‹ La création et l'humanité; poème en trois parties avec citations, notes et éclaircissements divers. Par J. ArbelotChapitre 44 sur 88 · CHAPITRE PnEMIEIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE PnEMIEIi

Cosmogonies diverse?. — La Genèse biblique. — Légende grecque et légende hindoue. — Doctrines philosophiques : Thaïes, les Éléates, Anaximaudre, Pythagore, etc. — École atouiistique : Leucippe et Démocrite, Épicure et Lucrèce, Gassendi. — École naturaliste moderne.

A quel nioHient parut l'Ancêtre glorieux'? De nos premiers parents le couple radieux, Oîi d'abord de ses pas iniprima-t-il la trace?... Oh I qui nous montrera l'auguste et chaste place Où l'Époux et l'Épouse, émus, elfarouchés, S'aperçurent l'un l'autre, et, soudain rapprochés, 0 tendre assentimeni, féconde confiance! Par un tacite accord formèrent alliance '! Qui saura, qui dira comment et par quels soins, 0 père, tu pourvus à vos premiers besoins?

Cet heureux paradis-, l'Eden inénarrable, N'est-il qu'un songe creux?.. Est-ce le lieu probable

i. Voyez !(■ rh:i|iili-e I" (l(! la 111° iiiirtio.

2. Le." mot l'anidis \iiTit du mot {;rcc naj'>.'5!'.To,-, qui dérive iirnh.iMeiiierit lui-même du mot persan ou clialduiquc Pardès, jardin fléli(ieu\. C'est par h- mol Uaçà'Σ!o-o; que les historiens grecs désignèrent les jardins des rois des l'erses ; lilus tard, dans la fameuse traduction grecque de la (ienése, dite des Scptan/n. ce même mot servit à désigner VEdcn, c'est-à-dire le lieu ou Dieu avait placé Adam et Evi- jprés la création.

Où, loin (le IduL priil, la faihlc IIuiiianiLr, Sous le regard de Dieu, cacha sa nudité?

Qui sommes-noMS enfin? Quelle est noire origine? Voyons! est-ce en dehors de l'action divine Qu'après tant d'animaux que le temps mil au jour, L'Homme, fils du Hasard^, apparut à son tour? Faut-il, fermant les cieux, de soi-même homicide, Se ravaler au rang du singe anthropoïde *?... Problème impérieux, brûlante question.

Dont l'esprit inquiet veut la solution.

Et d'abord s'offre à nous la Genèse biblique ■■ Qui si longtemps brava les traits de la critique,

3. «L'espèce, écrivait Laniarck en 1809. varie à rinriiii. rt, ronsidérée dans le temps, <i n'existe pas. Les espèces passent de l'une à l'autri' par une infinité de transitions I. dans le règne animal comme dans le règne végétal. Elles naissent par voie de transie formation ou de divergence. En remontant la suite des êtres, on arrive ainsi à un <( petit nombre de germes primordiaux nu monades, venus par génération spontanée. « L'homme ne fait pas exception : il est le résultat de la transformation lente de <i certains singes. » (J.-B.-A. Lamarck, Philosophie zoolofjiqHe. Paris, 1" édit. 1800, '■I" édit. 1873. Cité par le docteur Topinard, Anthropoloijie, p. S33.)

4. On a donné le nom de singes anthropoïdes (grec, avOp..izo;, homme; el^o;, ressemblance) aux quatre genres qui constituent l'ordre des quadrumanes se rapprochant le plus par leur conformation et leur aspect extérieur de l'espèce humaine. Ces quatre genres sont : les Chimpanzés, les Orangs, les Gorilles et les Gibbons.

« Dans l'état actuel des choses (suivant l'école naturaliste moderne), les plus proches Cl voisins de l'homme seraient les anthropoïdes ou singes catarrhiniens sans queue, (. tels que l'orang, le gorille, le chimpanzé, etc. Les uns et les autres remontent à la « même souche, au type dos singes catarrhiniens à queue. »

De Quathefaoes, Do l'espèce humaine, p. 77.

5. Le mot Genèse vient du mot grec -ff/tiiç, mi'^sance. C'est par ce mot que l'on désigne le premier livre de l'Ancien Testament, lequel, comme on sait, se compose de cinq livres : la Genèse, l'Exode, les Nombres, le Lévitique et le Deutéronome. Leur ensemble est appelé le Pentateuque (grec, r/vxE, cinq; -cvù-z^o!;, instrument, livre).

