CHAPITRE IX
Quatro-vinn-t-ueuf. — Revendications de la nation. — Résistance de la cour. — Triomphe de la Révolution au 10 août. — La Convention et la Terreur. — Inutilité dos mesures sanguinaires. — Les partis se déchirent entre eux. — Le Directoire et l'Empire. — Impuissance de la réaction contre le développement du progrès dans l'Humanité.
Quatre-vingt-neuf se lève' ! et le monde étonné Des flancs de Ja nuée aux ardeui's orageuses Voit tomber de nos lois les tables lumineuses, Tables où sur un fond d'indestructible airain La raison a gravé de sa puissante main Trois mots, trois vérités qui, dans Tombre du doute. Sont pour l'Humanité les signaux de la route 2. Au premier rang paraît ton nom, ô Liberté ! Je te trouve au second, ô sainte Egalité! Et la Fraternité, montrant le but suprême, Comme un rayon d'amour, resplendit au troisième. Les principes posés, reste à la nation D'en exiger l'épreuve et l'application:
1. L'envoi des lettres portant convocation des Etats généraux eut lieu le 24 janvier 1780.
L'ouverture des Etats se fit le 5 mai 1780. Ils se composaient de 308 ecclésiastiques, 285 nobles et 621 députés du tiers état.
Le 17 juin, le tiers se constitua en Assemblée nationale. — Le 10, le clergé vota pour la réunion des trois ordres. — Le 20, les députés du tiers, réunis dans la salle du jeu de paume, jurent de ne pas se séparer avant d'avoir fait une constitution. — Le 27, enfin, le clergé et la noblesse se réunissent au tiers état, et l'Assemblée nationale est définitivement constituée. Elle mit trois ans pour préparer la constitution. Ce fut seulement le 3 septembre 1791 qu'une députation de soixante membres alla présenter au roi l'acte constitutionnel terminé. Louis XVI accepta la constitution le 13 septembre, et l'Assemblée se sépara le 30 du même mois.
2. L'article 1""' de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (constitution de 1701) porte que les hommes naissent et demeiLrent libres et éyaux.
La constitution do 1793 déclare que les droits naturels et imprescriptibles de l'homme sont: l'Égalité, la Liberté, la Sûreté, la Propriété.
La constitution de l'an III (11, août 1795) dit dans son article 1"'' que les droits de l'homme en société sont : In /.ilu rlé. l'Égalité, la Sûreté, la Propriété.
Enfin, dans son article i, l;i ciui-titution du 4 novembre 1848 reconnaît que la Republique française a pour principes : la Liberté, l'Égalité, la Fraternité.
SOCIOL()(;l K -2'JO
Travail esseulii'l, niais coiiiImcii dii'ticilc !
La cour, à tout progrès ouvertciuciil iioslik',
Fait appel à ses preux et (compte ses soldats^.
Et nous, perdrons-nous donc tant de beaux i-ésultats?
Faudra-t-il, (juand on a conjiiii'' la tempête.
Et que, touchant au port, à s'iuiir l'on s'apprête,
Voir s'éteindre pour soi les tlaniheaux de l'autel,
Et souffrir d'être exclu du banquet fraternel ?
Les privilégiés croient que la i-ésistance
Va bientôt mettre fin à cette turbulence,
Et tous, à la rigueur poussant la royauté,
Se flattent de dompter le manant révolté ''.
Sire, ceci n'est plus une simple révolte •' : C'est celui qui sema qui veut de la récolte Avoir aussi sa part; un peuple travailleur Qui, toujours à la peine, en réclame rbonneur. C'est le flot grossissant de la science active Qui vient de dépasser les hauteurs de la rive, Et qui, contrarié, peut devenir torrent. Pour empêcher le mal, dirigez le courant. Dieu seul tient dans sa main et les vents et l'orage; Mais le pilote sait échapper au naufrage. .■\llons ! au gouvernail, les forts, les dévoués !
Hélas ! à l'impuissance ils étaient tous voués ''.
3. Que la cour ait songé à user de violence contre le peuple et contre l'Assemblée, cela ne saurait se nier. « On ne connaissait pas tous les projets de la cour, mais on « savait que plusieurs députés étaient menacés, que la violence allait être employée « contre Paris et les membres les plus signalés de l'Assemblée... Le roi, disait-on, « devait partir dans la nuit, et l'Assemblée rester livrée à plusieurs régiments étran- « gers... On venait de voir les princes, la duchesse de Polignac et la reine, se pro- « menant à l'Orangerie, flattant les officiers et les soldats, et leur faisant distribuer des « rafraîchissements. Il parait qu'un grand dessein était conçu pour la nuit du 14 au 15, « que Paris devait être attaqué sur sept points, le Palais-Royal enveloppé, l'Assemblée « dissoute... 11 est certain que les commandants des troupes avaient reçu l'ordre de « s'avancer du 14 au io, que les billets d'état avaient été fabriqués, que les casernes « des Suisses étaient pleines de munitions. »
TuiEas, Histoire du la Révolution française, to.iic 1", p. '.U. 'M.
4. On sait que le peuple de Paris répondit aux menaces de la cour par la prise et la destruction de la Bastille (14 juillet 1789).
