CHAPITRE XI
Doscriptinii des [ji-inciiiaux traits dn la surface du globe. — Mers el contlnentî!. — Orographie. — Légendes diverses. — Alluvious modernes.
La carte sous les yeux, lorsque des conlinfnts On suit, en sens divers, les développements, Une chaîne apparaît, dont l'imposante arête, Qui du corps tout entier soutient le dur squelette. Tend à se déployer, de hauteurs en hauteurs. Dans la direction des plus grandes largeurs.
Ainsi du cap Waigatz, sur la mer Boréale, En Europe, elle étend sa branche occidentale • Jusqu'au cap Tarifa' ; tandis qu'à l'orienl. Malgré bien des contours sur co sol ondoyant,
7. Il lia formation des terrains quaternaires ou d'alluvion suivit immédiatement Il rt'llc des terrains subapennins. Quelques auteurs la désignent sous les noms de i< Terrains Diluviens, Terrains Chjsmiens, Diluvium. parce qu'ils la regardent comme (i le résultat du Déluye universel. Mais cette opinion n'est fondée que sur une pure « hypothèse, car nulle part on n'a trouvé dans les couches du Diluvium la moindre « trace d'industrie ou de débris humains. Or, ces derniers s'y seraient certainement II tout aussi bien consi rvés que les ossements d'éléphants et (fautres animaux que l'on (1 y rencontre. » D. V.
1. La ligne générale de partage des eaux de l'Europe se dirige du nord-est au sudouest. Son versant occidental penche vers l'Atlantique, et son versant oriental vers la Méditerranée. Il est facile de voir qu'il y a, en outre, une pente secondaire septentrionale qui verse ses eaux dans la mer Glaciale, et une pente secondaire méridionale qai porte ses eaux dans la mer Caspienne.
Cette ligne de partage, très tortueuse et très confuse, commence au cap Waigatz, lequel s'avance dans la mer de Kara au nord-est de la Russie, et elle finit au cap Tarifa, dans le détroit de Gibraltar, au sud-ouest de l'Espagne.
(Voir, pour les détails et la description complète, Lavallée. (iéoq. p/ij/sir/ue. ou tout autre traité spécial.)
Klle s'ouvre, au sud-est, une marche certaine.
Aux monts Himalaya, dressant ert souveraine Ses sommets où jamais nul pied ne s'appliqua, Elle s'incline, au sud, vers l'isthme Malacca : Et là, sur les rochers de son tlanc immobile, Viennent mourir les flots qui battent la presqu'île'.
Cette chaîne, en son cours tortueux, tourmenté. N'en conserve pas moins toute son unité. Nombreux sont ses rameaux, mais sa ligne est précise; Et, si le nœud fléchit, jamais il ne se brise. Par elle sont unis les deux grands continents^; Par elle, bien distincts, sont formés leurs versants, Et c'est par elle aussi que, d'espace en espace. Vers le nord, vers le sud, on voit rouler la masse Des eaux que la nature, en ses sages desseins, A voulu déverser dans les mêmes bassins.
Si du cap Tarifa nous passons en Afrique, La simple inspection des hauteurs nous indique Qu'au travers du détroit ofi la vague mugit. Jadis, d'un bord à l'autre, un contrefort surgit, Rattachant à l'Atlas la chaîne européenne ^
Combien de temps sur lui, retentissantft et vaine,
2. La chaîne de l'Oural rattache l'Europe à l'Asie et sert de ligne de démarcation entre les deux continents. L'Oural va se joindre à l'Altaï qui court de l'ouest à Test. L'Altaï se prolonge dans les monts Jablonoï au nord-est, et la chaîne générale finit au cap Oriental sur le détroit de Behring. Vers les sources du fleuve Amour, une chaîne se détache au sud qui, d'un côté, se portant vers l'ouest, va former les monts de la Chine ; puis, se prolongeant de plateau en plateau dans l'intérieur de l'Asie, s'élève jusqu'au Khoukhounoor. De là se détache cette longue chaîne qui contient les points les plus élevés du globe, l'Himalaya, dont les ramifications vont couvrir, d'une part, la péninsule hindoustanique, et, d'autre part, la péninsule cochinchinoise jusqu'à l'extrémité de la péninsule de Malacca... L'Asie présente donc un versant septentrional ou de la mer Glaciale ; un versant oriental ou du Grand Océan ; un versant méridional ou de la mer des Indes; un versant occidental ou de la Méditerranée: enfin signalons les plateaux de la mer Caspienne et de la mer d'Aral, et le plateau central ou chinois... (Voir la carte et un traité spécial.)
