‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 20 sur 60 · LES PALAIS CI^ÉTOIS · texte numérisé non relu

LES PALAIS CI^ÉTOIS

plutôt réservé à la pièce voisine, du coté du nord, salle presque carrée de V',15 sur \ mètres, avec un pilier central, composé de deux blocs de gypse (1).

Le pilier n'était pas du tout nécessaire à la construction. Ce n'était pas un bétyle, mais n'indique-t-il pas un sanctuaire?

Si près du palais, cette maison n'est pas une demeure particulière, c'est une villa royale, où le prince-prêtre devait avoir sa chapelle. Tout avait été (►rné avec un grand luxe; nulle part on n'a trouvé de plus beaux vases.

Ne semblerait-il pas que les rois minoens n'avaient qu'à goiiter les délices de la paix? iM. Evans a cependant reconnu des magasins qui semblent bien avoir été des arsenaux.

A partir du théâtre, une voie prenait très résolument la direction del'ouest. Les explorateurs l'ont suivie, malgré les décombres des époques préhellénique, hellénique, romaine et moderne qui formaient une couche assez profonde. Celte route elle-même avait son intérêt. C'est une chaussée composée de deux rangs de pierres plates, larges chacun de (r,70. Des deux cotés un espace» de 1™,10, couvert de béton. Le tout repose sur un autre béton, enlinsur une fondation de pierres brutes de 0'",20 à 0'",25 d'épaisseur. La voie laissait au nord un groupe de magasins. Dans l'un d'eux des tablettes d'ai^gile, indi- ([uant un nombre considérable de flèches, quelques empreintes de sceaux sur argile, puis environ deux cents pointes de flèches en bronze. Il était facile de reconstituer le dép6t primitif. Les flèches étaient déposées dans des caisses en bois, les tablettes d'argile étaient des étiquettes qui en marquaient le nombre, les empreintes avaient dû être attachées à des fils; elles avaient reçu le sceau royal et attestaient un contrôle rigoureux. D'autres étiquettes, dont le but était désormais clair, annonçaient la présence de chars, d'épées et d'arcs.

Pourtant la voie continuait dans la direction de l'ouest; elle franchissait la petite vallée et atteignait la colline opposée au palais. M, Evans espérait bien qu'elle aboutirait à quekiue bâtiment d'importance. Elle l'a conduit en effet à un mégaron qui rappelle la disposition de la salle de la double hache. Dans un coin d'une cour, des fétiches. C'est du moins l'opinion du savant explorateur, à laquelle on ne peut guère refuser son assentiment. Si on rencontrait dans la montagne un bloc de concrétion calcaire» de forme aussi grotesque, on pourrait le prendre pour un jeu de la nature. Mais si ces objets grotesques sont naturels, ils paraissent avoir été choisis et groupés

fl) Hauteur l"',8? et O-.Si do côté.

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LA CHÉÏE AiNCIE.WNK.

!»r. IV

dans une intention particulière. L'un d'eux suggère, quoique de très loin, limaêv d'une grosse femme, avec un prtit enfant pLicè près d'elle. In autre a presque la tète d'un singe. La présence d'une chèvre sauvage en argile peinte et surtout de cornes de consécration ne laisse pas de doute sur le caractère sacré de ce lieu.

Notons toutefois que si les féticlies ont l'apparence la plus primitive qui se puisse concevoir, la maison où ils étaient groupés appartient à la même époque ({ue le dernier état du palais; de plus, elle a été réemployée après la ruine, et c'est, semble-t-il, de cetle époque que date l'installation des fétiches sur les ruines du sanctuaire ancien.

Palais, villa, théAtre, arsenal, route, tout dénote une civilisation prospère. M. Briickner a pu écrire dans son histoire de Troie, et à propos de la Troie homérique, c'est-à-dire de la sixième ville en dah', plus grande et plus florissante (|ue les précédentes : « La Cour troyenne, comparée au palais crétois de Cnosse, plus voisin de l'Orient et de TÉgypte, ne parait que comme l'étroit donjon d'un comte comparé à la Cour étendue d'un empire brillant et assuré (1). »

Ces ruines avaient étonné les (irecs. Habitués à la simplicité grandiose de leurs temples, ils n'avaient pas jugé rationnel l'enchevêtrement de ces petites pièces. Voyant partout sur les piliers, lescohmnes, les parois dn palais le signe de la double hache, ils lui en avaient donné le nom. La double hache se nommait iaôn/s, d'où le nom de labyrinthe, devenu synonyme d'une construction endirouillée, combinée comme à plaisir pour embarrasser celui qui avait pénétré dans ses secrets détours. L'imagination des (Jrecs une fois déchaînée, il fallait s'attendre à tout. Le labyrinthe était la demeure du Min(»taure, monstre moitié homme, moitié taureau, qui dévorait les jeunes Athéniens ([ue le roi Minos contraignait Athènes à lui envoyer tous les sept ans. Et le reste... car il serait inutile de conter ici cette histoire que tout le monde sait si bien.

Tout le palais que nous avons parcouru si rapidement forme un seul ensemble. Au moment où il a été lavagé par l'incendie, il était îV l'apogée de sa gloire, avec toute l'apparence d'une œuvre', une et complexe, conçue par le génie d'un seul architecte.

A y regarder de près, on a reconnu cependant qu'il avait subi des moditications. On a remanié certaines ouvertures, ajouté peutêtre des salles: on a certainement décoré à neuf bien des parties, et tel amas de chaux et de matériaux prêts à mettre en œuvre, décou-

(1) Dans Troja inidHio,,, p. ."ir,:?, par Wilhrlm noerpfel.I, Alh.nes, 1902.

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