CHAPITRE XXIII
Nulle de» IiMeete».
Sohmaihb. — Questions concernant le bien et le mal produit» par les animait* , 3f)9. — Exemple tin1 de* nuée* de sauterelles, 300, 391. — Causes des productions innombrables de certains êtres, 392. — Étude des évaporations excessives, 393. — Conséquences de l’action de ces fluides, 394. — Ce que deviennent les corps des animaux; engrais, 395. — Élément* du poids du globe à la cinquième journée, 396. — Calcul tiré des abeille», 397. — Résultat prodigieux , 398, 399. — Observations concernant les autres classes d'insectes, 400. — Emploi qui pourrait être fait des insectes, 401.
389. — En attendant, une découverte qui serait digne des investigations de la science, ee serait celle qui ferait connaître le degré de bien ou de mal que produisent sur la terre la présence et la masse de telle ou telle espèce d’animaux ; car l’apparition et la durée d’une race quelconque causent incontestablement un changement dans Perdre habituel de la nature, soit dans les effets de l’atmosphère, soit sur les productions de la terre, soit pour la salubrité du climat dont l’infiuenee rejaillit sur les hommes.
390. — Nous voyons, par exemple, tomber à Pimprovlçte dans une plaine une masse de sauterelles oh de criquets; leur mullîtude effrayante dévore instantanément toute la récolte, toute l’herbe qui se trouve sur leur passage, dans une étendue de plusieurs lieues (1).
Nous déplorons ces désastres que nous ne connaissons cependant qu’en partie, c’est-à-dire que nous ne savons rien voir
t) Voir la note O , it la tin du volume.
au-delà d’une récolte perdue et d’une plaine immense tout à fait dévastée.
Mais bien positivement le mal ou le bien ne se borne pas là : les milliers de tonneaux, en poids et volume, de ces blés ou herbes qui sont entrés dans l’estomac des sauterelles, sont rendus par celles-ci d’une manière quelconque, soit à la terre, soit à l’atmosphère, soit à l’une et à l’autre ensemble; et celte restitution, ne s’opérant pas sous la forme primitive du blé ou de l'herbe, dans quelle condition se fait-elle et quelle est la conséquence de cette transformation?
391. — Nous avons pris au hasard la sauterelle ou le criquet comme l’animal qui, sous nos yeux, se présente assez souvent dans les circonstances indiquées; mais il y a une foule d’autres animaux (1) qui, à des époques données, pour des causes encore secrètes, se rassemblent en masses énormes, et leur présence, en nombre sans limites, inflige à l’endroit où ils se trouvent des altérations sensibles (2).
392. — Ces productions innombrables, d’une classe spéciale d'animaux, ont-elles pour origine une prodigieuse quantité de semence accumulée sur un point donné, ou ont-elles pour cause l’instinct amoureux de l’attraction mutuelle ou l’énergie du besoin alimentaire? ou enfin est-ce l’atmosphère qui, par un fluide homogène, fait éclore ou produit et chasse
(1) Les chenilles se multiplient avec la mémo rapidité; en 1731 elles se multiplièrent dans une grande partie de la France avec une si prodigieuse fécondité, qu’elles dévoraient à l'instant même toutes les pousses des plantes et des arbres, ce qui détermina le parlëment à rendre, le 4 février 1732 , un arrêt qui enjoignait à tous les propriétaires et fermiers, d'éeheniller dans le délai de huitaine, sous peine de 30 livres d’amende. Cette loi a toujours continué d’exister.
(2) De tous les insectes malfaisants, il en est bien peu qui le soient autant que les hannetons. Depuis leur naissance jusqu’à leur mort, ces insectes se nourrissent de substances végétales , et leur font un tort considérable. (Dict d'Hist. nat.)
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à la lois la masse étrange de cette multitude d’êtres d’une même race?
Si c’est de l’atmosphère qu’en dérive la cause, c’est qu'il est arrivé sans doute dans l’atmosphère même un llnide particulier et subit qui a déterminé l’éclosion de ces insectes ; dans ce cas, ce fluide spécial serait entré dans l’atmosphère soit en provenant des miasmes de la terre, soit en filtrant des couches supérieures de l’éther.
