‹ La création et l'humanité; poème en trois parties avec citations, notes et éclaircissements divers. Par J. ArbelotChapitre 78 sur 88 · MÉDÉE · texte numérisé non relu

MÉDÉE

Moi !

Moi, ilis-je, et c'est assez ! «

« Ce vers, dit M. Henri Martin {Histoire de France, tome XIII, p. o52) fut le « Je pense, donc je suis de la tragédie française, et annonça ce théâtre héro'ique qui « allait se fonder, comme la philosophie, sur la puissance de la personnalité hu- « maine. »

« Corneille trouva dans le sujet du Cid la révélation de son génie ; il y découvrit le i< principe tragique qui fit désormais toute sa force. L'admiration fut le sentiment qu'il

atiti I,A CREATIOM ET L'HUMAMTE

Si de la passion on y eiiLciid la voix,

Le devoir parle aussi qui dirige nos choix.

Les tableaux qu'ils nous font des grandeurs, des misères,

Pour riiommesont autant de leçons salutaires,

Où l'âme, se haussant vers le juste et le beau,

Se retrouve à sa place et garde son niveau.

A quoi bon rappeler Cinna, le Cid, Horace, Phèdre, Britannicus, héros de même race, Dont la langue tragique est l'écho respecté

X cherch;i à faire naître, mais de ce sentiment naturellement calme il fit une passion Cl aussi entraînante que noble. Du premier pas, il atteignit le but suprême de l'art : il « sut à la fois émouvoir les âmes et les agrandir. Tel est l'objet principal de cette II imitation de génie. La couleur locale n'y est pas omise, mais subordonnée... il se u montre vraiment Français, non seulement parce qu'il évite d'être Espagnol, mais « encore parce qu'il s'attache à ce qui est général, universel, humain... Une série de (1 chefs-d'œuvre égalèrent et même surpassèrent le Cid. D'abord le génie du poète se (( transporta sur la terre classique de l'héroïsme, à Rome... 11 tira son Horace d'un K récit de Tite-Live (16:i9); mais il lui fit subir la même transfigur.ition qu'au Cirf. « I>es personnages furent moins des Romains que des personnifications variées de (( l'héroïsme. » (Demogeot, Histoire de la littérature française, p. 370 et 371.)

« Corneille a essayé de peindre l'héroïsme sous toutes ses faces : dans Horace, l'hé- H roïsme du père de famille et du citoyen ; dans Auguste {Cinna), l'héroïsme de la (1 clémence ; dans Polyeucte, l'héroïsme de la religion ; dans Cornélie {Pompée), l'hé- 11 roïsme de l'amour conjugal ; dans Théodore, l'héroïsme de la pudeur ; dans Anlio- « chus et Seleucus {Rodogune), l'héroïsme de l'amour fraternel. L'héroïsme se montre « partout et sous toutes ses formes, dont la plus originale est sans contredit le carac- « tère de Nicomède, qu'un critique (M. Victorien Fabre) a appelé le railleur élevé à la u puissance tragique. Corneille n'a pas eu l'ambition de reproduire toute l'humanité « dans son ensemble, mais de montrer de préférence le côté noble de l'âme hu- « maine... »

Gebuzez, Histoire de la littérature française, tome II, chap. iv, p. 94 et 95.

» Pour trouver le chef-d'œuvre où Corneille se déploie tout entier, il faut choisir K entre Cinna (1639) et Polyeucte (1040). Chose remarquable! l'une de ces pièces est c< l'apothéose de la monarchie, l'autre le triomphe de la religion, deux des principes Il de vie qui doivent animer le xvn" siècle. Le troisième principe, l'influence des « femmes, l'amour, était réservé à Racine. »

[Jean Racine naquit à la Ferté-Milon, en 1639, et mourut en 1099.]

II Malgré les différences qui le distinguent de son prédécesseur, il y a entre eux une .1 ressemblance que leur imposait leur époque. Tous deux sont spiritualistes au plus « haut degré ; tous deux cherchent exclusivement dans la nature morale la source de « leur puissance. Ils dédaignent ou ignorent le spectacle extérieur, le mouvement II matériel de la scène, les couleurs toutes faites de l'histoire. Leurs tableaux ne sont M pas des portraits, mais des types : ce sont des idées qui ont pris sous leurs mains un a corps et un visage. » (Demogeot, Histoire de la littérature française.)

Les principales pièces de Racine sont : Andromaque (1667), Iphigénie (1674), Phèdre (1677). Ces sujets sont empruntés au théâtre grec.