Nous nous bornerons à rappeler ici que des savants très sérieux ont essayé très sérieusement d'établir une sorte de conformité entre les données de Moïse dans la Genèse et les découvertes de la science moderne. A ceux qui voudraient approfondir cette grave que-ition, nous conseillerons de lire le livre de Marcel de Serre : Cosmogonie de Moïse comparée aux faits f/i'oloiiif/iirs. et li* ,sa\;int et si intéressant ouvrage de L.-N. Godefroy: la Cosmofjomr ,!,■ l,i rrrrinli,,,,.

M. Naudin, célèbre botaniste IVarK-iis, iim'iiiIjic de l'Institut, n'hésite pas à reconnaître que le récit mosaVque est à la lois lies Mai et rempli d'enseignements. Voici comment il explique ce qui a rapport dans la Bible à la création de l'homme :

"( Dans sa première phase, l'humanité couve au fond d'un organisme temporaire « déjà nettement distinct de tous les autres et qui ne peut contracter d'alliance avec (c aucun d'eux. C'est Adam, sorti du blastème primordial appelé limon dans la Bible. (I A cette époque, il n'est à proprement parler ni mâle ni femelle : les deux sexes ne (1 sont pas différenciés. C'est de cette humanité larvée que la force évolutive va faire " sortir le complément de l'espèce. Mais, pour que le grand phénomène s'accomplisse, « il faut qu'Adam traverse une phase d'immobilité et d'inconscience très analogue à <■ l'état de nymphe des niiimnu.r à métamorphoses. C'est le sommeil dont parle la Bible, " pendant leipiel le travail de dilTérenriation s'est acconipli. au dire de M. Naudin. par

RI 01,0(111: i:t \ miikopolom i-:

Donn.iiit Dieu pour [iriiicipe à la C.i'éalion, Et poiu' souiTC" du vrai la Rrvélalion.

Il est! c'est l'Éternel, c'est le suprême Artiste; C'est en Lui, c'est par Lui que toute chose existe : L'Univers, aussitôt et tel qu'il le conçut, Lorsqu'il eut dit : «Qu'il soit! » eli bien! innivcis fut.

La lumière, à ce mot, dans l'espace épandue, . Projeta ses reflets sur le tlanc de la nue; Et le globe, sortant de son obscurité, Resplendit sous les tlots d'une douce clarté.

Puis, des eaux en deux parts la masse séparée Pour limite en tout sens eut la voùle azurée, Voile du firmament, qui dérobe à nos yeux Le fond de l'empyrée et la splendeur des cieux.

Uieu, le troisième Jour, de l'élément liquide Fit émerger la terre et sa croûte solide : Et la terre, docile aux ordres créateurs, Se couvrit à l'instant de plantes et de fleurs : Et les fleurs dans l'ovaire, où se cache la graine, Préparent sa venue à la moisson prochaine.

Le quatrième jour, à la voûte des cieux De sa main Dieu fixa les astres lumineux : Et depuis, par ses soins, alternant leur lumière, La Lune et le Soleil assurent t'i la Terre La régularité du jour et de la nuit.

L'ordre dans la durée est enfin introduit : Le temps subdivisé, d'une manière sûre.

Par la succession, se compte et se mesure. De plus, suivant le plus ou le moins de chaleur, L'année a ses saisons égales en longueur.

L'œuvre étant bonne en soi. Dieu la voulut complète. La volonté de Dieu fut soudain satisfaite : Et, le cinquième jour, poissons, oiseaux divers, Peuplent les uns les eaux, et les autres les airs.

Vint le sixième jour, où sur le sein des terres Naquirent à l'envi reptiles, mammifères, Comme pour obéir aux désirs du Très-Haut.

« Cela, dit l'Éternel, est-ce tout ce qu'il faut''?

un principe de gemm;iUon analogue à cclin des méduses et des ascid es. L'Iiuiii.inité, ainsi constituée physiologiquement, aurait conservé assez de force évoIiiti\c |iour produire rapidement les diverses grandes races humaines. »

Voir Di QuATREFAGES, /)e l'espèce humaine, liv. II, chap. XI, p. :t2, 0:i cl 01.

6. L'histoire de la créalion, telle que l'a décrite Mo'ise, inspire à BossucI les réflexions

In2 I. A CREATION ET LMIUMANITÉ

« Est-ce assez de cn-er l'animal qui digère,

« Qui, sans égard à moi, se penche sur la terre

« Et ne peut élever ses regards vers Celui

« Qui du néant sans fond le relire aujourd'hui?...

