CHAPITRE IV
Gaule et France. — Situation géographique de la région. — Couditious du sol et du climat. — Variété des productions. — Contraste saisissant dans le caractère des tiabitants des diverses provinces. — Comment se forma l'unité. — Clovis et Ctiarlemagne.
De la patrie ici saluons l'origine; Saluons le début où déjà se devine
23. Ce type, e'est le type franç'iis. On a vu (note 10 de ce même rhapitre) r-c que la conquête romaine avait fait des Gaulois ; l'influence germanique sur les Gallo- R imains, quoique moins profonde, n'en fut pas moins sensible. « Au contact des « Germains, les Gaulois de l'empire se ressouvinrent des Celtes, leurs pères. La renais- « sance de l'esprit militaire retrempa leurs âmes qui avaient été affaiblies par la « civilisation romaine. A ces instincts belliqueui il faut joindre le sentiment de n l'honneur, la passion de l'indépendance individuelle, le plaisir de se jouer avec sa « force et sa liberté au milieu des chances du monde et de la vie. On voit apparaître « en même temps deux autres traits de la physionomie germanique, qui se conser- « veront longtemps dans notre histoire ; l'un, le patronage militaire, le dévouement « volontaire de l'homme à l'homme, seul lien de l'association barbare et véritable « principe de la féodalité ; l'autre, le respect profond pour les femmes, cette espèce de « culte protecteur que Tacite signalait déjà chez les Germains. »
J. Demogeot, Histoire de la littérature française, chap. m.
M. Fustel de Coulanges fait remarquer que « tout ce qui est vivace dans une nation « et tout ce qui y est signe de vie (langue, religion, caractère, mœurs politiques et " sociales) a subsisté, chez les Gaulois, après l'invasion germanique. » Cependant, observe M. Elisée Reclus dans sa Géographie nouvelle, tome II, « l'influence c< matérielle sur la race même fut plus grande. En effet, si les colons germains n'arri- « vaient pas en assez grand nombre pour modifier la langue, les institutions et les « mœurs du pays, la durée de l'immigration s'est prolongée pendant plusieurs siècles... « Le sang de la population tout entière a dû, par conséquent, en être notablement « changé, d'autant plus qu'au commencement du moyen âge le pays, désolé par les « guerres, n'était que très faiblement peuplé. Les récentes recherches de M. Broca sur « la stature des Français confirment cette manière de voir, n
L'avenir glorieux qui nous est destiné.
Tout y semble à Tenvi préparé, combiné, Pour que, dans ses contours largement définie, La région ne soit qu'équilibre, harmonie*.
Les Alpes et le Rhin la limitent à l'est^. Tandis qu'au nord, au sud, aussi bien qu'à l'ouest. Facilitant ainsi l'œuvre de la nature.
De ses Ilots l'Océan lui fait une ceinture.
Par les dons variés de son climat moyens Elle est le résumé du sol européen^ La Méditerranée et les vents de l'Afrique Y font germer au sud la flore du tropique ;
1. •< Telle qu'elle existe ;uijoiii'd'liiii, d.ins les limites que lui a laissées la fortune u des armes, la Fran'-e se distingue eni^ure, entre toutes les contrées de l'Europe, par « l'elégan^-e et l'équilibre de ses formes. Ses contours mouvementés s'harmonisent de <( la manière la plus gracieuse avec la solide majesté de l'ensemble, et se développent <■ naturellement en une série d'ondulations rythmiques... »
Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, tûine ll,Za France.
2. Nous entendons parler if'i de la région française, c'est-à-dire de l'ensemble de la région qui constituait la Gaule romaine. La politique des rois et des peuples et les événements qui en ont été la conséquence ont considérablement diminué p nir nous ce domaine. 11 faut, hélas ! que nous en retranchions le royaume de Belgique, une partie de la Hollande, le grand-duché du ï uxembourg, la Prusse rhénane de la rive gauche du fleuve et le palatinat de Bavière, enfin l'.\lsace et la Lorraine (Metz et Strasbourg !) que nous a enlevées l'Allemagne par le traité de Francfort (1871).
