CHAPITRE X
Unité de l'espèce liuniaino. — AiJrap?iz et le iiolygénisme. — De Quatrefases et le monogéuisme. — hilUieuce du climat sur les différentes
races.
La Terre est affermie, et sur les continents Ne se produisent plus les bouleversements
« blcme de nos oiigiiies, je n'iiésitc pas à ivpondre au nom de la science : Je ne sais « pas. » I)k QrATREFA(,Ks, De l'Espèce humaine, p. 9i, 93, 04.
Il est permis de s'étonner que M. de Quatrefages, qui détermine d'une manière si précise et si lucide les pliénomcnes distinctifs de chaque rcfrne, les attribuant à des causes qu'il appelle inconnues, telles que la ijravilation, V et hérodtj nantie, la vie, Vdmo
l l.A (,l;i: \TI(l-N I:T I. lirMAMTl'
Don! W'ÏÏri vinici.l, r.iliil. i.rrio(li(nio,
lirillplil ciicdl' les r(i'ill-s irilHc li'lTfUr tr;igi([ue.
I,a |>,ii.\ iciiiio |iail(iiil, cl la Cli'éalioa
(;i(il SI livre cl dans l'iiomine a sa perfection.
l/llonimc est Ictrc accompli, prédesliné, sublime, Où le cniiis cl rcspiil font alliance intime. Il csl lin': mais l'cspcce a, dans son unité, l'ail la plus -lande part à la vari('lc. t;ilr csl hhiiirlii-'- on Europe, clic l'sl nuire en AlVi(|ue; i'illc t'M Jaillir en Asie et row.ii: ■'■ en Ann'iaipie.
)ii/iiili\ \'i}iiii' .'iiiiiriinc. III' ri'coiin.iissc pas diuis sa conclusion que ces causes-là ne ni (|iic ilrs niiisr^ sn-.irh-s. losquellcs dépendent d'une cause supérieure, la cause ■fNii'-rc. (•'('•it-à-diro ll'c'ii. qui les met en action, les soutient et les dirige. lu iiiliiiMli^t'' ;iiml:ii-. W.ilbico, qui partage umm' l»:u\\i?i l'honneur d'avoir cherché iiiv 1,1 < .Irctinii iiiituivll.- rc\|ilicati()n des ovi,i;iiii - .ii l' iiiiqii''s, est moins timoré que il.' ( hiatrefas'os : \oiri sa conclusion: « En i'/'^hiil.'. iCipics cet éminent auteur, la srirclion nntnrcJle, réglée par les seules lois de la nature, suffirait pour donner naissance aux espèces sauvages; la sélection artificielle o\i humaine ^i'oA\iiva.\t \a% races végétales et animales perfectionnées; une sorte de sélection divine aurait fait riidinuic actuel et peul seule le eouduire a M)n maximum de développement intellei'tuel et uiiumI. -
1. Voir la note il du eliai)ilre vu de celte deuxième partie.
2. « En tenant compte de toutes les variétés spécifiques, et en rangeant les unes à coté des autres, par ordre d'aflinilés, toutes les races humaines, on arrive à reconnaître qu'elles se groupent autour de trois types principaux : un type blanc, un type jaune et un type noir. On passe da l'un à l'autre type par une série de types int(M'médiaires qui représentent les races mixtes. •>
• Ami.h, Mvna, l.n Terre et l'Homme, p. Xii.
:;. l'aiini les iMies mixtes, nous a\on-i <'ru devoir tlonner une place plus importante l;i v.irr ;i inérieaine OU rouge. Sans doute elle participe des trois types principaux; iiis je |\|H> qui résulte du mélange, où l'élément noir est très faiblement prononcé au lolil (le II leiueiit blanc, est si sai>issaiit (pi'il nous a paru mériter d'être rapproché
n l.e l\|ie lil:iiie paiail aMiii' mmi lien'iMii dans le plateau de l'Iran, d'où il a rayonné (liiis lliiile, l'Araliie, l:i Suie. l'A-ie .Mineure, et de là en Europe par les défilés du ('.auca-e. Celte eircim^tiLnce a fait diuiiiei- à la race blanche le nom de Cnumsi,/iii'.