3. <i L'Asie, la plus grande et la plus massive des cinq parties du monde, est la base 1' à laquelle viennent se rattacher comme à un tronc solide l'Afrique et l'Europe... « L'Asie est réunie à l'Afrique par l'isthme sablonneux de Suez, et séparée d'elle par « la mer sans profondeur qui va de cette ville à la traînée de Périm (mer Rouge), '< par laquelle toutes deux se réunissent presque une seconde fois. Elle n'est pas en ■i tous points nettement séparée de l'Europe ; celle-ci n'est en somme qu'une de ses « presqu'îles, comme la Bretagne une péninsule de la France. »
Onésirae Reclus, Géoyraphie f/éncrale élémentaire.
A. '< La science moderne a constaté que pour la faune, la ilorc et la constitution Il géolngiqiic. le littoral entier de la Méditerranée orientale, .ni nord comme au siul. u fornif un inséparable tout. ,\insi M. Bimrguignat a iiottcmcnt établi. |i:ir ses
10G LA CREATION KT 1/ Il U M AN ITE
De l'Océan ému s'exerça la fureur?
Qui le sail? Toutefois, naïve en sa candeur,
Longtemps, de son héros pour grandir l'importance,
La Grèce accrédita cette absurde croyance
Qu'un jour, an dieu des mers Hercule obéissant
Sur ces sommets ardus posa son bras puissant;
Que sous l'effort divin les rocs se détachèrent
Et dans l'onde écumeuse aussitôt s'abîmèrent;
Qu'enfin, pour imposer son nom à l'avenir,
De son œuvre le dieu fixa le souvenir,
En perçant le détroit où le peuple crédule
A consacré depuis les Colonnes d'Hercule^.
A quoi bon insister? à ces récits d'enfanls C'est déjà trop d'avoir donné quelques instants. D'ailleurs, du fait en soi l'évidence est si grande Qu'il garde son éclat même sous la légende. Laissons \h le héros, prenons la vérité. Pour nous, il est acquis que, dans l'antiquité, Vrai lac intérieur, la Méditerranée Dans son propre bassin se trouvait confinée, Et que partant l'Atlas, le massif africain, A l'Espagne, sa sœur, devait donner la main.
Comment de l'imion put se rompre la ch;iine Par quel ébranlement, quelle force soudaine,
i( recherches sur les Mollusques vivants, que le nord de l'Afrique n'a pas une seule (i espèce qui lui soit particulière, et que les types de ces animaux trouvés sur les « pentes de l'Atlas proviennent de la péninsule Ibérique. Le Sahara occidental et la « Tripolitaine étant également vides d'espèces qui leur appartiennent en propre, il « devient évident que ces dernières régions n'étaient point encore émergées du fond c( de l'Océan au commencement de l'époque actuelle, et que la Mauritanie continuait c( au sud la presqu'île de l'Espagne ; les promontoires de Ceuta et de Gibraltar faisaient « encore partie de la même chaîne de montagijes. Les anciens n'ignoraient point que (c la Méditerranée avait été jadis fermée du côté de l'Occident, puisqu'ils attribuaient (( à Hercule i'honneur d'avoir ouvert une porte entre les deux mers... »
Elisée Reclus, la Terre, tome I, chap. i de la première partie, sect. 3.
5. On sait que les anciens nommaient Colonnes d'Hercule les deux mords Abyla et Calpé, l'un situé en Afrique, l'autre en Espagne ; que ces deux monts, suivant eux, ne formaient jadis qu'une seule montagne ou du moins faisaient partie de la même chaîne, et qu'Hercule les sépara violemment pour unir la Méditerranée ou Mer Intérieure à l'Océan. En accomplissant ce haut fait, le iils do Jupiter et d'AIcmène n'aurait fait qu'obéir aux ordres souverains d'Eurysthéc, son frère aîné, lequel, comme on sait aussi, inspiré en cela par Neptune et par Junon, aurait imposé au héros entre autres travaux le percement du détroit de Gadés. Ce dernier grand ouvrage était, parmi les douze travaux d'Hercule, le dixième.
Il parait que les véritables Colonnes d'Hercule n'étaient que les deux colonnes qui soutenaient le temple de Melkarth, l'Hercule phénicien, à Gadès. Les deux colonnes t'nrnicnt un trait essentiel de tous les temples phéniciens.
