‹ La création et l'humanité; poème en trois parties avec citations, notes et éclaircissements divers. Par J. ArbelotChapitre 76 sur 88 · Ces deux vers sont extraits du Le contr'un lui-même · texte numérisé non relu

Ces deux vers sont extraits du Le contr'un lui-même

22. Il faut lire tout ce passage du pamphlet de La Boëtie dont nous reproduisons ici

27r. LA CKKATION ET L' Il U M AN I TK

Le but nous est montré : par quel moyen l'atteindre? Par le fer et le feu va-t-il falloir contraindre Rois, princes et seigneurs à céder à l'élan Qui s'attache partout à l'erreur, au tyran? Doit-on, pour la réforme, entasser les ruines, Aller jusqu'aux horreurs des guerres intestines, Méconnaître les droits de la sainte amitié, N'avoir pour l'adversaire entrailles ni pitié? Faut-il, pour s'aiFranchir, sans la moindre vergogne. De ceux dont on se plaint imiter la besogne? Non, non! conformons-nous aux vœux de L'Hôpital ^^ :

(( Olons, ôtons ces mots de l'esprit infernal,

la substance. Cet éloquent et vigoureux morceau se termine par les lignes suivantes : Il Les bestes (ce m'aide Uieu!), si les hommes ne font trop les sourds, leur crient « vive liberté! Plusieurs y a d'entre elles qui meurent sitôt qu'elles sont prises... Les B autres, des grandes jusques aux petites, lorsqu'on les prend, font si grande résistance « d'ongles, de cornes, de pieds, de bec, qu'elles déclament assez combien elles tiennent 11 cher ce qu'elles perdent...

.. Mesmes les bœufs squs le poids du joug geignent, ■< Et les oiseaulx dans la cage se plaignent !. . .

« ... De tant d'indignitez que les bètes nièinos ne sentiroient point ou n'cndureroient « point, vous pouvez vous en délivrer, si vous essayez, non pas de vous en délivrer, « mais seulement de le vouloir faire. Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà i( libres. Je ne veux pas que vous le poussiez, ny l'ébranliez, mais seulement ne le souci tenez plqs : vous le verrez comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de II son poids même fondre en bas et se rompre... »

La Hoetie, Le Conli'iin, passim.

î-i. Michel de l'Hôpital naquit en l.'iu.i à Aigucperse, en Auvergne, et mourut en 1573.

(1 Michel de l'Hôpital, dit le frivole et libertin Brantôme, a été le plus grand et le plus digne chancelier qu'il y ait eu en France. C'était un autre censeur Caton ; il en avait du tout l'apparence, avec sa grande barbe blanche, son visage pâle, sa façon grave. » « La pensée de toute sa vie, le but de tous ses efforts, ce fut d'introduire dans nos lois « la tolérance civile, d'amener les deux religions à vivre en paix sur le même sol ; « idée neuve alors et aussi éloignée de l'esprit des calvinistes que de celui des catho- « liques... L'éloquence politique éclate pour la première fois en France dans cette 11 bouche vénérable, éloquence pleine d'un parfum de probité et qui justifie complète- 11 ment l'ancienne définition de l'orateur : vir bonus diccinl: iimtiix... La gloire impéris- « subie de l'HôpitaL.. c'est d'avoir compris que le véril.ihli' innicl de' la France lui Il faisait un devoir de prévenir les luttes des partis et tl'auiurtii- ks liassions impa- « tientes; en un mot, de placer l;i li\ au-dessus de toutes les factions. 11 travailla à 11 cette œuvre avec une ardeur et wm- nn'i -ic admirables. « On tenait, dit Régnier de II la Planche, qu'il n'oserait contredire eu licn au -cardinal de Lorraine. Mais sitost II qu'il eust été establi en sa charge, il se résolut de cheminer droict en homme polir 11 tique et de ne favoriser ni aux uns ni aux aultres, ains de servir au roi et à sa II patrie. » Rien de plus saillant, de plus attachant que la plupart des harangues qui nous restent de lui... Veut-il rappeler au culle des vertus chrétiennes ces hommes qui ne songent qu'à triompher de leurs adversaires dans de haineuses discussions : Il Nous avons fait, dit-il, comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de II leurs ennemis avec toutes leurs forces, laissant dépourvus et désarmés leurs logis:

