‹ La crémation et ses bienfaits; son histoire chez tous les peuplesChapitre 10 sur 40 · LA CREMATION THRACE ET PHRYGIENNE · texte numérisé non relu

LA CREMATION THRACE ET PHRYGIENNE

D'après le tableau ethnographique de la Genèse, les Thraces sont fils de Japhet et frères des Kimris, Gimmériens ou Celtes, représentés par Gomer et des Iaones ou grecs primitifs. Ils seraient, d'après ce système de personnification des peuples, cousius des Askaniens, fils de Gomer, qui paraissait être la souche des Phrygiens.

La proche parenté des Thraces et des Phrygiens ou Bryges, (d'où les Bebryces) est attestée par tous les documents de source hellénique, qui nous montrent la Thrace peuplée en partie de Phrygiens. Nous reproduisons ces brèves notions ethnographiques, parce qu'au point de

vue delà crémation, elles ouvrent des horizons qui dépassent de beaucoup la Thrace.

Hérodote constate que, quatre siècles et demi avant notre ère, la crémation était, en Thrace, le mode funéraire le plus honorable, puisqu'elle était particulièrement employée par les personnages riches. 11 ajoute :

« On expose le mort pendant trois jours, et après avoir immolé toutes sortes d'animaux, on fait un festin auquel les pleurs et les gémissements servent de prélude. On lui donne ensuite la sépulture, soit en le brûlant, soit en le mettant en terre. On élève après cela un tertre sur le lieu de la sépulture et on célèbre des jeux de toute espèce, avec des prix, dont les plus considérables sont adjugés aux combats particuliers, à cause de l'estime qu'ils en font. » Nous devons rappeler à l'appui des données ethnographiques ci-dessus indiquées, quHomère représente les Troyens brûlant leurs morts comme les Grecs. Or, les Troyens étaient Phrygiens et mêmeAskaniens. Askaniusou Ascagne n'était il pas fils d'Enée ?

Hérodote mentionne dans la Thrace, un peuple polygame, où l'épouse préférée du défunt devait le suivre dans l'autre monde. Toutes ses femmes se disputaient cet honneur. Celle qui l'avait em-

porté était tuée par son plus proche parent, sur la tombe de son mari ; Hérodote ne parle ici que d'inhumation.

Lorsqu'il naissait chez eux un enfant, les Thraces manifestaient la plus vive douleur. Ils exprimaient, au contraire, leur joie, lorsqu'un des leurs venaitàmourir. N'était ce pasla délivrance?

D'autres tribus, soit Thraces, soit voisines de la Th race, pratiquaient l'inhumation, parce que leur mode funéraire exigeait qu'on ne plaçât sur le bûcher que le squelette dépouillé de sa chair. La putréfaction était donc la phase préliminaire de la crémation.

Ce mode funéraire, quelque extraordinaire qu'il nous semble, existait probablement chez beaucoup d'autres tribus, qui l'avaient adopté, soit par horreur de la putréfaction, soit par respect pour le feu. Nous le retrouvons jusqu'en Amérique ; mais là, on ne se contentait pas de brûler le squelette, ainsi purifié ; il était luimême purifiant; on en recueillait avec soin les cendres qu'on mêlait à différentes boissons, pour les absorber avec un religieux respect. Il se pourrait que ce dernier usage ne fût pas inconnu chez quelques peuples de l'Asie Mineure, ce qui expliquerait l'histoire d'Artémise, buvant les cendres de Mausole.

Une coutume analogue est signalée chez certaines tribus du Canada. Chaque année, le jour de la fête des morts, on déterre les cadavres morts depuis un an, pour les transférer dans une sépulture nouvelle, et on nettoie, avec de l'eau bouillante, les squelettes qui conservent encore des lambeaux de chair.

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