‹ La crémation et ses bienfaits; son histoire chez tous les peuplesChapitre 14 sur 40 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LA CREMATION SCANDINAVE

On attribue auxFinnois, peuple de race tchoude, ouralienne ou allaïque, se rattachant à la famille tartare, ceux des tumuli de la Scandinavie où Ton ne trouve que des ossements. Les tumuli à crémation auraient été construits plus tard par deux peuples de race aryane : 1° Une branche des Kymris chassés par les Scythes des contrées orientales de la Mer Noire et arrivée en Scandinavie six cents ans environ avant notre ère. 2° Les tribus Gothes ou Scandina-

ves qui commencèrent à y pénétrer au commencement du troisième siècle avant J.-C.

Tout peuple émigrant portait devant lui son dieu principal, renfermé dans un coffre sacré, et se dirigeait par ses oracles. Les vieilles légendes égyptiennes et helléniques nous en fournissent maints exemples. L'Amérique, ellemême, nous montre Vistli-Bochthi conduisant les Aztèques du pays des Sept Grottes, jusque sur le plateau de l'Anhauac, où ils fondèrent Mexico. De même les Kvmriset les Scandinaves avaient été guidés, les premiers parHu, le puissant, Hu-Gadarn, et les seconds par AYodan, qui, dans la suite, furent pris pour des chefs et des rois, sans cesser d'être des dieux.

C'est à Wodan que les Scandinaves attribuaient la crémation.

Wodan, Vooden, Votan, dont nous avons fait Odin, n'était qu'une forme altérée du nom de Bouddha, dont la racine sanscrite était Bodhet qui signifie l'intelligent, l'éclairé. Les asiatiques laissant tomber la syllabe finale disent Bod, Bot, Boud ; les Chinois ont changé le b en /et prononcent Fo. Les Scandinaves avaient remplacé le b par le iv et de dha ils avaient fait Dan, Den ou Din. Or, Bouddha ou Boudha, était le nom sanscrit de Mercure, et il en était de même

d'Odin, si bien que les adorateurs de ce dieu donnaient au mercredi, jour consacré à Mercure, le nom de jour d'Odin, Wodenstag, en anglais Wodnesday.

La crémation Scandinave avait donc une origine bouddhique, et c'est un fait qu'il importait de constaterici. La religion odinique, elle-même, renfermait beaucoup d'éléments empruntés à un Bouddhisme corrompu qui s'était répandu, plusieurs siècles avant notre ère, jusque sur les bords de la Mer Noire, d'où les Scandinaves étaient partis, comme les Kymris, et où elle s'était mélangée avec beaucoup de légendes empruntées à la mythologie grecque.

Nous voici en pleine crémation.

Odin a perdu son fils, le jeune et beau Balder le plus bienfaisant des dieux et l'amour de tous les êtres. Un vieillard aveugle, — mais cet aveugle, c'est le destin, — l'a tué avec un ra-

meau de la plus inoffensive et de la plus vénérable des plantes, le gui. A cette nouvelle, le front d'Odin se couvre d'un sombre nuage, et l'épouse bien-aimée de Balder, Nana, meurt dans l'excès de sa douleur.

Les dieux préparent à Balder de magnifiques funérailles. Amenant près du rivage le colossal navire Ringhorn, ils dressent sur ce vaisseau un grand bûcher et y déposent le corps de Balder et celui de sa chère Nana. Les êtres de toute espèce défilèrent, pleins de tristesse, autour du bûcher, où chacun d'euxdéposaquelqu'objet précieux. On distinguait parmi eux, Odin avec ses corbeaux, Frigga et les \Valkyries. Frey était dans un char auquel on avait attelé le porc appelé Gyllemborste ou Slidrugtanne. Hermidall montait Gulltopp, et Freya était dans un char attelé de chats. Des Hrimthusars, des géants de montagnes et une foule d'autres personnes se pressaient autour du bûcher. Odin y jeta l'anneau Droepner, en prononçant des paroles mystérieuses. Depuis lors, toutes les neuvièmes nuits, huit anneaux du même poids tombent de Droepner. Le cheval de Balder et tout son équipement furent aussi placés sur le bûcher, ainsi que son nain favori, queThor avait précipité dans les flammes. On lança ensuite vers la pleine mer, le

navire que surmontaientles flammes ardentes du bûcher; le feu attaquabientôt le navire lui-même etles dieux, réunis sur le rivage, avecla multitude des êtres contemplaient ce spectacle grandiose.

