‹ La création et ses mystères dévoilés ouvrage où l'on expose clairement la nature de tous les etres, les éléments dont ils sont composés et leurs rapports avec le globe et les astres, la nature et la situation du feu du soleil, l'origine de l'Amérique, et de ses habitants primitifs, la formation forcée de nouvelles planChapitre 74 sur 168 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Les Insectes.

Sommaire. — Importance de l’étude des petit» animaux , 307. — Leur caractère destructeurs; les grillons, les cypris, note, 368. — Insectes funestes; insectes utiles , 369. — Considérations sur la multitude des insectes, 370. — Leur constitution chimique, 371. — Leur multiplication combattue par les oiseaux , 372. — Les oiseaux insectivores et les insectes malfaisants, 373, 374, 375. — Utilité des insectes, 376, 377, 378. — Les infiniment petits, 379. — Opinions diverses sur l’instinct ou l'intelligence des animaux, 380. — Merveilles de leurs fonctions animées, 381. — Exemples d'insectes apprivoisés, 382. — Originalité du travail des animaux, 383. — Belle question à résoudre, 384. — Actes mécaniques, 385. — Chefs-d’œuvre spontanés des insectes, 386.

— Habileté naturelle de certaines espèces, 387. — La solution reste provisoirement ajournée, 388.

LES INSECTES

367. — Les auteurs anciens, comme la plupart des auteurs modernes, se sont plus particulièrement occupés des grands animaux que des petits ; cependant les petits ont été les premiers à paraître sur la terre , dans l’eau et dans l’air , et ils ont été toujours, sous le rapport du nombre, dans une proportion infiniment supérieure aux grands; les insectes ont influé aussi beaucoup plus sur les révolutions physiques du globe ainsi que sur les changements de climats; aussi les effets produits par leur présence auraient pu mériter un examen plus approfondi.

A la seconde époque, à l’occasion du règne de l’eau, nous avons vu l’importance des coquilles et des polypes, genre d’animaux qui se sont présentés les premiers, lors de la formation de cet élément ; nous ne reviendrons donc pas ici sur l’origine de ces êtres primitifs.

Nous avons fait remarquer en même temps l'importance de ces petits animaux qui habitent au sein des mers (94-95), et signalé leur participation dans les altérations de la masse des substances terrestres. Nous allons nous occuper maintenant des insectes de la terre, qui n’ont pas moins contribué, bien que dans un ordre différent, aux phénomènes du globe.

368. — Les insectes de la terre méritent encore plus notre attention, car ils se présentent constamment sous nos yeux et non sans nous gêner ; ils nous font souveut nous demander pourquoi sont venues ces masses innombrables de mouches, de fourmis, de vers, de chenilles, de criquets, de sauterelles, de guêpes, de cousins et tant d'autres espèces d’êtres intiniment petits (1) qui ne se contentent pas de demeurer dans ou sur la terre, mais qui osent attaquer les autres animaux sans respecter l’homme même, soit quand il dort, soit quand il est éveillé.

Nous entendons dire souvent que la création de ces êtres importuns était inutile, qu’ils ne font que nous tourmenter de jour ou de nuit , gâter nos mets sur lesquels ils se permettent de déposer leurs œufs, détruire nos étoffes dont ils rongent les lils, ruiner nos propriétés, etc.

Il y a, en effet, un contraste remarquable en apparence entre la conduite des insectes de la mer et celle des insectes de la terre.

Les coquilles et les polypes, insectes de la mer, font un travail d’accroissement, d’augmentation, en formant des bancs de corail qui prolongent les rivages et ajoutent des îles aux continents ; tandis que les insectes de la terre font l'effet contraire, ils ne travaillent qu'à la destruction et la portent partout où ils vivent.

On a rencontré dans des excavations de grandes quantités de bois fossiles, presque tous rongés par les vers.

(-1) Voir la noie N, à la (in du volume.

LES INSECTES

M. üeluc rapporte qu’il trouva, dans une colline voisine de l’Atlas, des pièces de bois fossile au milieu d'une couche de coquilles, et que l’une de ces pièces de bois avait été tellement criblée par les vers quelle ressemblait à de la dentelle.