3. M. le docteur Charles Martins divise la France en cinq régions climatoriales : i" climat vosgien ou du nord-est, d'Auxerre à Mézières et de Genève à Strasbourg ; 2° climat séquanien ou du nord-ouest, limité au nord par la mer, au sud par la L lire et le Cher jusqu'à sa source ; 3° climat girondin ou du sud-ouest, de la Loire aux Pyrénées; 4» climat rhodanien ou du sud-est. de Dijon et Besançon jusqu'à Viviers et aux Basses-Alpes ; 5" climat méditerranéen ou du midi, de Viviers à Marseille, de Nice il Perpignan.
4. (I Le grand avantage de la France, on l'a dit bien souvent, est d'appartenii' à la " fois au monde méditerranéen et au groupe des contrées océaniques. La Grèce, la « péninsule illyrienne, l'Italie, les terres avoisinantes baignent entièrement dans la Medi- <( terranée ; tant que l'homme avait seulement à sa disposition les chemins ouverts par K la nature, elles ne pouvaient avoir avec le versant extérieur de l'Europe que des « relati ^ns difficiles et incert lines. Quant à la presqu'île ibérique, elle est placée, il « est vrai, entre les deux mers: ma's jusqu'à l'épique toute récente de la ''onquète <i de l'Océan, l'Espagne et le Portugal, limités à l'occident par les bornes même du « monde, devaient se retourner, p ur ainsi dire, vers la Méditerranée, afin de rester .1 en rapp irt avec les autres nations. D'ailleurs, le rempart des Pyrénées qui se dresse (I au nord de l'Espagne en fa sait un pays complètement distinct du reste de l'Europe... « La France se distingue, au contraire, comme le pays de j nction entre les contrées « atlantiques du nord et les terres méditerranéennes du midi. Voih'i ce qui fait le i( caractère speci.il de la France au point de vue de la géographie et de l'histoire, ce '1 qui lui assure un rôle distinct dans l'humanité. »
Elisée Reclus, .\'ouvftlr tienf/rripliie iiniversellp. tnmc 11. France.
Et, d'autre part, on voit végéter sans efTorI, Dans la Flandre et l'Artois, les essences du Noid. Sur ces riches terrains, qui provoquent l'étude, iNotons chaque produit à chaque latitude". ■Voici de l'oranger les fruits délicieux : Plus haut, c'est l'olivier etses noyaux huileux: Si nous montons encor, nous trouverons la vigne: Avec elle à la fois, par un bonheur insigne. Céréales et grains, sous vingt noms différents, Maïs, léguniineux, orges, seigles, froments: Tous les trésors enfui, dont sa forte culture Et son ciel complaisant la comblent sans mesui-e.
Cette diversité, qui de nos régions Distingue les climats et les productions. Apparaît encore plus aux nuances contraires Que chez l'habitant même offrent les caractères s.
o. La Fiance est le pays de l'Europe dont la licliesse végétale est la plus grande. Suivant Berghaus, elle possède ;i.000 espèces de végétaux phanérogames, l'Allemagne n'en a que 2.28Û et l'Angleterre que 1.370. Sur ces 3.660 espèces, 1.250 vivent part .ut ; le reste se distribue en cinq grandes régions végétales : 1° région du nord : chêne rouvre, hêtre, charme, bouleau, orme, tilleul, érable champêtre et aune glutineux ; le châtaignier, très abondant dans la région centrale, ne donne plus de fruits au delà du 51°, et le pin sylvestre, à Tétat de forêt, ne le franchit pas vjrs le sud ; 2» région du sud, de la Loire aux Pyrénées : chêne vort, pin maritime, châtaignier, pin sylvestre, vigne, maïs, mûrier, céréales de toutes sortes ; 3° région méditerranéenne, dont les produits sont analogues à ceux de l'Italie et de l'Europe méridionale, et jusqu'à un Certain point du nord de l'Afrique, le chêne vert, le chêne-liège, l'if, le pin d'Alep et le pin maritime, le jujubier, le pistachier, l'olivier, le car ubicr, le Gguier, le miirier et même l'oranger, qu'on a pourtant cessé de cultiver en Provence pour ses fruits, parce que ce produit trop incertain ne pouvait soutenir la concurrence avec les oranges de Sicile, de Malte, des Baléares et du Portugal ; il va sans dire qu'on y cultive aussi la vigne, le mais et les autres céréales ; 4° la région subalpine ; o" la région alpine : dans ces régiins on retrouve le pin sylvestre auquel se mêlent le frêne élevé, les aunes, les érables, le sapin et l'épicéa; culture du mûrier et de la vigne.