Retranchez, de cette mise en scène, son encadrement fantastique, et vous aurez le tableau fidèle d'un des modes de la crémation Scandinave ; car, de même que Balder fut brûlé sur son navire Ringhorn, ainsi les chefs de guerre, les Seakings « les rois de la mer » faisaient élever leur bûcher sur leur navire à formes de dragon. Richement pavoisé, chargé des objets qui étaient chers au défunt et des dons de toutes sortes apportés par ses parents, ses amis, ses clients, le navire ainsi frété pour l'éternité, était détaché du rivage et poussé au large, lorsqu'on avait accompli, autour du bûcher, tous les rites funéraires.

On voit encore en Suède, en Norvège et surtout dans le Bléking et dans l'île de Gothland, beaucoup de tumuli présentant la forme d'un navire. Les côtés sont construits en pierres, et les mâts sont remplacés par de grands piliers ou menhirs.

Ces tombeaux dont les paysans ont détruit un grand nombre pour en utiliser les matériaux, n'avaient-ils été consacrés qu'à la mémoire des

hommes qui s'étaient distingués sur la mer ? Cetteopinion n'arien d'invraisemblable, caraprès la conquête du pays, les Scandinaves ne connurent guère d'autres expéditions que les expéditions maritimes, de sorte que presque tous les guerriers, leurs nobles hommes, étaient pour ainsi dire des gens de mer.

Il ne faut pas oublier, néanmoins, que le navire était un haut symbole religieux. Beaucoup de peuples plaçaient le séjour des âmes dans des îles où elles étaient transportées par des navires mystérieux. Les vastes plaines de l'air, que les âmes devaient traverser pour entrer au ciel, étaient comparées à un immense océan, sur lequel on faisait naviguer les dieux dans leurs na~ vires d'or. Le soleil lui-même n'était que le vaisseau Ringhorn, dirigé par Balder. Les Slaves, qui n'étaient pas un peuple navigateur, élevaient leurs bûchers sur des barques, dans les fleuves, et l'on connaît dans l'Inde, au milieu des montagnes, des tribus qui déposent leurs morts dans de petits navires, sur les bûchers où ils doivent être consumés par les flammes. Nous devons rappeler, enfin, que les bouddhistes, pour exprimer le passage de l'âme, de notre monde dans le monde de l'éternelle félicité, disent qu'elle est passée à Vautre rive.

Nous pensons donc, sans oublier les « rois de la mer», que le rôle funéraire du navire en Scandinavie, était avant tout, symbolique et mystique.

On ne laissait pas s'en aller seuls, les chefs qui faisaient sur leur navire en feu, le voyage de l'autre monde. Balder s'y était embarqué avec Nana,on l'y avait fait accompagner par son nain favori, représentant son entourage et l'on n'avait pas oublié son cheval. Ainsi en était-il pour les chefs et pour les grands personnages. Les Sayas nous parlent de huit hommes et de cinq femmes qu'on donnait pour compagnons de route à chacun d'eux, sans compter son cheval et les animaux qu'on offrait en sacrifice. 11 y avait des victimes obligées et il y avait aussi des victimes volontaires.

IsaïeTegner, profondément versé dans la connaissance des antiquités Scandinaves, nous représente les funérailles du roi Bêle. 11 est décidé

qu'on ne le laissera pas partir sans être convenablement accompagné. « Alors se leva Thorsten le paysan, et il dit : « Il n'est pas bon que le roi s'en aille seul chez Odin. Nous avons partagé les vicissitudes de la vie, ô roi Bêle, et la mort, je l'espère, nous la partagerons aussi. » (Frithiofs Sâegœ, tome II, pages 10 et 11.

Un des fils partait quelquefois avec son père, et plus souvent encore, obligatoirement, peutêtre, à une certaine époque, la veuve ou l'épouse que le défunt préférait, s'il en avait plusieurs, s'embarquait avec lui pour les régions inconnues où il allait aborder. S'il y avait des épouses assez résignées pour accomplir sans répugnance, et même avec joie, ce sacrifice, comme dans l'Inde, dans la Thrace et dans d'autres pays, il en était qui n'envisageaient pas sans terreur cette perspective. On le comprend d'autant plus aisément que l'épouse était souvent une mère. Le passage suivant d'Olaus Triggesen nous fait entrevoir toutes les tempêtes intérieures que devait soulever souvent ce rite féroce.