.. Le l\pe jaune existe en Chine il.'|i]iis la plus haute antiquité; il s'étend dans toutes les contrées habitées p:ir lis |H,|)ul;ilioMs mongoliennes ; de là le nom de nire I moni/dlique \y.iv lequel on deslpue .nis-i Li race de ce type. Elle s'est répandue au , sud, iu.';(|ue dans les di'ux preM|ii'ilrs île l'Inde et dans la Malaisie.
,. Le'hpe niiii- re|iniiil m I'AIVui eiiliiile et oecideiit.ile ; il jiaraît s'être étendu
Miii- l.i /une inleiliMi)i,:iIe, depuis l.i iijle oiieiilale (le l'AlVique jUSqu'en AuS-
u On a distingué sous le muii de i;iee loiige l'ensemble des races américaines ; mais
. ce nom ne saurait convenir qu'a un i ei liiii nombre de populations de l'.Vniérique du
< Nord, bi couleur de la pe:ui éluil luin d'étn' la mêine chez les diverses tribus du
nniiMMii rnoîiile. heimis le |iùle jusqu'à l.i TiMM'e de l'eu, il n'est peut-être pas une
nii.inee de la cloraliuii lunnaine ipii ne se m.iniiesle. depuis le nuir .iusqu'aii j.uiiie.
Ici sont Ar\iii>, (li'Kos, Latins, Fiiiiiois': Là, CalVes, Hollentols-^ ; jikis loin Mon.uols, Cliinois'^ : Ailleurs, des Indiens" les innombrables branches, Eskimaux**, Ii-oqiiois, Tètes-Plales, Coinanches; Et, par delà les mers, les Polynésiens, Canaques et Papous, Malais, Tasmaniens".
Que de types divers sous un môme oriianisme ! Mais quoi ! faudra-t-il donc croire au polygénisme'" ?
<' 11 faut aussi distinguer lo lypc (!«> la vdn- ni;ii.i\o-]i.ilviii'>iiMiiii\ c{iii icMillr il un « mélange de sans- jaune et de sunjr noir, et i|iii' Ion i-cli.iuve ilan> le- iPo|iiil;i(inus i|iii 1' s'étendent depuis .Madagasear jusqu'en Oréanie. »
Voir Au-BED Mauhy, La Terre et Vllonniic, cliap. vn. pasùin.
i. Au type blanc se rattachent : 1° les Sémites: Arabes et Juifs; 2" les Aryas : Hindous et l'ersans ; 3° tous les Indo-Europécns : Grecs (l'élasges et Hellènes), Ktrusques, populations italiques, Germains, Celtes, etc.. Les Finnois que l'on trouve au nord de l'Europe appartiennent à une souche à Lupielle on a donné le nom de souche iaréitle. Ge sont les mêmes que les Tchoudes.
a. Au type noir appartiennent les populations de la Guinée, telles qne les Papels, les Bisagos, les lolas, les Fantis, les .\sehanfis, les Uahoinans : celles d'.Abyssiuie : Gallas Éthiopiens ou Abyssins; les Mandes ou Mandingues, les Yolofs, les Éfrypto- Berbères . les Cafres au sud de Somalis sur la cote orientale afi-icaiue : eidin, au sud de rAfricpii'. les Hottentots...
G. Au type jaune se rattachent les Chinois, les Mongols, le Toungouses et les Turcs ])rimitifs.
7. On sait que, à l'époque de la décomerte de l'.Vméiique par Christophe Golondi. on désignait les terres du nouveau monde sous le nom à' Indes oceulenlnli'i : de là !c nom d'Indiens donné aux populations, et ce nom est resté.