369. — Cependant il est impossible d’admettre que la nature ait mis au monde ces êtres uniquement pour qu’ils fissent du mal. Au premier aptjfçu, nous voyons que dans le nombre de ces espèces d’insectes, s’il y en a de fort nuisibles, exerçant leur action funeste soit sur les végétaux précieux pour nous, soit sur nos animaux domestiques et sur nous-mêmes, par contre, il y en a aussi de fort utiles; ainsi l’abeille, le ver à soie et la cochenille sont trois espèces qui, par leur mérite extraordinaire, feraient pardonner à l’instinct persécuteur des autres races.

Il y a dans les insectes, comme dans les grands animaux, des différences extraordinaires qui se trouvent également dans les plantes : nous voyons que l’herbe la plus vénéneuse peut avoir un emploi utile soit dans la médecine, soit dans l’industrie; de même les insectes les plus nuisibles en apparence doivent remplir une mission quelconque dont l’utilité nous échappe parce que les effets en sont indirects.

370. — L’énorme quantité de ces petits animalcules existant sur lu terre est en dehors de tout calcul; et il serait assez difficile de savoir laquelle des espèces était lu plus nombreuse aux époques primordiales.

II est hors de doute qu’elles ont commencé par un nombre restreint, et que les espèces comme les races se sont augmentées à mesure de l’acroissement des variétés des plantes et des animaux.

lia chaleur étant le premier élément coopérant à leur production, il est évident qu’avec la grande chaleur des époques primitives, les quantités des insectes étaient très-considérables sur toute la circonférence; du globe.

Il nous reste donc à supputer, par l’observation, les nombres infinis d’insectes qui se sont produits depuis cinq cents à mille siècles, sur la surface d’un globe de deux cent, de cent, puis de cinquante mille lieues de circonférence, et de nous demander à quoi a servi leur passage sur la terre.

371. — Pour résoudre ce problème, il faut savoir que l’analyse de chaque insecte nous donne des acides et des mordants chimiques, plus ou moins abondants et variés, selon .la nature plus ou moins dure ou molle des individus.

Les vers, par exemple, offrent une pâte acide, molle, différente de la dureté de lacanlarideou du hanneton, et ainsi de mille espèces, ayant toutes des propriétés diverses (1).

Or, dans les convulsions de la terre, ces masses d’insectes engloutis ont été la matière chimique ou l’ingrédient nécessaire et exigé pour le perfectionnement de l’alliage, dans la grande production des métaux, et leur séparation en raison des qualités, précisément, comme les coquilles et les polypes, avaient coopéré à la formation des pierres; et tous ensemble ont coopéré ensuite à l’élaboration du règne minéral ; car on conçoit que le mercure, la magnésie, le plomb, le marbre, l’or, le cuivre, l’argent et le porphyre, etc., n’ont pas été formés du même ingrédient.

Les insectes de toutes espèces ont donc été l’un des éléments essentiels de la composition de ces produits.

372. — Lorsque l’intérieur de la terre eut absorbé assez de matières venant de l’extérieur, les minéraux de toutes sortes furent endurcis et purgés par les amalgames des

(1) Dans les insectes qui passent des mois en léthargie, il y a une grande abondance de graisse-, dans les chenilles, cette graisse forme le tiers de leur volume. Le hlaps produit une huile brune très-fétide ; dans la glande de l’aiguillon des guêpes, etc. , on trouve une liqueur âpre qui produit une inflammation immédiate, conséquence de la piqûre, etc.

LES INSECTES

coquilles , des polypes, des vers, des insectes et des plantes.

Lorsque la terre rélréeie n'offrait plus que la moitié de sa surface précédente, alors les êtres nouveaux ne se présentèrent plus que relativement réduits en nombre ; ce nombre pourtant était encore considérable, et l’intérieur de la terre les absorbait moins, parce que, n’ayant plus besoin d’autant de matières fraîches, il ne s’ouvrait plus aussi fréquemment qu’auparavant. Alors l’énorme quantité des insectes devenait nuisible sur la terre; ils corrompaient l’air et l’atmosphère, au détriment du climat; mais la nature devait produire un moyen nouveau pour s’en débarrasser : elle créa les oiseaux.