GÉOLOGIE ET PALÉONTOLOG F R
La mer fit sa trouée au-dessous de Gadès*^? ÎN'imporlc ! il est certain que là, comme à Suez', Longtemps l'isthme, ballu par les vagues actives, Put conserver intacts les remblais de ses rives. El c'est par ces chemins serrés des deux côtés Que du faisceau commun deux rameaux projetés. Comme deux bras géants que rien jamais ne lasso, Par Test et par l'ouest, de terrasse en terrasse**, S'en vont s'arrondissant autour des grands plateaux. Mais leurs prolongements, sans perdre leurs niveaux, Poussent droit vers le sud, et leurs pointes saillantes Se rencontrent enfin sur le cap des Tourmentes''.
L'Afrique forme ainsi trois versants principaux : L'un, septentrional, va décharger ses eaux Des hauteurs de l'Atlas dans la mer Azurée; L'autre, à l'est, les conduit vers la mer Erythrée : Le troisième, à l'ouest, par une pente oblique. Du Sahara brûlant les porte à l'Atlantique ^"^
C. Gadès, en langue punique Gadir, aiijourd'hui Cadix, était une ville de l'ancienne Hispanie, dans la Bétique, dans une île à l'embourhure du fleuve Bétis. Cette ville avait été fondée par les Phéniciens. Le fleuve Bétis, r"est le Guadalquivir, et l'ancienne Bétique correspondait à une partie de la province de Grenade et à une partie de l'Andalousie. Quant à Cadix, la ville moderne, c'est un des ports principaux de l'Espagne l't du monde ; elle est située à la pointe septentrionale de l'île de Léon, dans une position admirable, à l'entrée des deux mers.
7. Suez, ville égyptienne, port sur la mer Rouge, a donné son nom à l'isthme qui unit l'Afrique à l'Asie. Le canal qui le traverse et qui permet de iiasscr directement de ia Méditerranée dans la mer Rouge, abrégeant de près de 10,000 kilomètres le trajet de Marseille à l'Inde, sera l'éternel honneur de M. de Lesseps, le Français illustre qui a su et pu le mener à bonne fin, malgré des difficultés de toute nature.
8. Il n'est pas facile de déterminer d'une manière sûre le système orographique de l'Afrique. Ce n'est que par induction et d'après des renseignements imparfaits que l'on est arrivé à penser que la péninsule africaine offre dans toute son étendue une série de plateaux composés de terrasses s'étageant les unes sur les autres, jusqu'à un grand plateau central qui domine de beaucoup tout le reste. Quoi qu'il en soit, sans pénétrer dans l'intérieur, lequel, en dépit des efforts de quelques intrépides voyageurs, reste encore inconnu, et n'examinant que les deux chaînes parallèles .aux cotes, on peut voir que les eaux de l'Afrique se déversent sur trois versants prificipaux : 1» le versant méditerranéen ou septentrional; 'i" le versant de la mer Rouge et de la mer des Indes ou versant oriental; 3° le versant de l'océan .Vtlautique ou versant occidental.
0. Le cap le plus méridional de l'Afrique fut atteint, pour la première fois, en 1480, par le navigateur portugais Barthélémy Diaz, lequel y fut assailli par des tempêtes si épouvantables qu'il lui donna le nom de Cap des Tempctes ou Cap des Tourmentes. Il fut doublé par Vasco de Garaa, en 1497. Le roi Jean II, de Portugal, jugeant avec raison que par ce cap ses vaisseaux arriveraient aux Indes, changea son prejiiior nom, If nom redoutable, et l'appela le Cap de Bonne-Espérance.
lu. Voyez plus li.iiit la note 8 de ce chapitre.
L'Atlanlique ! à ce mol, l'imagination S'enipai-f des récits de la Tradition, Et, par le charme exquis des tableaux légendaires, Impose à notre esprit la fable et ses chimères.
Certes, le cœur de l'homme est ceint d'un triple airain! S'il n'en était ainsi, l'intrépide marin N'irait pas, au mépris des lugubres naufrages, Sous des cieux inconnus affronter les orages.