On peut répartir la population indigène de l'.Vmérique en sept rameaux : I" le r.nucui indien ou rouge, savoir les Iroquois, les Ghoetaws, les Têtes-Plates, les N.itcliez, le- Algonquins, les Gomanches, les Dahcotas, les lovvas, etc. ; iî» le rameau californien, comprenant les .\tapaskans. les Kolotchcs et les Apaches ; 3» lo rameau mexicain, Toltèqucs, Ghichimèques et Aztèques ; 4° le rameau brasilio-guaranien ou caraïbe ; o° le rameau pampéen : Patagons, Chiquitos, etc., depuis le Paraguay jusqu'à la pointe du continent; G" le rameau ando-péruvien : (Juichnas et Aymaras ; 7° le rameau araucanien, répandu depuis les plaines du Chili jusque sur les cotes de la Terre de Feu.
S. Les Eskimaux, qui habitent le nord de l'Amérique, appartiennent à la soiu-lic boréale, dont nous avons déjà parlé à propos des Finnois. (Voir, ci-dessus, la note -1.)
9. Les Malais les plus purs habitent Sumatra. Plus à l'est, ils se sout croisés avec les nègres australiens. Enfin, apparaît la race polynésienne pure ou kanaque, depuis les Garolines jusqu'aux îles Marquises, depuis les lies Sandwich jusqu'à la Nouvelle- Zélande. Voir Alfbed M.vcav, La Terre et VHomme, chap. vui, pasnm.
10. « Ces populations si diverses sont-elles toutes filles du sol qu'elles habitent ? " L'homme a-t-il pris naissance là où nous le montre l'histoire, là ou les voyageurs « l'ont rencontré'.' Ou bien, parti d'un certain nond)rc de points ou d'un seul, a-t-il " envahi peu à peu la surface du globe .'
" On sait que cette question parlii:'' !'■< mithropologistes en deux cauq)s. Les /mh/- <• f/énistes regardent comme oii<;iii'll.- 1'- dill'érences de taille, de traits, de coh ration, ' etc., qui distinguent les habit. mt- <\'- di\.rses contrées du globe. Les monoi/rnisles
21t. L\ CKI-ATION ET I.' Iir M \ M T l-
Faudra-l-il contre Dieu, contre riiunianilé, Du berceau primitif rejeter l'unité ?
Faudra-t-il, adoptant ce qu'Agassiz" professe, Donner à tout climat sa race et son espèce ? Morceler, diviser, rompre cette union Qui nous fait une sœur de chaque nation?
Non, non ! cette donnée est une œuvre de haine, D'orgueil et de calcul, toute malthusienne'-.
« ne voient dans res différences que le résultat de ronditions aocidentelles, ayant i( modifié en sens divers un type primitif. Pour les premiers, il existe plusieurs espèces « humaines parfaitement indépendantes les unes des autres ; pour les seconds, il n'y a « qu'une seule espèce d'hommes, présentant aujourd'hui plusieurs races, toutes dérivées « d'un tronc commun. » De Qu-^trei aces. De l'Espèce humaine, p. 21.
11. Agassiz (Louis), célèbre naturaliste, naquit en Suisse, le 28 mai 1807. II fît ses études à Zurich, Heidelberg et Munich. Il se livra de bonne heure avec passion à l'étude de l'anatomie comparée. Ses premiers travaux portèrent sur l'ichthyologie. Il publia successivement son Histoire naturelle des poissotrs d'eau douce de l'Europe centrale (1839), ses Recherches sur les poissons fossiles (1843) et une foule de Mémoires et A'Etudes critiques sur les échinodermes tant vivants que fossiles, sur les mollusques, etc.
<i II faut citer à part un grand ouvrage de géologie : Étude sur les glaciers (1847), <. où l'éminent auteur explique le transport des blocs erratiques dans des terrains qui <c n'ont aucune analogie avec leur constitution, par le déplacement d'énormes morn ceaux de glace, explication rattachée à l'hj'pothèse d'un refroidissement subit et total u du globe, qui aurait précédé immédiatement la période actuelle de la création. >•
M. Agassiz quitta la Suisse et l'Europe en 1846, pour aller prendre possession d'une chaire à New-Cambridge, aux Etats-Unis.
