‹ La création et ses mystères dévoilés ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les etres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres, la nature et la situation du feu du soleil, l'origine de l'Amérique, et de ses habitants primitifs, la formation forcée de nouvelles planChapitre 144 sur 168 · On avait supposé que l’homme ne pouvait être re · texte numérisé non relu

On avait supposé que l’homme ne pouvait être re

tenu dans le bien que par la crainte des supplices les plus épouvantables; supposition fausse et contraire à l’harmonie universelle.

La violence abrutit l’homme et le rend pervers.

11 y avait aussi ce proverbe : « Qui aime bien châtie bien, » et l’on en tirait, par analogie, un point de comparaison. Un arbre qui donne peu de fruit, on le frappait, avec un bâton, de coups sur la tige et sur les branches, depuis le pied jusqu’au sommet : la vitalité de la sève s’échauffait et se ranimait par ces coups réitérés, et l’année suivante, cet arbre donnait en grande abondance les meilleurs fruits.

Ce traitement brutal paraissant conforme aux lois de la physiologie, on l’imitait dans certains cas de maladies chez l’homme, en employant la flagellation, les sinapismes et les vésicatoires, qui laissent des empreintes sur la peau, comme les coups de bâton sur l’écorce de l’arbre.

Le peuple soumis et ignorant ne raisonnait pas, et devait se prêter à tout de bonne foi ; il recevait humblement les coups de bâton, et toute autre flagellation, administrés d’après la raison suffisante d’une obéissance sans appel, qui a fini par plonger les générations successives dans un profond abrutissement.

666. — Longtemps après, parurent les sages et les prêtres égyptiens. C’étaient d’abord des vrais savants et des philanthropes qui essayèrent de relever l’intelligence presque abrutie de la majorité de la grande race humaine : mais il était trop tard.

Les hommes du peuple avaient hérité de leurs pères la coutume de ne point se tourmenter le cerveau ; l’étude leur répugnait; ils aimaient mieux jouirbrutalementdel’existence, et croire aveuglément aux préceptes et aux oracles, qui leur étaient expliqués par ceux qui avaient, disaient-ils, sacrifié leur temps et leur jeunesse à de pénibles études.

l’homme historique.

667. — L’éducation d’un peuple ne se fait pas dans la durée d’une seule génération; il faut des siècles seulement pour l’ébaucher, et si des entraves en arrêtent la marche, elle ne s’opère plus. Par conséquent, les prêtres d’Égypte durent renoncer à leur plan de perfectionnement, et se restreindre de nouveau à cultiver les sciences entre eux. Du moment que ce parti eut été pris, ils se renfermèrent rigoureusement dans le système du monopole de l’intelligence, et furent dès-lors plus circonspects, et en apparence plus absolus que leurs devanciers. Cependant ils avaient le désir de la propagation générale de la lumière, et la preuve en est, qu’ils se montrèrent généreux ; ils ne refusèrent jamais d’admettre au partage de leurs institutions tous les étrangers de talent qui se présentaient; ils les initiaient à leurs grandes découvertes, et après la chute de la grandeur égyptienne, nous avons retrouvé, chez les philosophes grecs, leurs disciples, les traces de Leur immense savoir.

668. — Oui , ces philosophes grecs, ces grandes intelligences qui font encore notre admiration, n’étaient que les disciples des Égyptiens.

Ils pouvaient et ils désiraient instruire le peuple grec; ils auraient fait de la population grecque le modèle brillant des nations civilisées, et si la vertu qu’ils prêchaient d’exemple eût pris racine dans les masses, le peuple aurait continué à se perfectionner dans la suite des générations, par les préceptes sacrés que le père aurait transmis à ses enfants; mais c’était le contraire qui devait arriver. Les philosophes furent persécutés; c’est que les prêtres de la Grèce n’étaient pas les prêtres de l’Égypte.

Les prêtres grecs, plus ignorants, étaient jaloux du savoir des philosophes; la vertu de ceux-ci, leur désintéressement, leur frugalité, étaient la critique vivante de la conduite de ces prêtres intéressés et ambitieux.

Les prèlres grecs étaienl puissants; ils dominaient par la superstition aussi bien les rois, les tyrans, que les masses.

Les philosophes furent persécutés, bannis, emprisonnés, et souvent mis à mort, par haine pour leurs doctrines.

