‹ La Crète ancienne [microform]Chapitre 49 sur 60 · I.A CHKTF ANCIENNK · texte numérisé non relu

I.A CHKTF ANCIENNK

Fil,', m. — Cornes supports «Ir dniihle liaclit-s. D'après unr |kli<tlni,'raphi<'.

tuées par elle sur le Cyuthc, et Apollon, entrelarant les cornes, en élevait un autel sur h's tontlenients (pi'il avait [iréparés I ». Ces cornes de chèvres sauvai^es elles aussi rappellent la Crète. L'animal, maintenant nommé tif/rimi, ,1 li,i;ure sur plusieurs mol'f numents crétuis. Dans la grotte de Dicté, un protome de chèvre sauvaiie alterne sur un tesson avec la douhle hache lef. lig. '1\ , Il sérail hien hardi dédire avec M.. Max Midler 2) que la chèvre Amalthée vient d'une confusion des huigues cornes de la vache avec celles des chèvres.

11 y avait évidemment en Crète une légende' spéciale relative aux (u/runi, comme le pnuive l'empreinte 3 représentant une chèvre ijui allaite un eid'ant ; une sorte de main de justice plane au-dessus du groupe. Sur une autre empreinte, le svastika est placé au-dessus d'une chèvre (lig. {\\),

Malgré tout, le rôle de la chèvre se

développa moins que celui du taureau.

Dans ce cas encore, c'est l'Klam fpii nous fournil le point de comparaison le plus frappant. Parmi les documents d'éerilure archaïque que le I*. Scheil croit anlérieui*s au IV' millénaire av. .f.-C, on a trouvé des cylindres et surtout des enq)reinles de cylindres (|ui ont révélé toute une |»hase inconnue du plus ancien art oriental. M. .lécpiier a relevé des taureaux placés dans un champ semé de croix tii:. (».'», et des taureaux dehout sur deux

I) Tu. IIjimoi.ii:, l.nuhl ih's mmes à Dr/ns. ,lans Ir /lnlli'tnt de Corresp. helh'nhiuc. \\\\ (itSSi), 1». i.riel i.{;i, cilaiil Cvii.niAou, iiijmnr a \/tolloii, ri Ovim . f/rroni. XXI Mh'or et inimmvris sfnicfiun île voniiints nnnii.

(>) L. /.. p. fil, n. I.

(3) /;.s 1, JX, \\ «8; Irouvée dans un ilépùl drcriliire |»iclograplii(|nc.

I iîî. «k. — Dapns liS \. I\. |i^. ;;»».

Kij;. ti.%. — D'apns M'iimiies.... Mlf, lii;. -J».

LA lU-MClOX.

pattes lig. (»(» , avec des mains à trois doigts ramenées sur la poi- Irine \ 1 . C'est très exactement le type du minotaure, et il faut dire sans doute, à cause de la date, le prototype. M. Evans a remar(pié

Fiu. fM». —

<i,>lin<»taiiros (•lainilcs. d'après Mrmoircs..., Mil. fi:-. 21 : //. <; {Umuoiis cgi-eiis d'après des einpioiiiU's «le \apliio »'l MycN'nt's.

que Te^pèct' hoviiie ne ligure pas <laiis les couches archéologiques les [)lus anciennes de hi Crète ^2).

La

crof.r.

La vitrine du musée de Candie qui contient le groupe des figurines aux serpents a été <lisposée par M. Kvans de façon à ligurer un sanctuaire, sur le type de la petite chapelle du palais. La ])lace d'honneur est occupée par une croix en beau marbre gris et blanc, soigneusement polie, à branches égales {:)). Peut-être cet arrangement met-il trop en relief le culte de la croix, comme on l'a reproché au savant explorateur. Mais on ne saurait nier (jue la croix ait été un symbole sacré. Nous en avons eu la preuve en la rencontrant, à la place de la rosette, sur une tète de Ixiuf (V . Kn même ten)|)s nous avions le secret de sa signilication ; comme la rosett<' c'est le signe — encore plus abrégé — d'un astre. Kntre les deux, il faut placer le siasfUia ou croix gammée, cpii re[»résente probablement l'astre conçu comme une roue entlammé<' en mouvement. Ce signe se trouve fréquemment

(1) Mémoires de la déléya/ioïC m Perse, I. VIII, p. 10 s.

(!) M TJH" (>\ indce»! in any forin setins to bc abscnl in [\te mure primitive arciiaeological slrala of Ihe i>lan(l » {Jils. l'joi. p. iji).

3) llauleur «l largeur i)"','ri.

(\) li'apres .M. I::vans, la croix remplace létuile de la piclograpliie |»rimilive (Vi.s.l, !\, p. 8S .S>).

LA CHÉTE ANCIENiNE.

en Crète (1). Son caractère religieux n'est contesté par personne; il devrait en être de même de la croix, d'ailleurs plus rare, et dont la forme, très simple, se prête davantage à un simple motif de décoration ; c'est ainsi que l'habit du « cueilleur de safran » est semé de croix rouges et bleues et que la croix figure comme marque de maçonnerie. A Cnosse, la croix pattée a servi de marque à toute une série de magasins.

