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CHAPITRE XVIII

LA CREMATION A CEYLAN

Geylan, Singhala des indigènes, Lanka des Hindous, la Taprobanes des Grecs, la Serandib des Arabes, était encore plongée dans la barbarie, sauf quelques parties de la côte, lorsque le Bouddhisme s'y introduisit, au ine siècle avant notre ère et l'éleva bientôt à un haut degré de prospérité. Elle fut redevable de ce bienfait au puissant monarque hindou Açoka, qui régna de 263 à 226. Secondé avec dévouement par Patisa, roi de Geylan, devenu son vassal, il n'avait rien négligé pour amener la prompte conversion des Singhalais. 11 avait envoyé dans l'île beaucoup de religieux et de religieuses placés

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sous la direction d'un de ses fils nommé Mihindou et de sa fille Sanga-Mitta, qu'il avait fait entrer tous deux dans les ordres, et qui fondèrent des couvents d'hommes et de femmes.

Açoka n'était pas moins attaché à la crémation qu'au Bouddhisme. 11 l'avait bien prouvé par les bûchers splendides qu'il avait fait élever aux religieux éminents, morts sous son règne et à sa femme, la reine Asandé Mitta, morte l'an 230. Son fils et sa fille établirent donc la crémation àCeylan où ils furent brûlés eux-mêmes en grande pompe, comme nous l'apprend la grande chronique ceylanaise, le Mahawansi, « Outiya, dit ce livre, frère et successeur du roi Patissa, sous le règne duquel le Bouddhisme s'établit à Geylan, célébra la crémonie funèbre du grand-prêtre Mihindou-Maha « Mihindou le grand», qui avait complétésa soixantième année. 11 célébra aussi les funérailles de la grande prêtresse Sanga-Mitta qui avait dépassé sa soixanteet-unième année.

« L'endroit où fut brûlé, selon l'usage, le corps du grand-prêtre, fut, depuis ce temps, appelé d'un nom qui en perpétua le souvenir. On re cueillit la partie de ses os qui n'avait pas été détruite par le feu. La moitié fut placée dans un tombeau que le roi fit élever au lieu de la cré-

mation, et le reste de ces os fut réparti entre tous les temples où des tombeaux avaient été préparés pour les recevoir. Les os de la prêtresse Sanga-Mitta furent déposés dans un tombeau que le roi fit construire à l'endroit où avait été dressé le bûcher funèbre. »

LeMahawansi nous fait ainsi connaître la crémation ceylanaise dès son origine. La foi Bouddhique n'excita dans aucun pays, plus d'enthousiasme qu'à Geylan et ne produisit des œuvres plus admirables de bienfaisance et de charité. Elle inspirait, en même temps, aux rois eux-mêmes, un esprit d'humilité sincère et profonde qui humanisait leur pouvoir absolu. Il est tel monarque ceylanais dont l'histoire semble être une paraphrase de celle desaint Louis, plus jeune pourtant de beaucoup de siècles. Ils s'abreuvaient, en effet, à la même source, ils élevaient au même idéal leurs pensées, avec cette différence, que le Bouddha de saint Louis s'appelait le Christ et que le Christ des rois de Geylan s'appelait le Bouddha. Cette humilité se manifestaitjusque dans les funérailles. Ecoutons un voyageur arabe du ixe siècle :

« Quand le roi de Serendyb meurt, — écritil, — on le traîne sur un char, très près du sol ; le corps est attaché au derrière du char, de ma-

nière que l'occiput de la tête traîne par terre et que les cheveux ramassent la poussière. En même temps, une femme, tenant un balai à la main chasse la poussière sur la figure du mort et crie ces mots : « ô hommes, cet homme était encore hier votre roi ; il vous gouvernait et ses ordres étaientexécutéspar vous. Voilà oùilen est réduit. Il a dit adieu au monde, et Fange de la mort s'est saisi de son âme. Ne vous laissez donc plus séduire par les plaisirs de cette vie. » Cette cérémonie dure trois jours. Ensuite on apporte du bois de sandal, du camphre et du safran et on brûle le corps au milieu des aromates, après quoi, on jette les cendres au vent. Tous les Indiens brûlent leurs morts. Quelquefois, lorsqu'on brûle le corps du roi, ses femmes se précipitent sur le bûcher et se brûlent avec lui, mais il dépend d'elles de ne pas le faire. »

La légende nousapprend qu'après avoir laissé la trace de son pas au sommet du pic d'Adam, le Bouddha, d'une enjambée, posa le pied sur une montagne du Pegu et de là sur une montagne du royaume deSiam, située à 130 kilomètre de Bag-Kok, où il laissa également sa trace. Cette dernière montagne nommée Préa-bat, le « pied sacré, » est l'objet d'un grand pèlerinage. La crémation avait enjambé la mer avec lui.

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