Socrate, avant de boire la ciguë, pouvait être sauvé par ses amis; il refusa en les remerciant, et préféra mourir victime des tyrans, persuadé qu’après sa mort le souvenir de son injuste condamnation serait un remords pour ses ennemis et un frein qui empêcherait le renouvellement de pareilles injustices.

669. — Nous avons journellement sous les yeux des tableaux aux couleurs si variées qui nous exposent les merveilles extérieures de la nature.

Représentons-nous, pour un instant, le tableau intérieur du cœur humain, avec les milles variétés de l'intelligence humaine.

Voyons ce Socrate, fils d’un sculpteur, qui toute sa vie étudia et enseigna la philosophie, au point de vue des mœurs, en donnant lui-même l’exemple de la vertu unie aux devoirs du bon citoyen. Ce philosophe, qui, à l'appel de sa patrie, se fit deux fois soldat, sauva la première fois la vie à Xénophon, qui, étant tombé de cheval en faisant la retraite, aurait été tué par les ennemis, si Socrate, le chargeant sur ses épaules, ne l’eût tiré de la mêlée et porté en lieu de sûreté; la seconde fois, les Athéniens ayant été entièrement défaits et mis en fuite, il fut le dernier à battre en retraite, et montra si bonne contenance, que ceux qui poursuivaient les fuyards, le voyaut prêt à tourner face contre eux, n’eurent jamais l’audace de l’attaquer.

Ce Socrate, qui enseignait la morale par son propre exemple, donnait comme la première de toutes les leçons à l’homme celle de se connaître soi-même, de ne pas faire à un autre ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît, de remplir sa tâ-

L HOMME historique.

che, d’éviter les voluptés, d’abhorrer le vice, d’être bon père et bon époux, de se montrer pour modèle à ses enfants, et dévoué à son pays.

Voyons ce Socrate, faisant tous les jours des cours publics, sans jamais demander un salaire, en disant que l’avantage de rendre ses disciples vertueux était le seul profit et le plus solide qu’il eût pu retirer de ses fatigues.

Sur un autre plan du tableau, voyons les trente tyrans d’Athènes, qui le condamnent à mort sous des prétextes frivoles, pour se débarrasser d’un homme trop admiré, trop honoré, et dont les vertus, distillées dans le cœur du peuple, leur donnaient ombrage et crainte, pensant bien que si le peuple devenait instruit, ils ne pourraient plus manier à leur gré le gouvernail de la fortune publique.

Au troisième plan du tableau, voyons ce peuple, ces masses stupides, comme hébétées, sans discernement, incapables de juger le bien et le mal , ayant une intelligence froide, passive, pleurant ou riant, suivant l’émotion d’un cœur inhabile à se rendre compte de ses propres sensations.

670. — Le tableau qui précède nous présente le degré de civilisation où se trouvait le monde, après trente siècles de travail, depuis le déluge universel.

La division de l’intelligence en deux camps, comme nous l’avons vu, devait produire ce résultat désolant : les masses ignorantes se comptaient par millions, et les hommes instruits tout au plus par quelques centaines.

Parmi les hommes instruits, la majorité, ne songeant qu’à son propre intérêt, se laissait maîtriser par l’ambition, la richesse et un désir effréné de domination; l'un , aspirant à se rendre indépendant de l’autre, tirait à son profit tout ce qu’il pouvait. Bientôt une infinité de petites cours, de seigneurs et de despotes se partagèrent la terre, les provinces, et s’arrogèrent le droit de vie et de mort sur les masses. C’est dans

cette situation , qu'en traversant les siècles, nous trouvons la race humaine au moyen-âge.

671. — Ce moyen-âge est riche en catastrophes sanglantes, en guerres partielles, en bravades, en captures, en violences.

Si le peuple a négligé l’occasion de développer son intelligence, il n’a pas malheureusement manqué d’exemples de barbarie. Trop souvent il a cherché à imiter, en petit, les actes de violence qu’il voyait exercer par son seigneur sur une grande échelle; mais son état de dépendance lui imposait de la circonspection; c’était en secret que le peuple méditait ses projets sanguinaires. Ses intentions mauvaises se fortifiaient dans le silence. Intelligence rustique et craintive, ses idées étaient confuses; sa position douteuse l’obligeait à recourir à la ruse; il trouvait dans la fourberie, et par les efforts de son intelligence comprimée, des ressources pour satisfaire ses passions, et ces passions finissaient par le conduire au crime.