373 — Tous les oiseaux mangent les insectes, mais particulièrement la classe nommée insectivores, qui est la sixième dans l’ordre de l’histoire naturelle des oiseaux, et qui comprend une cinquantaine de familles.

Mais les oiseaux sont loin de suffire pour nous garantir de l’importunité des insectes, dont les espèces augmentent toujours; nous en connaissons déjà plus de vingt mille variétés, et chacune se multiplie par myriades de naissances périodiques.

La température du corps de tous les insectes est à peu près la même que celle de la terre et de la première couche de l’atmosphère touchant la terre ; c’est pourquoi ces animaux, et surtout les larves, passent l’hiver dans un état d’engourdissement ; mais en été, chez nous et dans les pays chauds, ils exercent toujours la plus grande activité sur les règnes végétal et animal.

Cette activité vise constamment à la destruction de l’objet que l’insecte touche, comme si le rôle de telle espèce était de ronger et ravager les arbres et les champs , tandis que telle autre devait se nourrir en attaquant les animaux, non-seulement les morts, mais aussi ceux qui sont en pleine vie. Ces

insectes se nourrissent du suc et de la substance même de leur chair, comme aussi de leur sang.

Il y a une larve qui vit dans le dos et sous la peau des bêtes à cornes ; il y en a une autre qui produit des tumeurs sur un animal où elle se tixe pour se nourrir du pus engendré par la plaie qu'elle a formée; des larves du même genre vivent dans l’estomac des chevaux, autour du pylore, et souvent encore dans leurs intestins.

Les moutons, le cheval, le bœuf, ont à nourrir dans leur corps des larves qui se tiennent dans les cavités des sinus frontaux ; c’est là qu’elles prennent leur accroissement, ét qu’elles se nourrissent d’un mucilage que les moutons rendent par le nez.

374. — Parmi les insectes qui se nourrissent du sang des animaux et de celui de l’homme, en le suçant, il y a d’abord les ptoux, dont il existe un très-grand nombre d’espèces, toutes très-différentes les unes des autres , les puces, les ricins, les cousins, les taons, les hijrpobosques et autres, etc.

Les insectes eux-mêmes sont sucés par des arachnides de la division des acarides.

Il y en a qui vivent dans l’intérieur du corps des autres insectes; tels sont ceux de la famille presque innombrable des ichneumons, et la plupart des cinyps de Geoffroy, des sphex de Linné, et beaucoup d’espèces de son genre musca ou mouche, etc. (1).

L’accroissement des insectes est prodigieux. Réaumur, pour donner une idée de leur fécondité, a fait un calcul très-intéressant sur l’ abeille femelle; il a trouvé qu’une seule mère met au jour, dans moins de deux mois, 12,000 œuts; il résulte encore de ce calcul que cette mère a dû pondre par jour, pour le moins, 200 œufs.

(I) Dictionnaire < l’Histoire naturelle.

l.F.S INSECTES.

Lenwenhoeck a trouvé qu’une seule mouche pouvait produire, en trois mois, 746,496 mouches semblables à elle. Aussi Linné a-t-il dit spirituellement que trois mouches consommeraient aussi vite qu’un lion le cadavre d’un cheval.

375. — Il y a des insectes qui se forment dans les excréments on les transpirations de certains animaux ; il y en a qui ont une même origine chez certains quadrupèdes et qui sont comme prédestinés à être le fléau d’autres quadrupèdes. Dans cette classe, nous citerons la mouche tsetsé, mouche à peine grande comme celle qui habite nos maisons, qui a pour origine les émanations des quadrupèdes comme les antilopes, les zèbres, etc. Cette mouche attaque tous les quadrupèdes domestiques, le cheval , le bœuf, le chien : sa piqûre est mortelle pour tous.

