‹ La crémation et ses bienfaits; son histoire chez tous les peuplesChapitre 18 sur 40 · L ORTHODOXIE BOUDDHIQUE ET LA CREMATION · texte numérisé non relu

L ORTHODOXIE BOUDDHIQUE ET LA CREMATION

Il y a toujours une part de vérité dans les légendes. Celle de Bouddha atteste que la religion dont il est la personnification magnifique, prit naissance au sein des populations aryanes de l'Inde septentrionale. Sa doctrine toute entière découle du Brahmanisme, etles non-Aryas eux mêmes avaient accepté cette origine.

Avec son caractère égalitaire, démocratique et réparateur, le Bouddhisme ne pouvait manquer d'être accueilli avec faveur par les masses déshéritées. Mais l'esprit populaire, rempli de

superstitions detoutes sortes, le surchargea d'une multitude d'éléments hétérogènes. Des sectes nombreuses se formaient et chacun se faisait un Bouddhisme à sa guise et avait ses livres particuliers. C'était un chaos. Le grand concile qui se réunit à Patalipoutra, sous le règne d'Açoka, (363-326), voulut rétablir la doctrine gravement compromise. La nouvelle orthodoxie fut faite, tout naturellement, à l'image dessectes qui formaient la majorité et qui se composaient de religieux recrutés dans toutes les classes delà population. C'est de ce concile que relève le bouddhisme de l'Inde, de Ceylan, du Cambodge, de Siam.

La confusion alla toujours croissant; les récits, les légendes, les doctrines et les livres les plus contradictoires se multipliaient; une refonte générale délivres sacrés fut jugée nécessaire. Le soin en fut confié à un nouveau concile qui eut lieu, vers le commencement de notre ère, à Kachmir, sur Tordre du roi Kanichka, prince de race touranienne, dont l'autorité s'étendait jusqu'aux frontières de la Perse.

11 serait important de savoir quels furent les éléments populaires dont l'infusion dans les livres canoniques donna au Bouddhisme dunord, sa forme actuelle. Il est malheureusement im-

possible de pénétrer assez avant dans ce fatras religieux pour bien débrouiller un écheveau théologiquesi emmêlé. Ilest certain, néanmoins, que le dravidisme saturnien joaa dans l'élaboration postérieure du Bouddhisme, le rôle le plus important. Qui donc, en effet, si ce n'est lui, aurait fait accepter au Bouddhisme, son dolmen, transformé, il est vrai, avec son gigantesque tumulus, abandonnés depuis des siècles par les Aryas hindous ? Qui lui aurait fait accepter sous le nom de Papayan, le Typhon ahrimanien? Qui aurait introduit dans ce culte les divinités qui caractérisaient celui de Saturne-Siva, et particulièrement ses divinités féminines, universellement adorées dans le Bouddhisme tibétain? Quiaurait tailléen l'honneur du Bouddha, les grottes merveilleuses des pays dravidiens, où sont réprésentées les scènes principales de la mythologie sivaite? 11 est vraiment impossible d'expliquer autrement que par l'influence dravidienne cet étrange phénomène d'association du culte le plus sauvage et de la plus douce des religions qui aitétéjamais prêchée aux hommes. Mais l'étonnement cesse, quand on se rappelle que Bouddha était Mercure et que Mercure était le compagnon inséparable de Saturne.

Un autre fait, qui se rapporte au même ordre

d'idées, doit être encore signalé. Tout le monde connaît la figure du Bouddha, dont le type est partout consacré. Or, ce type n'a rien de celui de l'Arya, del'lndo-européen. Il est, au contraire, celui du dravidien du Sud, qui, seul, a pu faire le maître à son image.

Il est à supposer encore que c'est à la race dravidienne que le Bouddhisme avait emprunté le culte des reliques, qu'il transmit plus tard à l'Europe.

Ayant adopté letumulus, comme nous venons de le dire, le Bouddhisme le propagea partout avec la crémation. Se faire enterrer sous un tumulus, n'était-ce pas imiter le Bouddha? On n'avait point, il est vrai, élevé un tombeau spécial à Sakya-Mouni; mais après l'incinération de son corps, on s'était partagé tout ce qui restait de lui, les fragments de ses os, ses dents, ses cheveux, les rognures de ses ongles, les vê-

tements et les objets dont i! s'était servi, et sur la moindre de ces parcelles, on construisait un énorme tumulus, qui était un tombeau du Bouddha. On élevait même en son honneur des tumuli purement commémoratifs et sans reliques.

