‹ La création et l'humanité; poème en trois parties avec citations, notes et éclaircissements divers. Par J. ArbelotChapitre 69 sur 88 · Voyez la note 17 du chapitre i de la deuxième partie · texte numérisé non relu

Voyez la note 17 du chapitre i de la deuxième partie

^6. La guerre du Péloponnèse, entre les Athéniens et les Spartiates, conin 1.31 et finit en 404 avant Jésus-Christ, par la ruine dWthènes et le triomphe de Sparte.

.< Les Athéniens, dit F'Iufarque, s'étant soumis à tout, Lysandre, le général des Lacé- .. démoniens, réunit un grand nombre de musiciens et fit raser les murailles, brûler .< les vaisseaux, au son des instruments et en présence des alliés, qui, couronnés de « fleurs, chantaient sur ces ruines la liberté de la Grè-'e affranchie. »

Quel usage Sparte fit-elle de sa puissan-'e? Il faut, pour s'en rendre compte, consulter des traités spéciaux, en particulier la belle Histoi'-e dfi la Grèce de M. Duruy, au chapitre xvu, lequel embrasse toute la période qui s'étend de la fin de la guerre du Péloponnèse (404) jusqu'au traité d'.\ntalcidas (.387). Nous ne ferons que rappeler ici, d'après cet auteur, que Sparte, ne connaissant que la force, ne manqua pas d'en user : (jn peut même dire que la force fut le seul lien de son empire. Sans doute, Athènes l'avait, elle aussi, employée, mais elle y avait joint la justice et la magnanimité. Elle s'était faite le centre politique, militaire et judiciaire de son empire ; elle s'était faite, mieux encore, la métropole des arts et des lettres. Rien de grand ou de glorieux, rien lie l'é"ond ou d'utile ne sortira de la domination lacédéraoniennc... Sa discipline même, sa discipline, qui avait fait sa grandeur, disparut avec les anciennes mœurs, et les oligarchies que Lysandre avait établies dans toutes les villes y commirent tant d'excès que partout on conspira et on s'éleva contre la puissance des Spartiates.

« Les Perses, dit Bossuet, aperçurent bientôt cet étit de la Grèce. Aussi, tout le .1 secret de leur politique était-il d'entretenir ces jalousies et de fomenter ces divisions. i< Lacédémone, qui était la plus amb tieuse, fut la première à les faire entrer dans les « querelles des Giecs. Ils y entrèrent dans le dessein de se rendre maîtres de toute la 1. nation, et, soigneux d'affaiblir les Grecs les uns par les autres, ils n'attendaient que M le moment de les accabler tous ensemble. »

37. Philippe II, roi de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, fut peut-être le plus profond politique de l'antiquité. 11 régna de 360 à 33G avant Jésus-Christ. Pour établir sa domination sur la Grèce, il employa la ruse et la corruption avec la plus grande habileté, mais aussi sans la moindre vergogne. C'est lui qui, devant Olynthe, ville qui passait pour être inexpugnable, dit à ceux qui lui faisaient cette remarque, que toute cille était prenable du moment qu'un mulet chargé d'or pouvait y monter.

38. Démosthcne est sans contredit le plus grand orateur de la Grèce. Il naquit :\ Athènes en 381 avant Jésus-Christ. .\près avoir étudié la philosophie sous Platon, il songea à entrer dans l'administration publique. Pour cela, il se prépara à gagner les suffrages de ses concitoyens par son éloquence. A force d'étude, il parvint à corriger l'imperfection de son style ; à force de constance, il se défit d'un vice de prononciation,

11 y perdit la vie; el la Grèce enchaînée Avec la liberté périt à Chéronée ^^.

La ruine, la mort des plus fermes États, Des luttes de partis tels sont les résultats.

0 mes concitoyens, mes amis, vous dont l'àme^^, Au mot de lilierté, d'un noble amour s'enflamme, Et que tous les honneurs, sans elle, laissent froids ; Qui toujours en éveil et jaloux de vos droits,

qui le rendait ridicule et le fit couvrir de huées la première fois qu'il monta à la tribune aux harangues. A vingt-sept ans, il avait triomphé de tous les obstacles. Tous les efforts de son génie tendirent à combattre les projets ambitieux de Philippe, qui méditait l'as- •servissement de la Grèce. Les principaux discours qu'il prononça contre lui sont les Philippiques et les Objnthiennes. Il combattit lui-même à Chéronée (338 avant Jésus- Christ) ; mais l'armée des .athéniens unie à celle des Thébains contre le roi de Macédoine fut anéantie. A la mort de Philippe, il chercha à renouveler la guerre. Alexandre, vainqueur, lui fît grâce de la vie. Quelques années après il fut exilé. A la nouvelle de la mort du conquérant de la Perse, les Athéniens le rappelèrent. Il fit déclarer aussitôt la guerre à Antipater, gouverneur de la Macédoine. Les Athéniens furent encore défaits, et Antipater exigea qu'on lui livrât Démosthène. Le grand et malheureux orateur s'enfuit alors dans i'ile de Calaurie, où, près de tomber dans les mains de son ennemi, il s'empoisonna, l'an 322 avant Jésus-Christ.