376. — Ainsi la création des insectes a été une conséquence de la vitalité générale. La terre a tiré parti de la quantité effrayante qui s’en est produite jusqu'à la cinquième époque au profit du règne minéral; c’était un ingrédient nécessaire avec les autres corps des règnes animal et végétal pour la perfection des minéraux et des métaux, comme nous l’avons souvent expliqué; mais c’était aussi une augmentation de poids qui, avec les autres corps, devait continuer la formation de la terre.

Sans doute que l’exhalaison de tous ces corps, jusqu'à la quatrième journée, aurait été mortelle pour les animaux qui venaient à la cinquième époque, mais l’atmosphère et le climat devaient être préservés de la corruption de ces êtres surabondants. C’est pourquoi la nature les a destinés à la nourriture des oiseaux et d’autres animaux. Plus tard aussi, à la sixième époque, les arts et l’industrie ont trouvé à utiliser quelques espèces en les détruisant.

A cet égard, la science n’a pas dit son dernier mot, car les plus nuisibles attendent encore leur emploi. Jusqu’à présent

l’industrie u’a guère su tirer profit que du kermès, de la cochenille, des abeilles et du ver à soie.

377. — Un savant écrivain (1) dit que l’orfèvre et le lapipidaire feront bien de demander aux insectes des modèles et des leçons. Les mouches ont dans leurs yeux des iris vraiment magnifiques, près desquels aucun écrin ne soutient la comparaison.

La mouche des chevaux est terne, grise, poudreuse, odieuse ; elle ne vit que de sang chaud ; mais son œil, examiné au verre grossissant, offre la féerie étonnante d’une mosaïque de pierreries, telle qu’à peine l’eût trouvée tout l’art de Froment- Meurice (2).

D’autres insectes, qui ne vivent que de matières mortes, d’ordures et de décompositions, émerveillent nos yeux par la richesse de leurs reflets que nos émailleurs devraient tâcher de reproduire.

378. — Il y a des insectes qui paraissent créés uniquement pour détruire des insectes plus petits; telle est la brillante cicindèle, animal chasseur des autres insectes, très-ardent et très-meurtrier, pourvu d’armes admirables en forme de croissants qui se ferment l’un dans l’autre pour exterminer la proie. Cette nourriture vivante et riche semble décorer la cicindèle de ses merveilleuses couleurs.

Dans les ailes du hanneton, on trouve les dessins les plus parfaits de fleurs, à couleurs éblouissantes, que la main de l’homme ne saurait imiter.

On voit des insectes dont l’instinct, en rapport avec la tempéralure de l’atmosphère, peut servir à l’homme de thermomètre ou de baromètre naturels; ainsi, à l’approche des orages ou des pluies, les abeilles se retirent avec empressement dans

(1) Michelet, I7nsecte. Paris, 1858, p. 190.

(2) Orfèvre et bijoutier de Paris , renommé eu 1858.

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leurs ruches et les fourmis cachent leurs larves ou leurs nymphes; les mouches piquent plus vivement et les papillons craintifs ne s’élèvent plus dans l’air.

379. — Dans le règne animal, la classe la plus nombreuse, comme la plus merveilleuse, est donc celle des insectes; elle ne le cède point à la botanique sous le rapport du nombre des espèces.

Il y en adesi imperceptibles, qu’on ne peuten reconnaître les formes qu’avec un bon microscope, comme s’ils étaient une preuve vivante de la puissante intelligence qui se manifeste dans la création des êtres infiniment petits, et en effet la sagesse du Créateur ne brille jamais avec plus d’éclat que dans ces êtres organisés qui semblent se dérober à nos sens.

Dans ces êtres presque invisibles, il faut reconnaître une très-minime partie d’une molécule, déjà grandie, déjà organisée avec une prodigieuse quantité de formes, ayant une ligure, une structure, des organes de la manducation et de la génération, et un mouvement volontaire, et tout cela dans un corps imperceptible! Ce spectacle à lui seul suffit pour élever notre âme à la contemplation de la nature, et nous porter à l’admirer dans ses inépuisables variétés, dans l’abondance infinie de ses créations, dont la petitesse même est un motif de plus pour nous stimuler aux découvertes et aux observations.