Signalons dès à présent l'existence de ces différentes croix, surtout du svastika, comme un des plus sûrs indices que l'ancienne race Cretoise avait la même origine que la race européenne (2). Dans la très

antique tholos de Hagia Triada, M. Halbherr a signalé des sceaux formés par des croisements de lignes, à base de croix, absolument semblables à des objets provenant des dépôts préhistoriques de la haute Italie (3).

D'autre pnrt, la croix et le svastika ont été retrouvés dans l'Élam.

MM. Gautier et Lampre ont relevé plusieurs sortes de croix sur la poterie de Moussian, à environ 150 kilomètres à l'ouest de Suse (V). Il est vrai que les distingués explorateurs ont conclu que : u par l'augmentation du nombre de ses branches la croix se transforme en étoile et en représentation solaire » (5), mais il est remarquable que dans d'autres cas, interprétés par eux avec beaucoup de sagacité, ce sont les objets d'abord compliqués et plus près de la nature qui ont été sché-

(1) M. Evans {/. l.) le retrouve sur les monnaies de Gaza; nous croyons qu'il avait été bien interprété comme un mem sémiUque stylisé à la façon ornementale des écritures du sud de l'Arabie; cf. Stakk, Coira, pi. I. Sa présence à Gaza s'expliquerait d'ailleurs très bien comme une importation |>hilistine.

(2) M. S. Reinach a noté que le svastika ne parait « ni en Égvpl.», ni en Phênicie, ni en Assyrie »; au contraire on le trouve en Chypre, dans l'Archipel, l'Ualie du nord, la vallée du Danube, la Thrace, et sur un bas-relief lycaonien d\bnz (Chroniques d'Orient, 2- série, 1896, p. 52U). On trouvera une géojjraphie plus détaillée du svastika dans la monographie remarquable que lui a consacrée M. A. Bektrand, yos origines. La relia ion des Gaulois p. 140-184. '

(3) Happorlo..., p. 251 (17) : « Fra quesli ultimi vanno segnalali alcuni esemplari discoidali, che sono assolutamente simili, se non eguali, aile cretule provenienti dai deposili preistorici deli Alla Ilalia... ».

(4) Fouilles de Moussian, dans le V1II« vol. des Mémoires de la délégation en Perse p. 59 ss. '

(5) Ibid., p. ni.

Fiir. 67.

D'aprrs les Mémoires .., vni, «S- 176.

LA RELIGION

matisés. Les mêmes fouilles ont fourni un svastika (fig. 67) et d'assez nombreuses représentations de chèvres sauvages. Ne faut-il pas voir un poulpe schématisé dans une tête où MM. Gautier et Lampre voient

FiK. 68. - Poulpes schématisés : a, tesson élamile, d'après les Mémoires..., Vlli, li};. lîW;

6, gobelet d'Ialysos, d'après Pkkiiot. IlisL. VI, fig. 4*H.

soit un bœuf, soit un mouton? (ûg. 68 a). Nous aurions là un point de raccord entre deux arts séparés par une très grande distance, mais dont nous venons de signaler certaines affinités.

d) Sphinx,

On trouve le sphinx, face d'homme et corps de lion, en Egypte, en Assyrie et dans l'art mycénien. M. Perrot avait noté la ressemblance du sphinx mycénien avec celui de l'Orient : « Lui aussi le sphinx est originaire de l'Egypte; mais on dirait qu'il n'est pas arrivé directement des rives du Nil aux côtes de la Grèce, qu'il a passé par la Syrie, où son image se serait modifiée et compliquée. Le sphinx ailé est très rare en Egypte; quand on l'y rencontre, par exception, les ailes, très longues, ombragent la partie postérieure du corps de l'animal et pendent par derrière (1). Comme les sphinx phéniciens et assyriens, le sphinx mycénien est toujours ailé, et ses ailes sont relevées » (2). De plus le sphinx, mâle en Egypte, était devenu fille en Mésopotamie; or le sphinx mycénien avait des traits de femme, avec un signe particu-

(1) En note : Histoire..., t. III. p. 129 et fig. 74.

(2) Histoire de l'art..., {. VI, p. 833.

ss

LA CRÈTE AiNCIEiNNK.

Fiff. GO. — Sphinx orétois. D'apns Monument/..., XIV col. 74Î), lig. 44 ^env. 1/2).

lier : une tiare basse ou calotte d'où partait une longue houppe, flottant au vent. ' *

M. Paribeni a découvert unsphinx en stéatife (fîg. 69), près de Phaestos, dans une maison qui a servi de sépulture, mais dans une couche du sol qui mdiquait sa présence avant les tombes datées par le sceau

de la reine Thii , mère d'Aménophis IV (vers 1V50).

Il n'a pas d'ailes, et parait être mî\le. Tout considéré, le savant italien le regarde comme une imitation des sphinx égyptiens ; imitation libre comme toujours dans Tart Cretois : on a supprimé la coiffure et la barbe. Son aspect est nalurel, avec l'expression d'une force au repos ramassée sur elle-même. Il était probablement destiné à supporter une colonnette.

Nous avons signalé cette différence à cause de l'influence orientale constatée à Mycènos, encore étrangère à la Crète.

En Egypte, le sphinx symbolisait l'extériorisation du dieu et aussi le roi. Il est impossible de savoir quelle idée on y attachait à Phaestos.

c) Pierres sacrées.