« Eric, roi de Suède, renvoya Segride sa femme, parce qu'il ne pouvait souffrir son humeur insolente et impérieuse ; d'autres toutefois, — ajoute-t-il, — prétendent que ce fut elle-

même qui voulut le quitter, parce qu'elle avait appris qu'il n'avait plus que dix ans à vivre et qu'elle aurait été obligée de mourir avec lui, suivant la loi du pays. En effet, Eric avait fait vœu, dans une bataille, de se tuer au bout de dix ans. »

Des régions caueassiennes, sa patrie primitive, l'homme du Nord avait rapporté les instincts et les goûts des loups et des vautours. Il n'aimait que la guerre et ne rêvait que la proie. Il avait dû être, jadis, pirate sur la mer Noire. Lorsque la vieillesse venait paralyser ses forces, lorsque son bras trahissait son courage, il prenait la vie en dégoût et n'aspirait plus qu'à forcer la porte du paradis d'Odin, en sortant de la vie par un acte de courage. Il faisait donc lui-même les préparatifs de ses funérailles et se brûlait tout vif, soit sur un navire, soit sur la terre. 11 avait aussi la satisfaction d'entendre, de ses propres

oreilles, retentir en son honneur, le chant fameux de la Drapa ou hymne funèbre qu'on entonnait aux funérailles des héros dont la mort avait réjoui le cœurd'Odin.

Ceux qui sortaient ainsi de la vie, prétendaient obéir à Odin, car il appelle à lui tous les braves qui périssent de mort violente, et surtout par le fer ; aussi se faisaient-ils donner sur le bûcher, un coup de poignard dans le cœur. Les traditions mentionnent souvent ces morts volontaires, et Procope qui constate cet usage chez les Hérules, une des tribus Scandinaves de la Norvège, nous a laissé une longue description des cérémonies qui accompagnaient cette crémation prématurée.

Les manants et les bourgeois qui avaient un paradis particulier, se contentaient d'attendre paisiblement que la mort leur en ouvrît les portes et n'éprouvaient pas de honte à se laisser surprendre par elle dans leur lit.

11 s'élève, dans les pays Scandinaves, une multitude de tumuli qui présentent les formes ordinaires des tombeaux de cette espèce. Les archéologues ont voulu les classer chronologiquement, d'après les objets qu'ils renferment : pierres grossièrement taillées, pierres polies, bronze et fer. Mais cette classification est souvent illusoire.

Les tumuli étaient et ne pouvaient être que les tombeaux des chefs et des grands personnages. La légende attribue à Odin certaines règles relatives à ces monuments, aux symboles qui devaient y être ajoutés, et aux sépultures en général. Voici ce que V Ynghinga Saya nous apprend à ce sujet.

« Il arriva qu'Odin mourut dans le Swithjod (Suède) et dans sa dernière maladie, il ordonna que son corps fût traversé par une lance, afin d'attirer à lui tous ceux qui succomberaient dans les batailles, déclarant qu'il allait à God-

heim, préparer une joyeuse demeure à ses amis. Les Sviar (Suédois), sont persuadés qu'il est retourné à Asgard, pour y jouir de la vie éternelle.

« Après sa mort, il fut placé sur un bûcher funéraire et brûlé avec une grande pompe. A cette époque, les hommes croyaient que plus les flammes du bûcher montaient dans les airs, plus la demeure du mort dans le ciel serait élevée et que plus on brûlait de richesses avec le corps, plus riche on se trouverait dans les demeures célestes.

« Odin établit dans ses nouvelles possessions les lois et les usages des ^Esir (Ases). Ils ordonna que les corps seraient brûlés avec toutes les richesses des défunts, afin qu'ils puissent emporter avec eux dans la Valhalla, tout ce dont ils avaient joui sur la terre.