En général, le blé et la pomme de terre viennent partout en France. Le blé s'associe dans le nord à l'orge, dans le midi au mais. L'olivier ne passe guère une ligne qui s'étend de la source de la Garonne à celle de la Ronianche, affluent de l'Isère ; le maïs trouve sa limite septentrionale suivant une ligne qui va des bouches de la Charente à celles du Mein dans le Rhin. La vigne n'est pas cultivée, pour les produits vinicoles, au nord de l'Aisne, do la Sarthe et des bouches de la Vilaine.
Voir DuRUY, Atlas de la France, Géographie physique, passini.
6, Cette variété dins le caractère des habitants des différentes provinces de la région française, laquelle rappelle la diversité des origines, certaines traces d'anciennes rivalités qu.; Fun retrouve encore entre les gens du Nord notamment et ceux du Midi, les appellations de Bretons, Basques, Normands, Gascons, Lorrains, Bourguignons, qui subsistent encore, ne prouvent rien contre l'unité française et la constitution deOuitive du type qui distingue le. Français,
« C'est dans les grandes villes surtout Paris, que se montre le Français par excel ' lence, car c'est là que viennent chercher un refuge ceux qui se distinguent par une
Qui napas observé le contraste étonnant Qui met en relief le ilerçme du Flamand Et cette expansion où l'humeur provençale En vifs entraînements se traduit et s'exhale ? Qui n'a pas opposé la ruse du Gascon A l'esprit droit, loyal, qui s'attache à ton nom, Alsace'', ô cher pays, toi, dont l'àme flétrie Porte si noblement le deuil de la patrie, Quêta douleur impose h ton rude oppresseur? Qui n'a pas comparé le Normand chicaneur Au Bourguignon si franc, dont la candeur naïve N'altère pourtant pas la logique incisive? Est-ce là l'harmonie? est-ce là l'unité? Quoi! de ce fonds changeant, divers, si tourmenté, Un peuple sortira* dont le brillant génie Fera pâlir la Grèce et rougir l'Italie ?
« originalité réelle... Dans la cité rommune à tous se rencontrent et s'iniluencent « mutuellement les provinciaux de toutes les parties de la France, les méridionaux de Il Provence et de Gascogne, bavards, agiles, toujours en mouvement ; les hommes des « plateaux, âpres au travail et lents à l'amitié ; les gens de la Loire, à l'œil vif, à « l'intelligence lucide, au tempérament si bien pondéré ; les Bretons mélancoliques, « vivant parfois comme dans un rêve, mais soutenus dans la vie réelle par la plus (1 tenace volonté ; les Normands à la parole lente, au regard scrutateur, prudents et Il mesurés dans leur conduite ; les Lorrains, Vosgiens, Francs-Comtois, ardents à la Il colère, prompts à l'entreprise. Tous ces Français de provenances diverses, réunis Il dans une grande ville comme en un lieu de rendez-vous CDmmun, s'influencent mu- II tuellemenf ; leurs traits distincts prennent un air de famille ; de leurs qualités et de « leurs défauts s'est constitué, comme une résultante, le caractère général du peuple « français. » (Elisée Reclds, Nouvelle Géographie universelle, tome II, France.]
7. L'Alsace et la Lorraine, annexées à la domination prussienne par le traité de Francfort, 1871, n'en restent pas moins poui- n >us i^mncc, aussi bien que toutes les autres provinces de la région française (Prusse rhénane, Bavière rhénane. Luxembourg, Belgique) qui sont sur la rive gauche du Rhin.