Si l'on veut éviter toute confusion, il faut du moins distinguer en cette matière les pierres qui ne servent pas de support, pierres sacrées proprement dites qu'on nommera si l'on veut bétyles, ou stèles d'une part, et, d'autre part, les supports comme les piliers et les colonnes. Ces derniers peuvent être consacrés autant qu'on voudra, ils ne sont point cette pierre sacrée, objet du culte, qu'ont connue les religions sémitiques. Dans ces religions, la pierre sacrée isolée qui ne supporte rien est souvent le centre même du culte, comme dans certains temples phéniciens, Paphos, et Byblos, ou du moins c'e^^t la pierre levée, unie à la fosse d'olfrandes, qui caractérise le sanctuaire, comme à Gézer (1). La Grèce elle aussi a connu ces pierres sacrées. La question est de savoir si elle les tenait de la tradi-

(1) Canaan, par le P. Vincent, p. 142 ss.

LA RELIGION

tion ancienne ou si leur usage vient de Tinfluence orientale. Or il nous semble qu'aujourd'hui cette question esi bien près d'être résolue. Quoi qu'on en dise, la Crète ancienne n'a pas connu le bétyle ou la pierre sacrée au sens que nous venons de dire. S'il s'en trouve des traces, c'est à une époque relativement récente, et dès lors on peut les attribuer à des influences orientales.

En effet, nulle part on n'a trouvé de pierres sacrées, ni dans les lieux de culte, ni dans les chapelles parmi les autres objets v<itifs. Elles ne figurent pas d«ns les représentations du culte, ni sur les fresques, ni sur les sarcophages, ni sur les empreintes, si riches en sujets symboliques de toute sorte. Cet état de fait équivaut à une négation, surtout si on le compare aux découvertes opérées en pays oriental, sans parler des représentati<»ns sur les monnaies.

On ne saurait alléguer contre cette conclusion la présence d'autels bétyliques (1). Un autel bétylique est une sorte de contresens, parce qu'alors le bétyle est devenu un support, il n'a plus en lui-même sa raison d'être, il n'est plus l'objet cultuel préexistant auquel s'adresse le sacrifice offert sur l'autel. Savignoni a produit un exemple qui nous impressionnerait davantage (fig. 70). Il s'agit d'un anneau trouvé dans une des nécropoles seigneuriales de Phaestos, que l'explorateur attiibue aux derniers temps dits mycéniens, vers le xiii^ siècle av. J.-C. C'est là, par rapport à l'antique civilisation, une date très basse. L'objet en question a la forme d'un œuf. Un homme s'agenouille devant lui dans l'attitude d'un chagrin violent. Derrière lui, deux piliers supportant une pierre transversale, quelque chose comme un dolmen ou un édicule d'où sort une colombe. Devant lui une femme déracinant avec effort un arbre qui tombe. Toute la scène est passablement énigmatique, et nous y reviendrons. — M. Evans a cité (2) trois exemples de démons laisaiit des hbations, les uns sur une giosse pierre, reposant sur douze pierres plus petites, les autres sur des piliers ou des trépieds à libations. Ces objets, des plaques de verre, ont

(1) C'est raigument de M. Evans qui paraît avoir le plus louché M. Dussaud ; cf. Questions mycéniennes, p. 10.

(2) Cité par Evans, Mycenaean Tree and Pillar Cuit...; JHS, 1901, p. 117, fig. 12.

Fig. 70. - D'après Monumenti..., XIV, col. 577, fig. îio.

If

LA CMÈTE ANCIKNNK.

Viii. (if>. — Spliinv in'tois. U'aprrs Monmnrnli.... \\\ lol. TV», lig. '»4 ^rnv. I 2 .

lier : une tinre basse ou calotio d'où pa.laif uae longue l.ounpe, (loltant au v<'nt. * *

M. Pariliciii a découvort un spliinx eu stéatile - li-. Gî)\ près de Phaostos, da.s une maison qui a servi de sépnlture, mais dans une couche du sol qui indiquait sa présence avant les lo.nhes datées par le sceau

de la reine Tliii, mèred'Aniénopliis IV vers 1 V50).

Jl n'a pas d'ailes, et parait être m.We. Tout considéré, le savant italien le re.iiarde comme une imitation des sphinx éîryptiens ; imitation lihre comme toujoui*s dans Tart Cretois : on a sn|)piimé la coillure et la barbe. Son aspect est naturel, avec l'expression d'une force

nu repos ramassée sur elle-même. Il était probablement destiné à

supporter nne colonnette.

Nous avons signalé cette difFérence h cause de l'intluence orientale constatée à Mycènes, encore étrangère à la Crète.

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r) Pirr/'f'^ sacrrrs.

Si Ton veut éviter toute confusion, il faut du moins distini;uer en cette matière les pierres qui ne serveni pas de support, pierres sacrées proprement dites ipion nommrra si Ion veut bétyles, ou stèles d'une part, et, d'autre part, les supports comme les piliers et les colonnes. Ces derniers peuvent être consacrés autant qu'on voudra, ils ne sont point cette pierre sacrée, objet du culte, cpiont connue les religions sémiti(pies. hans ces religions, la pierre sacrée isolée <]ui ne supporte rien est souvent le centre même du culte, comme dans certains temples phéniciens, l»aph(»s, et Bvblos, oii du moins c'e^t la pierre levée, unie à la fosse dOlIrandes, qui ca'ractéris(» le sanctuaire, comme à (iézer (1 . La (Irèce elle aussi a connu ces pierres sacrées. La question est desavoir si elle les tenait de la tradi-

,1, Canaan, par le I». Viiuenl, p. I ri ss.