« Noms de |»ar(is haineux: liilln'iii'iis, papistes, « Jésuites et ligueurs, huguenots, calvinistes : « Ne changeons pas le nom de Français, de chrélicn: (c Que le bonheur public nous serve de lien ! » Honneur à I/Hopilal, au vieillard héroïque, A l'initiateur du parti politique, Ce parti du bon sens, de l'ordre, de la paix, Qui sut de la discorde arrêter les excès! Honneur au libre esprit qui, par la Ménippcc-'*, Remit en son chemin la France émancipée!

« il nous faut maintenant, garnis do vertus et do bonnes mœurs, les assaillir avec les " armes de charité, avec prières, persuasion, paroles de Dieu, qui sont propres à « tels combats... » Puis il ajoutait : « La douceur profitera plus que la rigueur : « Ostons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, n huguenots, papistes : ne changeons le nom de chrestiens ! »

« Le chancelier pressentait que ses avis seraient inutiles, et il disait avec une triste u prévoyance : « Je sais bien que j'aurois beau dire, je ne désarmerois pas la haine de « ceux que ma vieillesse ennuie. Je leur pardonnerois d'être si impatients, s'ils dévoient « gagner au change ; mais quand je regarde tout autour de moi, je serois bien tenté de « leur répondre comme un bon vieil homme d'évèquc, qui portait, comme moi, une, >i longue barbe blanche et qui, la monstrant, disoit : « Quand cette neige sera fondue, il « n'y aura plus que de la boue. »

« Il n'y eut en effet que de la boue et du sang... Cependant, entre les deux factions a extrêmes, grandissait depuis longtemps en silence un parti modéré, dont le chance- « lier de l'Hôpital avait en quelque sorte tracé d'avance le programme : Le parti des « politiques. » Demogeot, Hist. do la litt. française, passim.

24. « Parmi les pamphlets des politiques, il en est un qui exerça sur l'opinion « publique une influence décisive : la Satire Ménippée, qui, comme une seconde ba- « taille d'Ivry, acheva de gagner la cause de Henri IV. La Ménippée n'abattit pas la « Ligue ; elle la trouva par terre ; mais elle l'ensevelit dans le ridicule : »

[Les auteurs de cet étonnant ouvrage sont : Pierre Le Roy, chanoine do Rouen ; Jacques Guillot. chanoine de la Sainte-Chapelle, conseiller clerc au parlement de Paris; Florent Chrestien, l'un des précepteurs de Henri IV; Nicolas Rapin, prévôt delà connétablie, homme d'armes et poète; le docto Passcrat, successeur de Ramus dans la chaire de philosophie au Collège de France ; le poète Gille Durand ; Pierre Pithou, jurisconsulte profond, l'inspirateur de l'immortelle harangue d'Aubray, l'orateur du tiers état. Us donnèrent à leur pamphlet le nom de Satire Ménippée, parce que, moitié en prose, moitié en vers, il sembla avoir été écrit .sur le modèle du poète-philosophe Ménippe].

« Ils appartenaient, comme on voit, à cette classe moyenne lettrée, pacifique, qui (t n'avait ni l'ignorance du peuple, ni les traditions héréditaires de la noblesse. Il C'étaient sept bons bourgeois, amis de la paix, parce que la paix étaient le bien- « être, dévoués à la royauté et à leur repos, haïssant la Ligue parce qu'elle était sédi- « tieuse, et aussi parce qu'elle ne payait plus les rentes de l'Hôtel de Ville, gardant « rancune à Mayenne pour les longs jeûnes du siège de Paris... On débuta par mettre K en scène, dans la cour du Louvre, deux charlatans, l'un espagnol (le légat, cardii< nal de Plaisance) et l'autre lorrain (le cardinal de Pellové) débitant à qui en voulait 'I du catholicon, espèce de drogue merveilleuse avec laquelle on peut être à loisir per- « fide et déloyal, vendre les intérêts de son pays, assassiner son enniMni \y.\r trahison, « et autres gentillesses pareilles, le tout en sûreté de consciencr', et pour imlii' sainte '< mère TEgUse. Notez que nos prudents bourgeois ont bien soin il'aiimler que e'esf du « catholicon d'Espagne et non de Rome...