8. 11 On trouve parmi les Français les types les plus divers, ou plutôt ils forment par « leur ensemble un type nouveau où la mobilité de l'expression remplace la pureté des Il lignes, où les aptitudes gagnent en diversité ce qu'elles perdent en énergie. Le II Français et surtout la Française se distinguent d'ordinaire, non par la régularité des Il traits, ni par la noblesse du visage, mais par la physionomie : ils peuvent exprimer « tous les sentiments, rendre toutes les idées, parce qu'ils les éprouvent et les c im- II prennent. Tous les peuples trouvent en eux un écho de leurs propres pensées. Telle Il est la raison pour laquelle les grands mouvements de l'Europe ont toujours eu leur Il contre-coup puissant en France, quand ils n'y ont pas pris naissance. Telle est aussi Il la raison du caractère essentiellement général oflert par les révolutions en France. Il Qu'on l'en loue ou qu'on l'en blâme (et nous croyons que la postérité l'en 1 )uera), Il c'est la France qui a proclamé les droits de l'homme. Elle ne s'arrête pas aux faits 11 de détail, elle va jusqu'au principe lui-même...
Il Appartenant à la fois au groupe des nations méditerranéennes et des nations <i septentrionales, regardant à la fois vers les deux mondes, les fils des Gaulois ne se « distinguent pas seulement par leur iiromptitudo de compréhension et leur justesse de
Et re |i('iii>le, ([lie Dii'u scinhle avoir adoplé. Vers son Jml, sans laillir, g-iiidu l'iiuinauilé !
Ah! certes, il faut ici de puissants ténioig'nages De l'iiistoire il nous faut interroger les pages, Pénétrer les secrets de la tradition, Placer dans tout son jour la grande Nation ! *
Eh bien ! n'hésitons pas, remontons à la source C'est en partant du point où commence la course Que nous pourrons juger du chemin parcouru. Dans la honte et le sang l'Empire est disparu : Tout prestige est tombé; le désordre, la guerre, La faim, le désespoir se disputent la Terre. Le seul maître obéi, le seul roi, le hasard. Livre la Gaule au Franc, l'Italie au Lombard, L'Espagne aux Wisigoths ; et bientôt des Vandales Des Alains et des Huns les fureurs bestiales Ai'racheront leur part à ces premiers vainqueurs"'.
•' raisonnement, ils se font remarquer aussi entre tous les i)euples civilisés par la <i délicatesse de leur tact, la sûreté de leur goût. Longtemps ils ont été considérés en « Europe comme les arbitres de la littératui-e, et dans certains domaines de l'art leur « supériorité est incontestée. »
!>. « San^ doute, il y aurait de la présomption à vouloir, conformément à une vieille <i habitude de langage, revendiquer pour la France une sorte d'hégémonie morale... " Depuis le commencement du siècle, elle a été certainement égalée par ses rivales de « l'Europe dan les travaux de la pensée et dans les arts de la paix, sans parler des <i jeux sanglants de la guerre. On pourrait donc la blâmer, si elle voulait garder à elle " seule le nom de grande nation qui lui fut donné jadis... Le monde de la civili- " sation s'est agrandi, et c'est de tous les côtés à la fois que partent les mouvements it d'initiative... [Cependant] l'influence et les idées de la France la rendent tellement !• utile au monde, qu'on ne saurait guère s'imaginer l'histoire prochaine des nations, « si elle venait à y manquer. »
Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, tome 11, liv. II, chap. i, passim.
10. Les Huns, les Alains, les Vandales et les Sucves ne firent que passer en Gaule
Les Aliiins. |iiiussés par les Huns, allèrent s'établir en Espagne, où ils furent détruits par les WiM-.th-c en 419.
Les Vaiulali's londèrent d'abord, eux aussi, un royaume en Espagne. Ils passèrent de là en Afri(pie, en 4olt, où ils furent détruits par Bélisaire, général de l'empereur de (ionstantinople Justinien, en 534.