LA UKLKIION.

tien ancicMine ou si leur usag-e vient de rintluence orientale. Or il nou«< semble (piaujourd'hni celte question esi bien prèscrétre résolue. Uuoi qu'on en dise, la Crète ancienne n'a pas connu le bétyle ou la pierre sacrée au sens ((ue nous venons de dire. S'il s'en trouve des traces, c'est à une époque relativement récente, et dès lors on peut les altrihuerà des iutluences orientales.

Ku etfet, nulle part on n'a trouvé de pierres sacrées, ni dans les lieux de cultr, ni dans les chapelles parmi les autres objets votifs. Klles ne ligurent pas dans les repr« senlalions du culte, ni sur les fresques, ni sur les sarcophages, ni sur les empreintes, si riches en sujets symboliques de toute sorte. Cet état de fait équivaut à une négati(m, surtout si on le compare aux découvertes opérées en pays oriental, sans parler des représentations sur les monnaies.

On ne saurait alléguer contre celte conclusion la présence d'autels bétyliques d). Vu autel bétyli(jue est une sorte de contiesens, j)arce «pialors le bétyle est (b'venu un sui)port, il n'a plus en lui-même sa raison d'être, il n'est plus l'objet cultuel préexistant auquel s'adresse le sacrilice offert sur l'autel. Savignoni a produit un exemple qui nous impressicninerail davantag-e (fi-. 70;. Il s'agit d'un anneau trouvé dans une des nécropoles seig-neurialesde IMiaestos, que l'explorateur attiibue aux derniers tem[)s dits mycéniens, vers le xiii' siècle av. J.-C. C'est là, par rapport à l'anticpie civilisation, une date très basse. L'objet en question a la forme d'un œuf. In homme s'agenouille devant lui dans ratlifude d'un chagrin violent. Derrière lui, deux piliers suppoitant une pierre transversale, (|uel(|ue chose comme un dolmen ou un édicule d'où sort une colombe. Devant lui une femme déracinant avec elfort un arbre qui tombe. Toute la scène est passablement énignialique. et nous y reviendrons. — M. Evans a cité (2) trois exemples de démons laisant des libations, les uns sur une giosse pierre, rept.sant sur douze pierres plus petites, les autres sur des pili<'rs ou des trépieds à bbations. Ces objets, des pla(|ues de veire, ont

^1 Os! rargiiinent de M. Kvans qui parait avoir le plus louché M. Dussaud ; cf. Queslions niijvénU'uni's, p. 10.

(2) Cilê par Evans. Myccnatan Trec and Pillar CuK..,; J/ls, 1901, p. 117. lig. 12.

I iy. 70. — D'.ipns Monnmcnti.... XIV.

cul. :»77, W' lA).

tum

lA QtKTE ANCIENNE.

LA RELIGION

été trouvés par M. Tsouiitas, clans les tombes de la ville liasse de Mycènes; il est difficile d'y méconnaître Tinfluence de l'art assyrien (1^ Nous serions tenté d'ajouter à cette liste une empreinte de Cnosse qui figure peut-être la grotte de Diclé avec sou téménos, deux plantes sacrées et un cône à degrés (2).

Mais quand il y aurait encore quelques cas semblables ou plus clairs, ce serait toujours peu de chose pour prouver l'existence normale du bétyle dans le culte, surtout pour les époques antérieures aux premières manifestations de l'influence orientale assyro-phénicienne. Maintenir cette distinction, ce n'est pas méconnaître le caractère sacré des piliers ou des colonnes. Nous avons déjà parlé des piliei-s avec l'indice de la double hache et de ceux qui sont dans le même cas. Plus curieux de beaucoup sont deux piliers monolithes appartenant au plus ancien état du palais de Cnosse, sur lesquels M. Evans n'a point autmt atliré l'attrntion (3). Ils la méritaient, et pnr leur ancienneté, et par leur cachet de monolithes qui fait partie de l'essence des pierres sacrées. Mais eux aussi servaient de supports. On peut dès lors les regarder comme la partie la plus sainte d'un petit sanctuaire ou magasin sacré; on peut y voir une image de la force divine, à l'instar des

stalactites des grottes sacrées; il est tout de même difficile de penser que le pilier soit là avant tout pour recevoir un culte, quand il a pour but naturel de soutenir un étage supérieur. Si la double hache était placée près de lui dans sa base pyramidale, comme c'est le cas pour un des piliers de Cnosse (cf. pi. I, 104, 3), peut-on admettre facilement que ce symbole si vénéré ait été coordonné au culte du pilier? Kir là nous n'entendons j)as nier que le pilier ait été l'objet d'un culte. M. Evans a produit un document qui nous parait péremptoire : des piliers supports, vénérés et prnt-étre oints par des femmc^s sur un fraç^nnenldc vase trouvé en Chypre à Enkomi (4) (ancienne Saamino . Cr (,u il faut rrtenir, c'est que, dans le cas où il est support, le pilier n'est pas, comme le bétyle proprement dit, saint par lui-

(I) Cf. 6 et c dans la fig. 66, supra.

