LES SEPULTURES AU POINT DE VUE DE LA CIVILISATION
En se transformant, pour répondre aux besoins de la civilisation, la crémation ne sera pas moins féconde en bienfaits pour les fils qu'elle ne Fa été pour les pères. Elle deviendra, au contraire, avec un outillage perfectionné, plus profitable à tous les points de vue, plus rapide, plus économique, et plus hygiénique. Elle sera, en même temps, plus moralisante, puisqu'elle aura été dépouillée des superstitions dont le monde attique l'avait environnée et brillera comme la raison, sans inquiéter la foi.
Aucun autre mode funéraire ne pourrait prévaloir contre elle.
11 s'échappe des cimetières des émanations putrides et délétères que les plus savants physiciens de l'Angleterre évaluent à 2.272.000 pieds cubes par an, pour une mortalité de 52,000 personnes. Quelle est la nature de ces émanations? Le Dr Selmi, de Mantoue, nous dit qu'elles tiennent en suspension une quantité énorme d'animalcules invisibles auxquels il a donné le nom « d'esprit delà putréfaction, » Septo-pneuma.Ces miasmes, dispersés par les vents et absorbés par notre organisme, compliquent nos maladies, les rendent souvent mortelles et en produisent d'autres des plus dangereuses. La décomposition produit d'autres molécules non moins redoutables qui, s'infiltrant dans la terre,- vontse mêler aux eaux des puits et des sources.
Qu'on se représente, en même temps, les cadavres en putréfaction, les vers qui les rongent, Thorrible squelette, la hideuse exhumation, l'envahissement des cimetières et l'on comprendra que l'inhumation n'est qu'un reste de l'ancienne barbarie, tandis que la crémation est le mode funéraire de la civilisation.
On a prétendu, il est vrai, que la crémation est contraire aux lois de la nature? Que veut
donc la nature? Elle veut la destruction complète du cadavre, pour faire rentrer dans la circulation les éléments dont il est composé.
Et comment procède-t-elle? par les funérailles sauvages. Le corps mort reste où il tombe ; tous les éléments atmosphériques, l'air, le vent, la chaleur, l'humidité concourent à sa rapide dissolution. Les bêtes de la terre, les oiseaux du ciel le dévorent, aidés par des myriades d'insectes. En quelques jours l'œuvre est achevée; il ne reste plus du cadavre que les os blanchis que les mêmes agents font disparaître également, aidés par le temps. L'homme, plus tard, veut soustraire le corps de son père et ceux de ses proches à ce traitement qui lui paraît ignominieux. 11 les inhume; la terre accomplit l'œuvre de la destruction, non plus en quelques jours, mais en plusieurs années. La crémation vient à son tour, qui l'opère en une heure. N'estelle pas conforme, plus conforme au vœu de la nature que l'enterrement du cadavre? Au lieu d'employer l'eau, l'air, les animaux, la terre, elle emploie le feu, le plus énergique des éléments. Voilà toute la différence.
Il est un autre mode funéraire qu'on a voulu opposer à la crémation, en l'adaptant à l'inhumation : c'est l'embaumement, le plus mons-
trueux de tous les systèmes et le plus diamétralement opposé à la loi de la nature, puisqu'il cherche à éterniser ce qu'elle veut détruire. 11 a préservé, dit-on, pendant tout le temps qu'il a duré, l'Egypte du fléau delapeste.Larrey arenducette opinion populaire ; elle n'en est pas moins fausse.
Des fragments du livre d'un savant médecin de l'antiquité, découverts par le cardinal Mai, constatent que la peste dévastait l'Egypte, lorsque l'embaumement y était encore généralement pratiqué et la vieille allégorie biblique des dix plaies constate que la peste régnait dans la vallée du Nil au quatorzième siècle avant l'ère chrétienne. Le Dr Schnepp, médecin sanitaire du gouvernement français en Egypte, a prouvé, de son côté, par ses observations et par ses expériences, que la dissolution s'opère dans les momies, malgré tous les efforts qu'on a faits pour la prévenir.
Elles exhalent encore, après des milliers d'années, des miasmes putrides et nul ne pourrait affirmer que les innombrables momies qui remplissent le sous-sol de l'Egypte n'ont pas été, dans ce pays, sous certaines influences atmosphériques, la cause principale des épidémies de peste qui l'ont si souvent désolé.
L'avenir appartient donc à la crémation.