(( Faisons l'Homme''!... et je veux qu'il soit à nu)n image; « Je veux qu'être pensant, il rende témoignage « A mon œuvre, A mon nom, et que, ferme et debout, « Il contemple le Ciel, source et terme de tout. »

Telle est, dans sa clarté, la marche créatrice : La suprême Raison en fut l'ordonnatrice, Et, le septième jour, Dieu, vainqueur du chaos, Se complut dans son œuvre et reprit son repos.

Nous n'ajouterons rien au texte de Moïse ** : En dehors des détails, sa donnée est précise : « 11 est, il est un Dieu tout-puissant, souverain, « Et la Terre et les Cieux sont l'œuvre de sa main. »

De la Bible longtemps nul ne prit défiance : La foi, maîtresse en tout, réglait toute croyance",

suivantes : « Le Dieu dont Moïse nous a écrit les mervenies n'a pas seulement arrangé le monde, ill'a fait tout entier dans sa matière et dans sa forme. Avant qu'il eût donné l'être, rien ne l'avait que lui seul. 11 nous est représenté comme celui qui fait tout, et qui fait tout par sa parole, tant à cause qu'il fait tout par raison, qu'à cause qu'il fait tout sans peine, et que, pour faire de si grands ouvrages, il ne lui en route qu'un seul mot. c'est-à-dire qu'il ne lui en coûte que de le vouloir. (Bossuet, Discours sur l'hisloirr universelle. Edit. classique de Dézobry, p. 117.)

Voyez plus haut la fin de la note 5 : théorie de M. Naudin sur la création de l'homme.

7. (I ... Tout ce qu'enseigne l'Écriture Sainte sur la création de l'univers n'est rien K en comparaison de ce qu'elle dit de la création de l'Homme. Jusqu'ici, Dieu avait M tout fait en commandant : « Que la lumière soit ; que le firmament s'étende au milieu .< des eaux ; que les eaux se retirent ; que la terre soit découverte et qu'elle germe : qu'il « y ait de grands luminaires qui partagent le jour et la nuit ; que les oiseaux et les « poissons sortent du sein des eaux; que la terre produise les animaux selon leurs « espèces différentes; » mais, quand il s'agit de produire l'Homme, Moïse lui fait « tenir un nouveau langage : u Faisons l'Homme, dit-il, à notre image et ressem- « blance!

« Ce n'est plus cette parole impérieuse et dominante ; c'est une parole plus douce, « quoique non moins efficace. Dieu tient conseil en lui-même, Dieu s'excite lui-même, (( comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va entrejtrendre surpasse tous les << ouvrages qu'il a faits jusqu'alors. » Bossdet, Discours sur l'histoire universelle.

8. Moïse fut le chef et le législateur du peuple hébreu. Il naquit vers 1725 avant Jésus- Christ, fut exposé sur les eaux du Nil, d'où il fut sauvé par la fille même du pharaon ou roi d'Egypte. Après avoir arraché son peuple à l'oppression, il entreprit de le ramener dans la Terre Promise; mais cette gloire était réservée à son successeur Josué. II mourut sur le mont Nébo, âgé de cent vingt ans, vers 1005. Moïse est l'auteur du Pentateuque. (Voyez la note 5 de ce chapitre.)

<t. « Partout l'homme a rattaché d'abord ses conceptions cosmogoniques à ses croyances <c religieuses. Puis, chez les anciennes nations les plus avancées, des esprits indépen

Et sur ce fondement l'Iiomme le plus instrnit Avec sécurité maintenait son esprit.

Fallait-il, rejetant cette cosmogonie, S'en tenir aux récits de la mythologie, Et convenir qu'Atlas'" sur son dos affaissé Porte éternellement l'Univers entassé?

Fallait-il adopter la légende indifmne Où nous voyons Rrahma**, succombant à la peine, De l'immense Océan formé par sa sueur Tirer enfin la Terre, objet de son labeur? Ou bien valait-il mieux (trêve ici d'ironie!) Sur les pas de Thaïes*^ parcourir l'Ionie, De la vie avec lui dégager l'élémont Et retrouver dans l'eau son principal agent? Choisir l'air ou le feu, ressusciter, reprendre I,a doctrine d'Elée '^ ou bien d'Anaximandre**?

« liants ont cherché d;ins les phénomènes naturels l'e\|ilication de la nature. Mais a faute de connaissances précises, leurs conceptions, toujours hypothétiques, n'ont au i( fond aucune valeur.