Au seuil du noir détroit", Hercule avait eu soin De dire : « C'est fini! nous n'irons pas plus loin! » VA ses durs compagnons, respectant son ouvrage. Immobiles, longtemps restèrent au rivage. Mais pouvaient-ils toujours des hauteurs de Gadir Voir leurs vaisseaux*- à sec et les vagues bondir? Ils ont là, devant eux, l'atmosphère brumeuse Qui cache les secrets de la mer Tcnébreuse '^ : Et de vains préjugés, la paresse ou la peur Contraindraient leur envie et glaceraient leur cœur! Non, non! la rame en main et la voile tendue, Ils voudront, ils iront explorer l'étendue. Combien qui, pleins d'espoir, avaient quitté le porl. Sous les flots irrités durent trouver la mort! Mais ceux-là disparus, de nouveaux les suivirent, Non moins impatients, qui bientôt atteignirent, A l'abri des grands vents, de tous les dons ornés, Sous un ciel toujours pur, ces pays fortunés 1%
1 1. Voyez plus haut la note 5 de ce chapitre.
12. On sait que les navigateurs de l'antiquité avaient l'habitude de mettre à sec leurs vaisseaux sur le rivage, quand ils étaient arrivés au terme de leur course, ils prenaient aussi ce soin au commencement de l'hiver, alors que la saison ne leur permettait plus de naviguer. . ..
Snivilur aeris hiems gratàvice Veris et Favoni, TralmiiLi(uo siccas machinoe carinas (IIurm lo. lili. I, o<l. IV.)
M Le rigoureux hiver s'enfuit au doux retour du iiriiitem|)s et des zéphyrs ; et les machines arrachent les vaisseaux aux sables du rivage » (du rivage sur lequel ils avaient séjourné durant l'hiver).
13. L'océan Atlantique que les anciens, à l'exception des riiéiiiciens, n'avaient pas parcouru, est souvent désigné par les auteurs grecs et latins sous le nom de irrr ifos Ténèbres, mer Ténébreuse.
14. Les îles Fortunées ont donné lieu dans l'antiquité à une foule de récits merveilleux. Certains auteurs les appelaient les îles des Hespérides. les désignant ainsi comme le séjour des filles d'Atlas et de la nymphe Hespéris, savoir : Eglé, Aréthuse et Ilypéréthuse. Là se trouvait ce beau jardin, rempli de pommes d'or, et placé sous la garde du dragon à cent tètes que tua Hercule, etc.. (Voir ci-cordre. la noie ir,.i
GEOLOGlt: ET 1' A L K 0 N TO EOG 1 E
Ces jardins aux fruits d'or que, pour les Hespérides. Défendait le dragon aux cent têtes livides, Ces îles où longtemps, libre d'ambition. Put vivre dans la paix toute une nation.
Mais quedis-je? les Grecs, divinisant ces plages, Élargirent l'ampleur de leurs heureux rivages ; Et le sage Platon 's, convaincu, gravement, Y traça les contours de tout un continent Que d'Atlas, son héros, il nomme V Atlantide ^^.
N'est-il rien là de vrai? Tout y sorait-il vide?
lii. Voirie chapitre I" de la deuxième partie, note 10.
10. « L'espace compris entre Madère et les Aeores... fut jadis occupe, sel. m toute apparence, par une terre assez vaste pour mériter le nom de continent, liipiolle. s'étendant au loiu vers le sud. enfermait aussi dans ses plaines, depuis submergées, les Canaries, les îles du Cap-Vert et toutes les vigies éparses entre ces quatre groupes d'îles. C'était du moins l'opinion de Tantiquité, qui donna à cette terre inconnue, mais révélée par la tradition, le nom d'Atlantide... Ce fut sans doute pendant les fréquents voyages que faisaient les Phéniciens à cette lointaine colonie (la colonie de Gadès ou Gadir sur les côtes de la Bétique ou Andalousie) que des vaisseaux, poussés par la tempête, allèrent toucher aux restes de cette terre inconnue qui gisaient au milieu de l'océan Atlantique. La relation de ces premiers explor.ateurs causa, dans l'antiquité, le même effet que produisit, à la fin du xv° siècle, la première annonce de la découverte de l'.^mérique... Cette terre de l'Atlantide, objet de la curiosité générale, devint bientôt le pays des fables... les Grecs y reléguèrent l'histoire primitive du monde, celle d'Uranus, de Cybèle, de Saturne et de Rhée, de Jupiter, d'Atlas et de ses fdles, des Pléiades. A ces récits mythologiques succéda l'histoire du peuple océanien... On crut que les .