EXAMEN SUR l’instinct OU L’INTELLIGENCE DES ANIMAUX.

380. — Mais que peut-il y avoir dans le corps des animaux et particulièrement dans les infiniment petits, pour qu’ils fonctionnent avec tant d’exactitude de leur vivant? Est-ce instinct, raison, intelligence, ou quelque autre cause?

Il y a toujours eu, en philosophie, deux opinions sur la nature des animaux ; tantôt on les a regardés comme de purs automates, admirablement construits, mais privés de toute faculté, et ne se dirigeant que par le jeu machinal de leurs

organes; tantôt on les a considérés comme des êtres sensibles, et doués de plus ou moins d’intelligence et de raison, quoiqu’on un moindre degré que l’homme.

Empédocles soutenait que tout être sur la terre avait de l'intelligence et de la raison ; il en attribuait même aux végétaux, et en voyait l’effet dans leurs mouvements pour croître et fleurir.

Démocrite et Parménide accordaient aux animaux la prévoyance et d’autres facultés. Aristote leur trouvait des traces évidentes de raison humaine ou de prudence. Galien allait même au-delà; il leur attribuait une raison intérieure, qu’ils ne peuvent nous expliquer faute de langage articulé.

Plutarque, Lactance, saint Thomas (1), le cardinal Tolol(2), défendirent les animaux contre ceux qui prélendaient les réduire au rôle d’automates.

Déjà Hippocrate admettait un principe intelligent, qui gouvernait l’animal ainsi que l’homme.

Parmi les modernes, Cudworth avait expliqué les instincts par ses natures plastiques; mais Samuel Reimar a encore mieux développé l’histoire de cette étonnante faculté. Emmanuel Kant a reconnu des facultés primitives et innées dans l’âme, et Cabanis admettait des sensations intérieures qui meuvent imperceptiblement notre intelligence, même dans le sommeil.

381. — Si l’organison des corps est une merveille de sublime conception, les fonctions animées de ces mêmes corps surpassent encore ce sublime, et deviennent une merveille incompréhensible.

Tout ce qui existe sous nos yeux, végétaux et animaux , travaille constamment, avec un ordre particulier, pour un ensemble général qui étonne l’imagination.

(1) Summa , part I , secl. 2, qu. 13, art. 3.

(2) De Anim., in-8“, qu. 7.

LES INSECTES

Il ue s’agit pas seulement d’admirer les travaux des animaux, en ce qui concerne leur instinct de conservation ; leurs œuvres, même tout à fait indépendantes des besoins de l’existence actuelle, sont exécutées par eux avec une perfection à laquelle jamais l’homme ne pourrait atteindre.

Ainsi, les polypes, celte simple gelée vivante, que nous avons vus, au règne de l’eau, construire des bancs et des îles, pour faire résistance à l’élément qui leur donne la vie, ces êtres frêles, sans le secours d’aucun œil, savent fabriquer cés étonnantes constructions de coraux, de madrépores, etc., etc., avec des formes éminemment élégantes et infiniment variées.

Si des insectes de la mer nous passons à ceux de la terre, nous voyons les manœuvres des coléoptères qui dévorent nos arbres, ou des teignes qui se pratiquent des fourreaux dans nos vêtements, opérations d’une industrie surprenante, opérée par des individus si chétifs, que nous écrasons de nos dédains, et auxquels nous sommes loin d’accorder la moindre lueur d’intelligence.

En remontant vers des êtres plus compliqués, et avec lesquels nous communiquons davantage, depuis les poissons, les reptiles, jusqu’aux oiseaux et aux quadrupèdes, nous observons chez eux beaucoup de grandes industries spontanées, et dans lesquelles nous ne pouvons pas nier qu’il y ait des indices d’intellect et de raisonnement, variant en raison des besoins et selon les circonstances.