Il Chez nous aussi, la cosmogonie purement religieuse a été longtemps acceptée u comme article de foi. Ce qu'on appelait la science se confondait avec le dogme, api< puyé lui-même sur des interprétations de la Bible en harmonie avec le savoir du mo- « ment. ■) De Quatrefages, De l'espèce huniaine, p. 01 et 92.

10. Atl.is est le mont Atlas déifié. Suivant la mythologie grecque, c'est un des Titans, fils de Japet, que Jupiter condamna à soutenir le ciel sur ses épaules. D'autres disent qu'il fut changé en montagne par Persée, lequel lui aurait présenté la tète de Méduse pour le punir de lui avoir refusé l'hospitalité.

11. Brahma est le nom que les Indiens donnent en général à l'Être suprême. C'est aussfl'un des trois dieus qui, avec Vichnou et Shiva. forment la trinité indienne; sous ce rapport, il représente la première incarnation de Para-Brahma.

" Suivant une légende du peuple hindou, dit M. Elisée Reclus {la Terre, t. I", « p. 55), Brahma, le travailleur éternel, créa la terre en regardant sa propre image « dans l'océan de sueur découlé de son front. »

12. L'Ionie, province de l'Asie Mineure, peuplée par des colonies venues de la Grèce, s'étendait sur le littoral méditerranéen, depuis Phocée jusqu'à Milet, entre le Méandre et l'Hermus.

L'école philosophique d'Ionie est la plus ancienne des écoles philosophiques de la Grèce. Pour expliquer le monde, il faut, suivant elle, remonter à un principe unique dont les transformations diverses produisent tout ce que nous voyons. Cette école est aussi appelée l'école des physiciens, parce que ce principe unique, elle le cherche dans quelqu'un des éléments du monde matériel.

Thaïes de Milet, qui vivait 600 ans avant Jésus-Christ, admettait pour preniiei' principe feau ou félément liquide.

Anaximéne, qui était aussi de Milet, voulait ipic l'air fut la substance primordiale.

Heraclite, d'Ephèsc (oOO ans av. J.-C), enseign.iit que le feu est l'agent univer.sel.

13 et 14. L'école éléatique fut fondée à Elée dans la Grande-Grèce (Italie méridionale), par Xénophane de Colophon (017 av. J.-C). Ses principaux disciples furent Parménide d'Elée et Zenon d'Elée. Ces philosophes, contrairement à ceux de l'école d'Ionie.

FVIliaf^ore '■' aurait pu, génie impérieux, Pour principe imposer le nombre harmonieux Où l'union des corps, au centre de la lyre. Du monde, à ce concert, suspend l'âme en délire.

Système aventureux, grande conception, Combien cet idéal est plein d'attraction! Mais du vrai, du vrai seul, la science inquiète. Comme une fiction, hors de soi le rejette.

L'idéal, c'est le faux!.. Où donc chercher le vrai? Quels sont les faits certains sur quoi j'établirai L'inébranlable autel de la foi réaliste?

Pythagore est un fou, Moïse "^ un fantaisiste ; Et Socrate'' et Platon i^?... ce sont des enchanteurs Que l'on n'a qu'à bannir, en les couvrant de Heurs.

Et toi, père immortel de la philosophie, Toi, qui de la pensée as fait jaillir la vie. Descartes *^, au néant, au rêve tu conduis, Et ton critérium « 3e pense, donc je suis, »

rcgaidant comme impossible tout changement et toute diversité, réduisaieut tout à un être unique et immuable, et tombaient ainsi dans le panthéisme.

Anaximandre vécut en 610 avant Jésus-Christ. II était l'ami de Thaïes, mais il n'admit pourtant pas les idées de son maître, du moins absolument. Au lieu de placer dans la matière le principe des choses, il le trouve dans l'infini, l'indéfini, l'immense. Ce philosophe est, avec Phérécide de Scyros, le premier qui ait écrit.

15. Pythagore naquit à Samos vers 608 avant Jésus-Christ. Il fonda l'école Italique à Crotone, ville de la Grande-Grèce (Italie méridionale), où, après de longs voyages, il avait établi sa résidence. D'après Pythagore, les nombres sont les principes des choses, et

es nombres ont eux-mêmes pour premier principe l'unité ou la monade. Dieu est l'unité absolue, la monade des monades : l'âme est un monde qui se meut lui-même ; le monde est un tout harmonieuseinent ordonné (xdano,-, mundits); le soleil est le centre du monde, et les autres corps célestes se meuvent aut lur de lui en formant une musique divine. D'après Bouillkt, Dict. /liitoriijiie.

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