Dans les grandes controverses récentes qui ont eu lieu sur l'origine de l'espèce humaine, M. Agasslï se déclara pour la pluralité des races : n Les différences existant « entre les races humaines, dit-il, sont de même nature que celles qui séparent les <i familles, genres et espèces de singes ou autres animaux... Le chimpanzé et le (I gorille ne diffèrent pas plus l'un de l'autre que le Mandingue du nègre de Guinée ; « l'un et l'autre ne diffèrent pas plus de l'orang que le Malais ou le blanc ne diffèrent n du nègre... Il va plus loin encore. 11 regarde les divers langages comme étant !• d'origine première aussi bien que tous les autres caractères. Les hommes, affirme- « t-il, ont été créés par nations, qui toutes ont paru sur le globe avec leur langue n propre. Il assimile ces langues aux voix des animaux : il raille les linguistes d'avoir (I cru trouver de l'une à l'autre une flliation quelconque. Pour lui, d'une langue « humaine à une autre, il n'y a pas plus de rapport qu'entre le grondement des diverses « espèces d'ours, le miaulement des chats des deux continents, le cancanage des « canards, le chant des grives, qui toutes lancent leurs notes harmonieuses et gaies, •I chacune dans son dialecte, qui n'est l'héritier ni le dérivé d'un autre... Et il partage « la surface du globe en neuf régions, ou royaumes, ou faunes : 1» le royaume poly- « nésien ; 2° le royaume australien ; 3° le royaume malais ou indien ; 4° la faune « hottentote ; u" le royaume africain ; 6° le royaume européen ; 7° le royaume mongol « ou asiatique ; 8° le royaume américain ; 9° le royaume arctique. »
M. Agassiz fut élu correspondant de l'Institut de France en 1840 et membre associé étranger en 1872. Il \cnait d'être promu officier de la Légion d'honneur, lorsqu'il mourut à Ciimbridge, prcs lioston, le 14 décembre 1873.
Voir iJK (Ji MiiKiAi.Ks, De l'Espèce humaine, liv IV, cliap. xiv et xv. — Voir aussi Wi'EiiEAU, Dict. des Contemporains. 12. Malthusien, c'est-à-dire conforine à la doctrine de Maltlius. Mullhus était u
BlOI.Odii: ET A.NTdllOI'OLnGIE 217
S'il en {-lad ainsi, le .N^gre, vil troupeau, Dont le Blanc, si longtemps, fut le cruel bourreau, Sous son maître implacable, armé de ses lanières, Resterait le jouet dos lois utilitaires. Esclave à la douleur, à la mort condamné, Loin de son cher pays, il serait entraîné ; 11 alimenterait la traite sanguinaire ; Comme au fauve partout on lui ferait la guerre. Et nous aurions pour lui d'autant moins de pitié (Jue par rien avec nous il ne serait lié.
Mais si, plus généreux et changeant do doctrine Je me livre au penchant où ma raison incline ; Si, laissant Agassiz et les calculs anglais, J'invoque la science et les auteurs français; Si je prends les écrits dont les brillantes pages' Font partout admirer ton nom, ô Quatrefages'^,
économiste riiiglai? qui vérut de ITOG à IS.ji. Ayant i'emar((ué »|iio l'augmeiitation dti< substances alimentaires n'est pas proportionnelle à l'accroissement de la population, il conseillait de ralentir la procréation des enfants, et il regardait la guerre, la peste et tous les fléaus comme utiles au genre humain, en ce sens qu'ils en empêchent l'es cessif développement.
