‹ La création et ses mystères dévoilés ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les etres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres, la nature et la situation du feu du soleil, l'origine de l'Amérique, et de ses habitants primitifs, la formation forcée de nouvelles planChapitre 147 sur 168 · COMPARAISONS · texte numérisé non relu

COMPARAISONS

685. — Nous avons vu dans cet ouvrage, au chapitre XXV, comment se forme l’herbe et ce que devient cette herbe dans l’estomac d’un bœuf; nous avons vu aussi que la même herbe, dans l’estomac d’un cheval, fait les mêmes fonctions pour ce qui regarde le soutien de la vitalité de l'animal, mais cependant elle développe des qualités bien différentes dans la forme apparente de ces deux êtres.

Comme il existe donc une différence de disposition dans chacun de ces animaux, pour le développement d’une même substance, il existe également dans les hommes une diversité de tempérament, qui fait qu’une même substance se développe d’une manière toute différente chez l’un ou chez l’autre, et cette différence affecte les individus, suivant qu’ils possè-

l'homme moral. 419

dent plus ou moins de chaleur vitale ou des passions plus ou moins prononcées.

Par conséquent, la substance de l’air (ou des miasmes), qui est avalée par tous les hommes, détermine la variété des passions et leurs conséquences à différents degrés cher l’un ou chez l’autre ; c'est-à-dire que le même air respiré par deux hommes produira chez l’un le développement d’une sensation, d’une maladie, d’un besoin, d’une volonté, d’unepassion, etc., tout différents de ce qui se produira chez l’autre.

686. — S’il n’y avait dans la nation entière qu’un seul homme dominé par de mauvaises passions, on pourrait dire que son caractère fait exception, puisqu’il s’est développé en mal par l’aspiration d’un fluide qui était bon pour tout le reste des hommes de la même nation. Mais quand on voit plusieurs individus, ou même la majorité, et peut-être la totalité, dominés d’une manière ou de l’autre par des passions ennemies de leur propre bien-être, elnuisiblesàchacun et aux autres, on doit raisonnablement comprendre que le fluide que chacun aspire, soit par l’haleine, soit par la pensée, est un fluide vicié et pernicieux.

687. — C’est donc un fait avéré, que la société ne doit imputer qu’à elle-même lesmauxdont elle gémit. L’homme isolé n’est dominé par les passions que parce qu’il leur a laissé usurper sur lui un empire qu’il devait exercer sur elles. Le pouvait-il ? La communauté des hommes n’a-t-elle pas contribué à paralyser ses forces, à les affaiblir, peut-être même à les anéantir? Bien plus, la société n'a-t-elle pas encouragé le vice et les passions les plus malheureuses?

« Les passions, dit Duclos, n’ont par elles-mêmes rien de « vicieux. Elles deviennent bonnes ou mauvaises par les effets « quelles produisent. C’est la sève des plantes, on en doit « juger par les fruits. Que deviendrait la société, si on la pri- « vait de ses ressorts, si on en retranchait les passions?

APPENDICE

« Qu'on apprenne aux hommes à s’aimer entre eux, qu'on « leur en prouve la nécessité pour leur bonheur. On peut leur « démontrer que leur gloire et leur bien-être ne se trouvent « que dans la pratique de leurs devoirs. Pour les rendre meil- « leurs, il ne faut que les éclairer.»

Cet illustre moraliste énonçait une grande vérité, mais il n’a présenté aux hommes qu’un côté de la médaille, quand il leur a dit de s'aimer entre eux pour leur bonheur ; cela est bien superficiel et peu accessible à l’oreille d'une grande majorité des hommes. Au contraire, s’ils tournent la médaille et s’ils voient de l’autre côté la peine, le châtiment personnel qu'ils s’infligent eux-mêmes, en n’obéissant pas à cette doctrine, oh ! alors le propre intérêt venant se mettre en jeu, ils réfléchiront plus sérieusement.

688. — L’illustre Pope, une de ces intelligences d’élite qu’il faudrait, lorsqu’elles paraissent sur la terre, cultiver comme on cultive le blé, aliu d’avoir de cette intelligence des épis nombreux, n dit :

Homme , sois convaincu de cette vérité ,

Que dans la vertu seule est la félicité.

Seule elle trouve en soi sa propre récompense.

Des biens qu’elle reçoit , des biens qu’elle dispense Jouis également, et vois, sans t'émouvoir.

