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LA CRÉMATION EN SIBERIE ET EN AMERIQUE

Beaucoup de tribus appartenant à la race touranienne, et que nous passerons sous silence, avaient adopté le rite du bûcher. Le Bouddhisme l'avait fait accepter, bien avant l'ère chrétienne, à de nombreuses peuplades tartares et turques, qui, plus tard, embrassèrent, en partie, l'Islamisme, et confièrent leurs morts à la terre.

La crémation avait pénétré jusqu'au fond de la Sibérie où plusieurs groupes dépopulation, la pratiquent encore ou la pratiquaient naguère, au milieu des usages funéraires des plus anciens

âges, y compris celui de faire dévorer les défunts par les chiens. Parmi les peuples adonnés à la crémation, dans cette vaste contrée, nousdevonsmentionnerles Bouriastes d'Udinsk, dans le gouvernement d'Irkousk, qui brûlaient aussi les personnes chères aux défunts, les tartares Kousnetsk, en partie, les Iakoutes etlesKoriaks.

De la Sibérie à l'Amérique, il n'y a que la largeur du détroit de Behring, c'est-à-dire, soixante six kilomètres, et cette distance a été de tout temps franchie par les habitants des deux rives opposées, sur leurs embarcations habilementdirigées. La crémation a donc pu, comme beaucoup d'autres usages, s'introduire par Je détroit, en Amérique, où elle florissait, à l'époque de la découverte, chez les peuples civilisés du Mexique.

Nous croyons pourtant qu'elle y pénétra par

une autre voie, dans les premiers siècles de notre ère.

Les anciens peuples civilisés de l'Amérique tiraient leur origine d'un pays, dit des Sept Grottes, situé au nord de la mer Vermeille ou golfe de Californie, Ces grottes rappellent les grottes ou églises souterraines en usage parmi les Bouddhistes, et tout nous porte à croire qu'il y avait, sur cette partie du littoral, un établissement de propagande fondé par des bouddhistes tartares ou chinois. Les annales de la Chine semblent avoir connu cette contrée sous le nom de Fa-Sang et elles parlent d'une expédition qui y fut envoyée en 459 et à laquelle s'adjoignirent des missionnaires bouddhistes.

Rudes, grossiers, sauvages, les habitants de ce pays reçurent dés missionnaires la crémation et les premiers éléments de la civilisation dont lesToltèques avaient mieux profité que leurs voisins et congénères les Chichimèques et les Azltèques. A la suite d'événements inconnus, les Toltèquesémigrèrentles premiers, en deux divisions, dont l'une alla s'établir sur le plateau de l'Anahuac et l'autre dans le Yucatan. C'était au ve siècle environ. Les autres tribus suivirent plus tard les Toltèques sur les hauts plateaux. Ces peuplades, encore très barbares, offraient toutes à leurs

dieux des victimes humaines et en immolaient en l'honneur des défunts, sur leurs tombes ou auprès du bûcher, car la crémation alternait avec d'autres modes funéraires.

Alors, vers le milieu du xe siècle, un personnage mystérieux débarqua sur la côte Atlantique du Mexique, venant de l'Yucatan ou du Guatemala. 11 était suivi d'une troupe nombreuse de savants, d'artistes et d'ouvriers, chargés d'enseigner à la jeunesse les sciences et les arts. 11 était d'origine étrangère, et son costume, tel qu'il est décrit dans les traditions mexicaines, rappelle celui d'un mandarin chinois.

Il prêchait l'abolition des sacrifices humains et même des sacrifices sanglants et propageait de toutes ses forces la crémation, qui n'était encore que partiellement pratiquée et qu'il voulait rendre obligatoire ; il établissait le culte du feu sacré, avec des collèges de vierges pour l'en-

tretenir ; il fondait des couvents d'hommes et de femmes et faisait construire des temples, des palais, ornés de sculpturesoù prédominaient les images du dragon. Lacroix était un de ses symboles.

