CHAPITRE XXXIX
Différence îles Caractères entre les Hommes.
Sommaire. — Coup-d’œil général , 676 à 679. — Natures diverse* des caractères, G80 à 084. — Comparaisons, G85 à 688. — Similitude entre l'homme , la terre et les animaux , 689 à G9.ï. — Prétentions do l’homme, 696, 697. — Causes du fluide pernicieux , 698 à 707. — Exemples et faits d’application de ce fluide, 708 à 714.
676. — La succession des siècles, dont le nombre est certainement bien supérieur à celui que nous avons supposé, nous a présenté l’œuvre du temps. Ces siècles, que nous avons parcourus à vol d’oiseau jusqu’à nos jours, nous ont fait traverser toutes les révolutions physiques de notre globe.
Nous avons suivi, pas à pas et jour par jour, la création des êtres des trois règnes de la nature; nous avons assisté successivement à leur formation et à leur disparition, et constaté l’emploi qui a été fait de leurs matières.
En ce qui regarde la création matérielle de noire planète et de ses habitants, nous l’avons donc passée en revue avec rapidité, il est vrai, mais assez clairement pour que le lecteur soit eh mesure de faire ses commentaires, et d’ajouter*, par de nouvelles recheféhes, des considér ations qui ne feront,
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à notre avis, que confirmer et éclaircir davantage notre exposé.
677. — Mais à côté de la création matérielle des corps célestes ou terrestres et de leurs habitants, il y a aussi leur création morale et surtout la direction qui doit guider l’entendement en bien ou en mal. Cette création ne mériterait-elle pas aussi nos sérieuses études? Si nous avons considéré la sublime conception de l’intelligence humaine, et si, en admirant cette merveille, nous avons été affligé de son égarement, comme faisant un triste contraste avec la perfection des actes de la nature, ne devons-nous pas chercher la cause de ce contraste et découvrir, s’il est possible, la source du mal qui trop souvent tourmente l’individu en particulier ou la race entière dans son ensemble? Comment se fait-il que les résultats des actes de l’homme ne soient pas en harmonie avec la beauté des résultats des actes de la nature? Quel est le principe qui pousse l’homme dans le malheur lorsque ses aspirations et ses besoins lui font désirer le bonheur? Est-ce une puissance étrangère à sa volonté qui domine sur son intelligence, ou est-ce l’homme lui-même qui est l’artisan de son propre égarement?
Nous n’entreprendrons pas la tâche de résoudre ce grand problème, qui du reste n’entre pas spécialement dans le cadre de cet ouvrage; seulement, comme tous les effets ont une cause et comme toute cause a un point de départ, c'est-à-dire une création, les résultats en bien ou en mal des œuvres de l’homme ont donc une source, une création, création morale, création peut-être indépendante de la création matérielle ; peut-être même que c’est une création uniquement émanée de la volonté de l’homme, et, dans ce cas, nous pouvons demander à l’homme pourquoi cette volonté, cette intelligence, qu’il a totalement à sa disposition, il ne la dirige pas du bon côté pour son propre bien-être et pour celui de toute son espèce.
l’homme morxl.
678. — Peut-être l’homme nous répondra qu’il y a une force supérieure et inconnue qui l’entraîne aux actes dont les conséquences sont nuisibles à lui-même et à la société.
Peut-être que la plupart des mauvais résultats des actions des hommes sont en effet l’acte d’une force invisible. Dans ce cas, cette force est un fluide qui le domine ; alors il faut chercher la cause de la conversion du bon fluide naturel en fluide ennemi; il faut découvrir son point de départ, sa résidence; il faut étudier les moyens de le vaincre et de l’extirper.
Pour vaincre et pour anéantir un ennemi puissant, il faut être plus fort que lui. Assurément l’homme, s’il le veut, est plus fort que cet ennemi de son bien-être, et au lieu de se laisser diriger parle mauvais fluide, il peut le paralyser, l’annuler, et par sa volonté triompher de tous les obstacles; mais encore faut-il connaître comment est créé ce fluide, où il réside, comment il se propage et qui l’entretient.
679. — Il y a naturellement aussi un bon fluide, constamment maintenu, et nous savons qu’il existe dans toutes les classes un grand nombre d’hommes d’un caractère éminent sur tous les points, habiles à diriger ce fluide dans la bonne voie, et qui méritent, soit par leurs sentiments, soit par leur conduite, toute notre sympathie et tous nos respects.