11^ «wt Vv ''' ****' "^* '''^' ^ *^^«"s compare cel objet à un chapeau, caue-like. {6) USA, i\, I». 18. '

(4) JHS, 1901, p. 111. d'après A. S. Mirrvy. Excavations in Cjpvus, p. 73, fig. 127.

Kig. 71.— D'apnsftS.l. Mil. «g. h.

Dessin (ht l». Abel.

même, mais plutôt consacré, et probablement par le voisinage ou par Tinsertinn de la double hache. Et il en est sans doute de même des colonnes en bois. Si on a piqué de petites haches votives dans l'échiné de ces colonnes, entendait-on les consacrer à la divinité vivant dans les colonnes, ou n'entendait-on pas plutôt leur assurer la consécration et la jirotection de la divinité de la double hache? C'est dans le même sens que nous interprétons le très curieux petit monument de terre cuite (fig. 71) qui a été trouvé dans le dépôt de la déesse aux serpents et qui remonte par conséquent à la période la plus ancienne du second palais (Minocn moyen III). Sur un socle commun, trois bases de colonnes; les colonnes ont le même diamètre en haut et en bas; elles se terminent par un abaque carré; sur chaque abaque deux poutrelles et sur ces poutrelles des colombes, une pour chaque colonne. Les colombes sont noires avec des points blancs. Cet objet n'est pas sans analogie avec un thème égyptien dont nous donnons ici la reproduction {^\^. 72).

M. Evans a commenté le petit édicule crétois. Il remarque que les colonnes ne sont pas reliées par une architrave; leur caractère sacré les isole. S'il y en a trois, c'est qu'elles constituent une trinité de bétyles pour représenter la même divinité. Les colombes sont l'image de la divinité qui descend; elles figurent la prise de possession de ces bétyles par un être spirituel. Elles ne sont pas nécessairement l'emblème d'une divinité femelle; cependant c'est le cas le

Fig. 7i. — D'aprrs la Descriplion de l'Egypte, A, t. H, pi. 67, ii Dessin du P. Ahcl.

lA CliKTK ANCIKNNK.

LA lŒLKilUN,

rté trouves par M. Tsountas, Jans les toml,es de la ville hasse i\r Mycènes; il est (lilficile d'y méeoiinaitre riidliience de l'art assvrieii (l"). Nous serions tenté d'ajoiiler à cette liste une empreinte de Cnosse qui figure pe.it-ètre la grotte de Diclé avec son téménos, deux plantes sacrées et un cnne à degrés (2).

Mais quand il y aurait encore (pielques cas semblables ou plus clairs, ce serait toujours peu de chose pour prouver l'existence normale du hétyle dans le culte, surtout pour les épo.pies antérieures aux premières manifestations de rintluence orientale assyro-phénicienne. Maintenir cette distinction, ce n'est pas méconnaître le caractère sacré des piliers ou des redonnes. Nous avons déjà parlé des piliers avec l'indice de la double hache et de ceux qui sont dans le même cas. IMus curieux de beaucoup sont deux piliers monolithes appartenant au l>lus ancien état du palais de Cnosse, sur lesipiels M. Evans n'a point autint attiré l'attention :i . Ils la méritaient, et par h'ur ancienneté, et par leur cachet de monolithes (pii fait partie de l'essence des pierres sacrées. Mais eux aussi servaient de supports. On peut dès lors les regarder comme la partie la plus sainte d'un petit sanctuaire ou magasin sacré; on peut y voir une image de la force divine, à l'instar des

stalactites des grottes sacrées: il est tout de même diflicile d(^ penser que le pilier s(>it là ariml tout pour recevoir un culte, (piand il a pour but naturel de soutenir un étage su|)érieur. Si la double hache était placée prés de lui dans sa base pyramidale, comme c'est le cas pour un des |)iliers de Cnosse (cf. pi. I, 104, ;{), peut-on admettre i'acilement que ce symbole si vénéré ait été coordonné au culte du pilier? Par là nous n'entendons pas nier que le pilier ait été l'objet d'un culte. M. Evans a produit un document qui nous parait péreini)loire : des piliers supports, vénérés et pent-étre cnnts par des fen.mes sur un Iragmrntdr vase trouvé <m. Chypre à Enkomi('o ancienne Sa- •^"^•/;:' • <'•' 1" il iaut retenir, c'est que, dans le cas où il nst supp<,rt, h' pilier N est pas, comme le bétyle proprement dit. saint ^mr lui-

I «T. h «'I e dans la /ifj;. Ci;, snina. 1*!! ^w !' Iv' ''■ ^^' '*^" '■'• ^'- »^^^"^*^«»'ni'''r- cri ohjel à un chapeau, vanv-ldv.

(«3; liSA, IX. |t. IS. *

(4) JUS. mu \K in. .ra,.r<.> A. s. Mrnnu. l-xcuvalions in t.jpras, p. l.l. f.g. ,27.