Ce civilisateur était parti primitivement du pays des Sept Grottes et, ce fait joint à tout ce nous venons de dire, tend à nous montrer en lui un missionnaire bouddhiste, d'une secte hétérodoxe, qui cherchait à concilier toutes les religions qui régnaient alors en Chine ; la religion chinoise avec son Esprit du ciel, son Esprit de la terre, etc., le Bouddhisme avec tous ses trésors de charité, le Christianisme, le Parsisme et même l'Islamisme. Telle était, en effet, le caractère mixte de la doctrine qu'il enseignait aux Toltèques et aux autres tribus mexicaines. Son nom même s'explique par les détails que nous venons de donner. Le dragon était la personnification de la religion qu'il voulait introduire dans tous les pays mexicains et on l'appelait Quetzal-Goatl « le serpent emplumé, » le serpent qui a une aigrette de plumes et dont le corps est couvert de plumes. Les plumes représentaient l'air et c'est pour cette raison qu'on fit plustard, de Queetzal-CoatL, le dieu de l'air. Mais il faut se rappeler, pour comprendre ce mythe,

que le dragon chinois était précisément le symbole de l'air et des choses d'en haut, des choses célestes. Le « serpent emplumé » n'est pas représenté, il est vrai, sous la même forme que le dragon chinois. Il avait été transformé par des raisons mystiqnes ; mais le type subsistait avec sa haute signification religieuse.

On retrouve la figure du serpent emplumé dans les édifices du Mexique et dans ceux de l'Yucatan, jusque sur les frontières du Guatemala. On le voit parfois, environnait de ses replis les colonnes des monuments. Quetzal-Goatl appartenait donc à l'Yucatan comme au plateau d'Anahuac. Il est même très digne de remarque, qu'on plaçait à côté de lui, dans l'Yucatan, une autre civilisateur, Votan, dont le nom n'est qu'une forme de celui du Bouddha, appelé Wodan et Votan par les Scandinaves.

Quetzal-Goatl avait voulu, comme le Bouddha, confirmer sa prédication par l'exemple. Il avait ordonné de brûler son corps après sa mort. On éleva, en son honneur, un énorme bûcher sur la montagne Poyantecatl, et l'on vit, dit la légende, son âme s'échapper du bûcher ardent, sous la forme d'un oiseau brillant d'un éclat divin.

La réforme établie par Quetzal-Goatl, chez les

Toltèques, fat combattue avec fureur par les partisans de l'ancien culte ; les petites dynasties qui se partageaient le Mexique se liguèrent contre lui, parce que, dans son plan, il ne devait y avoir désormais pour maître suprême de l'Etat que le Souverain pontife.

C'était donc| Lme papauté bouddhique qu'il prétendait établir dans le Nouveau-Monde, à l'exemple, peut-être, de ce qui se passait déjà dans le Tibet, quoiqu'on ne fasse remonter qu'au xme siècle l'origine des Dalaï-Lamas, dans ce pays, ou à l'imitation de l'Islamisme et de la Chine. La race Toltèque fut presque exterminée dans ces guerres intestines.

La crémation n'en fit pas moins des progrès constants ; mais si l'abolition des sacrifices humains avait conservé de nombreux partisans, cette réforme avait été repoussée au Mexique et dans d'autres Etats. Aux funérailles de l'empereur Ahuitzotl, en 1487, le nombre des victimes humaines atteignit le chiffre de 80,400 !

Indépendamment de ces effroyables boucheries, qui n'avaient pas lieu, d'ailleurs, devant le bûcher, la cérémonie de la crémation des souverains mexicains dépassait en éclat et en magnificence, les cérémonies pourtant grandioses de l'apothéose des empereurs romains. Ces fu-

nérailles présentaient une ressemblance générale frappante avec celles des souverains mongols et tartares, où il se faisait aussi, avant le Bouddhisme, une effroyable dépense de vies humaines.

Il y avait dans les pays mexicains des formes de crémation très variées et très curieuses, des demi-crémations, des statues faites à l'image des défunts et renfermant les cendres des grands personnages, tandis que les cendres d'un mort, d'une condition moins élevée, étaient placées dans l'occiput de sa statue. Les plus fantastiques de ces variétés se trouvaient au Yucatan.

Des tribus sauvages avaient adopté ellesmêmes la crémation, qui s'accomplissait souvent avec des pratiques bizarres et répugnantes ; demi-crémations, absorption par les parents de cendres des morts, mêlées à une espèce de bierre, etc.

Si la conquête espagnole et le catholicisme qui la suivait, ont détruit le bûcher avec les peuples qui lui confiaient leurs dépouilles mortelles, il s'est maintenu sur beaucoup de points, chez des tribus qui avaient conservéleursindépendances et leurs antiques usages. On retrouve la crémation depuis la Calédonie anglaise, jusqu'à la Guyane ; elle a même gardé en Ca-

lédonie et dans l'ancien pays des Sept-Grottes, toute la pureté, toute la dignité qu'elle avait reçue delà réforme de Quetzal-Goatl.

Quinze siècles environ se sont écoulés depuis son apparition sur les rivages américains du Pacifique, et qui pourrait dire, si après tant de vicissitudes, elle n'est pas destinée à régner sur le Nouveau Monde tout entier ?

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