382. — Plusieurs de ces petits êtres sont susceptibles d’éducation ; on peut, jusqu'à un certain point, les apprivoiser ; ils semblent comprendre ce qu’on leur enseigne. El ici nous ne parions pas des mammifères, tels que le chien, le cheval, l’éléphant, le singe, etc., qui paraissent posséder, sous ce rapport, une intelligence réelle à un degré assez développé ; nous avons eu vue seulement les insectes. Ne sait-on pas que des

araignées se sont montrées sensibles aux sons de la musique, et même en quelque sorte reconnaissantes pour les bons procédés qu’on leur témoignait ? Personne n’ignore que Pélisson en avait apprivoisé une à la Bastille, qu’elle accourait à la voix ou au moindre signe de son ami. Et celle de ce jeune virtuose, Berthome, dont parle M. Michelet dans son livre de l 'Insecte! Quand l’enfant jouait de son violon, l’araignée s’avançait de l’angle du mur sur le pupitre, puis du pupitre jusque sur le bras mobile qui tenait l’archet; elle voulait écouter de plus près, comme un dilettante intelligent (1).

On pourrait certainement apprivoiser bien d’autres insectes Qui ne se rappelle les puces travailleuses, qu’un

industriel donnait en spectacle à Paris, il y a quelques années?

383. — Mais, en général, l’animal, dans ses travaux, invente pour ainsi dire tout ce qu’il fait, il ne copie rien ; tous ses actes sont originaux et non imités; l’hirondelle n’a point appris de nos maçons à bâtir son nid, et quoique les guêpes et les bourdons forment des cellules régulières, il ne leur faut, pour construire ces chefs-d’œuvre, ni règles ni compas.

L’animal, s’il est malade, sait choisir les herbes qui peuvent lui être utiles, et certes il se gardera bien de toucher à un objet qui lui serait nuisible.

(i) Au moment où nous faisons imprimer cet ouvrage, nous lisons dans un journal de Paris, la Gazette de France du 29 septembre 1858, le fait suivant :

« Un riche gentleman de Londres, M. W..., consacre son temps et une partie de sa fortune à faire une collection d’araignées de tous les pays. Il en possède actuellement quatre ou cinq mille, et chaque jour on lui en envoie des pays les plus lointains. On ajoute que, pour apprivoiser ces gracieux insectes, M.W... emploie la musique, à laquelle, comme on sait, les araignées sont très-sensibles. 11 est arrivé ainsi, dit-on, à des résultats extraordinaires. Aux premiers sons d’une polka, les araignées quittent leurs toiles, abandonnent le travail, et s'endorment aux accents du piano, comme un financier dans une loge d’Opéra.

384- Or, il s'agit de rechercher ce qui fait mouvoir avec tant d’habileté et d’utilité les moindres animaux et même les plantes, bien qu’on ne puisse découvrir la source d’où procèdent ces actions, ni apercevoir par quel motif une espèce suit telle industrie, fait telle chose, tandis qu’une autre espèce en suit ou fait telle autre, toujours si parfaitement, si sagement, sans changer de plan témoins du monde.

385. — Nous n’avons pas la prétention de résoudre le problème de la vie; seulement il est certain qu’un système d'organes profondément entrelacé et combiné avec prévoyance, détermine des actes de conservation, soit en vue de l’espèce, soit en vue de l’individu. Parmi ces actes, il en est d’essentiellement mécaniques, surtout chez les végétaux et chez les animaux dans le sommeil ; telles sont en particulier les fonc. lions de nutrition: l’absorption, la circulation, la respiration, l’assimilation, etc.

La nature, ce grand nom qui désigne la mère de tout ce qui existe, fait marcher dans l’obscurité la racine d’un arbre, pour chercher de préférence les couches fertiles de la terre et celles qui lui sont le plus homogènes, tandis que les branches et les feuilles cherchent à absorber la lumière et la chaleur du soleil.

Également, dans l’intérieur de l’animal, la nature développe, paralômes imperceptibles, l’instinct qui, en grandissant, acquiert une propriété individuelle; celle-ci se met à l’œuvre immédiatement avec la force d’impulsion qui lui est parvenue.