Nous n’entreprendrons pas de tracer leur éloge dans cette revue, car le bien n’a pas besoin de commentaires. Notre désir étant simplement d’apporter quelques légers matériaux à l’édifice consacré à l’instruction de l’humanité, nous nous bornons à signaler les défauts les plus ordinaires de la société pour engager l’homme à s’en garantir.
680. — Signaler la source du mal, c’est en indiquer le remède; pour la connaître, il faut étudier les mœurs, les caractères et les passions des hommes , cette étude conduit à trouver la qualité des fluides qui prédominent chez une nation, fluide matériel et fluide moral. L’un et l’autre existent, l’un
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et l’autre pèsent d'un poids considérable sur l’individu isolé et sur la société entière.
La création du fluide moral est un fait qui se produit réellement dans l’homme, par sa volonté et par les circonstances de sa vie, et qui se transmet de génération en génération ; par conséquent, l’étude en est très-importante, et mérite que nous entrions dans quelques détails, atin de prouver combien il est nécessaire de connaître la valeur du fluide humain, pour que chacun s’applique à perfectionner son caractère, non-seulement en vue de son propre bien-être sué la terre, mais aussi pour contribuer à celui de l’espèce entière, et cela même dans son propre intérêt, car le reflet du bien ou du mal d’une masse d’hommes, ou même d’une nation, retombe immanquablement sur chaque individu, quelle que soit la classe dans laquelle il se trouve placé.
681. — Si nous étions sur un balcon, et qu’au lieu de voir les passants à leur extérieur* habillés richement ou pauvrement, nous puissions apercevoir l’intérieur de la pensée et le cœur de chacun, nous aurions le triste spectacle d’une ulcération générale; car tous, sans exception, hommes et femmes, riches et pauvres, sont affectés au cœur par un mal déjà prononcé, ou encore en germe, mais prêt à sé développer.
Comme nous ne pouvons voir que l’extérieur, et que nous jugeons, soit sur le luxe apparent, soit d’après le reflet de la misère, nous nous bornerons, pour commencer, à étudier le caractère des souffrances, telles que l’époque actuelle les présente à nos yeux.
682. — Quelle est la classe la plus souffrante, du moins en apparence? Sans doute, c’est la classe pauvre, cette classe qui souvent n’a pas de pain à manger; mais supposons que* par un miracle extraordinaire, le pain tombe naturellement dans là bouche du pauvre, penserait-on que les souffrances de la soèiété en seraient amorties ? Loin de là, la racine des
l’homme moral.
mauvaises passions humaines a pris trop d’empire dans les individus, ils se sont créé trop de besoins pour que le pain (et sous ce nom nous entendons désigner tout objet nécessaire à la vie) suffise pour déraciner la misère générale qui tient enlacée toute la société.
La première étude à faire, la plus utile dans la position actuelle des nations civilisées, c’est sans contredit celle qui aurait pour but de découvrir les moyens de porter un remède efficace à l'humanité souffrante; nous voulons dire, avant tout, un remède pour la classe pauvre dans le sens des besoins matériels, et ensuite pour la classe riche dans le sens moral ; car l’une et l’autre souffrent, et les riches comme les pauvres ont besoin de se réformer.
683. — Or, comme la classe pauvre dépend et dépendra toujours de la classe riche, il est évident que le premier remède, la première réforme ou amélioration devrait commencer par la classe la plus élevée dans l’ordre des positions sociales.
Quand nous parlons de classe riche ou élevée, nous n’entendons pas seulement mettre en rapport les biens de la fortune; nous comprenons la richesse et l’élévation dans le sens moral, aussi bien que dans le sens matériel : car s’il y a l'homme riche par la fortune, il y a de même l’homme riche par l’intelligence ; L’un et l’autre forment ensemble la classe élevée. Sous un autre point de vue, s’il y a les hommes pauvres, c’està-dire manquant de fortune matérielle, il y a aussi ceux qui sont privés des avantages d’une intelligence cultivée, et cette dernière catégorie est de beaucoup la plus nombreuse; ses malheurs ont dans tous les temps rejailli sur la classe élevée, sans que celle-ci s’en aperçoive, parce que cette classe, satisfaite de son aisance, n’a pas tenu compte de l’affinité qui, dans l’ordre de la nature, imprime l’attraction intime du bien et du mal dans le rapport général de tous les êtres.