Fijî. 71.— D'apns /;.S.t. MM. li-. r»

Ucssin <iii I'. Aln'l.

mrnu\ mais plutôt consacré, et probablement par le voisinage ou par Tinsertinn de la double hache. Et il en est sans doute de même d«»s colonnes en bois. Si on a picpié de petites haches votives dans l'échiné de ces colonnes, entendait-on les consacrer à ladivinilé vivant dans les colonnes, ou n'entendait-on pas plutôt leur assurer la consécration et la protection de la divinité de la double hache? C'est dans le même sens (pie nous inter[)rétons le très curieux petit monument de terre cuite ( fig. 71) (pii a été trouvé dans le dépôt de la déesse aux serpents et ([ui lemonte par conséquent à la période la plus ancienne du second palais (Minoen moyen III). Sur un socle commun, trois bases de colonnes; les colonnes ont le même diamètre en haut et en bas; elles sf» terminent par un aba(pie carré; sur cha- (|ue abaque deiiv poutrelles et sur ces poutrelles des colombes, une pour chacpie colonne. Les colombes sont ncures avec des points blancs, (^et objet n'est pas sans analogie avec un thème égyptien dont nous donnons ici la reproduction lig. l'l\.

M. Evans a commenté le petit édicule crétois. H remarque que h's colonnes ne sont pas reliées par une architrave; leur caractère sacré h's isole. S'il y en a trois, c'est qu'elles constituent une trinité de bétyles pour représenter la même divinité. I^es colombes sont l'image de la divinité qui descend; (dles figurent la prise» de possession de ces bétyles par y\\\ être spirituel. Elles ne sont pas nécessairement l'emblème d'une divinité femelle; c<'pendant c'est le cas le

D'apn-s la hcsciijiliiui dr l'Einjf)le, A. l. il. |»l. 67, 1-2. Drssiii du I». Alx'l.

LA CRÈTE ANCIEiNNK.

plus ordinaire; nous sommes donc en présence d un culte de la déessecolombe. Elle a été représentée primitivement par un pilier, son image aniconique, qui a dû précéder les statuettes de femme. Une figurine mycénienne en or met bien en relief celte manifestation de la divinité féminine et son unité malgré la trinité du symbole de la colombe (lig. 73).

Ces déductions sont en partie justifiées. La colombe peut très bien

représenter la déesse, et il se peut que le nombre trois ait ici son importance. Nous avons interprété le sarcophage de llagia Triada dans le même sens : trois aigles ou trois corbeaux posés sur trois doubles haches. Cependant les colonnes, à cause des poutres, sont manifestement une réduction de Tordonnance d'un palais.

Elles sont trois dans notre cas, il n'y en a qu'une à la porte aux lions de Mycènes, mais le sujet n'en est pas moins le même. Or les colonnes d'un palais ne peuvent être considérées comme saintes par nature à la façon d'un bétyle qui a par tradition un caractère divin, pour quelque raison mystérieuse qui nous est encore inconnue. La descente de la colombe a pour but de les consacrer, de les transformer selon le but nouveau auquel elles concourent désormais, en faisant partie d'un palais sacré ou peut-être spécialement d'un sanctuaire. Il n'y a pas là qu'une question de mots; il y a la différence entre un caractère religieux acquis, et un caractère religieux reconnu. Et enfin, quoi qu'il en soit de l'idée religieuse qui personnifiait plus ou moins la divi'nité dans la pierre ou la colonne, idée qui nous échappe encore en partie dans les deux cas, il demeure une diOérence considérable dans la manilestation extérieure de cette idée, et c'est ce qu'il laut noter soigneusement, ne fut-ce qu'au point de vue de l'art.

La Crète ne paraît pas avoir connu les stèles funéraires; c'est une dillérciice avec Mycènes, où des stèles marquaient la place des personnes ensevelies dans les tombeaux de l'acropole. Ne peut-on considérer l'usage spécifique mycénien comme un emprunt fait à l'Orient?

Fig. 73. — D'aprts une ptiotugrapliic.

LA UELir.ION.

/) Ai^bres sacrés.

On ne pouvait naturellement s'attendre à en retrouver dans les fouilles, mais les monuments figurés en ont fourni de nombreuses représentations. C'est quelquefois un arbre, ou même un groupe d'arbres, situés dans une enceinte, et, semble-t-il, à l'extrémité d'une enceinte. Il est souvent planté dans une sorte de caisse, même dans un pillios, ce qui permettait sans doute de l'installer sur les cours pavées à côté des autels. Quelquefois on dirait d'un arbuste plutôt ([ue d'un arbre.

Parmi les arbres sacrés, M. Evans compte le palmier, le pin, le cyprès, la vigne, le figuier. C'est surtout, semble-t-il, le' figuier qui figure dans les scènes où sou caractère sacré est le plus indiscutable, près de l'enceinte sacrée. Le savant anglais a rappelé aussitôt le Ficus Jhtminalis du Forum (1), rapprochement qui nous paraît beaucoup plus solide que celui qui fait un bétyle du hpis niger (2), pierre sacrée peut-être, mais plate.

Sur le fameux chaton d'or de Mycènes (pi. VI, 2), la déesse est placée sous l'ombre d'un arbre comme dans tel autre cas devant une colonne. Sur une petite gemme en stéatite telle qu'elle a été publiée par M. Evans (3), une femme semble rendre un culte à l'arbre. Mais la reproduction plus exacte de M. Dussaud (V) atténue cette apparence (fig. 74). La femme, richement vêtue, est placée devant un petit édicule, avec cornes de consécration; au-dessus un rameau, au-dessous la lune. Il est difficile de savoir exactement à qui s'adressent ses hommages : sans doute à la divinité dont tous ces objets manifestent la présence.