Puis viennent les tragédies historiques : ^nïanniras (1669), Bérénice (1C70), Mithridate (1673).

Enfin, après douze ans de sili'iue et de retraite, d'études pieuses sur l'Écriture sainte, Racine publia la déliciciiM' idylle à'Esther (1689), et les prophétiques accents à'Athalie (1690).

De ce qu'éprouve en soi toute rhumanité'^? A quoi bon rapp(>liT La l'onlaine et Molit^re'*, Plus humains que Francjais? A quoi bon de la chaire

i3. " Nos grfinds poètes dramatiques ont toujours été universels dans leurs sujets « et nationaux dans leurs inspirations. La matière de leurs poèmes, c'est le monde « entier : l'âme qu'ils y jettent, c'est la pensée de la France. »

Demogeot, Histoire do la littérature française. 14. La Fontaine (Jean) naquit à Château-Thierry, en 1G21 et mourut en 1603.

L'élégie aux Nymphes de Vaux (château du surintendant Fouquet), publiée en 1G61, fut le premier des bons ouvrages de La Fontaine. Depuis la chute de Fouquet, il publia des Contes et des Nouvelles en vers, et, en 1668 seulement, c'est-à-dire à l'âge de quarante-sept ans, les six premiers livres de ses fables... Les six derniers virent le jour en 1694.

« La Fontaine instruit en badinant, persuade aux hommes la \ertu par l'organe des « bêtes, élève les petits sujets jusqu'au sublime. Homme unique dans son genre « d'écrire, toujours original, soit qu'il invente, soit qu'il traduise ; qui a été au delà « de ses modèles, modèle lui-même si difficile i imiter. »

La Bhuvèhe, Discours de réception à l'Académie.

« Dans ses fables, La Fontaine est le poète de tous les temps, de tous les états, de « tous les âges. L'enfant s'y amuse, l'homme s'y instruit, le lettré les admire. Elles ne « doivent rien aux inspirations contemporaines, et elles furent cependant goiîtées et u appréciées à leur apparition comme elles le sont do la postérité... Il reprend à sa « source le vieil apologue de l'Orient, grossi dans son cours par les inventions succes- « sives des Grecs, des Romains, des modernes : il se fait l'héritier universel du bon « sens populaire. » Dfmogeot, Histoire de la littérature française.

Jean-Baptiste Poquelin (Molière), né à Paris en 1622, mourut subitement après une représentation du Malade imaginaire, le 17 janvier 1673.

Ses deux premières comédies en vers sont VEtourdi et le Dépit amoureux. Depuis 1658, c'est-à-diro depuis l'époque où il parut se fixer définitivement à Paris jusqu'à sa mort, en moins de quinze ans par conséquent, il donna à la scène environ trente ouvrages, dont la moitié sont des chefs-d'œuvre. Trois sont au premier rang: le Misanthrope, le Tartufe, les Femmes savantes ; au-dessous de ces modèles incomparables de la haute comédie, mais admirables encore, se placent l'Avare, Amphitrijon, les Précieuses ridicules, l'Ecole des maris, l'Ecole des femmes, les Fâcheux, le Médecin malgré lui, le Bourgeois gentilhomme, les Fourberies de Scapin, le Malade imaginaire, M. de l'ourceaugnac.

<( Molière, dit Geruzez, a réalisé l'idéal de la comédie... C'est le peintre le plus M profond et le plus ingénieux du cœur de l'homme. Il a substitué aux fantaisies bouf- « fonnes et aux mœurs de convention qui régnaient au théâtre le tableau fidèle de la « réalité, la peinture des passions générales et des caractères. 11 donne aux person- (I nages qu'il crée un tel relief, que ses créations prennent place dans la famille M humaine.

« La Fontaine et Molière sont inséparables, il se tiennent pour ainsi dire la main i< devant la postérité qui les admire et qui les aime. Elle leur sait gré à tous deux de « n'avoir pas haï les hommes dont ils ont peint les travers et les faiblesses avec tant « de fidélité et par des moyens analogues ; car la fable, dans les mains do La Fontaine, « est devenue :

Une ample comédie à cent actes divers.

« ... Contentons-nous de saisir et de mettre en lumière certaines analogies qui rap- « prêchent ces deux poètes philosophes, si français et si humains, si modernes et si 11 antiques, pour tout dire, si vrais et si durables. Ils sont bien de leur pays et de leur Il temps, mais ils conviennent à tous les lieux et à tous les âges. »

Geruzez, Histoire de la littérature française, tome II, liv. II, chap. i".