L'antique tombeau saturnien reçut ainsi du bouddhisme une extension nouvelle. Toute l'Asie en fut couverte, pour ainsi dire, et les Kourgans qui se développent en files immenses, depuis les frontières de la Chine et de la Sibérie jusqu'à la Mer Noire, ne sont pour la plupart, sans doute, que des variétés du tumulus bouddhique. Beaucoup de ceux qui renferment des corps inhumés, peuvent même appartenir à des fidèles de Sakya-Mouni, car le siège lamaique de Lhassa, n'accorde pas à tous les défunts les honneurs de la crémation.

On donne, chez les hindous, au tumulus, le nom de Stoapa, par abréviation tope, qui a la même signification d'amas, de morceau. On donne spécialement le nom de Tclialya aux monuments dont la destination est définie par le mot lui-même, qui veut dire « dépôt de reliques. » A Ceylan, on les appelle Data gopa ou Dagoba expression qui a le même sens, mais qui s'applique aux templescar ils sont eux- mêmes des

réceptacles de reliques. On a trouvé beaucoup de stoupas dont la hauteur ne dépasse pas deux mètres ; on en connaît d'autres dont la masse énorme s'élève jusqu'à cent mètres.

Dans les pays barbares où la crémation s'établit, des pratiques mauvaises la troublèrent maintes fois. L'extrême mansuétude du Bouddhisme et son esprit de tolérance durent faciliter maints empiétements regrettables. On vit même, dans des cas, il est vrai, fort exceptionnels, des bouddhistes sacrifier sur le bûcher des victimes humaines ; mais il serait aussi injuste d'en faire un crime à cette religion bienfaisante et douce, que de rendre le Christianisme responsable des pratiques sauvages de quelques sectes hérétiques de la Russie et de tous les actes defanatisme qui ont été accomplis dans le monde au nom de Jésus.

Il n'était point inspiré par le Bouddha, ce roi dravidien du Goronadel qui, le jour de son avènement, faisait prendre à quatre cents jeunes gens, pour être plus sûr de leur fidélité, l'engagementdesebrûlertous,le jour où le bûcher s'allumeraitpour lui. Ilégréoait du matin au soir son long chapelet, enl'honneur du Bouddha, mais il n'était point son vrai disciple. Les rois du Goronadel n'avaient fait que maintenir, en adoptant

la fui bouddhique, une vieilleinstitution du despotismeoriental.il ne faut pas oublier, d'ailleurs, qu'il n'existait point, au sein du Bouddhisme, un pouvoir central qui pût exercer au loin une action directrice. La papauté tibétaine uedate que du xme siècle, et celle que les Barménides avaient fondée à Balkh, où elle disparut devant l'invasion musulmane, n'étendait pas son autorité au delà de la Bactriane.

Le Bouddhisme avait donné un essor extraordinaireaux beaux arts. Le cultedes reliques avait produit des merveilles d'orfèvrerie, et cet art avait atteint une telle perfection, qu'on représentait en or, en argent, en pierres précieuses tous les épisodes, même les plus compliqués, de la légende du Bouddha. On trouve la description de quelques-uns de ces chefs-d'œuvre, dans les Chroniques de Ceylan et particulièrement dans le Mahawansi.

On prétendait que le Bouddha avait donné l'ordre démultiplier le plus possibleson portrait, et on le reproduisait de toutes les manières et de toutes les grandeurs ; on le gravait sur les pierres fines ; on le dessinait sur le papier et les dévots en faisaient distribuer des millions et des millions d'exemplaires. On taillait, dans les rochers des statues colossales de Sakya-Mouni; on voit encore à Siam et au Japon plusieurs de ces colosses de quatre-vingts à cent pieds de hauteur. On construisait partout la symbolique pyramide ; des temples delà plus grande magnificence semblaient éclore comme par enchantement. Les œuvres de charité n'étaient pas moins grandioses.

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