Les Suèves, après avoir traversé I:i (iiuili' rt l'Espagne, étaient parvenus dans la liusitanie, à l'ouest de la péninsule liis|iani.;iii'. en 4l(l. Us y furent exterminés par les Wisigoths, en 58o.
Les Huns, conduits pur Attila, le innrte;iu de l'Empiri; et le fléau de Dieu, prirent Langres, Metz, Troyes, n'osèrent attaquer l'aris et parurent sous les murs d'Orléans. La fermeté des habitants, qu'encourageaient et soutenaient les exhortations de leur évèque Ananius ou saint Agnan, et les mouvements stratégiques d'Aétius, général iduiain, l'obligèrent à lever le siège. 11 battit en retraite sur la Champagne, et là, attaqué tout à coup par Aétius, par Mérovée, roi des Francs, et par Théodoric, roi des Wisigoths, il fut complètement battu près do Chàl ms-sur-Marne en 451. Après su
-2;iG l,A CREATION ET L'HUMANITE
Qui posera la digue aux flots envahisseurs? Est-il pouvoir, est-il volonté souveraine. Capable d'arrêter cette marée liumaine ? D'où viendra le salut? Quel sera le héros Qui d'un peu de clarté percera le chaos?
Au miHeu des écueils, battu parla tempête. Le pilote tremblant doit-il courber la tête Et, dans le désespoir, n'attendre que la mort?.. Il sait que le salut est le prix de l'etrort : Il est calme, il résiste à la mer, à l'orag-e, Il arrache, en luttant, son navire au naufrage. Et c'est avec orgueil qu'il rentre dans le port.
G Gaule! n'est-ce pas ton image et ton sort?
défaite, Attilu quittai l.i G:uilc et pénétra en Italie: il eut un instant l'intention d'attaquer Rome, s'en détourna, ilit-on, sur les prières ou les instances du pape Léon III, et alla mourir en lUyrie, en 4.ï3.
Trois peuples constituaient la grande nation des Goths : les Wisigoths ou Goths de l'ouest, les Ostrogoths ou Goths de l'est, et les Gépides ou Goths traînards.
Les Gépides, après Attila, s'établirent entre la Theiss et le Dniestei', et se fixèrent définilivement en Pannonie. Leur histoire a peu d'importance.
Les Ostrogoths et les Wisig ilhs jouèrent un rôle plus considérable.
Les Ostrogoths, sous leur roi Théodoric, s'emparèrent de la Haute-Italie après avoir vaincu Odoacre, roi des Hérules, qui, lui-même, avait mis fin à l'Empire d'Ocident en détrônant Romulus Augustule, en 476. La domination des Ostrogoths dans ce pays dura jusqu'en bo3. A cette époque, Narsès, général de Justinien, vainqueur de' leurs deux derniers rois Totila et Teia, y rétablit momentanément l'autorité de l'empereur de Constantinople.
Cinq ans après, ce mémo Narsés, pour se venger de Justin II qui lui avait enlevé son commandement, appela en Italie Alboin, roi des Lombards, et celui-ci y fonda un royaume qui dura jusqu'en 774. Le dernier roi des Lombards fut Didier, qui fut, comme on sait, vaincu et fait prisonnier par Charlemagne.
Les Wisigoths avaient ravagé plusieurs fois l'empire sous leur roi Alaric I*'. La Grèce avait été pillée et incendiée par eux. Rome même, prise en 410, fut impitoyablement .saccagée. Ataulf, frère et successeur d'Alaric, quitta l'Italie pour la Gaule et y fonda un royaume au sud de la Loire. Plus tard ses successeurs étendirent leur domination sur toute la péninsule hispanique, et ils y restèrent les maîtres, même après leur expulsion de la (Jaule, qui fut la conséquence de leur défaite à Veuille, bataille sanglante gagnée par Clovis, roi des Francs, sur Alaric II en 507.