Quelle verve inspirée ! et par quels traits mordants 11 perce l'épaisseur des masques impudents! Éloquent et railleur, armé de sa férule, Il frappe sans pitié le faux, le ridicule, Les vendeurs d'indulgence et de catholicon, Mayenne, les ligueurs, le diabolicon, Paris enfin, Paris de l'Espagne idolâtre. Et qui pour le légat rejetait Henri Quatre !

Ce fut comme un éclair qui dessilla les yeux : Chacun se reconnut dans cet éclat joyeux. Sus donc à l'étranger, délivrons la patrie ! Rendons l'indépendance à la France meurtrie : Soyons tous bons Français!... et, quand le roi vainqueur Nous aura reconquis repos, respect, honneur. Unis et confiants, grâce à l'édit de Nantes, Nous saturons la fin de ces longues tourmentes-^ ;

« Le second acte de cette comédie politique consiste dans la séance d'ouverture des « États généraux de la Ligue, convoqués à Paris le 10 février 1593, et dans les dis- <c cours bouffons et sérieux que prononcent successivement les plus illustres ligueurs... i( Mayenne expose, avec son ton de spadassin dévotieux, la sainte ambition qu'il « éprouve de ruiner la France : le légat félicite en italien les Français d'être plus i( catholiques que le pape et proclame à grands cris son évangélique mission : Guerre ! « guerre! etc., etc. Le recteur Rose, qui passuit pdiir n'avoir pas la tête bien saine, « débute pédantesquement sur Miltiadc rt Tli/iiiis(,H le, argumente en baroco et féra- « lipton... et, après avoir constaté que 1rs /inifii'lniits au trône sont trop de chiens à « ronger un os, il prétend les mettre d acioid et donne sa voix à Guillot Fagotin, « marguillier de Gentilly, bon vigneron et jjrud' homme, qui chante bien au lutrin et u sait tout son office par cœur. Jusqu'à la harangue d'Aubray, l'orateur du tiers, la « satire Ménippée est une ironie admirable. Cette harangue, plus admirable encore, est « un modèle de bon sens, de dialectique et parfois d'éloquence... « 0 Paris ! qui n'est « plus Paris, mais une spélunque de bêtes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wal- « ions et Napolitains, un asile et sûre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs, « ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité et te ressouvenir qui tu as été au prix n de ce que tu es ? ne veux-tu jamais te guérir de cette frénésie qui, pour un légitime « et gracieux roi, t'a engendré cinquante roitelets et cinquante tyrans? Te voilà aux « fers, te voflà en inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois et plus dure à « supporter aux esprits nés libres et francs, comme sont les Français, que les plus « cruelles morts. Tu n'as pu supporter une légère augmentation de tailles... mais tu « endures qu'on pille tes maisons, qu'on te rançonne jusqu'au sang, qu'on emprisonne « tes sénateurs, qu'on chasse et qu'on bannisse tes bons citoyens et conseillers, qu'on « pende, qu'on massacre tes principaux magistrats. Tu le vois et tu l'endures ! »

« 11 faudrait tout citer. » Demogeot, Hist. de la littérature française.

25. « Le triomphe de Henri IV sauva la France d'une dissolution qui était le vœu « secret d'un grand nombre de chefs de partis parmi les catholiques et les protea» « tants. Nous Visons dans les Œconomies royales de Sully que la Trémouille sollicitait M incessamment le prince de Condé de se rendre chef absolu, sans reconnaissance « d'autrui, dans les provinces d'Anjou, Poitou, Aunis, Saintonge et Angoumois ; que « M. de Turenne (depuis duc de Bouillon) « couvoit en soti cœur le dessein qu'il fist « tout owtertrmrnt csclater en l'assemblée de la Rochelle, qui estoit depouvoir estrc " esleu chef absolu de quelques provinces et sur une dissipation (démembrement)

Sans avoir — constatons cet heureux résultat —

Ni Luther qui meUait VÈglise dans l'Etat,

Ni Calvin qui voulait — monstrueuse entreprise, —

Pour dominer l'Etat, l'enfermer dans l'Eglise -^:

Ni sectes, ni partis, mais la forte unité

Que par l'apaisement fonda la Royauté.

