CHAPITRE III
L'Italie est l'héritière de la Grèce. — Rome et ses conquêtes. — Caractère du génie de Rome. — L'unité du droit d'où uait l'égalité. — Universalité de la langue latiue. — L'empire s'éteud sur tout le monde connu des anciens. — Le Christianisme. — La grande invasion des Barbares dans l'Empire.
C'est pour avoir un jour, soit mépris, soit faiblesse, Méconnu, rejeté les lois de la sagesse,
2W LA Cni'ATION ET 1/ llC M A N I T K
Que les Grecs, qui lon,irlernps, dans les mœurs el dans l'ail. Du bon sens, du bon s:oni s'étaient fait un rempart, Aveuglés par Terreur, rassasiés d'étude, Glissèrent dans la bonté et dans la servitude'. Que de maux, que d'affronts il fallut essuyer! La nuit se fit autour de cet ardent foyer. Toutefois la cbaleur qui couvait sous la cendre, Rayonnant au debors, sut trouver où se prendre. A ce dernier rayon, pâle, mais toujours beau. Rome de son génie alluma le tlambeau.
L'esprit pbilosopbique émigré en Italie-, Et, par lui, l'Orient h l'Occident s'allie.
1. Il Que devint l'esprit philosophique de la Grèce après ses beaux jours? C'est dans « les révolutions qu'il a subies qu'on doit se donner le spcta'-le de la liber'é et méditer « les leçons de l'expéricn'-e sur les lois au respect desquelles elle est attiif-hée. Aussi « longtemps que la Grèce l'ut réglée, elle fut libre. Aussi longtemps qu'elle chercha à « satisfaire sa curiosité par les principes de la raison, elle s'enrichit de sagesse et de « vérités. Mais quand, enivrée de sa gloire, elle ne put se contenir et lâcha le frein à « tous ses caprices, ce fut fait de son indépendance. L'anarchie est l'ennemi le plus « redoutable de la liberté. Une loi vengeresse sévit contre toute licence. Cette Grèce « que nous avons connue si belle, si libre, si noblement avide de savoir, lorsque, trop « fière de Marathon, de Salamine et de Platées, elle ne connut plus que les turbulen''es « de l'agora et la vénalité des rhéteurs; quand elle n'eut plus pour payer ses meilleurs « citoyens que la ciguë et l'ostracisme, sa liberté, la plus noble qui fût au monde, eut « son destin marqué à Chéronée. »
Louis Lefhanc, Intiridiiclion à la p/iilosop/iir. déjà cité.
■2. (iiwcia capta ferum victorem cepit, et arU-s
Iiitulit agresti Latio.
(. La Grèce captive subjugua son farouche vainqueur et apporta ses arts dans le sauvage Latium. •>
IloBACK, liv. 11, é]iitre ii.
« Rome, sans le savoir, était fatalement vouée à l'imitation de la Grèce: elle avait « avec la Grèce d'antiques, d'obscurs rapports d'origine, de culte, de langue : la Grè"e « était tout près d'elle, presque à ses portes, prête à la conquérir par l'intelligence. « comme à être conquise [lar les armes, de n ème que la barbarie romaine était prête c< aussi à vaincre et à être vaincue dans ce conflit, aussitôt que les accidents de la poli- « tique et de la guerre l'auraient amené.
« Ils ne se font pas attendre : les armes romaines sont appelées par Pyrrhus dans « l'Italie méridionale (Grande Grèce); par les Carthaginois dans la Sicile, autre province Il de l'imagination grecque ; bientôt elles se portèrent dans la Grèce elle- r è ne. Alors 11 arrive ce qui est tiujours arrivé entre des peuples de civilisations inégales. Rome, Il vict rieuse et barbare, est éblouie de la politesse, nouvelle pour elle, des vaincus ; <i elle entreprend, malgré la résistance des vieilles mœurs, des vieilles maximes d'Etat, .1 de se l'approprier; deux siècles de son hist Jire, le sixième et le septième, sont employés i< à la fu=ion du génie romain avec le génie grec, fusion difficile et lente qui n'est com- 11 plète qu'au temps d'Auguste. <> (Patin, Mélanges de littérature.)
Les Romains n'eurent pas de philosophie originale ou qui leur fût propre. Ils adoptèrent la philosophie grecque, et l'on trouve chez eux des partisans de tous les systèmes. Cicéron, dont on a un assez grand nombre d'ouvrages philosophiques, se rattache à la Nouvelle Académie. Sa philo'iiiphiL' osl une sorte d'éclectisme, dont li's principes gêné-
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Ceiil peuples inconnus, des houls de l'Univers. En dépit des forêts et des monts et des mers. Rapprochés, confondus, unis par la conquête, Du progrès vont subir Tinlluence secrète^.