Les Francs s'étaient de bonne heure rendus maîtres de quelques cantons de la Gaule. C'est l'empereur Julien qui les y avait élablis, sur les bords du Rhin, en 358. pour en faire une barrière contre les autres Barbares. Nous retrouvons leur confédération du côté de Cambrai et de Tournai, sous Pharamond, en 418. Avec Clovis, qui avait mis fin à la domination romaine par sa victoire de Soissons, en 486, sur Syagrius, et qui, vainqueur à Vouillé d'Alaric II, 507, avait refoulé les Wisigoths au delà de-i Pyrénées, ils occupèrent presque toute l'ancienne Gaule, 481-511.
Il est facile de voir, par ce rapide résumé des incursions des principaux peuples barbares dans l'empire romain et par cette indication succincte des divers établissements qu'ils y fondèient que. vers la fin du sixième siècle, trois monarchies s'étaient constituées sur les ruines de la puissance romaine : 1° la monarchie des Francs dans les Gaules ; 2° la monarchie des Wisigoths en Espagne : 3» la monarchie lombarde en Italie.
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Durant quatre cents ans Rome par l'esclavage fi
Avait pu t'imposer ses lois et son langage ;
Mais tu n'abdiquas pas sous la main du bourreau :
De tes mâles vertus le solide faisceau
Fut contre l'ennemi la plus ferme barrière.
Tu n'avais rien perdu de ta valeur guerrière,
Et tes nobles enfants, cohorte ou légion,
Repoussèrent longtemps la sombre Invasion 12.
Mais quand Rome épuisée abandonna l'Empire, Quand sur ton sein meurtri le liarbare en délire Au nord, au centre, au sud, exerça sa fureur, Tu te fis un ressort de ta propre douleur : Et ton cœur, abjurant les dieux du paganismf\ Retrempa son espoir dans le christianisme»^.
11. La Gaule cessa d'être indépendanfe par suite de la conquête qui en fut faite par Jules César, 49 ans avant J.-C. Elle resta sous la domination romaine jusqu'à la défaite de Syagrius à Soissons, en 486 après J.-C. De romaine elle devint franque.
Voici comment Plutarque résume la guerre des Gaules par César : « César prit de n force huit cents villes, soumit plus de trois cents peuples, et combattit contre trois X millions d'hommes, sur lesquels un million périt sur les champs de bataille, et " un million fut réduit en captivité... » Et Paul Orose, un historien du v° siècle, nous dit: « Qu'on se représente un malade pâle, décharné, abattu par une longue flèvre « qui a tari son sang dans ses veines, et dévoré d'une soif ardente qu'il ne peut « apaiser ; voilà l'image de la Gaule, subjuguée, domptée par César, mais d'autant plus '< altérée de sa liberté perdue, que ce bien si précieux semble lui échapper pour " jamais. « (Traduit par Codbgeon, Récits de l'histoire de France.)
12. César avait en très haute estime le courage des Gaulois. Il en enrôla un grand nombre parmi ses troupes. Il en composa même une légion tout entière {Icgio Alauda, légion de l'Alouette, ainsi nommée parce que tous les soldats de ce corps portaient sur leur casque une alouette, symbole de la vigilance). Après lui, les Gaulois furent aussi incorporés dans les armées. On les employa surtout sur la frontière du Rhin et dans la Germanie, et, comme ce fut surtout de ce côté que se porta l'effort des Barbares, on peut dire que les Gaulois furent les plus vaillants, les plus énergiques, et même, avec Aétius et Syagrius, les derniers défenseurs de l'empire d'Occident.
13. « Ce fut vers le milieu du u= siècle après Jésus-ChiisI que. pour la première fois. l'Evangile l'ut prêché dans les Gaules.