5. Ceci rappelle la réponse du duc de Lianconrt à Louis XVI le lendemain de la prise de la Bastille : « Instruit d.'s i'vi>n(Mnents de la veille, le duc de Limicourt se " rendit en toute hâte auprès du iiKiii.nqiir. l'éveilla malgré les ministrrs, l't lui appiit " ce qui s'était passé. « Quelle ir\.,llc : - écria le prince. — Sire, repundit le dur. « dites RiUMution. »
Thiehs, Histoire de la Révolution française, tome 1", p. !'". 1). « Le roi Louis XVI, prince équitable, modéré dans ses goûts, négligemment
Le géïKÎreiixTafgot \ le sage Malesherbes ^ Étaient déjà tombés sous des dédains superbes. Puis Galonné et Brienne, et l'babile Necker ", Jouets inconscients de la terrible mer,
« élevé, niiiis porté :iu bien p,ir un penchant naturel, monta fort jeune sur le troue « (1774). Il appela auprès de lui un vieux courtisan, Maurepas, auquel il donna le soin « de son royaume, et partagea sa confiance entre lui et la reine Marie-Antoinette, jeune « princesse autrichienne, vive, aimable, et exerçant sur son époux le plus grand ascendant. Il Maurepas et la reine ne s'aimaient pas : le roi tantôt cédant à son ministre, tantôt M à son épouse, commença de bonne heure la longue carrière de ses incertitudes. Ne Il se dissimulant pas l'état de son royaume, il en croyait les philosophes sur ce Il point. »
7. « La vois piil)lii|iio, qui s'exprimait hautement, lui désigna Turgof, de la Il Société des économistes, homme simple, vertueux, doué d'un caractère ferme, d'un Il génie lent, mais opiniâtre et profond. Convaincu de sa probité, charmé de ses projets Il de réforme, Louis XVI a répété souvent : « II n'y a que moi et Turgot qui aimions Il le peuple. I) Les réformes de Turgot échouèrent par la résistance des premiers ordres Il de l'État, intéressés à conserver tous les genres d'abus que le ministre austère Il voulait détruire. » (Thiers, HUtoiro de la Révolution française, tome 1°'.)
Turgot ne fut pas longtemps ministre : appelé à ce haut emploi on 1774, il fut renversé en 1776. Il mourul cinq ans après dans la retraite.
8. Chrétien-Guillaume Lamoignon de Malesherbes, conseiller au parlement et président de la Cour des aides, fut appelé au ministère avec Turgot et eut la direction de l'intérieur. Il voulut faire abolir les lettres de cachet et s'éleva contre les dépenses excessives de la cour. Ses conseils n'ayant pas été écoutés, il se retira avec Turgot, en 1776. Rappelé en 1787, il ne conserva pas longtemps le pouvoir. II se retira alors dans la solitude et n'en sortit que pour assister Louis XVI comme conseil devant la Convention. Ses efforts pour sauver ce prince furent inutiles. Lui-même monta sur l'échafaud avec toute sa famille, en 1794.
0. Il Cédant encore une fois à la voix publique et à la nécessité des réformes, dit Il Thiers (Histoire de la Révolution, t mie I"''), le roi appela aux finances Necker, Il Genevois enrichi par des travaux de banque, partisan et disciple de Colbert, comme Il Turgot l'était de Sully... Necker rétablit l'ordre dans les finances, et trouva les Il moyens de suffire aux frais considérables de la guerre d'Amérique... Disposant de Il la confiance des capitalistes, il trouva pour le moment des ressources inattendues Il et fit renaître la confiance. Mais il fallait plus que des artifices financiers pour Il terminer les embarras du trésor, et il essaya le moyen des réformes. Les premiers Il ordres ne furent pas plus faciles pour lui qu'ils ne Favaient été pour Turgot ; les Il Parlements, instruits de ses projets, se réunirent contre lui et l'obligèrent à se Il retirer (1781)... Une intrigue de cour amena au ministère M. de Calonne (22 mai 1781). Il Calonne, spirituel, brillant, fécond en ressources, comptait sur son génie, sur la « fortune et sur les hommes, et se livrait à l'avenir avec la plus singulière insou- II ciance. Son opinion était qu'il ne fallait pas s'alarmer d'avance... 11 séduisit la cour Il par ses manières, la toucha par son empressement à tout accorder... Mais il fallut Il enfin prendre des mesures décisives. On ne pouvait charger le peuple de nouveaux Il impôts, et cependant les caisses étaient vides... Les notables furent convoqués Il en 1787... ils se déclarèrent contre Calonne, et, en avril 1787, le cardinal Loménie Il de Briennc, archevêque de Toulouse, proposé au roi par la reine, le remplaça.
Il Loménie de Brienne entra au ministère dans un moment favorable, mais il ne Il sut pas en profiter. Les notables avaient adopté certaines réformes qu'avait proposées « Calonne. Brienne, au lieu de proposer en bloc à l'enregistrement du Parlement (I toutes les ordonnances à la fois, ne les présenta que l'une après l'autre. Les magis-
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Cliercheront v.uncriienl une (iitjuc, un obstacle. Leurs efforts ne fc'ront que liùtcr la débâcle. iNi les dons du clergé, ni les emprunts criants N'auraient jamais comblé les déficits béants *". Non, non! à de tels maux il faut le grand remède : Il faut qu'au Bon Plaisir la loi pour tous succède.
La Nation n'est rien, mais elle sera tout ^' : Elle était opprimée, et la voilà debout. Le roi lassé, brisé, s'abandonne à la reine, Et la reine à la cour... La cour, par peur ou haine,
« trats eurent ainsi le temps de préparer leur opposition. Il suffisait que cette oppo- '< sition fût contraire aux désirs de la cour pour qu'elle devint populaire... La « discussion fut vive, et, dans le feu du débat, le mot d'États générauv fut prononcé. « L'infortuné cardinal aurait bien voulu no pas avoir recours à cette mesure extrême; « mais enCn, ayant le Parlement contre lui et se voyant sans argent et dans l'impos- « sibilifé de s'en procurer par l'emprunt ou par de nouveaux impôts, il les convoqua « pour le 5 mai 1789. Démissionnaire le 3 août, il fut remplacé par Necker. »