« d'estat que chacun croyait estrc fort prochaine, se cantonner en icelles... Du u côté des catholiques, le duc do Mercœur avait les mêiues vues sur la Bretagne, et n généralement les principaux seigneurs tendaient à se rendre inik-pendants dans les « lieux soumis à leur influence.

« En même t(!mps que le succès de Henri IV saii\:L l:i Immikc d'une dissolution « intérieure, il la préserva aussi de la dépendanci' de l'étranger. I.a ruine de la Ligue <• fut la ruine des plans de monarchie ou au moins de suprématie universelle que « Philippe II avait formés, et qu'il faillit réaliser par l'or du nouveau monde. Si la « Ligue avait réussi, le triomphe de la maison d'Autriche était imminent. La chute de « Ligue assura l'Indépendance de la France et de l'Europe. »

Ragon, Hist. générale des temps modernes, tome II, page 2"2u, notes.

Henri IV fit son entrée à Paris le 23 juillet 1593. II ne s'occupa plus que de sanctionner par des traités ce qui avait été en partie préparé par son avènement : à savoir la paix extérieure et la fin de la lutte à l'intérieur entre le catholicisme et le protestantisme. Deux actes historiques de la plus haute importance réalisèrent cette noble aspiration du roi : le traité de Vervins et Védit de Nantes.

Le traité de Vervins (2 mai 1508) donna la paix extérieure : il fit plus ; il rendit à la France l'honneur; il effaça la honte d'un siècle de revers. Les Espagnols restituèrent toutes les places qu'ils avaient prises en Picardie et celles qu'ils tenaient encore en Bretagne.

L'édit de Nantes (avril 1308) avait déjà réglé la future condition des protestants en France. Par cet acte mémorable, les réformés avaient obtenu le libre exercice de leur culte dans les villes de Niort, la Rochelle, Nîmes, Montauban, La Charité, la jouissance de tous les droits de citoyen, l'admission à tous les emplois et même aux charges de judicature, une chambre dans chatpie parlement composée mi-partie de protestants et mi-partie de catholiques, la permission de tenir des assemblées générales par députés, des appointements pour leurs ministres, etc., etc. »

26. <i Dans cette grande lutte de la Réforme la France garda le catholicisme, mais « sans l'inquisition ni le concile de Trente, et avec la Renaissance, avec Léonard de « Vinci, le Primatice et Rabelais. Elle défendit contre Charles-Quint et Philippe II « la liberté religieuse et la liberté politique, mais sans vouloir do Luther ni de Calvin ; « de Luther qui mettait l'Église dans l'État ; de Calvin qui mettait l'État dans l'Église. » DnHUY, Atlas de la France, Préface.

« La Réforme avait contre elle en France quelque chose de plus puissant qu'une « cour, de plus durable qu'une mode : le génie national de la France. La France, en " admettant la Réforme, eût constitué comme l'Angleterre une église nationale, isolée au <c sein de l'Europe. Elle eût renoncé à cette grande idée de République chrétienne «. (voir le testament de Henri IV) qui a rempli le passé et qui veille encore aux portes « de l'avenir. Le peuple de l'unité, le peuple qui relie entre elles toutes les régions de « l'Occident, ne pouvait se laisser entraîner par la réaction exclusive du Nord, ni « rompre avec les nations du Midi, avec la race néo-latine à laquelle lui-même appar- « tient. D'ailleurs c'était trop ou trop peu pour la Fi'auce que cette religion négative « importée de Germanie. Les révolutions de France n'ont pas ce caractère ! elles affirment, « elles créent et ne protestent pas. La France refusa donc d'accepter le protestantisme « comme religion, tout en gardant un principe analogue, mais antérieur au protestan- « tismeet plus fécond que lui, \p liljrn rxarnen. "

Demoghot, Hist. de la littérature fran".aise, cha|). xxiv, et Henhi Mahtin, Hisl, de France, tome IX, page 466.

LA CREATlOiN h L'HUMANITE

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