DE LA CHALEUR ET 1>E LA LUMIÈRE
290. — Nous avons expliqué comment s’est formé le soleil ; nous avons découvert l'élément qui le nourrit et reconnu les sources qui le lui fournissent. Il nous reste encore à savoir si c’est dans son foyer que se forme toute cette quantité de chaleur et de lumière qui inonde la terre, ainsi que les autres planètes, par l’entremise de ses rayons.
Il y a des opinions récentes d’après lesquelles on établit (2) que la chaleur du soleil est un développement d’énergie mécanique qui, dans l’espace d’un siècle, équivaut à une force vive
(1) Il y a des astronomes qui croient que le nombre des comètes est incalculable; un, entre autres, prétend qu’enlre Saturne et le soleil on peut compter cinq cents millions de comètes.
(Voyez Système du monde , ou abrégé des lettres cosmologiques de M. Lambert, page 49).
(2) M. Thomson de Glaseow, et M. Joule.
166 yt.'ATRlÉME ÉCOULE.
capable de produire le mouvement de toutes les planètes.
Mais la théorie la plus acceptée est celle des ondulations, c'est-à-dire que le soleil n’émet pas de son corps le calorique et la lumière, mais que sa présence met en mouvement et rend dès lors sensibles ces deux fluides qui existent répandus dans l’espace.
291. — Cette théorie, presque généralement acceptée, ne donne pourtant pas la solution des problèmes que nous avons posés; elle mérite, toutefois, que nous l’expliquions avec quelques détails (1).
Herscheil admet que le globe du soleil se compose de trois parties : l’une, qui en serait le corps ou noyau obscur ; une seconde, qui serait une atmosphère d'un fluide élastique supportant une couche nuageuse; puis, enfin, au-dessus de celle-ci, la couche incandescente et lumineuse.
Dans cette hypothèse, le célèbre astronome ne fait pas difficulté d’admettre que le corps du soleil pourrait être habité par des êtres analogues à l’homme; l'atmosphère et la couche nuageuse préserveraient ces habitants de la chaleur intense du dôme qui les surmonte, tout en laissant pénétrer jusqu’à eux une lumière et une température suffisantes.
292. — Nous admettons, avec Herscheil , qu’il y a des habitants dans le corps opaque central du soleil; nous ajouterons même que ce corps central est séparé des enveloppes extérieures de manière à n’être point affecté par l’éblouissement
(4) Dans le Dictionnaire de la conversation , l’article soleil ne conclut pas non plus conformément à notre question. On affirme que la chaleur communiquée à la terre par le soleil ne se manifeste que lorsque le calorique atteint l'atmosphère et la terre elle-même, et que cet agent se comporte comme le fluide électrique, en produisant le phénomène de la lumière et de la chaleur lorsqu’il frappe les corps.
Mais pour que cet agent frappe les corps, il faut qu’il ait un conducteur et une source d'expansion qui demandent à leur tour un aliment.
DU SOL Kl L.
de la lumière ni par l’action du feu; au contraire, la disposition est telle que les êtres qui l'habitentdoivent jouir d’un bon climat, et que l’intérieur du noyau habité reçoit sa chaleur de la partie extérieure, à l’inverse de notre globe, qui conserve son feu perpétuel dans son centre.
Les taches grandes et nombreuses que nous voyons à l’extérieur du soleil indiquent des ouvertures sans doute nécessaires à la condition des êtres habitant le corps opaque de l’astre; ses habitants ont besoin de respirer comme leur terre a besoin d’émettre ses émanations; donc l’épuration de leurs molécules doit se faire dans une atmosphère intermédiaire qui assure l’ordre et le bien-être intérieur en même temps qu’elle déverse aux couches extérieures du soleil une multitude d’atômes, à charge de rechange.
Mais les réflexions d’IIerschell ne donnent pas encore la solution que nous cherchons , et il n’est pas présumable que ce célèbre astronome ait pensé que la couche qu’il admet incandescente à l’extérieur soit immobile comme surface, car rien ne peut rester immobile dans la nature.
293. — D’autres hypothèses, et ce sont les plus modernes, admettentautourdu soleil trois enveloppes différentes; d’abord une enveloppe inférieure gazeuse, semblable à des vapeurs; puis une enveloppe lumineuse d’où émanent la lumière et la chaleur rayonnante; enfin une enveloppe extérieure , ou atmosphère, dans laquelle flottent les nuages.
Ce système est imaginé pour en tirer la conséquence que la lumière et la chaleur sont transmises par les ondulations et non pas par les émissions directes, qui étaient adoptées jusqu’à ces derniers temps.
Nous continuons nos recherches et nous trouvons encore , 1° qu’on a calculé que la lumière arrive du soleil à la terre avec une vitesse de 5 millions de lieues par minute, ou 78,000 lieues par seconde; 2° que l’atmosphère apparente du soleil
(ce sera sans doute la troisième ou l’extérieure) se porte jusqu’à neuf vingtièmes de la distance de cet astre à Mercure , ou environ à 6 millions de lieues de hauteur...
Ici nous devons nous arrêter, car il nous semble qu’il y a une contradiction dans les déductions ; et en effet, si l’on veut que l’incandescence se tienne dans le soleil, l’ondulation sera interceptée en route ou retardée par une atmosphère de 6 millions de lieues; donc, ou l’atmosphère en question n’existe pas comme on le présume , ou l’origine de la lumière et de là chaleur est différente ; mais cette atmosphère existant, elle serait elle-même le grand laboratoire de l’incandescence.