\tlanles, civilisés et civilisateurs, au lieu d'avoir été découverts et visités par les navigateurs do la Méditerranée, étaient venus en conquérants découvrir et visiter le monde méditerranéen; qu'une émigration do ce peuple, conduite par Atlas, avait pénétré jusqu'en Egypte, y avait laissé ses lois, son culte, sa science, et les avait ensuite apportés à la Grèce. Solon, le législateur de l'Attique, consacrait les loisirs de sa vieillesse à composer une grande épopée sur cette tradition nationale... Avant Solon, le vieil Homère avait parlé, dans son Odyssée, des .atlantes et de leur ile; Hésiode aussi dans son histoire des dieux, et plus tard Euripide sur le théâtre d'Athènes. Mais de tous les Grecs, c'est Platon qui s'est le plus occupé de ce peup.le primitif. Ses deux di, dogues, le Timée et le Critias, sont consacrés à l'histoire de l'Atlantide. Platon, encore enfant, écoule les récits du vieillard Critias, son aïeul, lequel avait recueilli de la bouche même de Solon ce qu'avait enseigné à celui-ci un vieux prêtre égjiJtien do Sais... L'Atlantide était jadis une grande ile qui gisait dans l'Océan... Son territoire abondait en forêts, en rivières, en lacs, en prairies... Les forêts donnaient une grande quantité de bois de construction, et abritaient une foule d'animaux divers, parmi lesquels se trouvaient même des éléphants... Les Atlantes furent longtemps soumis aux dieux et aux règles de la vertu... Mais ils se corrompirent... Ils voulurent conquérir io monde... Jupiter assemble le conseil des dieux pour le châtiment de ce peuple impie. Sa destruction fut résolue, et les fléaux du ciel furent appelés à punir ceux qui s'étaient faits les fléaux de la terre. Jupiter déchaîna les tempêtes, fit trembler Tunivcrs sur ses fondements, et, dans l'esiiace d'une nuit. l'.Vtlantide disparut sous les Ilots. .
Louis ViAiiDOT. .f/i.sli,irr drs Aritbrs el il,:-; .VnrPS d'/ispni/iir. chez rafriierrc : Pari<.
no LA CREATION KT L'HUMANITÉ
On le croirait : pourtaiil, au delà du cap Vert''', L'Atlantique n'est pas toujours resté désert. Une foule d'îlots, d'innombrables vis'ies Guident le matelot jusques aux Canaries i» : Et là, les yeux ravis contemplent à la fois Ténérill'o et son pic, Madère'^ et ses grands bois ; Plus loin le tlot, passant sous des grottes sonores, Semble encor crier : « Terre! et voici les Açores^**, Dont Forg-ueilleux oiseau, le farouche épervier, Fournit le nom commun au groupe tout entier. Puis s'ouvre le croissant où la mer des Antilles -* De son vaste archipel rapproche les familles,
17. Le cap Vert est la pointe la plus occidentale de l'Afrique, en Sénégambie, par 14» 44' latitude nord. Il fut dérouvert en 1443 par le Portugais D. Fernandès. Les îles du Cap-Vert sont à ïiOO kilomètres à l'ouest du cap.
18. Les îles Fortunées des anciens ne sont autres que les îles Canaries. Ce groupe se trouve dans l'Atlantique, à 200 kilomètres de la côte nord-ouest de l'Afrique, entre 15» 40' et 20° 30' de longitude oncidentale, 27° 3ft' et et 29° 30' de latitude boréale. On y compte sept îles principales: Ténérilfe, Fortrivontura, Canarie, Palma, Lanccrote, Cornera, Hierro ou ilo de Fer ; toutes appartiennent à l'Espagne. II s'y trouve des montagnes très hautes, entre autres le pic de Tenérifle qu'on voit à près de 200 kilomètres en mer.
10. Plus au nord que les Canaries, par 32» 45' de latitude boréale, à OOO kilomètres de la côte d'Afrique, se trouve le groupe de Madère, lequel, nominalement, appartient au Portugal, mais e«t exclusivement exploité par les Anglais. Lorsque l'île Madère fut découverte en 1410 par les Portugais, ce n'était qu'une immense forêt, d'où son nom de Madeïra (en portugais, bois de charpente). On y mit le feu en 1421, et Fincendie dura sept ans. La vigne et la canne à sucre plantées sur les cendres réussirent au delà de toute espérance. Les vins do Madère jouissent dans le monde entier d'une juste célébrité.. Ce qui prouverait que l'île de Madère avait été visitée par les CarthagiQLiis et par les Phéniciens, c'est que les Portugais, à leur arrivée, trouvèrent au milieu des bois, sur une éminence, une statue équestre sur le socle de laquelle était gravée une inscription carthaginoise. Le cavalier, de la pointe de sa lance, semblait montrer l'Occident, vers lequel d'ailleurs il était tourné.