Ce principe directeur et créateur est insinué dans chaque molécule; parle travail de son développement, elle active celai des organes de l’espèoe, et hâte ces merveilleuses combinaisons qui font que les générations des êtres créés participent do l’immortalité sur la terre.

38®. <Wt parte d' instinct, de capacité* natuVeUcs, Mais

puisque l'instinct est identique chez tous les êtres, les capacités doivent être également semblables, et si les capacités sont distribuées à toutes les myriades de millions d’êtres qui •vivent sur la terre, il est naturel qu’il y ait des myriades de tuillionsde chefs-d’œuvre. L’insecte en donne l’exemple, et si les animaux plus grands avaient à leur disposition des mains et des outils comme en possède l’homme, nous verrions des chefs-d’œuvre bien autrement merveilleux que ceux que l’homme nous présente, malgré ses éludes et sa science.

Admirons cette araignée qui tisse une toile avec des fils tirés de son corps, et disposés dans nn ordre inimitable ; . voyons l'art qu’elle possède pour attirer et arrêter les mouches, les manœuvres adroites quelle emploie pour se procurer la substance nécessaire à sa vie : on dirait qu’elle est un homme d’affaires qui attend à son bureau le client qui doit venir lui apporter son tribut.

Chaque insecte, dans sa spécialité, opère un travail également parfait ; l’abeille, la guêpe, le fourmilion, etc., etc., sont aussi instruits, dès leur sortie de l’œuf ou de l’état de larve, sans études préliminaires, que l’ont été leurs pères au commencement du monde.

Est-ce instinct, est-ce intelligence matérielle innée que celte habileté individuelle ?

Mais peut-être on nous dira que c’est un effet extérieur, indépendant de prévisions antérieures; voyons donc des insectes différents qui présentent essentiellement la prévision . antérieure.

387. — Une larve de fourmilion , en sortant de l’œuf, sans avoir jamais vu ni son père ni sa mère, qui sont morts, se trouve seule, orpheline, sur ce vaste théâtre dn monde. La voilà qui trace dans le sable un cône creux, une trémie, se place au fond, et attendant au passage les fourmis d’alentour, les fait glisser dans sou puits en leur lançant des grains de sable ;

LES IN SECTES. 22

puis, après les avoir dévorées, elle va porter au loin leur carcasse, et se métamorphose en mouche névroptère.

Voyons encore ces guêpes solitaires qui, déjiosant leurs oeufs en un trou pratiqué par elles dans du bois, et y mettant de la pâture pour le ver qui doit en naître, ferment le trou et meurent. La larve, née dans cette loge, toute seule, et dans l’obscurité, perce le mur de sa prison; elle sort au grand jour. Alors, métamorphosée en guêpe, elle va trouver une compagne, s’accouple, sait choisir le nectar de tel genre de flenrs qui lui est nécessaire pour se nourrir; puis, pressée de poudre, elle creuse à son tour un trou dans le bois, y apporte des chenilles qu’elle ne tue qu’à moitié, pour laisser de la chair encore fraîche à la larve qui sortira de son œuf; enfin elle se comporte ainsi que l'a fait sa mère sans l’avoir jamais connue, sans avoir acquis ni habitude, ni science de qui que ce soit.

388. — On ne veut pas permettre que tous ces actes soient le fruit d’une intelligence; ce serait un blasphème, s’écrie-t-on, de dire que les animaux ont de l’intelligence, qui est un don exclusif pour l'homme: soit. Mais il faut bien avouer qu’une sorte de raisonnement entre pour beaucoup daas les actes que nous venons d’énumérer, et que nous pourrions passer en revue dans chaque espèce animale.

Nous trouverons dans la suite, avant de terminer cet ouvrage, d’autres actes originaux et importants de la part des animaux, et lorsque nous arriverons au règne de l’homme, nos recherches sur les produits de son intelligence nous donneront peut-être sinon la solution de ce grand problème, du moins quelques indices plus exacts pour caractériser la comparaison des inslincls et des intelligences, chez les êtres qui habitent la terre.

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