores, « des Rongeurs, des Pachydermes, dans le premier étage; des Quadrumanes, des i< Cétacés, des Chéiroptères, dans le second: des Amphibies, des Insectivores, des « lùlentés et des Ruminants, dans le troisième. Les Carnassiers, les Quadrumanes surtout, Il mieux conformés que les Carnassiei'S, appartiennent à la s; rii> in mmc croissante de « développement de formes ; et, enfin, l'homme, le plii< iiailiil dis étns, n'a été créé « qu'avec l'ensemble de la faune actuelle... «
(.A cnFATFOx i:t 1/ 1111 ma ni te
C'est en vain que Gloutons, Kéliens, Carnassiers, Exercent autour d'eux leurs instincts meurtriers : En vain pour assouvir une faim dt'vorante, Ils l'ont aux Ruminants une guerre sanglante : Carnage, oeuvre de mort, lutte, déchirement, Du principe vital règlent le mouvement.
Certe, on se sent charmé des chants où le poêle. Do récits fabuleux se faisant l'interprète, Tait miroiter aux yeux, brillant mais faux décoi', Ce qu'on est convenu d'appeler l'âge d'or.
Là, tout naît dans la joie et vit dans les délices • Le tigre indifférent s'étend près des génisses; Et les tendres agneaux, dans les pâtis bêlants, Invitent les lions à leurs jeux innocents : Le loup apprivoisé garde la bergerie-'; Et, pour mettre le comble à la plaisanterie, L'homme même en douceur égale l'anima!-^. De la guerre, en tous lieux, on ignore le mal : Au sein d'un doux repos tout croît et multiplie, Et l'être sans effort abandonne la vie, Repu, rassasié, content de voir la fin De l'uniformité de cet heureux festin.
Rêves que tout cela, songes creux et chimères! La nature autrement procède en ces matières. La lutte, le travail, l'ardente activité : Tels sont les vrais agents de sa fécondité. Supposez qu'elle change et de but et de rôle, Et que rien de la paix ne trouble l'auréole ; Que tout ce qui se meut sur terre et dans les airs, Qui grouille sous la boue ou nage au sein des mers. Dans la mort naturelle ait sa seule limite : De cet accroissement quelle serait la suitf^?
21. « Aiitoui- de nos premiers parents bondissaient joyeux ces nombreux animaux qui depuis, devenus féroees et sauvages, sont exUés dans les bois, les déserts, les monts et les cavernes. Le lion folâtrait, se cabrait, et, dans ses énormes grilTes, berçait doucement le jeune agneau. Les ours, les tigre.s, les panthères, les léopards, sautaient et luttaient innocemment eu leur présence. Le gigantesque éléphant, pour leur plaire, contournait avec adresse les anneaux roulants de sa trompe flexible. Le serpent onlrchiçait ses no'iids inextvicalilç^s et revenait sur lui-même en sinueux replis. » MiLTON, Paradis perdu, chant IV.
22. « Le premier iige fut l'àpe d'or où, de lui-iuème, sans ois et sans contrainte, l'homme observait la justice et la \(itu... On n'ont. nd:!!! pis résonner l'airain do la trompette... sans casques, sans ,;jlai>es. sans soldats, les hommes goûtaient les doux loisirs d'une lran(|iiill(' pai\... OvinF. .}fi'famorphoses,\i\ . I.
GKOLOr.IF l-T PALI- ONTOI.rXîlE 87
Toiil, le r^irno miimal, dnns l'épaissoiiv des bois, Aurait inôinc destin, vivant sous mêmes lois.
L'esprit ne peut ainsi concevoir l'existence. Le résultat certain de cette exubérance Serait de faire naître une confusion, Plus funeste cent fois que la destruction, Qui de l'individu ne montre la faiblesse Que pour faire éclater la vigueur de l'espèce.
Dans l'ensemble créé Tindividu n'est rien -^ : 11 naît, mais pour mourir ; et sa mort est un bien : Son corps désagrégé prépare la substance ^'^ Oti l'espèce refait sa force et sa puissance.
Donc, pour qui réfléchit, la mort n'est pas un mal. La plante, qui périt, fait vivre l'animal ; Et l'animal détruit, corruption féconde.
Avec plantes et fleurs rend sa parure au monde -'■'•.
23. « Un individu, de quelque espère qu'il soit, n'est rien dans l'univers; cent indi- « vidus, mille ne sont encore rien : les espères sont les seuls êtres di; la nature, êtres « perpétuels, aussi anciens, aussi permanents qu'elle. » BurroN.
24. « Tout ce qui a vie dans la nature vit sur ce qui vôg-ète, et les végétaus vivent « à leur tour de tout ce qui a vécu et végété : pour vivre, il faut détruire, et ce n'est « en -«SSfit qu'en détruisant des êtres que les animaus peuvent se nourrir et se « multiplier. » Buffon.
25. « Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant à nos yeux ; la nature forme « de nouveaux êtres do leurs débris, et ce n'est que par la mort des uns qu'elle « accorde la vie aux autres. » Lucrèce, liv. I, vers 263, trad. de La
K Nous voyons tous les corps diminuer, et leurs émanations continuelles les épuiser « à la longue, jusqu'à ce que le temps les dérobe à nos yeux. Cependant la masse « générale ne souffre point de ces pertes particulières. Les éléments, en appauvrissant « une partie, vont en enrichir une autre, et ne laissent d'un côté les rides de la décré- « pitude que pour porter ailleurs la fraîcheur du jeune âge. Ainsi l'univers se renou- « velle tous les jours ; les mortels se prêtent la vie pour un moment ; un court inter- « valle change les générations, et, comme aux courses des jeux sacrés, nous nous « passons de main en main le flambeau de la vie. »
Lucrèce, liv. Il, 04, trad. de Lachance.
•< On voit les végétaux devenir l'aliment
« Des êtres que le ciel doua de sentiment.
ic Mais ceux-Ri, par leur mort, changent-ils de nature
11 Ils vont aux végétaux seiTir de nourriture.
11 II n'est rien île durable, et tout être, à son tour,
■1 Sort du néant, y rentre, et reparaît an jour... »
Pope, traduit en vers par du Resnel, MAniiONTrj. et madame du Bocage, éd. 1788.
Voir dans Joseph de Maistbe {Soirmt de. Saint- Pélcrsbouri/) l'admirable morceau de ce grand écrivain sur la Loi de la guerre.
Sdllv-Prudhomme [la Justice) rend la même idée de la manière suivante :
11 Ainsi tout animal, de l'insecte au géant, <• Kn quête de la proie ntile à sa croissance.
THAPITRE IX