LÀ CRÉMATION DANS L'ASIE ORIENTALE
De l'Inde où le Brahmanisme avait, depuis des siècles, propagé le bûcher funéraire, la crémation passa avec le Bouddhisme, dans les régions transgangétiques, jusqu'à la Chine et jusqu'à l'Océan Pacifique. Elle s'établit chez les Maghas ou Aragkans, chez les Barmans ou Birmans, chez les Pégouans, chez beaucoup de peuples de la Chine, chez les Siamois, les Chan de Laos, les Kmer ou Cambodgiens, les Annamites, les Tonkinois, etc.
Sous l'heureuse influence de la doctrine et du culte de Bouddha, ces populations se transformèrent et il y eut, parmi elles, une éclosion magnifique de tous les arts de la civilisation. Le
pays se couvrit de monuments remarquables et grandioses , dont les ruines font encore aujourd'hui notre admiration , depuis l'Inde méridionale et Geylan, jusqu'à Siam, jusqu'à Ang-Kor, dans le Cambodge.
Les missionnaires, qui convertirent ces contrées, prirent souvent la voie de mer, et les pieux monarques du Geylan contribuèrent puissamment à cette propagande qui fit du pâli la langue sacrée à Siam, dans le Cambodge et jusqu'aux îles de Java et de Bali, à des époques diverses que nous ne saurions préciser.
Nous n'entreprendrons pas de décrire les rites de la crémation dans tous ces pays. Il suffira d'en parler d'une manière sommaire, en consacrant quelques développements particuliers à la crémation siamoise qui en offre le type le plus remarquable.
En général, dans toutes les régions situées à l'Est de l'Inde, les populations ont une tendance marquée à garder les morts le plus longtemps possible à la maison. La loi chinoise défend de dépasser le délai d'une année. Partout, on a soin de se pourvoir à l'avance d'un cercueil bien conditionné, en bois dur et épais et fermant hermétiquement pour empêcher les émanations putrides. Les funérailles, comme dans
tous les pays du monde, sont suivies d'un repas funèbre, et celles des grands personnages sont accompagnées de représentations théâtrales, comme celles des Grecs et des Romains étaient accompagnées de jeux. Le luxe est porté par les familles à l'excès et, parfois, jusqu'à la ruine. Le blanc est la couleur du deuil.
Des figures d'animaux, de maisons, de palais,de meubles en papier, en osier, brûlées sur le le bûcher, remplacent les anciens sacrifices. Dans la plupart de ces contrées, on exclut de la crémation, comme chez les Brahmanistes, comme chez les Romains, les tout petits enfants, les hommes tués par la foudre, les criminels et quelques autres catégories de personnes.
A. Bali, la petite Java, le Brahmanisme l'ayant emporté de beaucoup, par le nombre, sur le Bouddhisme, la veuve est obligée encore aujourd'hui de monter sur le bûcher qui, en ce pays de polygamie, impose souvent à plusieurs veuves à la fois ce suprême devoir.
Chez les Birmans, la nécessité de funérailles honorables a donné lieu à la formation de sociétés de secours mutuels, dont les attributions s'étendent au-delà de cette préoccupation dominante.
Au Cambodge, « cet illustre royaume des
Kmer, » nom que les habitants donnent à leur pays, noyau, jadis, d'une puissante monarchie, la crémation a lieu avec assez de solennité : mais dans la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin, elle a disparu à peu près. Ces pays sont pourtant bouddhistes, mais leur Bouddhisme s'est tellement surchargé de croyances ou plutôt de superstitions étrangères, qu'il est à peine reconnaissable. L'influence chinoise s'est, d'ailleurs, exercée si longtemps sur ces contrées que son mandarinat en était devenu le maître. L'inhumation l'a donc généralement emporté, car les lois du Céleste Empire, tout en tolérant le Bouddhisme, lui ont interdit, jusqu'à présent, le bûcher.
Au Japon, où le Bouddhisme a pris un grand développement, depuis le cinquièmesiècle de notre ère, la crémation a lieu concurrément avec l'inhumation qui est le mode funéraire de l'ancienne religion nationale, celle de Kamis, ou âmes des ancêtres.
Ce qui caractérise la crémation japonaise, c'est qu'il existe dans les faubourgs des grandes villes des établissements où l'industrie privée réduit en cendres les cadavres, à un prix fixé d'accord avec la police. Ce sont de véritables usùima, comme on en voyait autrefois au-
tour de Home. Ces ustrima ou brûloirs s'élèvent au milieu d'un vaste enclos entouré de murs. Ils sont composés d'une grande salle très élevée, au-dessus de laquelle s'élève une haute et large cheminée, et d'une cour spacieuse. Les cadavres sont brûlés à ciel ouvert, lorsque la place manque à l'intérieur.