28N LA CRKATION ET L'HUMANITR

(îravir avec respect les augustes degrés? Ici, tous les auteurs, profanes ou sacrés, Sont d'accord, pour remplir la mission sereine, D'assurer tous ses droits à la raison humaine. Bossuet'^, Bourdaloue"^ et le doux Fénelon ''', La Bruyère '8 et plus tard l'onctueux Massillon '^

15. Jacques-Bénigne BosFuet naquit le 27 septembre 1027 à Dijon, et mourut à Paris le 10 avril 1704. Il fut nommé évêque de Condom en 1609; et, en 1070, Louis XIV lui confia l'éducation du Dauphin. Evêque et orateur, il prononça les oraisons funèbres de Henriette de France, reine d'Angleterre et de Henriette d'Angleterre, durlirsse d'Orléans. Précepteur du Dauphin, il composa pour son élève trois de ses [ilus bcaus ouvrages : le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, le IJiscoiirs sur l'Histoire universelle et la Politique tirée de l'Ecriture Sainte. Il fut nommé membre de l'Académie française en 1671. Appelé à l'évêché de Meaux, il se consacra entièrement à l'accomplissement de ses devoirs épiscopaux, et prononça en divers lieux et en différentes circonstances ses sermons, qui n'ont été recueillis et publiés qu'après sa mort. Citons encore de lui les Méditations sur l'Evangile et les Elévations sur les Mystères. Oracle de l'Eglise gallicane, Bossuet rédigea les quatre propositions célèbres de ilj82. On lui doit encore cinq oraisons funèbres, dont la dernière, celle du prince de Condé, est peut-être le suprême effort de l'éloquence humaine.

10. Louis Bourdaloue naquit à Bourges en 1632, et mourut en 1704. Ce fut avec Massillon le sermonnaire le plus distingué du xvii° siècle. Il était de l'ordre des Jésuites. c< Il m'a ôté souvent la respiration, dit de lui madame de Sévigné, par H l'extrême attention avec laquelle on est pendu à la force et à la justesse de ses « discours; et je ne respirais que quand il lui plaisait de les finir pour en recom- « mencer un autre de la même beauté. »

17. François de Salignac de La Mothe-Fénelon naquit au château de Fénelon en 1651, et mourut en 1715. Il fit ses premières études à l'Université de Cahors, les termina à Saint-Sulpice. 11 fut ordonné prêtre à 24 ans. Chargé d'instruire les nou- (v7/<'.s rathnlir/ncs, il publia pour elles son traité de l'Education des Filles. En 1789, iiijiiiiiM' |iri'( I |itiiir du duc de Bourgogne, il écrivit pour son élève les Fables, les Jiuih.ijiirs ilr\ Morts, le Télémaque. On a encore de lui le Traité de l'Existence de Dieu, les Lettres sur la Religion, les Dialogues sur l'Eloquence, la Lettre sur les occupations de l'Académie française, l'Examen de conscience sur la Roijauté, u Quoique Fénelon ait beaucoup écrit, dit Villemain, il ne parut jamais chercher la « gloire d'auteur... Son style n'est jamais celui d'un homme qui veut écrire; c'est « celui d'un homme possédé de la >érité, qui l'exprime comme il la sent du fond « de l'âme. »

18. Jean de la Bruyère naquit à Paris en 1045. Il était trésorier de France à Caen, lorsque, en 1684, sur la recommandation de Bossuet, il fut chargé d'enseigner l'histoire au (ils du grand Condé. Il publia son livre des Caractères en 1085, fut reçu à l'Académie française en 1693 et mourut en 1696. « Le talent de La Bruyère, dit « M. Taine, consiste principalement à attirer l'attention. Il invente peu, mais il « marque ce qu'il touche d'une empreinte ineffaçable... Il grossit les objets, il accu- « mule les couleurs, et la figure qu'il peint devient si expressive qu'on ne peut plus « en détacher les yeux. >>

19. Jean-Baptiste Massillon naquit à Hyères en 1663, et mourut en 1742. Il fit ses études au collège d(! l'Oratoire, et, dès l'âge de 18 ans, fut admis dans cette congrégation. Envoyé à Paris en 1696 comme supérieur du séminaire de Saint-Magloire, il se livra à la prédication, et prêcha un Avcnt et deux Carêmes devant Louis XIV. Il fut nommé évêque de Cli-riiionl en 1717. Rappelé à Paris, il y prêcha devant Louis XV

Ouvrent, sans s'en douter, les cœurs h l'espérance. Ils ont, dans leurs écrits, initié la Franco A des excès honteux, à de criants abus 2» : Et dès lors les esprits ne se modèrent plus.

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