PREUVES COMMERCIALES
551. — Les Phéniciens, qui ont été le premier peuple commercial maritime après le déluge, se sont beaucoup occupés de chercher cette fameuse île Atlantide, dont la tradition leur était transmise de père en fils avec les récits des prodigieuses richesses qu’elle possédait. Rien ne pouvait entretenir mieux leur désir d’augmenter leur fortune que l’espoir de sa découverte. Aussi cette ambition a été cause que ce peuple est devenu la première nation maritime de son temps. Ils se sont appliqués à faire des navires aptes à passer les colonnes d’Her-
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cule (détroit de Gibraltar), et se sont mis à chercher l’Atlantide à droite el à gauche, partout, et ils sont allés si loin, qu’ils ont découvert, au lieu de ce qu’ils cherchaient, les îles Gassiléridès (l’actuelle Islande), où ils ont continué longtemps à faire un commerce très-lucratif. Après la chute des Phéniciens, les Égyptiens, qui avaient conquis leur pays, renoncèrent à ce commerce maritime qui leur paraissait trop lointain; ils avaient d’ailleurs assez de richesses chez eux. Ensuite le peuple carthaginois, qui avait entrepris ce genre de commerce, succomba lui-même, à cause de la mollesse dans laquelle l’avaient plongé les richesses qu’il avait recueillies avec l’intérieur de l’Afrique, dont Carthage était le seul port d’exportation, comme elle était la seule place pour la transaction des affaires, ainsi que nous l’avons rapporté dans un autre ouvrage (1). Après ce peuple, aucun autre n’a plus songé à l’Atlantide.
552. — Lors de la conquête, les Espagnols ont trouvé que les indigènes américains faisaient entre eux un grand commerce. Les transports venaient du centre de l’intérieur, et ils se servaient de grands radeaux qu’on appelait champans; ces cbampans étaient construits d’un fond plat, pour la navigation des fleuves et rivières de l’intérieur ; leur longueur était de 50 à 60 pieds sur 20 de largeur; la partie centrale était occupée par une sorte de berceau couvert en feuilles de palmier assujetti avec des bambous.
Ces masses énormes ne pouvaient servir que pour les fleuves, où l’eau n’était souvent que de 1, 2 ou 3 pieds de profondeur, et en arrivant à proximité des embouchures où le fleuve commençait à être plus profond, on transportait les produits sur des radeaux ou des pirogues, ayant une quille, propres à naviguer sur une eau plus profonde, et aptes ainsi à arriver dans les ports du littoral.
(1) Recherches sur l'oiiyinc du Sahara cl de ses sables mouvants.
En Chine , encore de nos jours , non-seulement on a le même usage et la même forme de construction, mais on conserve le nom de champans pour la même espèce d’embarcation intérieure des fleuves.
Les Indiens de la Colombie, et notamment ceux du fleuve de la Magdalena, n’ont jamais changé d’habitude, et dans la ville de Mompox, sur cette rivière, il y a des chantiers de construction de ccs champans, qui aujourd’hui encore, comme il y a quatre siècles, font les transports des produits en parcourant la Magdalena, et passant de Mompox à Honda et du sud au nord.
Les Indiens de la Colombie, près Popayan, portent un chapeau semblable à ceux des mandarins chinois; il esten'paillc et peint de diverses couleurs.
553. — Un fait caractéristique qui indique que les mœurs des Américains primitifs étaient les mêmes, à leur origine, que celles des peuples africains et asiatiques, ressort de la similitude de leurs goûts pour les objets d’échange que leur apportait le commerce; ils montraient précisément les mêmes besoins, les mêmes désirs.
Quiconque a voyagé dans l’intérieur de l’Afrique sait qui? le luxe des femmes leur fait rechercher les ornements en verroteries qui remplacèrent les anciens colliers, ou les bracelets et ceintures de coquilles et de cailloux. Lorsque les Espagnols pénétrèrent dans l’Amérique, ils remarquèrent que les femmes portaient des ornements de même forme et de la même nature, faits de coquilles et de cailloux. La verroterie de Venise trouva dès-lors, en Amérique, le même débouché qu’en Afrique et en Asie, et dans les trois contrées on échangeait la verroterie poids pour poids contre de l’or.
554. — En terminant ce chapitre, il se présente encore une considération assez puissante, si nous examinons le caractère du peuple habitant celte Atlantide ancienne ou Amérique moderne.