« Il ordonna aussi que les cendres seraient enterrées ou jetées dans la mer et que des haugs (tumuli) seraient élevés à la mémoire de ceux dont la vie et les actions d'éclat les rendraient dignes de cet honneur. 11 voulut enfin qu'on élevât sur ces haugs des Bouta-Stenar (piliers de pierre), pour les plus illustres. »

On donnait aussi aux piliers de pierre ou menhirs, mentionnés ci-dessus, le nom très ca-

ractéristique de Séjer-Steinar ou pierres de victoire. Ces monuments, haugs et piliers de pierre, étaient donc le privilège exclusif des personnages les plus distingués. Que restait-il au peuple?

Le droit du bûcher, commun à tous, est celui d'enterrer ou de jeter à la mer ou dans les eaux, les cendres des défunts. Ces deux modes de sépulture existaient, en effet, dans la Scandinavie comme dans Flnde.

On rencontre dans les contrées du Nord, beaucoup d'urnes enfoncés dans la terre et, en général, à une très petite profondeur. Parfois ces urnes sont enterrées en nombre considérable, sur les flancs des grands tumuli, transformés de la sorte en cimetières communs, ce qui rappelle les cavernes-cimetières et les tumuli-cimetières de la Gaule, celui, par exemple, de Bougon, dans les Deux-Sèvres ; mais on préférait, dans beaucoup de parties de la Scandinavie, les sépultures aquatiques aux sépultures terrestres.

Après avoir brûlé le défunt, on transportait ses cendres et ce qui restait des os, au bord d'une rivière, d'un lac, d'un étang, ou au bord de la mer; on les plaçait dans une barque, avec un mobilier pour le défunt, et après avoir conduit au large cette embarcation, on la faisait

couler à fond. Nous retrouvons ainsi en Scandinavie, le Gange, les rivières, les lacs et les étangs sacrés de l'Inde.

On a reconnu, de nos jours, une vingtaine de ces cimetières aquatiques, dans les lacs, étangs ou tombières, situés sur les côtes orientales de Slesvig et de Jutland, dans le nord de la Fionie, dans File de Bornholm. etc.

Ces amas d'eaux dormantes sont devenus des mines archéologiques, pour ainsi dire inépuisables. On a trouvé dans quelques-uns de ces dépôts, des monnaies romaines du 11e et du 111e siècles après notre ère, ce qui prouve l'antiquité de cet usage funéraire chez les Scandinaves, qui l'avaient certainement apporté de leur patrie primitive.

Souvent les eaux sont meilleures conservatrices que la terre, des dépôts qu'on leur confie. On a donc retiré de plusieurs de ces sépultures, des étoffes et des vêtements de laine bien conservés et une multitude de bijoux, d'ustensiles, d'objets en or, en argent, en fer, en acier, en cuir, en os, en verre; des armes de toute espèce, des harnais de chevaux, des outils, etc. Les produits de fabrique romaine y sont très nombreux et rien ne prouve mieux l'activité des relations commerciales qui s'étaient établies entre les

pays du Nord et les centres industriels de l'empire. Des barques entières, dont Tune n'a pas moins de vingt-trois mètres de longueur ont été retirées de ces eaux; elles étaient chargées de l'ameublement des défunts.

L'inhumation avait persisté chez la Finnois, dans les provinces où ils avaient la supériorité du nombre. Il en était ainsi dans les îles danoises, aussi les conquérants qui s'y étaient établis abandonnèrent-ils de bonne heure, par esprit de conciliation, le noble rite de leur race, la crémation, pour se faire inhumer à l'exemple des indigènes. On attribue cette conversion au prétendu roi Dan, personnification du peuple Danois, qui aurait régné à la fin du premier siècle après J-G. Mais la crémation s'était maintenue dans les autres pays Scandinaves. Le Christianisme qui s'y introduisit sous le règne de Swen, Svénon, ou Suénon de (986-1014), la fit

partout disparaître. Il ne pouvait la tolérer, en effet, parce qu'en elle se rencontraienttous les principes de la religion d'Odin. Le Brunaold « l'âge de brûler, » la période de la crémation, avait duré seize cents ans dans les terres Scandinaves, depuis l'arrivée des Kymris jusqu'au roi Sven dont nous venons de parler.