672. — Franchissons le moyen-âge , sans nous arrêter sur les considérations qui ont poussé aux guerres des croisades cette surabondance de peuple, pas plus que nous ne nous sommes arrêté sur les motifs qui ont fait employer les masses surabondantes de peuple à la construction de la grande muraille qui fermait l’Égypte à l’est, et à des constructions du même genre qui fermaient d’autres pays, avant et pendant la domination égyptienne.

Il y a eu dans tous les temps un excédant de production dans la race humaine comme dans les races des autres animaux; et lorsque l’intelligence n’était pas cultivée darts les masses de populations, concentrées , il a fallu chercher des moyens de diminuer la surabondance brutale, qui, agglomérée, devenait menaçante. Ainsi la dispersion ou la réduction, soit par l’occupation à des travaux gigantesques, soit par la décimation causée par les guerres, devenaient une nécessité.

l’homme niSTOBIQUK.

Si, au contraire, le peuple eût été dirigé vers la libre culture de son intelligence et de son esprit, il se serait porté à la culture des terres lointaines, dont la quantité improductive a été de tous temps immense. Ce qu’on a cultivé et habité n’a jamais formé la cinquième partie de la surface de la terre.

673. — Toutes les convulsions calculées et principalement les guerres générales ou particulières portaient un préjudice considérable aux progrès de l’intelligence , et notamment à son application au développement des arts et de l’industrie. Les sciences étaient déjà presque oubliées ; bien mieux, elles effrayaient les tyrans, et ils les proscrivaient! Si de temps à autre un homme de génie osait se montrer, il risquait les tortures, et s’exposait même à être brûlé vif!... C’est avec ce triste souvenir que nous arrivons au 17° siècle de notre ère, siècle où l’intelligence du peuple était tombée au niveau de l’ignorance des premiers hommes sylvestres, avec l’aggravalion des vices, produit de la mollesse et des mauvais exemples dont ceux-ci n’avaient pu être infectés.

674. — Toutefois l’intelligence comprimée avait assez souvent, dans différents États, éclaté comme une bombe, qui brise et réduit en projectiles les cercles qui l’entourent; les éclats en avaient été terribles ; des guerres civiles, des pillages et des massacres furent les conséquences de ces révolutions : puis la tranquillité reparaissant apportait momentanément un changement radical, qui semblait tourner au bien, et souvent revenait bientôt au mal ; parce que les hommes élevés méconnaissant de nouveau le mandat qui leur incombait, replongeaient le peuple sous un joug égal ou pire qu’ auparavant, ne pensant toujours qu’à leurs intérêts au lieu de songer au bien-être public.

C’est ainsi que l’homme a été toujours l’instrument de son propre malheur, et la cause en a été généralement son penchant à la cupidité et le défaut de raisonnement^

675. — Enlin, au 18° siècle, la philosophie a pu, au moins en Europe, se permettre de paraître encore une fois sur la scène du monde. Malheureusement, l’impulsion trop vive a produit des excès; il a sufli d’ouvrir la lice à l’intelligence, pour que le tournois se soit immédiatement rempli d’hommes à idées élevées et parfois trop brusquement avancées.

Des hypothèses bonnes et mauvaises ont été produites, discutées, critiquées et acceptées, et elles ont cependant préparé le lit du 1 9' siècle, sur lequel sont venues se reposer plus solidement les découvertes que l’humanité était en droit de connaître depuis de longs siècles.

Le terrain des sciences n’est plus aujourd’hui un sol interdit à la généralité des hommes ; il n’est plus l’appanage du petit nombre; aussi, comme toutes les intelligences d’élite se mettent en mouvement pour poursuivre les secrets de la nature, elles arriveront, sans doute, il faut l’espérer, à cette grande découverte dont la solution appartient à l’homme seul, c’est-à-dire à découvrir et les causes du mal, qui rend l’homme généralement misérable sur la terre, et les moyens d’y remédier.

Ici finit notre tâche, le programme de cet ouvrage étant rempli conformément à notre préface. Nous ajouterons toutefois un appendice dans le but d’ouvrir la voie aux recherches concernant l’influence qu’exerce le fluide moral de l’homme sur lui-même et sur la société.

APPENDICE

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