Cl Saint Polycarpe, évêque de Smyrne. brûlant du drsir <le répundre au \»u\ le « culte du Christ, envoya dans les Gaules l'illustre l'othin avec quelques prêtres de son « Eglise. Pothin se fixa à Lyon en IdO, et avec ses compagnons d'apostolat se mit i< rivee ardeur à prêcher l'Evangile. Ses efforts ne furent pas sans récompense. Des « conversions nombreuses s'opérèrent, et un grand nombre de néophytes vinrent se •c ranger sous la direction du saint évêque. Tels furent les commencements de l'Eglise >c de Lyon, la plus ancienne de toute la Gaule. Mais ses progrès ne tardèrent pas à .1 éveiller la jalousie inquiète des païens, et leur animosité n'attendait qu'une occasion « pour éclater. L'édit de Marc-.\urèle la leur fournit. Nous ne raconterons pas au « long cette persécution qui fit périr tant de" chrétiens, mais qui fit aussi éclater leur « admirable courage. Le diacre Sanctus, Maturus, simple néophyte, à toutes les « questions du juge, répondirent avec une égale fermeté : Je suis chrétien ! L'es- « clave Blandine, quoique d'une compleiion délicate et frê'e, supporta sans faiblir Il toutes les tortures, l't l'un ne |iut tirer d'elle que ces seules paroles : Je suis chre-
Ta résignation rendit le Franc plus doux : Devant la croix du Christ le Sicambre à genoux'* D'un milieu plus humain ressentit l'influence. Avec toi le Barbare enfin fit alliance; Et de cette union le merveilleux lien De l'Europe moderne assura le destin.
« tienne! Non, il ne se passe rien de criminel parmi nous.' L'évèquc Potbiii, qui « avait alors quatre-vingt-six ans, fut traîné sur la place publique, au milieu des « injures et des cris de mort. Une noble sérénité régnait sur son visage, et l'on lisait « dans ses yeus la joie que lui inspirait l'espérance prochaine du martyre .. Quel est « le Dieu des chrétiens? lui demanda le juge : — Vous pourrez le connaître, u répondit Pothin, si vous en êtes digne. A ces paroles, on se jeta sur lui, et on « l'accabla de coups. Enfin, le saint vieillard, traîné en prison, y mourut deux jours « après... Vingt-quatre confesseurs qui, en leur qualité de citoyens romains, ne pou- « valent être condamnés au supplice ignominieux de l'amphitliéàtre, eurent la tête « tranchée.
« Telle fut la fin glorieuse des quarante-huit martyrs de Lyon (177). Leur mort « n'apaisa point la rage des ennemis de la religion chrétienne, et plus d'une fois « encore le sang des fidèles fut versé sur les places publiques et dans les amphi- « théâtres. Mais la persécution ne put arrêter les progrès du christianisme. Dès le « milieu du siècle suivant, vers l'an 250, sept évêques partis de Rome vinrent prêcher « l'Evangile à ceux des peuples de la Gaule chez lesquels la foi n'avait pas encore « pénétré : de ce nombre était saint Denis, premier évêque de Lutèce (Paris). Lorsque, « plus tard, l'empereur Constantin, par l'édit de Milan (313), rendit enfin la paix à « l'Eglise, la Gaule presque entière était chrétienne...
CouHGEON, Récits do ridsloire de France, tome I, passim.
14. C'est sous Clovis, qui régna de 4SI à 511, que s'opéra la conversion des Francs.
Les Wisigoths, établis dans le midi de la Gaule, avaient été convertis au christianisme, même avant l'invasion, par l'évêque Ulphilas : seulement ils étaient ariens.
Les Burgundes, qui avaient formé un royaume à l'est, étaient aussi entachés d'hérésie. Cependant Clolildc, fille de Chilpéric que son frère, le roi Gondebaud, avait fait mettre à mort, Clotilde avait été élevée dans la religion catholique. Par son mariage avec Clovis, roi des Francs, elle contribua puissamment à la conversion du roi et de toute la confédération.
« Excitée par l'exemple des Wisigoths, des Burgundes et des Francs, qui, sans « autres droits que leur courage, avaient conquis de vastes établissements dans la n Gaule, la nation des Allemands voulut aussi avoir sa part dans cette riche proie. M Los tribus d'au delà le Rhin franchirent donc le fleuve et se réunirent à celles qui « étaient déjà cantonnées en Alsace : puis, toutes ensemble, eUes envahirent le terri- « toire des Francs Ripuaires.