Traqués par les Romains, Ibères et Gaulois, Thraces, Daces, Bretons quitteront leurs grands bois'': Ils viendront le front haut, le pied traînant la chaîne, Le cœur gonflé d'horreur, l'âme pleine de haine, Ils viendront, ils suivront les chars triomphateurs : Par couples opposés vaillants gladiateurs',
luux sont les principes mêmes sur lesquels repu^o la vie morale et sociale. Il y a là bien des emprunts faits à Platon, bien des idées qui appartiennent à Aristote. Pour la morale proprement dite, Cicéron est un stoïcien tempéré. Il n'aime pas les épicuriens et il le leur fait bien voir. Et cependant la philosophie d'Epicuro disputa au stoïcisme et partagea avec lui l'influence sur la société romaine. Voici ce que dit à cet égard Cousin dans son Histoire générale de la jj/iilosophie : u La lutte ardente entre le stoï- « cisme et l'épicuréisme ne Onit qu'un siècle à peu près avant l'ère chrétienne. C'est « dans cet état que la philosophie grecque a passé à Rome, où, cultivée sans aucune i> originalité spéculative, mais poussée à toutes ses conséquences dans la pratique par c< ces âmes énergiques, elle n"a produit que l'épicuréisme grossier qui a déshonoré la .' décadence de l'empire, avec des saillies de vertu sublime, mais outrée et stérile, dans <. un Helvidius, dans un Thraséas. Je demande s'il était possible que l'esprit humain <• s'arrêtât à l'une ou à l'autre de ces deux doctrines; je demande s'il était possible que " du sein des combats qu'elles se .sont livrés ne sortit pas le scepticisme? Il en est sort (( de toutes parts. »
3. « Depuis l'Euphrate et le Tanaïs jusqu'aux Colonnes d'Hercule et à la mer Atlan- « tique, toutes les terres, toutes les mers obéissaient aux Romains : du milieu et comme '< du centre de la Méditerranée ils embrassaient toute l'étendue de cette mer, pénétrant « au long et au large tous les Etats d'alentour, et la tenant entre deux pour faire la « communication de leur empire. On est encore effrayé quand on considère que des u nations qui font à présent des royaumes si redoutables, toutes les Gaules, toutes les n Espagnes, la Grande-Bretagne, llllyrique jusqu'au Danube, la Germanie jusqu'à » l'Elbe, l'Afrique jusqu'à ses déserts affreux et impénétrables, la Grèce, la Thrace, la (( Syrie, l'Egypte, tous les royaumes d'Asie Mineure et ceux qui sont enfermés entre le i< Pont-Euxin et la mer Caspienne, et les autres que j'oublie peut-être, n'ont été durant « plusieurs siècles que des provinces romaines. Tous les peuples de notre monde jusa qu'aux plus barbares ont respecté leur puissance ; et les Romains y ont établi presque <■ partout, avec leur empire, Il's lois et la pulitesse [c'est-à-dire la civilisation].
BossuET, Discours sur l'histoire unicerselh'.
4. « Rome fit dans toutes ses guerres un nombre d'esclaves prorligieux ; et, lorsque <> ses citoyens furent comblés de rif-hesses, ils en achetèrent de toutes parts, mais ils « les affranchirent sans nombre par générosité, par avarice, par faiblesse : les uns vou- « laient ré'-ompenser des es-laves fidèles ; les autres voulaient rcevoir en leur nom le <• blé que la république distribuait aux pauvres citoyens; d'autres enfin désiraient avoir « à leur pompe funèbre beaucoup de gens qui la suivissent avec un chapeau de fleurs. » Le peuple fut presque composé d'affranchis : de façon que ces maîtres du monde, non » seulement dans les commencements, mais dans tous les temps, furent la plupart « d'origine sersile. n (-Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, chap. xni.)
0. Les gladiateurs étaient des hommes qui faisaient profession de se battre dans le cirque, soit contre les bêtes féroces, soit contre d'autres hommes : ils étaient pour la plupart esclaves. Les Romains aimaient ce spectacle avec fureur ; dans les jeux publics
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De leur sang f^-énéreux ils teindront les arènes: Ils vous divertiront '^, û matrones romaines ! Mais ils témoig-neront au monde épouvanté Que leur égorgenient fit votre volupté.