Si c’est un produit de l’éther, on peut l'attribuer à un amalgame de molécules qui auraient filtré d’autres planètes et dont le principe vital, en traversant notre atmosphère, se serait développé subitement par la rencontre de certains miasmes homogènes; mais si c’en est un de la terre, sa source vient naturellement d'un excès d'émanations extraordinaires produites instantanément, et qui auront été déplacées et transportées par des courants aériens.
Tout excès d’émanations d’un objet spécial doit produire un désordre dans les régions de l’atmosphère.
393. — Quel peut être l’excès d’évaporations d'un objet spécial? 11 est facile de le démontrer : continuons d’observer comme exemple la classe des sauterelles. Lorsque cette masse innombrable de sauterelles a dévoré et absorbé, sur une étendues de plusieurs lieues, toutes les plantes et les hérités (1), celte nourriture qui, en poids et volume, aurait fait l’objet de mille chargements de navires, cette masse énorme se
(t) L’essaim est souvent si grand qu'il obscurcit le soleil; à son coucher, ces insectes pleuvent comme une averse. Bientôt il ne reste plus sur la terre et dans un espace de 8 à 10 lieues une seule feuille , un seul brin d'herbe : les arbres se brisent sous leur poids. La plus belle campagne n’est plus qu'un triste désert; la faim et la peste sont à leur suite.
Charles XII se trouvant en Bessarabie, se crut assailli par un ouragan môlé d’une effroyable grêle, lorsqu'un semblable nuage de sau-
SDITK DES INSECTES. 23.1
trouve distribuée en parties très-petites dans le corps de ces myriades de millions d’insectes, lesquels finissent par crever tous sur un même point, et la quantité incalculable de ces petits cadavres empoisonne l’air par l’infection que répandent leurs corps en dissolution; de là naissent des maladies épidémiques, des pestes qui enlèvent, avec la famine, des milliers d’êtres vivants; de là de nouvelles émanations morbides au moyen desquelles les miasmes augmentent et passent dans la région de l’atmosphère en qualité de lluide spécial.
394. — Ce fluide spécial, ces miasmes pestilentiels, s’ils passaient directement dans les régions supérieures de l’atmosphère, n’occasionneraient sans doute aucun inconvénient, car ils s’y amalgameraient avec les autres fluides, et peut-être même qu’au lieu d’être nuisibles ils seraient utiles dans les combinaisons secrètes de la chimie céleste.
Mais si , au lieu de s’élancer directement dans les régions supérieures, il est porté, soit par sa propre pesanteur, soit par une attraction quelconque, ou par une influence particulière, dans la direction d’une ligne plus ou moins droite, sur un point de la surface terrestre, malheur à ce point , à cette province sur laquelle passerait ce fluide pestilentiel, en empoisonnant le climat et l’air que les habitants respirent! Telle est, nous le répétons, l’origine des épidémies et de différentes autres calamités; car ce poison, venu de l’air, n’est pas seulement respiré par les habitants, mais il se dépose sur la
lerelles vint subitement à s’abattre, et couvrant hommes et chevaux, arrêta l’armée entière dans sa marche.
Dans l’année 1613, un passage de sauterelles eut lieu en France, aux environs d’Arles; plus de 13,000 arpens de blé furent moissonnés par elles jusqu'à la racine.
En Transylvanie, il y eut en 1781 un passage d’insecles pareils, et après leur dévastation on ramassa 1,300 sars d'ceufsde ce terrible inseete.
couche terrestre, sur les plantes et les fleurs, sur les liquides, sur les viscères intérieurs des animaux, et, selon les dispositions, il crée des phénomènes individuels ou généraux dans l’expansion de la vitalité.
395. — Les cadavres des animaux sont des corps solides qui restent dans la terre; ils s’y décomposent sans doute comme se décomposent les plantes et les arbres; mais le produit de celle décomposition n’est pas moins en grande partie une substance solide qui, agglomérée avec la terre, en augmente la quantité. De nos jours, celte opération se borne à la surlace et opère une bonilication à la terre végétale; c’est ce que nous appelons engrais.
Mais aux époques primordiales, ces corps ont été une substance très-importante pour la consolidation de la terre, ayant été réunis et amalgamés avec elle, et ils sont entrés par les cataclysmes jusque dans le centre du globe en se contondant, comme on l’a vu , avec les autres moléculesde toutes lesespèces ; mais le règne animal a fourni bien plus : les corps descadavres des myriades de milHous d'animaux ont été peu de chose en comparaison des matières fécales et oratoires que ces mêmes animaux ont fournies de leur vivant.