« A la première nouvelle du danger qui menaçait le roi de Cologne, Clovis vole à « sa défense. Une bataille furieuse s'engage dans les plaines de Tolbiac (496)... Clovis, « blessé au visage, allait succomber, lorsque levant les yeux et les mains au ciel : n Dieu « de Clotilde I s'ècrie-t-il, si tu viens à mon aide et que tu m'accordes de vaincre en « ce jour, je jure de n'adorer que toi désormais et de recevoir le baptême. » A peine a-t-il « prononcé ces mots, que les Francs, comme animés d'un nouveau courage, retournent
à la charge... Bientôt le combat change complètement de face... les Allemands « reculent à leur tour et abandonnent le champ de bataille...
« Clovis tint parole et, avec trois mille de ses guerriers, il reçut le baptême des « mains de saint Rémi, archevêque de Reims, le jour de Noël 490. Au moment où il
Clovis à Tolbiac, à Ruckolz Charleraagne '•' Assignent sa liniilc à la vague Allemagne : Et les races dès lors, sur tout le continent, D'États bien définis assoient le fondement.
(1 entrait dans le baiitistère, Retni, élevant la voix : « Courbe humblement la tête, 'I Sicambre, dit-il, ailore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré ! »
CoDHGEON, liiwits de l'histoire de France, tome I, passim.
15. Charicmag-np, fils de Péjiin le lîref, ri'gna avec son frère Cavlonian'de 7GS à 771 ; seul, eomme roi, de 771 à 800 ; comme eniix'reur, de 800 à 81-i.
Charlemagrnc avait conçu et réalisa un plan grandiose. D'une part, il réunit en un seul empire tout le monde germanique, par l'absorption ou l'anéantissement des nationalités demeurées distinctes : de l'autre, il établit dans son propre empire une organisation régulière... On peut dire de lui qu'il mit fin aux invasions d'origine germanique. Ceux qui luttèrent contre lui avec le plus d'énergie et d'obstination furent les Saxons dont le roi Witiiiind excitait sans cesse la haine et le courage. Vainqueur à Buckolz (779), Charleraagne reçut la soumission des tribus établies à l'ouest de l'Elbe, transporta dix mille familles saxonnes en Belgique et en Suisse, et partagea leur territoire entre les évêques, les abbés et les prêtres, soutenus par des corps d'armée que commandaient des comtes francs.
Après la mort du grand empereur, un trnvail de dissolution se manifesta aussitôt dans le vaste corps de cet empii-e, où tant de nationalités diverses avaient été un instant l'approchées par la conquête.
Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, ne put maintenir l'ordre et la paix. 11 fut sans cesse en lutte avec ses fils qui s'étaient mis contre lui à la tète des peuples qui voulaient s'affranchir de la domination impériale. Enfin, en 843, par le traité de Verdun, il se forma du premier démembrement de l'empire de Charlemagne trois royaumes distincts : \° le royaume d'Italie, sous Lothairc ; 2° le royaume de Germanie, sous Louis le Germanique ; 3° le royaume de France, sous Charles le Chauve.
« Un bel empire, dit le diacre Florus, un bel empire florissait sous un brillant « diadème : il n'y avait qu'un prince et qu'un peuple... La nation franque brillait aux « yeux du monde entier... Rome elle-même, la mère des royaumes, s'était soumise à u cette nation ; c'était là que son chef, soutenu de l'appui du Christ, avait reçu le « diadème par' le don apostolique. Heureux, s'il eiit connu son bonheur, l'empire qui « avait Rome pour citadelle et le porte-clef du ciel pour fondateur ! Déchue mainte- « nant, cette grande puissance a perdu son éclat et le nom d'empire !
(I Le royaume, naguère bien uni, est divisé en trois lots ; il n'y a plus personne >i qu'on puisse regarder comme empereur ; au lieu d'un roi, on voit un roitelet : au u lieu d'un royaume, un morceau de royaume. »
Voir DuRUY, Histoire du moyen (hjr, chaii. ^' P^''^'^ 1^3-