13. De Quatrefages de Bi-éau (Jean-Louis-Armand), naturaliste français, membre do l'Institut, professeur d'anthropologie et d'ethnographie au Muséum depuis 18.Ï.5, oflicior do la Légion d'honneur, est né à Berthezenné, près de Valleraugue, département du Gard, le 10 février 1810. Les ouvrages de ce savant illustre sont très nombreux et poitent sur les sujets les plus variés et les plus intéressants de l'histoire naturelle. La série la plus vaste de ses travaux est celle qui a pour titre général Etudes sur les types les plus inférieurs de l'embranchement des annelés. Ecrivain élégant aussi bien que savant de premier ordre, il a publié, dans un volume intitulé : Souvenirs d'un naturaliste, et ])resque régulièrement dans la Revue des Deux Mondes, une série d'articles très remarquables et très attachants sur les résultats de ses voyages scientifiques sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée, en Italie, en Sicile, etc. Mentionnons encore : Physiotogie comparée. Métamorphose de l'homme et des animaux (1802); les Polynésiens et loirs migrations (IStiO); La Rochelle et ses environs (1800) ; Rapport sur les progrès de l'anthropologie (1807); Charles Darwin et ses précurseurs français (1870); Études sur la transformisme; l'Espèce humaine (1877). (Voir Vafeheau, Dict. des Contemporains.)
Dans ce dernier ouvrage, M. de Quatrefages, après avoir discuté toutes les propositions d'.\gassiz et des polygénistes, conclut en disant : .< En résumé, la théorie «1 qui rattache une race humaine à chaque centre d'appaj-ition comme un produit local .< de ce centre, doit être rej(Uéc par quiconque tient quelque peu compte des résultats « de l'observation... Et il fait remarquer que parmi les polygénistes on trou\e surit tout : des médecins, habitués à l'étude de l'individu, mais peu familiers avec celhî ,< de Va^^'aca; Aqs paléontologistes, ([ue la nature de leurs travaux force à ne tenir « compte que des ressemblances et des dillérences morphologiques, sans jamai.s appeler « leur attention sur des faits de reproduction, de filiation; des entomologistes, des « conchyliologistes qui, exclusivement préoccupés de distinguer d'innombrables espèces « par des caractères pur^ynent extérieurs, demeurent étrangers aux phénomènes physio- « logiques et jugent des êtres vivants comme ils jugeraient des fossiles.
« En revanche, ajoutc-t-il, le monogenisme compte parmi ses partisans presque tous
:i* LA c.Ki: ATifiN i;t i/iu:mamti:
Qtir^ nous csl-il oll'crL? — I)"al>ord le rèfrne humain'"
Dont réminent auteur, de sa ])uissante inain,
A tracé l'étendue et fixé la limite ;
Puis, sa conclusion, si follement déduite,
Arrive sans effort à ce haut résultat
D'induire, d'établir que, selon le climat,
L'espèce, subissant telle ou telle intluence.
Varie, oui, mais de fait varie en apparence''.
Ainsi, sous l'équateur, on finirait par voir Le Blanc dégénéré descendre au type noir; Tandis que celui-ci, sous un ciel plus propice. D'un progrès vers le Blanc montre bientôt l'indice.
L'orgueilleux Yankee'", par l'immigration,
les nutiiialisles quî ont poité leur atteiiticjn sur les )iliéiiomèncs de la\ie; et, parmi eui, les plus illustres, KuU'uu et Linné, Cuvier et Lamarck, Blainville et les deux rioofiVoy, Muller, Humboldt le voyageur, en dépit de la différenre de leurs doctrines, s'accordent sur ce point... et je partage, on le sait, leur manière de voir. »
[Dr l'Espèce humaine, liv. IX, chap. xix et xv.) 1 1. Voir la note 5 et le tableau qui s'y trouve figuré, même chapitre.
I.). <i L'homme ne se soumet guère lui-même à la sélection, qu'il applique avec tant de succès aux animaux et aux plantes. Il ne produit donc pas dans son espèce les variations extrêmes qu'il obtient ailleurs... Une cause qui contribue puissamment à restreindre chez l'homme l'étendue de la variation, c'est le pouvoir que lui donne son intelligence de se soustraire en partie aux actions de milieu. Partout il lutte autant qu'il le peut contre les influences du dehors capables de déranger l'équilibre qui fait son bien-être. Sous les tropiques, il s'ingénie pour échapper à la chaleur ; sous le cercle polaire, il perfectionne ses moyens de chaufl'age.