Rome a tout envahi : la terreur de ses armes Ne laisse à ses sujets que le deuil et les larmes. De vils prétoriens, que le vice enhardit, Mettent César, rEmpire et Rome en interdit : Ils posent du pouvoir les hideuses enchères "...
il n'était pas rare de voir jusqu'à cent paires de gladiateurs. Toutes les principales villes de l'empire avaient leur cirque ou leur amphithéâtre. Le colisée à Rome pouvait contenir quatre-vingt mille spectateurs ; les arènes de Nîmes avaient place pour vingt mille, il y avait des amphithéâtres à Vérone, à Albuno, à Bologne, à Arles, à Saintes, à Lyon, à Bordeaux, à Lutèce (Paris), etc. On 'a constaté qu'il y en avait dans trente-quatre autres villes de la Gaule. On peut se faire une idée par là de la boucherie d'hommes qui se faisait chaque année dans l'empire. Quand un gladiateur était blessé, il devait mettre bas les armes, et il était à la discrétion du vainqueur qui le tuait, à moins que les spectateurs ne le lui défendissent. S'ils levaient la main en abaissant le pouce, c'était signe qu'ils lui faisaient grâce ; s'ils levaient le pouce, il fallait l'immoler. L'arrivée de l'empereur pouvait aussi sauver la vie au vaincu. Mais la vue continuelle de ces combats avait rendu les Romains tellement féroces, que l'on vit souvent les femmes se lever pour réclamer regorgement du malheureux qui implorait la pitié du prince et des spectateurs... Depuis l'introduction du christianisme, les empereurs interdirent souvent les combats de gladiateurs: ce|icndant ce n'est qu'au V siècle qu'ils furent entièreaient abolis.
D'après Douillet, Dictionnaire historique,- et Duhuv, Histoire romaine.
6. Dans le prologue de r^e'cy/'e, une de ses plus charmantes pièces, le poète comique Térence nous fait un tableau saisissant de cet engouement, de cet entraînement de la société romaine pour ces luttes d'athlètes et les combats cruels d'hommes et de bêtes féroces :
Ouum primum agere eam cœpi, puçilum gloria, Funambuli eoflem aecedens exspeetatio, Comitum conventns, studium, elamor miilierum Fecere, ut ante tempus exirem foras.
Rel'ero denuo.
«A la première représentation, à peine avions-nous commencé, il survint un pugiliste en renom, et, pour achever, l'annonce d'un danseur de corde. Chacun aussitôt de courir à ce spectacle ; le bruit de la foule, les cris des femmes nous forcent à déguerpir avant la fin.
(c ... A la seconde représentation, le premier acte réussit: mais tout à coup le bruit se répand qu'on va donner des gladiateurs : adieu notre monde. On se pousse, on crie, on se bat pour être placé ; au milieu de la bagarre, impossible de garder notre place. » (Voyez aussi Horace, Épitre, liv. Il, i.)
7. « Alors [c'est-à-dire à la mort de Pertinax, 28 mars 103] commencèrent des scènes « sans nom et heureusement sans exemple. La soldatesque mit littéralement l'Empire u aux enchères : deux enchérisseurs se présentèrent qui luttèrent entre eux de pro- « messes, et la monarchie d'Auguste fut adjugée au vieux consulaire Didius Julianus au « pt^ix de six mille deux cent cinquante draymes pour chaque soldat, u
DuBUY, histoire rowaine.
Quel spectacle donnait alors rEin[iire? l'cmifàns Chàtcanbrinnd : « Représentez-
SI) CIO i.ocifc;
Les p(Mii)l('s soiil riXKUx : ils soal tous trihiilaires. Le fisc n'a qu'un mol d'oidrc : » Ou payer ou inourii Et, comme il est partout, personne ne peut fuir. 11 n'est lieu si désert, il n'est bord si sauvage Que la main de César ne tienne en esclavage.
Où donc est le progrès? Quels sont les résultats Qu'au monde ont apportés ces cruels attentats?
— Ah! détournons les yeux des hontes de l'Empir La débauche, l'orgueil de tyrans en délire Ne sauraient prévaloir contre l'ordre arrêté Qui vers un but précis guide l'humanité.
i( tlofemlant contre les troupe-: du ])iin('e légitime, repoussant les Barbares ou les appe- « laiit à leur secours : Ingrenuus avait un eorps de Roxolans à sa solde, Posthume un « corps de Francs. On ne savait plus où était l'Empire : Romains et Barbares, tout « était divisé : les aigles romaines contrôles aigles romaines: les enseignes des Goths « opposées aus enseignes des Golhs. Chaque province reconnaissait le tyran le plus <• voisin... Un lambeau de pourpre faisait un matin un empereur, le soir une victime, (1 l'ornement d'un trône ou d'un cercueil... Et à travers tout cela des jeux publics, des « martyrs, des sectes parmi les chrétiens, des écoles chez les philosophes, où l'on s'occu- <( pait des systèmes philosophiques au milieu des cris des Barbares. »