‹ La crémation et ses bienfaits; son histoire chez tous les peuplesChapitre 13 sur 40 · LA CREMATION CHEZ LES GERMAINS · texte numérisé non relu

LA CREMATION CHEZ LES GERMAINS

Tacite nous a transmis, dans sa Germania, une multitude de renseignements précieux sur les peuples établis de son temps, dans les pays allemands et Scandinaves. On a supposé, — et cette opinion est, suivant nous, parfaitement exacte, — qu'il avait voulu faire la critique et la satire du luxe et de la corruption de la Rome impériale, en lui opposant le tableau un peu enjolivé des mœurs rudes et simples des Germains.

De tous les actes de la vie publique ou privée, il n'en était point où l'on déployait plus de faste

orgueilleux que dans les funérailles. Il est donc à présumer que ce luxe extravagant n'aura pas été sans influence sur la description que Tacite nous a laissée des funérailles des Germains.

Citons, après cette remarque nécessaire, les propres paroles de Tacite.

« Chez les Germains, — dit-il, — les funérailles n'ont aucun faste. Seulement les corps des hommes les plus illustres sont brûlés avec des bois particuliers. Ils ne prodiguent sur les bûchers, ni les riches étoffes, ni les parfums. Les armes du mort, quelquefois son cheval sont brûlés avec lui. Un simple tertre de gazon montre le lieu de la sépulture. Quant à l'honneur des mausolées construits à grands frais, ils les dédaignent comme pesants pour les morts. Leurs lamentations, leurs pleurs, cessent promptement, leurs regrets et leur douleur durent longtemps. Ils pensent qu'il convient aux femmes de pleurer, aux hommes de se souvenir. »

11 résulte de ce passage que la crémation était une institution commune à tous les peuples de la Germanie ou, du moins, à la plupart d'entre eux. Les Germains appartenaient, en effet, à la même race que les Gétes-Goths ou Scandinaves, pour lesquels, l'incinération des corps était le

mode funéraire par excellence, et il se trouvait, en outre, parmi eux beaucoup de tribus gauloises, qu'ils refoulèrentouabsorbèrentpeuà peu et qui brûlaient également leurs morts. La cérémonie funèbre se terminait par un repas qu'on appelait « repas de la mort. »

La plupart des tribus germaines renoncèrent pourtant à la crémation, avant d'avoir accepté la foi de l'Evangile. On ne peut s'expliquer ce changement, à moins de supposer qu'il s'accomplit sous l'influence des Romains qui, au quatrième ou cinquième siècle, abandonnèrent ce mode de sépulture.

Fidèles aux institutions et aux dieux de leurs pères, les tribus saxones avaient résisté au mouvement général ; il en avait été probablement de même des Thuringiens. Un passage de saint Arnolphe paraît l'indiquer. Mais la crémation, qui avait pu dans les Gaules, se concilier d'abord avec le Christianisme, faisait corps avec le polythéisme dans les pays du Nord, et l'épiscopat n'aspirait qu'à la détruire. Gharlemagne entrepritdonc de renverser, chez les Saxons, le bûcher avec les autels. Les Saxons résistèrent, et tout le monde sait avec quelle opiniâtreté ils défendirent leurs droits et leur indépendance, sous le commandement de leur

vaillant chef Witikind. Charlemagne dirigea contre eux jusqu'à neuf expéditions, de 771 à 795. Un de ses édits ou Capùulaires, daté de 789, est intitulé Capitulatio de partiôus Saxoniœ ne corpora defiinctorum cremantur , « Edit pour la Saxe, afin d'empêcher la crémation des corps des défunts. »

Comme tous les peuples de la race Gétique, les Saxons croyaient à l'immortalité de l'âme et Appien a pu dire des Germains comme d'autres le disaient des Gaulois : « Ils méprisent la mort dans l'espérance de la résurrection. »

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