20. L'Archipel des Açores est situé dans l'océan Atlantique, à plus de 800 kilomètres des côtesde la péninsule hispanique. 11 fut découvert, en 1432, par les Portugais. Mais les arabes avaient visité ces parages avant eux. On lit dans une relation de l'historien Arabe Edryz, citée par Louis Viardot dans son Histoire des Arabes et Mores d'Espagne, que les Arabes, en arrivant devant ce groupe d'îles, furent assaillis par des nuées d'épcrviers. Or, c'est précisément le nombre infini de ces oiseaux de proie qui fît donner à cej îles, par les premiers? navigateurs portugais, le nom de Ilhas dos Açores, île des Epcrviers. Le mot Agora en portugais signifie épervier.
21. « Entre les deux Amériques s'étend une mer qui est comme la Méditerranée du « nouveau-monde. Elle baigne au nord les côtes plates des États-Unis, qui lui envoient « le puissant Mississipi ; au sud la Nouvelle-Grenade et le Vénéziieli, dont les sierras « majestueuses serrent généralement de très près ses rivages. A l'ouest, le Mexique, le « Yufatan, l'Amérique centrale bordent ses eaux par une étroite lisière de terres basses « dont la chaleur, l'humidité et les fièvres font un séjour terrible. A l'est, une traînée » d'îles s'allongent entre l'Atlantique et cette mer intérieure... Ces îles, celles du nord
(iKOLOfllI-; HT l'ALEO.XTOLOdl i;
Ilos, groupes charniaiils, répandus sur son sein, Comme autant de joyaux qui forment son écrin.
Eh bien ! qui de ces faits n'est tenté de conclure Qu'en des temps reculés l'indomptable nature, Pour qui donner la vie ou la mort est un jeu, Fit naître et puis périr ce Motrde du Milieu?
Oui, comme dit RulTon. le même cataclysme ^^, Qui rompit et força la barrière de l'isthme. Ebranla l'Atlantide; et tout ce continent Disparut tout à coup dans l'abîme béant. 11 n'en resta plus rien, rien que les pics, les îles, Qui surnagent encor, débris hélas ! fragiles De ce grand corps brisé, que l'Océan vainqueur Engloutit à jamais en un jour de malheur.
Si l'ancien continent, ainsi que tout l'indique, Au centre, s'unissait à la double Amérique, Et que la preuve en soil aux accidents divers, lies, bancs et récifs, qu'on trouve dans ces mers. Ne peut-on pas penser qu'au delà de l'Irlande ^^,
(i ouest grandes, toutes les autres iietites, sont les Antilles, débiis peut-être d'une (( vaste terre submergée : car leur flore et leur faune diffèrent beaucoup de la flore et « de la faune do l'Amérique avoisinante. » (Voir, pour plus de détails, la Géographie générale de M. Onésime Reclus, d'où nous avons tiré cette citation.)
2i. On lit dans Buffon (Époques de la nature, époque VI") : « L'histoire de l'ilc « Atlantide ne peut s'appliquer qu'à une très grande terre qui s'étendait fort au loin « à l'occident de l'Espagne. Cette terre était très peuplée... et cela nous indique assez « positivement le voisinage de l'Amérique avec ses terres atlantiques situées entre les « deux continents... En réfléchissant sur la tradition de la submersion de l'Atlantide, il « m'a paru que les anciens Egyptiens, qui nous l'ont transmise, avaient des commu- « nications de commerce, pai' le Nil et la Méditerranée, jusqu'en Espagne et en Mauri- « tanic... Il semblerait donc que la Méditerranée et même le détroit qui la joint à « l'Océan existiiient avant la submersion de l'Atlantide : néanmoins, l'ouverture du dé- « troit pourrait bien être de la même date. Les causes qui ont produit l'affaissement « subit de cette vaste terre ont dû s'étendre aux environs. La même commotion qui « l'a détruite a pu faire écrouler la petite portion de montagnes qui fermait autrefois « le détroit... «
2:J. L'Irlande (Ireland, en anglais; Brin, en irlandais) est une des îles Britanniques et l'un des trois royaumes qui composent le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne. Elle est séparée de l'Angleterre et de l'Ecosse par le canal du Nord, la mer d'Irlande et le canal de Saint-George...