Que penser de la scène étrange qui représente une femme arrachant un arbre qu'on pourrait croire^ sacré? Nous l'avons déjà citée à propos des bétyles (fig. 70). Pour ce qui regarde l'arbre, il a deux répondants dans deux anneaux d'or de Vaphio (fig. 76) et de Mycènes (^\^. 75) et, en partie seulement, dans une empreinte de Zakro (fig. 77). Ces scènes ne peuvent avoir qu'une même explication. M. Milani y a vu le sacrilège d'Érysichthon, arrachant le bois sacré de Déméter. On a objecté avec raison qu'un acte sacrilège n'était guère matière à une

(1) JHS, 1901, p. loi; cf. 128.

(2) JHS, 1901, p. 130, n. 2.

(.'{) Mycenaean Tree...^ lig. 59.

(4) Les fouilles rccenles..., p. 128.

l'i{f. 74. — D'après M. Dussaud. Dessin du V. Savignac.

Î.A <:ilKTE ANCIKNNK.

LA l{i:iJ(il(>\.

Il '

Ih

plus ordinaire; nous soimnes donc m présence tl'un culte de la déessccolondie. Klle a été représenfée pi iniitivemerd par un pilier, son luiage aniconiquc, qui a du précéder les stahirllcs de rennue. Une fig-urine niycénienue en or nirt bien en relirF erite manifestation de la divinité féminine et son unité niali^ré la Irinité du symbole dr la colondie iJjo. 73).

Ces déductions sont en partie justifiées. I.a colombe peut très birn

représenter la déesse, et il se peut (|ue le nond)re tnus ait ici son importance. Nous avons interiu'été le saieopbage de llagia Triada dans le même sens: trois aigles ou trois corbeaux posés sur trois doubles bâches. Cependant les colonnes, à cause des poutr^^s, sont manifestement une réduction de rordonnancc d'un palais.

Klles sont trois dans notre cas, il n'y en a (|u'nni' à la porte aux lions dv Mycénes, mais le sujet n'en est jms moins le "it'Uic. Or les colonnes d'un palais ne peuvent être considérées comme saintes par nature à la laeon d un brtyle cpii a par tradition un caractère divin, pour quebjue raison mystérieuse qui nous est encore inconnue. La descente de la colombe a pour but de les consacrer, de les transformer selon le but nouveau auquel elles eonenurent désormais, en faisant partie dun palais sacré ou peut-être spécialement «l'un sanctuaire. Il n'y a pas là (junne question de mots; il v a la dilierencc entre nn caractère reli.i:ieu.x acquis, et uncaractère re'li-ieux reconnu. Ktenlin,qnoi qu'il en .soit de l'idée reiii^iruse qui personnifiait plus ou moins la divinité dans la picrrr ou la colonne, idée qui nous échappe rncore m partie dans les drux cas, il drnirure nne différence considérable dans la maniirstation extérieure dr irlte idée, r{ c'est ce qu'il laut noter soi:; neusement, nr fût-ce qu'au point dr vur de l'art.

La Crète ne paraît [ms avoir connu les stèles funéraires; c'est une différence avec Mycènes, où des stèles marquaient la place des personnes ensevelies dans les tombeaux de l'acropole. Ne peut-on considérer l'usage spécifique mycénien comme un emprunt fait à l'Orient?

Fii{. 73. — D'u]tr<-.s une pliutoi;ia|)liie.

/) Arbres sac

rcs.

On ne pouvait naturellement s'attendre à en retrt)uver dans les fouilles, mais les monuments figurés en ont fourni de nombreuses re[)résentations. CVst quelquef(»is un arbre, ou même un groupe d'arbres, situés dans une enceintr, et, semble-t-il , à l'extrémité d'une enceinte. Il est souvent planté dans une sorte de caisse, même dans un />////o.s, ce qui permettait sans doute de l'installer sur les CiMirs pavées à côté des autels. Uueiquefois on dirait d'un arbuste plutôt ([ue d'un arbre.

Parmi les arbres sacrés, M. Kvans eompt<' le palmier, le pin, le cyprès, la vig'ne, le figuier. C'est surtout, semble-t-il, le figuier qui figun» dans les scènes où son caractère sacré est le plus indiscutable, près de l'enccinlc sacrée. Le savant anglais a rappelé aussitôt le Ficus Itmninalis du Torum (Ii, rapprochement (jui nous parait beaucoup plus solide (pie celui cpii fait un bétylr du laiâs nifjcr ( -i , pierre sacrée peut-être, mais plate.

Sur le fameux chaton d'or de Mycènes (pi. VI, 2), la déesse est placée sous l'ombre d'un arbre comme dans tel autre cas devant une colonne. Sur une petite gemme en sléatit<' telle ([u'elle a été publiée par M. Evans [W , uih' femme semble rendre un culte à rarbr(\ Mais la reproduction plus exacte de M. hussaud (V) atténue cette apparence ^lig. TV). La femme, richement vêtue, est placée devant un petit édiculc, avec cornes de ccmsécration: au-dessus un rafneau, au-dessous la lune. Il est tlifficile de savoir exactement à cpii s'adressent ses hommages : sans doute à la divinité dont t(Mis ces objets manifestent la présence.

