‹ La crémation et ses bienfaits; son histoire chez tous les peuplesChapitre 25 sur 40 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

LA DEMI-CREMATION

Les puissances de l'âme, qui sont les puissances de la vie, sont infuses dans toutes les parties de notre corps, de sorte que le corps ne peut éprouver une sensation quelconque, sans que l'âme ne la perçoive immédiatement et que l'état de l'âme exerce lui-même sur le corps une souveraine influence. La sensation est donc à la fois, physique et morale. Il en est de même de la souillure, elle saisit l'individu tout entier et lui inspire un sentiment de malaise intérieur dont il ne saurait se défendre.

Ce sentiment était plus vif dans l'antiquité,

qu'il ne l'est aujourd'hui, et rien ne le prouve mieux que le nombre considérable de purifications et d'expiations, qu'on avait imaginées pour effacer la souillure à tous les degrés. On voyait partout des causes d'impuretés ; on peuplait le monde d'êtres visibles ou invisibles qui pouvaient la produire, et tous les sanctuaires répétaient sans cesse avec l'Avesta : Soyez purs de pensée, purs de parole et purs d'action.

Parmi les impuretés qui ne provenaient pas de la transgression, les plus graves étaient celles qu'occasionnent le contact d'un mort et les miasmes qui s'échappent d'un cadavre. L'àme en était souillée comme le corps, et d'autant plus que chaque atome cadavéreux passaitpour un démon malfaisant prêt à inoculer aux vivants des germes de mort. On croyait même que ces derniers s'attachaient à l'âme du défunt, retenue auprès du corps, jusqu'à sa dissolution, qu'ils la souillaient, la persécutaient et cherchaient à la décourager et à la perdre. C'était pour elle un supplicecrueldontlacrémationl'avaitenfin délivrée. Mais beaucoup de peuples s'étaient contentés d'une demi-crémation, qui consistait à dépouiller les corps des défunts de toute la partie putriscible, pour conserver ensuite les ossements ainsi purifiés.

Il est possible que les Aryas de l'Inde aient eu primitivement cette demi-crémation ; mais nous nous en tiendrons à ce que nous avons dit dans notre chapitre de la crémation védique.

On a trouvé, dans la Scandinavie, des tombeaux où les squelettes repliés sur eux-mêmes, occupent des niches si étroites qu'il aurait été impossible de les y introduire si leurs chairs n'avaient pas été préalablement enlevées. Il y a des tombeaux analogues de squelettes repliés, jusqu'au Zuyderzée.

La demi-crémation paraît avoir été remplacée, chez plusieurs peuples, par la coutume sauvage de faire dévorer les défunts par les animaux. On assure, en effet, qu'ils recueillaient pieusement les os de leurs parents, lorsqu'ils avaient été bien nettoyés et les enterraient ensuite, contrairement au principe consigné par Zoroastre, dans l'Avesta. Il y avait en Thrace, comme nous l'avons dit, des populations qui inhumaient leurs morts et retiraient plus tard de la terre, les ossements blanchis, afin de les brûler sur le bûcher. Cette même coutume s'est perpétuée chez plusieurs tribus américaines, soit pour brûler ensuite les os, et enterrer les cendres, soit seulement pour les conserver dans un autre cimetière. Plusieurs tribus pratiquent en-

core une vraie demi-crémation, en faisant consumer par le feu les chairs des défunts, pour n'en garder que les os.

Ce même mode de sépulture existe aussi dans les îles Liou-Kiou, entre la Chine et le Japon : Les os préservés du feu sont renfermés dans une caisse de forme hexagonale, qu'on enterre. Cette demi-crémation existait également chez les Hébreux, comme on le verra tout à l'heure.

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