39. Chéronée, ville de Béotie, est célèbre par plusieurs batailles qui furent livrées sous ses murs, entre autres cette fameuse bataille de Chéronée où Philippe II, roi de Macédoine, vainquit et anéantit la ligue des Thébains et des Athéniens que Démosthène avait formée contre lui (338 avant Jésus-Christ). C'est en prononçant l'oraison funèbre des guerriers morts sur ce champ de bataille, que le grand orateur, se justifiant lui-même et justifiant Athènes, s'écria : « Non, Athéniens non, vous n'avez pas « failli en courant à la mort pour le salut et la liberté de la Grèce. Non ! j'en jure par « vos ancêtres tombés à Marathon, à Salamiac et à Platées. »

40. Je ne peux résister au plaisir de citer une page de mon cher et vénéré maître, M. Louis Lefranc, professeur de philosophie au lycée de Bordeaux, puis à la faculté des lettres de Strasbourg et, en dernier lieu, à la faculté des lettres de Bordeaux, page toute pleine d'une éloquence émue, que j'ai tâché d'imiter dans ce passage :

« 0 vous qui aimez la liberté, aimez donc du même amour le devoir qui la protège « et qui la fait vivre ! Cultivez avec tremblement cette plante si sujette aux orages ! « Gardez-vous de la licence comme de l'air empesté qui tue pour jamais ! recueillez « dans vos cœurs les plus honnêtes la semence divine, et qu'elle y germe la modération, « la justice, la patience, le support de vos frères, le désintéressement, le dévouement « et le sacrifice ! Et quand ce germe, fécondé par vos vertus, poussera vers le ciel sa i( tige verdoyante; quand vous verrez s'épanouir la première fleur, ah! redoublez vos « soins et vos prières ! C'est quelque chose de si frêle qu'une fleur qui ouvre au soleil ic son calice naissant. Laissez la rosée du ciel tomber goutte à goutte sur ses blanches « corolles ; laissez les tièdes rayons réchauffer le fruit précieux qu'elle cache encore ic sous sa tunique. N'oubliez jamais que la substance qui le nourrit, c'est votre sagesse, u Quand il se sera fortifié, quand vous aurez reconnu, au parfum de justice et de « bonté qu'il répand autour de lui, les douces approches de l'automne, vous cueillerez « avec sécurité ce fruit mûr, qui vous donnera la joie pour un long avenir. Ce pain « des forts, après avoir été giigné par les vertus de l'adolescence, vous rendra robustes u dans les exercices courageux de l'âge viril. »

Louis Lefhanc, Introduction à la philosophie. Libr. V" Berger-Levrault.

Ne voj'ez qu'injustice, oppression ou chaîne, Ah ! ne persistez pas dans ces pensers de haine ! Les droits, l'oppression, sans doute il faut les voir ; Mais il faut avant tout pratiquer le devoir.

Le devoir! c'est en lui, c'est sous sa règle austère, 0 sainte lil)erl(', qu'est ral)i'i tiitclaire, L'asile chaste et pur, où ta fragilité Brave l'elfort brutal du vulgaire irrité. Ménageons cette fleur qui, frêle, délicate, Se flétrit au toucher même de qui la flatte ; Qu'elle étale au soleil toute sa floraison De justice, d'amour, de l^onté, de raison ; Sur le sein entr'ouvert de son brillant calice De nos divisions faisons le sacrifice.

En retour, puisons-y le suc vivifiant, Les rayons savoureux d'un miel fortifiant ; Des viriles vertus puisons-y la substance, La modération, la pitié, l'indulgence, La résignation contre les coups du sort. Et des inimitiés le fraternel support.

Qu'à ce banquet divin tout le monde s'empresse, Les vainqueurs, les vaincus, les vieillards, la jeunesse. Nul n'en emportera ni dégoût ni langueurs : C'est une volupté qui raffermit les cœurs. A quiconque s'y plait l'avenir est sans voiles ; Les cieux, sous tous climats, sont parsemés d'étoiles : Plus d'indécision, de crainte, plus de nuit Pour l'homme juste et fort que la raison conduit.

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