S’élever d’un rival ou tomber le pouvoir.

Dans la seule vertu gît le bonheur suprême :

11 faut donc , avant tout , Se connaître soi-même.

Kt en effet, si l'homme voulait se connaître lui-même, s’il voulait bien comprendre qu’il n’est qu’un grain de sable sur cette terre, qu’à quelque rang qu’il appartienne dans la société, il n’est, sous le rapport physique, que l’égal du plus pauvre de son espece; que le dernier soupir s'exhalera pour l’un et pour l'autre de la même manière, et que leurs cendres seront un jour confondues sans aucune distinction de la part

l’hommk moral.

de la terre , peut-être que ce tableau présent à sa pensée tous les matins lui donnerait à réfléchir.

Cependant ses idées prendront encore une meilleure direction, si nous lui prouvons qu’avant d’entrer dans le tombeau, il y a, pendant la durée de sa vie, un fluide moral qui le tourmente et dont il pourrait être victorieux pâr sa volonté et par ses actes, de manière à jouir de la vie bien plus agréablement qu’il n’en jouit en ce moment sur la terre.

689. — Les preuves que nous avons données dans cet ouvrage de l’identité de la composition de l’homme avec la composition de la matière dont est faite la terre ainsi que tous les autres animaux, et l’affinité physique qui tient lié son corps aux autres corps, exigent que nous montrions aussi la similitude intellectuelle qui existe entre lui, homme, et les mêmes corps.

De ce rapport il ressortira, de la manière la plus lumineuse pour l’homme, qu’il est lui-même l’artisan de ses malheurs sur la terre, parce que, contre toutes les dispositions de la nature, il est rebelle à l’intelligence qui lui indique toujours un ordre de conduite régulier, et ce que nous disons de l’homme s’applique à la nation entière.

690. — L’homme a créé le mot intelligence et il se l’est appliqué exclusivement comme sa propriété, parce que c’était le mot le plus significatif, le plus beau, le plus sonore; il a attribué à l’animal, pour le même fait, le mot instinct ; et ce que la terre exécute dans le même ordre, il le désigne sous la dénomination d’oeuvre de la nature.

Il n’y a pas de comparaison à établir entre ce que nous obtenons de la terre, qui nous donne tout parfait, et ce que nous tirons de notre intelligence d’homme, dont les effets resteront toujours en arrière et bien loin de la perfection des produits de la nature.

Mais nous pouvons très-bien comparer les entendements

A IM-fc-NUlCE.

et les actions des animaux avec l’intelligence sublime e! les actions de l'homme.

691. — Commençons par les actes de l’homme envers l’homme, et examinons d’abord le sentiment, qui est la première passion qui sorte de l’âme.

Voyons un homtne qui , ayant besoin d’un autre homme, a recours à lui et obtient l’objet de ses désirs. L’intelligence humaine exigerait, en pareil cas, que celui qui est ainsi favorisé conservât envers son bienfaiteur un sentiment de reconnaissance, et lui prouvât à l’occasion sa gratitude.

Eh bien! sur mille cas de celte nature, nous eu verrons neuf cent quatre-vingts qui auront un résultat tout contraire.

Nous noterons quelques faits journaliers.

Si vous êtes bienfaisant, si vous secourez un iufortuné, ou si vous lui formez une position, lorsqu’il aura acquis, grâce à vous, une fortune, attendez-vous d’abord à le voir s’éloigner de vous: l’orgueil a poussé dans son cœur avec la fortune; l’idée qu’il vous la doit pèse sur lui ; oui, la pensée qu’il vous a des obligations le fait rougir en votre présence; il voudrait ne plus vous rencontrer, car, dans son intérieur, il éprouve un combat entre le sentiment qui lui impose la reconnaissance et l’orgueil qui la repousse. Dans ce combat, l’orgueil généralement l’emporte; conséquemment, il vous hait en secret ; il vous nuira donc, s’il le peut, et il finira même par être votre ennemi.

Si votre fortune n’est pas assez grande pour vous permettre de faire la position d’un infortuné qui réclame votre bienveillance, mais que cependant, par bonté de cœur, vous lui donniez des secours, ou si vous l’accueillez auprès de vous, attendez-vous à le voir au commencement très-zélé, très-empressé à vos intérêts; mais aussitôt qu’il sera bien au courant de toutes vos affaires, il tâchera de vous soumettre à ses volontés; s’il ne réussit pas, il deviendra également votre enne-

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