« Erin reçoit par tous les vents tant de pluies fines (227 jours par an) que ses « rivières, ses lacs, ses marais restent constamment (idèles à leur niveau, et que les <i gazons et les arbres y gardent en été la merveilleuse fraîcheur qui a valu à l'Irlande « les noms d'Ile verte, de verte Erin, d'Ile rie î'ÉmerawJe. On eût pu l'appeler aussi « la Terre du lierre : car le manteaxi. des ruines y croît avec une vigueur extraor- « dinaire. »
Onésime Reclus, Géoyraphie générale.
112 LA CREATION ET 1/ Il U.M A>i ITE
Les îles Feroër^*, la volcanique Islande -'■, L'île de Jean-Mayen^^ Spitzberg^'', le Groenland-*, Soudés, liés jadis, formaient comme un brisant. Un rempart naturel, dont la puissante épaule Arrêtait les courants et les glaces du Pôle?
D'autre part, en Asie, au cap Oriental, Des monts Stanovoi le rameau principal Devait atteindre aussi la rive américaine. Celle conjonction manifeste, certaine, Le détroit de Behring ne saurait l'infirmer. Mais n'est-il pas permis, d'ailleurs, de présumer Que les escarpements, les archipels, les lies. Qui s'avancent de fronl, compactes, immobiles, Toujours sur même plan, du fond du Kamtchatka, Jusqu'au cap où finit la presqu'île Alaska, Ile où périt Behring, îles Aléoutiennes^", Marquent des deux côtés le raccord des deux chaînes"?
24. Les iles Feroër (Thule des anciens), entre les Shetland et l'Islande, sont au nombre de 25, dont 17 sont habitées. C'est dans ees îles que se fait la chasse des oiseaux aquatiques nommés Eiders, qui fournissent l'édredon, l'une des sources de commerce des habitants de ces terres à peu près stériles.
25. L'Islande, ou le Pays des glaces, est située dans l'océan Glacial arctique. La rigueur du climat y est estrème. On y compte plus de dix volcans en activité : le plus célèbre est le mont Hécla, qui a 1,700 mètres de hauteur. La capitale. Reykjavik, contient un millier d'habitants. L'Islande, comme les îles Feroër, appartient aux Danois.
2G. L'île de Jean-Mayen, dans l'océan Glacial arctique, au nord-est de l'Islande et au sud-ouest du Spitzberg, est aussi un sol volcanique. Cette terre, enveloppée d'immenses amas de glaces, fut découverte par le navigateur hollandais Jean Mayen, qui lui a laissé .son nom.
27. Le Spitzberg, c'est-à-dire Moidiif/tifis pointues, archipel de l'océan Glacial arctique, doit son nom aux rochers pointus et escarpés dont ces terres sont couvertes.
28. Le Groenland ou Terre verte est une vaste région de l'Amérique septentrionale, au nord-ouest. Elle consiste en une grande île environnée d'îles plus petites. Ces terres se prolongent, sans qu'on en ait encore atteint l'extrémité, jusqu'à 80» de longitude et "O" de latitude. Leurs habitants appartiennent à la r.-içe des Esquimaux : ils sont sous la domination danoise. L'été, quoique très court, est quelquefois chaud. Le Groenland fut découvert en 982 par l'Islandais Eric-Kanda et reçut son nom à cause de l'aspect verdoyant de sa plage. Cet établissement et quelques autres indices ont fait croire que les Normands, poussés par la tempête, furent jetés sur ces parages vers la fin du IX" siècle, et partant qu'ils virent les terres américaines bien avant Christophe Colomb.
29. Nous concentrerons dans cette note toutes les explications que comporte ce passage ; mais, pour bien s'en rendre compte, il faut avoir une carte sous les yeux.
Les monts Stanovoï ou Jablonoï sont une chaîne de montagnes de la Sibérie. Ils s'étendent vers le nord-est jusqu'à l'extrémité du cap Oriontal, dont la pointe n'est séparée de l'Amérique que par le détroit de Behring. La partie sud-est de la chaîne
GEOLOGIK F.T C A L K 0 N T 0 I.O f, I F H3
Deux chaînes? Non! de fait, nous nvons Funité, De tous les continents la continuité.