VJI

Du bûcher Scandinave, comme de celui de tous les peuples de race aryane, l'âme s'élançait vers ses immortelles destinées. Ce grand dogme, sans lequel il n'y a pas d'humanité dans le sens élevé, dans le vrai sens de ce mot, se dégage avec éclat des étranges fantasmagories de la mythologie du Nord. Il se rattachait certainement, dans l'origine, à un système profond dont on saisit aisément les traits caractéristiques, dans le chaos des légendes populaires.

La religion de Wodan, que les Scandinaves avaient reçue, déjà fort altérée, sans doute,

lorsqu'ils habitaient à l'orient de la mer Noire, avait été obscurcie parles croyances inférieures des hordes turques qui étaient entrées en rapport avec eux, et qui les suivirent jusque sur les bords de la mer Baltique; l'influence de la race finnoise indigène compléta le chaos, et la lumière finit par s'étendre presque entièrement dans ces ténèbres.

Il ne resta plus du Bouddhisme odinique que des reflets qui passent parfois, comme des éclairs, à travers les légendes et des traces au milieu des ruines, comme le professeur Holmboe Fa démontré dans un très intéressant mémoire.

Revenons maintenant au mythe de Balder, pour montrer à quel ensemble doctrinal se rattachait, chez les Scandinaves, le dogme de l'immortalité de l'âme. Et d'abord, qu'est-ce que Balder ? On peut voir en lui Hercule se brûlant sur l'OEta; la mythologie Scandinave avait fait, sur les rivages de l'Euxin, trop d'emprunts, à celle de la Grèce, pour autoriser la saine critique à protester contre cette assimilation. 11 fait songer, en même temps, à Atys, à Adonis,, à Osiris. Il est Apollon, il est le soleil qui, sur son char de feu, se couche tous lessoirs dans l'Océan ; au point de vue où l'envisage la légende du Nord, il est surtout le dernier soleil du monde,

et l'on peut dire, lorsqu'il se couche, ce que le chant breton des séries dit après la bataille des douze signes. « Rien, maintenant, rien ! plus rien. » 11 est, dans tous les cas, un dieu victime, comme tous ceux que nous venons de nommer ; victime du destin, victime de la mort ; mais Odin place son fils sur le bûcher, où tout se transforme, l'abandonne au feu, principe de vie, et se penchant sur son corps inanimé, il lui dit à l'oreille deux paroles. La première est un adieu ; la seconde est une promesse, et quelle promesse? La promesse éternelle, celle de la vie sans fin, car la mort n'est que le phénomène nécessaire du passage à une vie nouvelle. Laissons maintenant lasybille Scandinave, la Vola expliquer, la mort de Balder.

« Je sais dit-elle, beaucoup de choses; je vois, dans l'éloignement, les ténèbres se répandre sur les puissances et leur dernier combat. Les chaînes se brisent, le loup s'enfuit. ... Le feu prendra à la terre au son de Gjallar, cette trompe antique. Heimdall en donne avec force ; elle retentit dans les airs. Surtur vient du Sud avee ses torches agitées par le vent. Son glaive est éclatant comme le soleil des dieux ; les montagnes de granit craquent; les géants chancellent; les hommes prennent le chemin des salles de la mort. Le

ciel se fend, le soleil va s'obscurcir, la terre s'abîmera dans l'Océan, les brillantes étoiles tomberont du firmament : la vapeur fermentera pour s'élancer en feu flamboyant ; la flamme attaquera le ciel lui-même. »

Tout brûle, tout flambe, tout s'écroule... Les destinées sont accomplies; maislascènechange. La Vola voit sortir, de l'immense Océan, la terre verdoyante, produisant d'elle-même de riches moissons ; les Ases retrouvent dans l'herbe rajeunie les merveilleuses tablettes d'or qu'ils avaient perdues ; Balder, au front rayonnant, apparaît pour faire la joie des dieux et des hommes et rebâtit la salle des prédestinés d'Odin... La divine promesse est accomplie ; la Vola cesse de chanter et, se tournant vers nous, elle nous jette pour la dernière fois, son refrain: « Et maintenant, s'écrie-t-elle, me comprenezvous, oui ou non? »

Les paroles de la Vola rappellent le fond magnifique des doctrines orientales et du druidisme, puisées aux-mêmes sources et dans les mêmes régions que l'Odinisme. Tout change, rien ne meurt. Individuelle ou collective, la vie est un fleuve qui a sa source en Dieu et dont le cours est éternel.

Page 1