Que penser de la s<ène étrange (jui représente une femme arrachant un arbre (pi'cm pourrait croire sacré .^ Nous l'avons déjà citée à propos des bétyb'S fig. 70 1. Pour ce cjui re-arde l'arbre, il a deux répondants dans deux anneaux d'or de Vaphio (fig. Tti) et de Mycènes (lig. 7:> «'f, en partie seidement, dans une empreinfiule /akro fig. 77 . Ces scènes ne peuvent avoir (lu'une même explication. M. Milani v a vu le sacrilège d'Krysichlhou, arrachant le bois sacré de héméter. On a (►bjecté avec raison (pi'un acte sacrilège n'était guère matière à une

(1) JUS. VMW. 1». loi; cf. i:)S.

'•>) JUS, 1«MM. |). i:{o. n. •».

01) MiJceiKU'un Tn'r..., li;^. .V.J, [i) l.cs foniHvs rvcvidvs..., p. I2S.

lii;. "'«• - D'apits .M. Dussîuul. Dt'ssiii du 1». Savi-

LA RELICION.

Fig. 75. — D'après JHS, 1901. p. 177. fig. 53.

semblable représentation. De sorte que, pour atténuer le sacrilège, on dit que Thommo (ou la femme) secoue l'arbre comme pour en faire tomber les fruits. Mais en réalité l'action est beaucoup plus violente, et, dans les cas de Vapliio et Je iMycènes, l'arbre est déjà complètement

déraciné. Nous avons pensé un moment que Thomme voulait empêcher l'arbre de tomber, et la position de la plante des pieds favoriserait cette hypothèse ; mais, tout bien considéré, surtout à cause de la position de la tête, et parce qu'il serait trop tard pour retenir des arbres déjà tombés, nous admettons avec tout le monde que le personnage (jui les empoigne veut les arracher complètement. Dès lors il n'y a plus qu'un moyen d'éviter l'évidence du sacrilège, c'est d'atténuer le caractère sacré de l'arbre. Sur le chaton de Vaphio , il y a une femme qui pleure amèrement, la tête penchée sur une table sous laquelle est un bouclier, et ce geste, ici très clair, est peut-être aussi celui de l'homme qui s'agenouille devant le bétyle (Phaestos) et d'une petite femme qui s'effondre sur

Fig. 7«. — D'aproH JHS, 1901, p. I7«. fij,'. :,3.

un bouclier (Mycènes). Il s'agit donc d'une scène de deuil (1). L'arbre déraciné marque la fiu d'une vie humaine, soit qu'il figure ici simplement comme symbole, soit que le rite ait existé d'arracher un arbre à la mort d'un défunt. Dans ce cas, la colombe de Phaestos pourrait signifier l'Ame sortant du tombeau pour s'élever dans les airs.

Mais, en somme, connaissons-nous assez les anciens Cretois pour

(1) C'est ce (juadinet M. Evans pour celle pailie du lableau : « We seein to be in the présence of Ihe tomb of a divine hero, or ralher of a warrior God » [JHS, 11K)I, p. 181). Mais il pense que l'homme qui incline l'arbre veut seulement offrir des fruits à la déesse, comme pour une sorte de communion. Dès lors on ne voit pas quel peut ^Ire le sens tolal de la scène.

Fi!

"7. — D'après J//S, 1904, p. 77. fig. 1.

affirmer qu'ils n'auraient pas consenti à représenter une scène criminelle? Dans ce cas l'étonnement des assistants et leur deuil seraient une première protestation de la conscience ; chacun savait sans doute quel avait été le châtiment du sacrilège. Si les Grecs l'ont compris ainsi, la représentation figurée a peut-être donné origine à la légende d'Érysichthon.

Quoi qu'il en soit de ce thème spécial, le culte des arbres est beaucoup plus accentué en Crète que celui des pierres. M. Evans a fourni plusieurs exemples de trois troncs accolés comme objet de culte. On peut les rapprocher de ceux qui figurent sur une table de bronze au musée de l'Élam à Paris (1).

g) Divers,

Nous ne pouvons nous étendre sur chacun des autres symboles. Nommons-en encore quelques-uns.

Le poisson est certainement un symbole sacré. Il alterne sur un tesson avec la double hache et le triton (2).

Le bouclier en forme de 8 était un symbole de la divinité, une sorte de palladium. Sans parler de ceux que nous venons de citer, il apparaît dans l'air avec la double hache dans la célèbre bague en or de Mycènes. La nécropole de Phaestos a fourni un anneau d'or avec trois boucliers; le nombre et les objets sont symboliques (3).

Les objets prophylactiques étaient nombreux; plusieurs espèces de coquilles, quelquefois figurées en or, des yeux en or pour colliers (i) rentrent probablement dans cette catégorie.

Le nœud parait avoir eu une importance particulière {^\g, 78). On en a trouvé à Mycènes en albAtre, à Cnosse en ivoire (5). Ils figurent, suspendus par paire, à un pilier, à un arbre sacré, aux cornes d'un taureau (6).

On sait que les anciens attribuaient un caractère prophylactique

(1) Cf. Canaan, par le P. Vincent, p. 144.

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