Le squelette normal sur qui chaque partie D'un durable maintien trouve la garantie.
Mais il est, avant tout, une chose à noter. Et qu'un juge attentif ne saurait contester : C'est que, dans leurs contours, Ancien et Nouveau Monde Ont, sous des traits divers, ressemblance profonde-'".
('monts de !a Daourie) sépare la Sibérie de la Cliim : 1.- n ■,!,• parcourt l,i inovincid'Oiihotsii et projette le* monts de la presqu'île du Knnti li.ilka,
<i Dans cette presqu'île du Kamtchatka s'élèvent do.s numtagnes magnifiques : li- '• Klioutchewskaïa-Sopka (4.804 mètres), cuirassé de neiges, a presque la hauteur tlu « mont Blanc : à côté de lui flambent ou fument treize autres volcans qui se ratla- " .lient à deux traînées marines de hautes montagnes de fou : la traînée des Kou- « riles va, par une dizaine de cratères éveillés ou dormants, rejoindre les volcans i japonais ; les trente et quelques volcans actifs de la traînée des -■Vléoutiennus sont
commcs les piles d'un pont prodigieux qui mènerait d'.\sie en Amérique... .. Onésime Reclus, Géoy. yrwhvlr.
La presqu'ile .\laska est la pointe la ]i!us avancée vers l'oueat de l'.Xmérique riis^e. Elh' se lie en (pielque sorte aux Aléoutiennes. et, par celles-ci. cuiimu; !e fuit reriKiiiiuer M. Onésime Reclus, à la côte d'.\sie.
I.'ile de Behring est ainsi appelée parce qu'elle l'ut d'-couverte en 1711 par le na^ig.iteur danois Behring, qui y mourut... Le nom de Behring est de même resté au détroit qui sépare l'.\sic de l'Amérique et à la portion du grand océan Boréal comprises entre les côtes du Kamtchatka en .\.sie à l'ouest, les Aléoutiennes, au sud, avec la presqu'île d'Alaska en Amérique, et enfin les côte; de l'.^mérique russe à l'est, (^ette mer sert donc de jonction, par le détroit du même nom. entre l'océan Glncial arctique <f le grand océan Boréal.
■< Les grands plateaui de l'Asie centrale, limités au nord et au sud par ces chaînes ■< de montagnes qui rayonnent en éventail du nœud de l'Hindu-Kuch, foi'ment. dans « la direction du nord-est, la partie culminante de l'amphithéâtre continental ; puis. .' au nord de la vallée de l'Amour, ils se continuent à une faible distance du littoral « par des rangées de pics dominant les mers d'Okhotsk et de Behring. ,\u delà, les « eaux du Pacifique se sont ouvert un passage pour aller rejoindre celles de l'océan '< Glacial ; mais la ligne des montagnes ne s'en prolonge pas moins. Disposées en forme " d'isthme brisé au sud du détroit, les îles Aléoutiennes réunissent les deux masses « continentales de l'Asie et de l'.\mérique du Nord : nu iHrait ii' rivan'^ d'iinp an- « cimine tfrrr siibtiifrr/ri'... ■■
Llisée Reci.vs. la Tfrrr. tome I". <'li.iii. h. pages Oi et 63.
:{o. Pour se faire une idée exacte de l'union intime qui existe entre les continents et de cette continuité de la chaîne qui. comme un immense squelette, les soutient tous et les relie tous entre eux, et pourserendre bien compte de la ressemblance frappante d c leurs formes extérieures et de l'unité de leur développement, il faut lire avec soin le chapitre lu du tome l"" de l'ouvrage de M. Flisée Rochi<. lu 'l'inv. dont voici un
'< Au premier abord, il semble que les parties émergées du sol constituent seulement '< deux massifs, ceux de l'Ancien et du Nouveau Monde, et ces massifs eux-mêmes ne « paraissent guère offrir de ressemblances dans leurs formes extérieures. Cependant " un examen attentif révèle une frappante unité de plan là oi'f le premier regard ne ■ fiisait supposer que désordre et chaos. C'est que, par suite du croisement de ■' diverses parties soulevées, les unes circnlairemcnt autour des mers, les autres paral- " lelement au méridien, il s'est produit entre les grouji-^ continentauv une série de
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En Kiiio|x', eji Asir, iavincilili', lalal.