!■ Mais le milieu ne perd pas ses droits pour cela... Dans nos grandes colonies d'outre-mer, chaque grande race européenne est pour ainsi dire représentée par des sous-races dérivées et variant selon la localité. Les Antilles, l'Amérique du Nord et du Sud, l'Australie elle-même si récemment colonisée, ont dès à présent leurs races propres. >>
De QuATREi-inEs, De l'Espèce humaine, liv. VII, cbaj). xxui.
ItJ. <i On sait que la race anglaise ne s'est guère implantée sérieusement aux Ktals- Unis qu'à l'éijoque des migrations puritaines, vers iGiO, et de l'arrivée de Penn en 1681. Deux siècles et demi, douze générations au plus, nous séparent de cette époque, et pourtant l'Anglo-Américain, le Yankee, ne ressemble plus à ses ancêtres. Le fait est tellement frappant que l'éminent zoologiste Andrew Murray, cherchant à rendre compte de la formation des races animales, ne trouve rien de mieux que d'en appeler à ce qui s'est passé chez l'homme aux Etats-Uni.s... Dès la seconde génération, l'Anglais créole de l'Amérique du Nord présente dans ses traits une altératiunqui le rapproche dc$ races locales.
« Le nègre transporté dans les mêmes contrées a subi aussi des changements remarquables. Son teint a pâli, ses traits ont gagné, sa physionomie s'est modiliéc. Dans l'espace de cent cinquante ans, nous dit M. Elisée Reclus, il a, sous le rapport de l'apparence extérieure, franchi un bon quart de la distance qui le séparait des blancs... Ajoutons, avec MM. Reiset, de Lislioa, Nott et Gliddon, que, chez le nègre, l'intelligence a grandi en même temps que le type s'est modifié... Mais il y a plus; tous deux |lc nègre et le blanc |. selon M. Reclus, dont le témoignage est ccintirmé par celui (le l'abbé FSrasseur de liourbourg. se liipprochent des races iniligenes. Ces
lîlOI.Ofil K \:T A.XTIIltOI'DI.OCII' 21!i
liégénorc suii s;uij^- ; iiuiis celle ini'usidii
Ksi vaine... L'Indien, qu'à l'élroit il «onlino.
Ce Peau-Roujie odieux (jne sa raye rxlci'iniin'.
De liti-niArne reiiail, et son lype vaincpieni-
Sur le ly|M' saxon iuiprinie sa couleur.
l)(''j;i nirnie liu corps la l'orme loulenlièi'e
De la race délruile aflecte la in.inièic.
C'est en vain que nos iîls vont pcuph r les l'ani[)as :
L'élég-ant de New-Yorli nous ra[ipi'l|i' Chaclas'".
La nature partout exei-ce son einpiii' : Ce qu'on lient d'un climat, un autre le relire. Quant au fonds distinctif, au trait supérieur, Que l'espèce a reçu de l'Être créateur, Il a lii'au se caclier : la divine ('-[incelle .N'allcnd, pour éclater, qu'un milieu dig-ne d'elle.
<i doux écrivains sembi 'iit ailimlli . (|ii'au bout d'un temps donné et quelle que soit leuiu origine, tous les desix'ud iiilv dis IjI mes ou di-s nègres immigrés eu Amérique seront « devenus des Peaux-Rouges. »
De Ol-ATREF.vr.ES, De l'Es/jrn- luiuniiiir. \\\ . Vil. <-|i;ip. xx.ii.
A ee qui préeède, nous ajouterons l'obserNation sui\ariti' de M. .VllVed Maury ( [ji. Terre et l'Homme, chap. vu, page 3!)4) : « Dans rcrtaines parties de l'Amérique '■ centrale et méridionale, l'infusion toujours de plus en plus grande du sang indien « chez les créoles d'origine espagnole tend à faire reparaître à l'état presque pur la « vieille race qui avait d'abord été repou.ssée dans les forêts et les savanes, et à rendre <i au nouveau monde sa population indigène. »
17. (Jiactas est un des béros des romans américains de Chateaubriand. — (Voir Les Natehez et .U«/'<.i